‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 6 sur 129 · LIVRE · texte numérisé non relu

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popularisés par les vieilles ballades nationales, le fameux outlaw Robin-Hood (4), le joyeux moine Tuck et la Reine de Mai (2). Malgré cette auréole de poésie et l'importance qu'elle leur donnait (3), de simples figurants durent paraître à la longue un peu monotones et beaucoup trop froids, et Ton y ajouta un grossier paysan dont les naïvetés et les rudes saillies déridaient plus sûrement le public (4). La danse morisque prit également sur le continent un caractère de plus en plus dramatique : admise d'abord sur la scène comme un intermède et un horsd'œuvre (o), elle chercha à se lier au sujet de la pièce, la continua en quelque sorte pendant les entr'actes et s'appela une Entrée (6). Ses rapports avec le théâtre devinrent mêmeencoïc plus étroits, et Ton finit par en donner le nom aux Farces et aux Moralités qui servaient de petite pièce (7).

(1) Strutt, Sports and pastimes of England, p. 223 ; Douce, Illustrations of Sha- Jiespeare, t. II, p. 439, et passim.

(2) Maid Marian, as Queen of May, has a golden crown on her head, and in her lefl hand a red pink , as emblem of summer ; Brand, Observations on popular antiquities, t. I, p. 142, éd. d'Ellis. C'est sans doute la déesse Maia, devenue la reine Maia, qui se promenait autrefois en Espagne avec un cortège de jeunes gens et déjeunes filles : voy. Kônigsmann, De antiquitate et usu betulae pentecoslalis, p. 18.

(3) CLOD.

They should be morris-dancers by Iheir gingle, but they hâve no napkins.

COCKIVEL.

No, nor a hobby-horse.

CLOD.

Oh! he's often forgotten, that's no rule ;

but there is no Maid Marian nor Friar amongst

them, which is the surer mark ; Ben Jonson,

The Gipsies metamorphosed, t. VII,

p. 397, éd. de Gifford.

(4) By talking and laughing, like a ploughman in a morris, you heap Pelion ui)on Ossa, glory upon glory ; Decker, Tlie Gull's hornbook, p. 144.

(5) Selon Scaliger en son premier livre de l'Art poétique, après les actes (de comédies) il y a des joueurs de morisqucs. qui sautent

et dansent au son des instrumens, tant pour ce pendant soulager les acteurs que les spectateurs : ce que mesmes nous observons en nos tragédies ; d'Aigaliers, Art poétique, 1. V, ch. I, p. 274. Gosson disait aussi dans son Plays confuted in five actions : For the eye, beside the beauty of the houses and stages, he{lhedevil) sendeth in garish apparel,masks, vaulting, tumbling, dancing ofjiggs, galiards, morisces , hobby-horses ; dans Collier, The History of evglish dramatic poetry, t. II, p. 427.

(6) Voy. le Tirsi de Baldassare Castiglione et de Cesare Gonzaga, et la lettre de Castiglione sur la représentation de La Calandra, traduite par Dennistoun, Memoirs of the dukcs of Urbino , t. II, p. 141.

(7) Il y en a une dans le Jardin de plaisance, fol. 32 v" — 34 v°, éd. de Martin Boullon, dont les personnages sont : Amoureux languissant. Amoureuse grâce, Envieusejalousie, Espoir de parvenir. Tout habandonne et Sot penser. L'auteur avait dit un peu aup;ira\ ;nit :

Au milieu de nostre souper vismes venir une morisque ; laquelle sans rien deschamper se montre gorgéale et fris«pie :

c'estoit une chose autenticquc de voir leur gracieux deduict, et en moult beHo rethoriquc alloyent disant ce que s'ensuit.

Les danses costumées apprirent à varier les déguisemenls, d'abord si humbles, et à leur donner des visées plus liaulcs. Dans la première jeunesse des peuples, lorsque leur imaginalion avait toute sa puissance d'impressions et sa vivacité native, le costume trompait jusqu'aux personnes qui s'en étaient atïublécs, et les modifiait même à leur insu. En se voyant parés des insignes de leurs hautes fonctions, les chefs affectaient une dignité plus soutenue et s'efforçaient de devenir solennels. Quand ils portaient leur uniforme de combat, les guerriers se sentaient l'humeur plus belliqueuse, relevaient la tête, et se cambraient arrogamment sur leurs reins. Les prêtres qui avaient revêtu leurs ornements sacerdotaux se croyaient par cela seul plus rapprochés de leurs dieux et plus saints. Le commun du peuple, qui n'avait point de rôle officiel à remplir, ne trouvait pas à satisfaire aussi naturellement ce penchant de notre nature à sortir de nous-mêmes; il ne parvenait à doubler ainsi sa vie que par des déguisemenls arbitraires, et il recherchait de préférence ceux qui tranchaient plus complètement avec ses sentiments de tous les jours et ses préoccupations ordinaires. Le changement de sexe dut se présenter un des premiers à la pensée : c'était un des principaux plaisirs des Bacchanales (1 ), et naguère encore il y avait des pays en Europe où quand revenaient les grandes réjouissances populaires, les hommes et les femmes changeaient d'habits et s'amusaient réciproquement de leurs travestissements (2). Mais si piquant que fût le contraste amené par ce déguisement entre ses idées habi-

(l)Voy. Hésychius, s. V. 'lôiçanoi; Lucien, Sacro-sancta concilia, t. VI , col. 1169.

De Dea Syria , par. xxvn ; Welcker, Nach- L'impératrice Elisabeth trouvait ce travestis-

trag zu der Schrifl liber die Aeschylische sèment assez piquant pour avoir voulu que

Trilogie, p. 220 et suivantes, et Schneider, dans un bal qu'elle donnait a .Moscou en 1744,

dans le Philologus , t. I, p. 331. Le sixième tous les hommes fussent habillés en femmes,

concile des Grecs se crut encore obligé, et toutes les femmes en hommes,

en 692, de défendre, dans son lxu* canon, (2)Bourne, Antiquitates vulgares, c. .xvi,

NuUus vir deinceps muliebri veste induatur, et Finn .Maguusoii, Lexicon mythologicum,

velmulier veste viro cou vniicnte ; dans Labbe, p. 1050.

tuelles et les nécessités de son rôle, on aimait mieux exagérer son activité que la restreindre : les plus pétulants se drapèrent effrontément dans une peau de bouc et jouèrent jusqu'au bout leur personnage de Satyre en osant toutes les impudences et poussant l'obscénité jusqu'aux derniers excès. Il se trouva même des femmes, habituellement douces et contenues, qui ambitionnèrent le rôle de Ménade, et leurs cheveux épars , leur robe ouverte et les pampres dont elles s'étaient couronnées, n'égaraient pas moins leur raison que les enivrements de la joie et du vin. Pour ne pas rendre l'illusion trop difficile il fallait seulement dissimuler sa vraie personnalité. D'abord on se cacha la figure sous une feuille d'acanthe ou un morceau d'écorce g¥ossièrement taillée ; quelquefois même on se bornait à le noircir avec le suc de quelques plantes ou à le barbouiller de suie : on cessait d'être soi, mais on ne devenait pas tout à fait un autre, et le plaisir restait incomplet. On inventa donc avec le temps des masques, façonnés à l'image de l'homme, qui permettaient de représenter réellement des personnes différentes. Ces masques n'étaient pas seulement, comme on l'a cru pour la Grèce et l'Italie, un appendice bizarre des fêles deBacchus (1) : c'est une invention logique que les premiers développements du génie dramatique devaient amener chez tous les peuples d'tine imagination paresseuse ou d'une sensualité exigeante. Ainsi, pour en citer ici un seul exemple que ne tarderont pas à confirmer d'autres témoignages, tous les personnages des anciennes pièces mexicaines étaient caractérisés par des masques (2) trop singuliers pour ne pas ê^tre traditionnels (3). Ces

(1) On eu trouvera plus loin des preuves lations mexicaines, ip. 13, 20 et 21. A Java, nombreuses ; nous ne citerons ici que le les acteurs portent aussi des masques trop Yakkun Nattanaaa et les usages des In- souvent grotescjues pour ne pas être caractédiens du Brésil : voy. Spix et Martius , cités ristiques : voy. de Rienzi, Océanie, t. I, p. 83 dans Klemm, Allgemeine Kulturgeschiclite , et pi. xvi.

t. II, p. 114. (3) A la vente du cabinet de M. Hertz,

(2) Brasseur de Bourbourg , Essai sur la figurait parmi les antiquités mexicaines un fjoésie et la 7nusique des anciennes popu- masque en bois mar(jueté de turquoises, qui

DE LA COMÉDIE PRIMITIVE. [u\

mascarades n'étaient le plus souvent que des représentations muettes', telles qu'en offrent encore ces cavalcades historiques où, sous couleur de faire une bonne œuvre, on se pavane en public, quatre ou cinq heures durant, dans le velours et la soie. Les plus intelligentes ne songeaient qu'à bien approprier le langage aux habits et à ne point trahir le déguisement par des gestes qui auraient démasqué les personnages : il y avait des acteurs qui remplissaient un rôle, mais leur ensemble ne composait point une œuvre dramatique. Chacun se divertissait de son mieux, pour son propre compte, sans s'inquiéter du plaisir du public ni de la pensée des autres masques. Ce fut seulement à la fin du dix-septième siècle que, par une fantaisie loute fortuite, quelques grands seigneurs allemands firent de ces mascarades indisciplinées une espèce de comédie. Le palais où se donnait le divertissement était lui-même travesti et représentait une auberge; le fastueux Amphitryon prenait la tenue et lepatelinage intéressé d'un hôtelier, et chacun de ses invités tirait au sort le personnage qu'il devait remplir. Les hasards de cette distribution ajoutaient au plaisir du travestissement l'imprévu et souvent le piquant du contraste : ainsi, au mariage de la fille du roi de Danemark Frédéric III avec le duc de Holstein, la reine dut jouer le rôle d'une coupeuse de bourse, et le prince royal celui d'un garçon barbier très-empressé à raser tout le monde (1). Quoique bien humble et bien monotone, il y avait un sujet : les rôles étaient choisis et disposés avec une sorte d'intelligence, un lien matériel attaclrait tant bien que mal toutes les scènes ensemble ; mais aucune idée n'en vivifiait l'en-

fut vendu 32 1. st. {Athenaeum, u° 1635, trouvé dans les ruines de Palenqué , et fut

26 février 18 59, p. 288 , col. 3), et le cata- vendu 13 1. st. A en juger par cette annonce,

logue des antiquités mevicaines de yi. Percy ce n'était pas un masque, mais un moule; ce

Doyle, dont la vente eut lieu le 4 janvier 18 59, qui serait encore plus significatif, annonçait a niask, with opcn mouth, in hard (1) Menestrier, Heprésenttitions en musi-

red stone , the concave surface sculptured (]ue , préface: voy. aussi Ibidem, p. 284-

with sitting figure of a mexican chief, sur- 286, et Flogel , GeschiclUe des Grotesk-

rounded by varions emblcms. Il avait été Komischen, \y. 322-324, 2" édition.

semble, aucun but sérieux ne leur donnait de sens. C'était un simple amusement qui s'arrêtait aux premières limites de l'An et ne pouvait les franchir.

Mais si jeune que soit un peuple, il a des souvenirs qui flattent son orgueil, qui le fortifient aux jours du danger et le soutiennent dans ses heures de défaillance. Il se plaît à les raviver par des commémorations publiques, et, à défaut de tout sentiment patriotique, les gouvernements qui se piquent de quelque prévoyance ne les laisseraient pas dépérir (1). Il y a des milliers d'années qu'en souvenance du séjour de leurs pères dans le désert, les Israélites ont célébré pour la première fois la Fête des Tabernacles, et, malgré leur dispersion comme la poussière jetée à tous les vents du ciel et leur mise hors la loi des nations durant des siècles, à l'époque marquée par leurs traditions ils construisent encore maintenant en Alsace des cabanes, et vont y camper religieusement pendant sept jours (2). Si de simples réjouissances suffirent pour les premiers anniversaires, leur sens s'obscurcit d'année en année ; il devient de plus en plus nécessaire d'en rappeler la cause, et des cortèges, caractérisés par des insignes ou des costumes particuliers, apprennent clairement à tous le sujet -de la fête (3). Mais quand le sentiment

(1) Ainsi on fêtait à Pise , par une corn- (2) Revue des Deux-Mondes, 1*' novemniémoration annuelle, la victoire que Cinzica bre 1859, p. 145. Yoy. la partie du Tal- Sismondi remporta , le premier jour de l'an- mud appelée Succah, et Josèphe, Antiquinée 1105, sur Muzet, roi Maure de Sardai- tates judaicae, 1. m, ch. 10. gne. La Fête délia Porehetta, à Bologne, (3) Ainsi, par exemple, à la procession du célébrait la folie feinte de Tibaldello et l'af- 3 mai , en commémoration de la levée du franchissement de la tyrannie des Lamber- siège d'Orléans, on porte la bannière de tazzi, que Faenza lui dut en 1281. On avait Jeanne d'Arc. Quand la fête n'a rien d'hisaussi grand soin, à Venise , de rappeler au torique qui la caractérise, elle peut se conpeuple la guerre de Chioggia : voy. le Gior- server par habitude ou par hasard; mais on nale délie Provincie Venete , octobre 1827, ne tarde pas à en oublier l'origine et la signip. 124. A Java, ces commémorations histo- fication. C'est ce qui est arrivé pour une riques s'appellent <open3 (de Rienzi, i. /.), danse armée, appelée le Bacchu-ber , qui et se retrouvent dans des pays encore moins s'exécute tous les ans, le 16 août, jour de la civilisés : Banks et Parkinson virent repré- fête patronale, au Pont-de-Cervières , dans senter, à Youlie-Etî, sa conquête par les l'arrondissement de Briançon. Malgré le Lahabitants de Bolébolé ; Voyage autour du dralia, du P. Josselin, on connaît aussi très- Monde, t. I, p. 127. mal les vraies causes du combat par lequel

public n'est plus surexcité par les circonstances, on est bientôt obligé de recourir à un spectacle plus extraordinaire et plus saisissant. Ainsi, pour relever la commémoration de la défaite des Anglais dans un des faubourgs de Montluçon, on y mêlait un des amusements les plus populaires du pays : tous les acteurs, armés et équipés à la mode du quatorzième siècle, faisaient piaffer des chevalets (1). A Riez, dans les Basses-Alpes, la mise en scène n'est déjà plus aussi arbitraire et se pique d'une sorte de couleur locale : des Sarrazins avec cocarde et drapeaux verts défendent un fort garni de feuillage contre des chrétiens habillés en hussards et en fantassins; après deux jours de combats le fort est pris, et les vainqueurs rendent grâces à saint Maximin du triomphe de leurs armes (2). A la procession de Russon, en souvenir du meurtre de saint Evermarus pendant un pieux pèlerinage, les nécessités dramatiques du sujet étaient encore mieux senties et plus respectées : dût la pudeur publique en souffrir, les assassins étaient des Sauvages, et comme tels ils se couvraient à peine de quelques feuilles, et les pèlerins chantaient une légende dans l'esprit de leur rôle, mais parfaitement étrangère à la fête (3). La représentation à Goventry d'une victoire remportée sur les Danois se rapprochait encore davantage d'un véritable drame : sans doute pour agréer plus sûrement au peuple, le combat y tenait la plus large place; il y avait toujours de tumultueuses évolutions et de grands coups d'épée,

on célébrait tous les ans à Autuu la fête de s'accompagnant sur la lyre une chanson cotu-

saint Ladre : voy. Rosny , Histoire de la mençant ainsi :

ville cl' Autun,Y>. IbO. „'■''.->»•■$• • „. -^ •

( t ) De Nore , Coutumes des Provinces de ""'^ ''. ° f ^^^<^' Vî « Ma«Sov^ , ^ou optaev nv France, p. 28 2. La fetc a heu dans le faubourg de la Fresle, sur le lieu même de la ^I" r.henier; dans Guys, Voyage littéraire bataille [PrucUum). de la Grèce, t. l , p. 207.

(2) Ladoucette, Topographie des Hautes- (3) Je suis un pauvre pèlerin qui volon-

Alpes, p. 4:io. A la fin du siècle dernier, on tiers fait un pèlerinage ; D"" Bfov)y, Prome-

représentait encore en Grèce, dans une danse nades historiques dans le Pays de Liège ,

populaire appelt'-e VArnaoute , une des vie- t. II, p. 187 et suiv. Voy. aussi de Reirisberg

toires d'Alexandre ; l'orchestre chantait en Dïningsfeld, Xe Calendrier beZ</e, 1. 1, p. 290

mais les acteurs n'élaient plus de simples figurants qui frappaient alternalivement d'estoc et de taille ; ils parlaient comme des hommes réels, et même en vers (1). Déjà Timagination se glissait subrepticement dans ces solennités : à la reproduction matérielle des faits elle ajoutait des idées populaires, qui n'étaient à personne parce qu'elles appartenaient également à tous, mais qui en changeaient le sens ou lui donnaient plus de portée. Ce n'était plus seulement la victoire de saint Georges sur le dragon qu'on représentait dans toute la chrétienté le jour de sa fête, on prouvait d'une manière sensible à tous les spectateurs qu'ils devaient mettre leur confiance en Dieu et vivre en bons chrétiens (2). On alla jusqu'à mettre en action les paroles d'un pape et leur attribuer la valeur d'un fait (3) : pour rappeler au peuple Vénitien que l'empire des mers lui appartenait, le doge se mariait solennellement tous les ans avec l'Adriatique (4). Il serait donc facile, sans sortir de l'Europe, de trouver dans les fêtes populaires tous les éléments d'une histoire du Drame ; mais les savants lisaient les livres latins, la foule assistait aux Mystères de l'Église, et la connaissance d'œuvres moins imparfaites dut y exercer une grande influence sur les perfec-

(1) On rappelait même Hox Tuesday play : temps de Rabelais les habitants de Metz eélé- Toy. Sharp, Dissertation on the pageants braient aussi tous les ans la victoire de saint or dramatic Mysteries of Coventry, p. 125- Clément sur le Graoully, dont ou faisait cla- 132. On célébrait aussi, et peut-être céiè- quer bruyamment les mâchoires; Gargantua, bre-t-on encore par un combat dramatique 1. iv, ch. 59.

la reprise d'Alcoy par les Chrétiens en 127 6 : (3) Alexandre III dit au doge Ziani après

\oy. Llobet, Apuntes historicos acerca de l'assistance qu'il en avait reçue contre Fré-

las fiestas que célébra cada ano la ciudad déricBarbcrousse : Cheil mare vi siasoggetto

de Alcoy. come uiia sposa al marito, poiche lavetc ac-

(2) Xovidius disait en parlant de la vie- quistato colla vitturia.

toire miraculeuse du saint; Sacra Fasta , (4) Le doge allait le jour de l'Ascension

1. Ti, fol. 48 v°, éd. de 1359 : y jeter avec beaucoup de pompe une bague

Perque anuos duci monet (rex) in spectacula d alliance que lévèque bénissait auparavant,

[casum, et il disait en la jetant : Mare, noi ti sposiamo

unde datur multus i. multis) annuascena in segno del nostro vero e perpetuo dominio.

[iocis. Ce singulier mariage s'appelait la Fête du Bu-

Cette représentation se donne encore en plu- centaure. Une autre fête très-curieuse, où l'on

sieurs endroits , notamment à Mons , où le promenait des poupées, la Fête des Maries,

peuple l'appelle Le îumeçon. Le lieu de la était aussi commémorative : voy. Michiel,

scène est la Graud'place de la ville, et le Origine délie feste Veneziane , t. I, p. 91-

bourgmestre y assiste a\ec les échevins. Du 108.

DE LA COMEDIE PRIMITIVE. 9î)

lionnements de la Comédie. Au lieu d'une histoire générale où rcsi)rit humain donne sa mesure, on écrirait les mémoires particuliers d'un théâtre, des fragments incomplets et sans valeur, parce que rien d'ahsolument vrai n'en pourrait sortir. C'est seulement chez les peuples sans traditions littéraires, chez ces enfants d'eux-mêmes qui n'ont connu les différentes formes de l'Art dramatique que successivement, au fur et à mesure qu'ils les ont créées, que l'on peut en étudier vraiment les développements. L'Humanité n'abjure pas instinctivement ses aspirations naturelles; elle ne suit point tête baissée des tendances contraires parce que l'homme a grandi sous un autre ciel, et ne s'exprime pas dans le même idiome : ce sont toujours ses organes qui ont senti, c'est son imagination qui conçoit et son intelligence qui parle. Sans doute, pour comprendre dans tous leurs détails les représentations que les historiens et les voyageurs ont indiquées, souvent d'une manière bien sommaire, il faudrait posséder des annales qui n'ont jamais été recueillies et avoir approfondi les secrets d'une civilisation dont nous connaissons à peine quelques bizarreries à fleur de terre. Mais nous sommes un peu maintenant comme les spectateurs habituels de ces divertissements : ce qui nous intéresse, c'est la représentation elle-même, le matériel et le mouvement de la scène, le passage d'une simple commémoralion à une forme dramatique plus élevée.

Toutes les religions assez développées pour se donner le luxe d'un culte public représentent dans leurs cérémonies les principaux événements de leur histoire, et ces pieuses solennités ne songent d'abord qu'à en remettre sûrement les traditions en mémoire. Mais elles veulent bientôt raviver plus directement la foi et montrer en même temps les idées du dogme, les mettre aussi en scène ; le Drame monte en chaire, et les faits deviennent des mythes, de jour en jour moins compris, même des prêtres.

JOO LIVRE I.

Quand leur obscurité est complète, ces représentations ne sont plus qu'une ébauche de drame, qu'on reproduit par habitude, avec un respect de plus en plus inintelligent, et qui se conservent sans grand changement pendant des siècles. Des voyageurs assistaient naguère, dans une des îles de la Mer du Sud, à un ballet avec accompagnement de tambour où chaque figure était invariablement répétée trois fois, et tous les danseurs s'étaient bizarrement embarrassés d'une longue queue de cheveux rapportés (1). A Bornéo, le spectacle est plus mythique encore : après avoir terminé la récolte matérielle du riz, les moissonneurs veulent en recueillir aussi l'esprit, et se livrent dans tous les villages à une sorte de pantomime mêlée d'exclamations, qui, tout énigmatique et ridicule qu'elle soit devenue, avait certainement à l'origine un sens religieux (2). Il y a même eu des pays où, précisément à cause de l'impérissable mystère qui en recouvrait la cause première, ces jeux dramatiques furent regardés comme de pieuses superstitions et assimilés à des cérémonies sacrées. Pour obtenir la guérison d'une maladie qui avait résisté à d'autres remèdes moins héroïques, les jongleurs

(1)A Youlie-Etî; SidneyParkinson, Voyage of thèse hangs down a long, narrow strearaer

autour du monde, t.I, p. 126. of white cloth. Suddenly elders and priests

(2) Voici la curieuse description qu'en a rush to it, seize hold of its exti-eniity, and

donnée M. Spenser St John dans son voyage amidthe crashing sound of drums and gongs

intitulé Life in forests of the Far East : lu and ipe yells of spectators, begin dancing and

some tribes itis a far more cxciling spectacle, swaying themselves backwards and for-

especiallywhendone at night. A large shed is wards, and to and fro. An elder springs on

crected outside the village, and lighted by the altar, and begins violently to shake the

huge fires insideand ont, which cast a ruddy tall bamboos, uttering as he does so shoutsof

glow over the dense mass of paims surroun- triuniph , which arc responded to by the

dLug the houses ; -while gongs and drums are swaying bodies of those below ; and aniid ail

crashing around a high and spacious altar this excitement , small stones , bunches of

near the shed, where a number of gaily-dres- hair and grains of rice, fall at the feet of the

scd meu and womcn are dancing with slow dancers , and are carefully picked up by

and stately step and solemu countenances, watchful attendants. The l'ice in the soûl

some beariug in their hands lighted tapers, sought for, and the ceremony ends by se-

soinc brass salvers on which are offerings of veral of the oldest priestesses falling , or

rice, and others closely covered baskets, the pretending to fall, to the carth senseless;

contents of which are hiddcnfrom ail but the where, till they recover , their heads arc

initiatcd. The corner-posts of the altar aie supported and their faces fanned by their

lofty baniboos, whose leafy summits are yet younger sislers. greeii and rustle in the wiud ; and from ono

des Iroqiiois ordonnaient l'exécution d'une espèce de ballet accompagné de chant (1), et à l'aide de certains costumes et de danses particulières, les prêtres de l'Yucatan espéraient disposer les dieux à écouter plus favorablement leurs prières (2).

Dans les commémorations purement historiques, on s'est borné d'abord à représenter des faits généralement connus, et il suffisait d'une simple pantomime pour les rappeler aux spectateurs, malgré les imperfections ou les élrangetés de la mise en scène. Ainsi, àComapa, deux troupes d'acteurs, distingués les uns des autres par la peau d'un animal dont la tête est ramenée sur leur front, viennent encore se ranger en bataille ; des propositions d'arrangement sont faites par un des partis, discutées par l'autre et définitivement repoussées; alors un signal est donné, et le combat s'engage au milieu des cris de guerre. Après une lutte acharnée, la victoire se déclare pour le parti qui porte des peaux de daim; les vaincus abandonnent le champ de bataille, et les vainqueurs y tracent avec un long bâton la figure d'un animal (3). Dans plusieurs autres villes de l'Amérique du Sud, au lieu de ce vêtement un peu sauvage, les acteurs àeBaiies (4), appartenant probablement à une civilisation plus avancée, prennent le plus souvent des habits d'une forme et d'une richesse extraordinaires (5) ; mais cette splendeur insolite est encore de l'histoire ; le costume de chacun répond au personnage qu'il re-

(1) On l'appelait Te - Jennonniahoua • (o) Compouianse (initotes) de innumorable Lafitau, Mœurs des Sauvages américains, muchedumbrc, unos vistosamenteadornados, t. I, p. 528. y otros cntragcs y (iguras cxtraordinarias ;

(2) Sacrificavdii en Yucatau cou fiestas y Solis , Historia de la conquista de Mexico ^ bayles, pidiendo a los dioses niiscricoidia de I. m, ch. lo, t. I, p. 41o, éd. de Madrid, alguu mal que temiau... desollavauius, ves- 1783. A 0-Taïti les acteurs de ces danses tia se el sacerdote el pellcjo, y l)ayia\a ; portent aussi des babils ciogants et de forme Herrera, Historia gênerai de los hechos de iuusitée(rook, Troisième votjage, t. II, 1. m, los Caslellanos en las Indias , décade IV, ch. 3, p. 165) : la même recherche se trouve 1. X. ch. 4 , t. IV, p. 267, éd. de 1601. à Java (de Rienzi, Océanie , t. I, p. 83) , et

(3) Lettre de don Urrutia sur les anti- les Grecs croyaient que les demi-dieu v dequités de Cinaca-Mccallo ; dans The Athe- valent porter sur le théâtre des vêtements naeum, 13 décembre 1856, p. 1537. plus splendides que ceux des simples mor-

(4) Littéralement, Danses. tels ; Aristophane, Ranae,\. 1061.

présente (1), et pour surcroît d'exactitude un masque reproduit les traits officiels qu'on lui attribue (2). Ces représentations, comme on les appelait quelquefois (3), flattaient l'orgueil du peuple en réveillant de glorieux souvenirs et entretenaient l'esprit national. Aussi leur direction était-elle une fonction publique à laquelle étaient attachés de grands honneurs, et quand les idées chrétiennes se substituèrent à l'ancienne religion du pays, le Eolpop (4) fut maintenu en charge et conserva dans les églises toutes les prérogatives dont il avait joui dans les temples (5). Chez les peuples dénués d'imagination ou préférant les travaux industriels à l'exercice de la pensée, ces pièces incomplètes seraient restées inintelligibles, si le matérialisme grossier et la fidélité judaïque de la représentation n'eussent suppléé au mutisme des acteurs. Pour paraître plus grands que nature, les dieux montaient sur des échasses et se grossissaient prodigieusement la tête (6) ; les rois, toujours drapés dans leur costume de parade, vaquaient à leurs moindres affaires le sceptre à la main et la couronne en tête. Pour simuler une promenade à cheval, on cavalcadait réellement sur des chevaux naturels. Dans leur ardeur à prouver la réalité de l'action, les femmes trouvaient leur pudeur à couvert quand les autres acteurs avaient vidé le théâtre, et se mettaient au bain sans réserve aucune, parce que les spectateurs n'existaient pas dans la pièce (7).

(1) Prince de Soltykoff , Voyages dans Mexico, l. L, Eutraban en ellas (uiitotes) los l'Inde ; t. I, p. 52-54 ; Garcilasode la Vega, nobles, mezclandose con los plebeyos en ho- Comentarios reaies que tralan de el origen nor de la festividad : y tenian exemplar de de loslncas, F* Partie,!. II,ch. xxvn, p. 67, haber entrado sus reyes.

éd. de Madrid, 1673. (5) Brasseur de Bourbourg, l. L, p. 67.

(2) Brasseur de Bourboiirg, Histoire des (6) K.empfer, Histoire du Japon , t. Il, nations civilisées du Mexique, t. II, p. 65. p. 42. Les llomérides attribuaient aussi aux

(3) C'est le nom qu'on leur donnait dans dieuv des traits plus forts, une taille plus l'Yucatan, Baham. élevée el plus de pesanteur : Sciyr.v vàp iftv 6s6v

(4) Littéralement. Chef de la natte; c'est le Iliadisl. t. v. 8 39. C'est même surtout par nom que porte le maître de la scène : ses leur grandeur qu'ils sont caractérisés dans les fonctions consistaient à diriger les répétitions bas-reliefs antiques.

et à jouer du tambour pendant la représenta- (7) We are introduced to a sovereign court,

lion. Selon Solis, Historiade laconquista de -where ail the cérémonies are observed which

Des pantomimes aussi malhabiles ne pouvaient satisfaire un public moins primitif, pour qui tout spectacle n'était pas un plaisir; on s'en prit à leur simplicité, et l'on voulut, pour les rendre plus agréables, les compliquer et les embellir; les accessoires étouffèrent l'idée principale, et il fallut y ajouter des paroles qui en rappelaient l'origine et en expliquaient les circonstances capitales (1). A Java, un personnage étranger à l'action intervient encore dans la représentation et récite un livret dont les acteurs miment en même temps les différentes scènes (2). Mais cette séparation de deux choses inséparablement unies à la même pensée, la parole et le geste^ répugnait également à l'idée et à la vérité du Drame (3) : le récit fut découpé en dialogue, chaque acteur en eut sa part à dire et compléta lui-même sa pensée. Quelques parties ingrates gardèrent seules une forme narrative et continuèrent à être racontées en dehors de la pièce (4) ;

are practised in daily life, the di'ess beiug those ordinarily woru and most gorgeous they are. The king and queen hâve added to their fingers golden clams, several inches long, to represent nails, whose length is the emblem of the highest blood. There is a battle, and rewards to the victors, and a crowning of a king's son in recompense for his valour, and offerings to Buddha, and a great feast, and the bathing of the Court ladies, and processions in w'hich the king, queen and favourite concubines ride ou real ponies ; Bowring , The Kingdom and people of Siam, t. U, p. 326.

(1) La Danse de la nation quichée [Xahoh- Quiche-Winak) est parlée (d'après Ximenes, Historia de los reyes del Quiche, cité par M. Brasseur de Bourbotirg , l. l., t. II, p. 543), et les deux formes se trouvent aussi simultanément au Japon ; Kaempfer, Histoire du Japon, t. II, p. 40.

(2^ Il s'appelle Dalang, et on le considère comme le chef de la pièce : voy. de Rienzi, Océanie, t. II, p. 83. Cette forme grossière s'est conservée longtemps en Espagne. Escribcse prfmero en un desaUnado romance cl sucesso que quieren rcpresentar, antiguo o moderno, en forma de relacion ; este le va cantando un mùsico en voz alta y clara, de forma que le percibe el auditorio, y conforme

va nombrando los personnages se van ellos introduciendo â la escena , vestidos con la mayor propiedad que pueden, y enmascarados como los antiguos histriones. No representan ni articulan palabra alguna , pero con acciones y gestos (que la mala expresion de sus toscos artifices hace ridicules en la sinceridad de su rethorica natural) van ellos significando cuanto el mi'isico canta y haziendo cada personage los movimientos que le tocan del sucesso que se va cantando ; Bances Càndamo, Theatrode los theatros, l.l., p. 455.

(3) A Java , lorsque le prince assiste au spectacle, les acteurs ne portent pas de masques et récitent eux-mêmes leur rôle ; de Rienzi, l. L Une forme intermédiaire, mais impliquant des connaissances ou des habitudes musicales assezjdéveloppées, existe encore en Allemagne. Trois acteurs couronn set barbus, le visage noirci et un man:cau rouge sur les épaules, se promc lont préccd^îs d'une étoile au bout d'un long bâton ; les gens de leur suite posent à terre une petite maison en carton où l'on aperçoit un homme la couronne sur la tète ; et ils chantent en chœur l'adoration des Trois Rois. Leur cantique est imprimé dans le Das fcslliche Jahr , p. 24.

(4) La forme narrative est encore mêlée au Drame dans le fragnu'nt du y'icax Mystère de la Résurrection , publié par M. Jubinal.

mais il suffisait pour les y faire rentrer que l'inexpérience des metteurs en scène devînt un peu moins naïve. Dans une pièce quichée très-curieuse , le Rabinal Achi [i]^ toutes les conditions extérieures du Drame sont déjà remplies : il y a cinq personnages très-distincts et très-caractérisés qui se partagent tout le dialogue ; l'action se passe réellement sous les yeux, et, quand le sujet Texige, se déplace et emporte la scène avec elle (2) ; elle commence à un commencement, ajoute à l'exactitude historique des faits la peinture matérielle des choses, et aboutit à une vraie fin. Mais cette vérité brute n'est soumise à aucune idée d'Art qui l'ordonne et la règle; l'action n'est qu'un dialogue, et le dialogue, qu'une suite de conversations lentes et monotones, entremêlées d'une foule de danses; tous les sentiments affectent les formes d'une politesse solennelle qui les dépoétisent, et dans leurs défis les plus violents les interlocuteurs commencent par se draper dans leur colère et se renvoyer systématiquement les mêmes injures. Ce n'est déjà plus cependant une simple commémoration, l'auteur a regardé par-dessus l'histoire ; il a voulu composer une pièce patriotique bonne à représenter la veille d'une entrée en campagne (3). Mais quand le Drame ne s'est plus seulement proposé de montrer au peuple ses souvenirs en les lui reflétant comme dans une glace, quand il eut une existence particulière et un but à lui., il a naturellement marché dans sa voie et compté avec les faits. D'abord il étendit la signification littérale que la tradition y avait jusqu'alors attachée, puis il osa davantage ; il inventa des détails inconnus, et y mêla des idées étrangères. 11 fit appel au sentiment poétique des masses, à leur

(1) Le Champion de Ravinai: elle renion- l'usage, loin de se consoler par la pensée que terait au treizième siècle, selon 31. Brasseur sa mort sera cruellement vengée, le prisonde Bourbourg, qui l'a publiée à l'appendice nier finit par appeler sur ses meurtriers les de sa Grammaire de la langue quichée. bénédictions du ciel et de la terre; p. 118.

(2) Le lieu de la scène change quatre fois. Aussi la pièce s'appelait - elle Xahoh-Tun,

(3) A la fin, les guerriers de Ravinai met- Drame-ballet du tun : le tun est un tambour tent à mort lc*prince que leur chef a vaincu, de guerre, creux et sourd.

et loin de mourir l'injure à la bouche selon

besoin d'admirer des hommes haussés sur un piédestal et de croire des choses incroyables. Le spectacle réel de l'histoire leur paraissait trop logique et trop vulgaire, et avec leur approbation complète une poésie grossière, mais plus sympathique à leurs tendances, s'empara de leurs traditions et les embellit à sa guise. On inventa ce singe monstrueux qui, dans la représentation donnée au docteur Bowring par le roi de Siam, enlevait une noble dame et ne la mettait en liberté que par l'intervention d'un prêtre retiré au fond des bois (1). Dans la pièce que Pinto vit jouer à Timplam, des intentions mythiques sont encore plus faciles à reconnaître. Après avoir dévoré la fille d'un roi, un monstre marin se replongeait dans les flots; mais, touché des supplications et de la douleur des suivantes, le dieu de la mer lui commandait de rejeter le monstre sur le rivage, et la mer obéissait ; alors une jeune fille s'approchait du monstre un couteau à la main, lui ouvrait le ventre, et la princesse rendue à la lumière se mettait à danser (2). Tout en conservant leur nom primitif, ces représentations n'étaient plus seulement la mise en scène d'une tradition populaire; elles exprimaient çà et là des idées personnelles à un auteur. D'abord, cependant, on voulut faire à l'imagination sa part, et elle s'y résigna pour un temps : elle acceptait sans y rien changer môme toutes les paroles que les personnages avaient réellement prononcées. Mais le besoin de penser un peu par soi-même, le désir de rendre le succès plus vif par des allusions aux choses du moment, la nécessité de remédier aux défaillances de la mémoire modifiaient peu à peu la forme première. Des détails arbitraires, de jour en jour plus nombreux et plus caractérisés, ont fini

(1) The story bcgan by the appcarance of by thy interférence of a priest whose temple is

a monster monkey in a forcst , wliich is visi- in the forcst ; The Kingdom and peoplc of

ted by a number of iadies of rank ; one of Siam, t. H, |>. 32G.

whom , after an unsuccessful slruggle , the (2) Les Voyages adventureux de Fer-

others beiiig raanaged to escape, the monster nand Mende2 Pinto^ch. cLxiii,p. 641, éd. de

monkey contrivcsto carry otf. She isredeemed 1 64 H .

par être si positivement contraires aux traditions, qu'ils ruinaient l'autorité de ces représentations et abaissaient leur caractère. On s'est habitué à n'y plus voir une chronique dialoguée, reproduisant au vif des événements réels, ni même la célébration d'un glorieux anniversaire, mais un spectacle imaginé pour le plus grand plaisir des assistants, et on Ta donné indifféremment à toutes les fêtes (1). L'imagination est rentrée en possession de ses droits; elle a regardé non plus seulement autour d'elle, mais en dedans, s'est consultée, et l'œuvre d'Art a commencé. L'histoire n'a plus été une donnée inviolable qu'il fallait suivre la tête basse, comme un pauvre animal en laisse, advienne que pourra, mais un moyen facile d'intéresser davantage^ une bonne matière de spectacle, qu'on arrangeait librement à sa guise, pour mieux arrivera son seul et unique but, la récréation du peuple. Tout ce qui ne paraît pas suffisamment amusant est accourci, transformé ou entièrement supprimé, et l'on ajoute à ses risques et périls des aventures qui compliquent l'action, des péripéties qui renouvellent la curiosité et augmentent l'intérêt. On y mêle de la musique et des danses de fantaisie; on adopte une forme plus mesurée, un style plus élevé, et l'on exige de ses acteurs une déclamation plus pompeuse. De nouveaux personnages sans liaison directe avec le sujet y sont introduits, uniquement pour égayer la scène et amuser l'auditoire (2), et l'on ne prend pas même la peine de les rattacher

(!) Kgempfer eu vit donner au Japon pour la santé; Acosta, cité par M. Brasseur de

célébrer le matsuri en l'honneur de Suwa; Bourbourg, Essai sur la danse et l'art dra-

Histoire du Japon, t. II, p. 39. C'était'en- viatique des anciennes populations Mexi-

core en représentant des pastorales que les caines, p. 12. Les rois de Havaii ont à leur

premiers catéchumènes célébraient au Brésil service depuis un temps immémorial un fou,

les grandes fêtes de l'Église; le P. Cardim, hula dans la langue du pays, chargé de les

cité par M. Ferd. Denis, Une fête Brésilienne amuser par des bouffonneries et des danses ;

célébrée à Rouen en 1550, p. 48. Remy, Récitsd'un vieux Sauvage pour servir

(2) Dans les représentations qui avaient à l'histoire ancienne de Havaii, p. 8 : voy.

lieu à r.holula, en l'honneur de Quetzalco- Flogel, Geschichte der Hofnarren, Lieguitz,

huatl, on contrefaisait dans des scènes bur- 1789. Telle est l'origine du Delirus des Atel-

lesques les sourds, les aveugles et les boiteux lanes romaines (voy. Laurenbergius, .inie-

qui allaient implorer au temple leui" retoui' a quarius, fol. 267, éd. de Lyon, 1652), et du

par un lien extérieur à la marche des événements. A quoi bon? Forcé par l'esprit nouveau de ces représentations d'étudier de plus près la nature, de Timiler avec plus d'exactitude et de la reproduire quelquefois au microscope, l'acteur lui-même se sentit artiste. Tout au gonllement de sa vanité, il perdit le respect de son personnage et s'exagéra maladroitement son importance : il arrêtait la pièce, sortait sans façon de son rôle et, pour se concilier le public (1), lui adressait directement la parole. Quand par aventure l'intérêt venait à languir, des bouffons à l'afTùt du moment sautaient sur le théâtre et réveillaient l'attention par des gestes comiques et de grosses plaisanteries dont Tesprit prosaïque contrastait vivement avec l'inspiration élevée et le ton général de la pièce (2). Ces scènes épisodiques étaient trop bien accueillies d'un public distrait et amoureux du changement, pour ne pas être amenées avec une sorte de régularité : elles reçurent quelques développements et devinrent des intermèdes qui entraient dans l'économie de la pièce et se conformaient à ses convenances. Ce n'était le plus souvent que des danses bouffonnes, des chansons d'amour à plusieurs voix (3),

Fou des Mystères du moyen âge : voy. nos petite pièce publiée par Bowdich, Voyage

Essais sur quelques points d'arcJiéologie et dans le pays d'Aschantie, p. 475 :

d'histoire littéraire, \^. Ibl. Dans les danses i-k femme.

bretonnes et bascjues on se plaît encore à Mon mari m'aime trop ;

faire figurer l'ivrogne; Cambry , Voyage il est bon pour moi,

dans le Finistère, t. III, p. 177; Stephens, mais je ne puis l'aimer:

Tlie Basque Provinces, t. I, p. 172. il faut que j'écoute mon amant.

(1) Dans une représentation doimée à le mari. Ceylan, l'acteur chargé du rôle du roi, s'in- Ma femme ne me plaît point, clinait devant le prince de Soltylcoff qui en je suis las d'elle ;

payait les frais, et l'appelait Radja ■ Prince j'en choisirai une autre

(le SoltykofT, Voyages dans Vlnde, t. I, (pii est fort jolie.

p. .52. I.V l'IiMME.

(2) Nous citerons parmi beaucoup d'autres .Mon amant me tonte par ses douces paroles; Kccmpfer, Histoire du Japon, t. II, p. 40. mais mon mari me traite toujours bien ; Dans la représentation à laquelle il assista à ainsi je dois l'aimer

Nagasaki un de ces bouffons était habillé et lui rester (idèle.

comme nos Arlequins ; Ibidem, p. 42. Ces le mari.

parades étrangères à la pièce se retrouvent Jeune fille, vous êtes plus jolie que ma femme,

encore maintenant dans les représentations mais je ne puis vous donner ce nom :

populaires de l'Italie; Tigri, Canti popolari une femme ne veut plaire qu'à son mari;

Toscani, p. xxwui. quand je vous «(uitte, vous cherchez à plaire

(3) Nous donnerons , comme exemple, une fa d'autres.

OU quelque chant guerrier, enfiévré des passions du moment ; mais on eut aussi l'idée d'y raconter, en lui donnant une forme dramatique, la chronique scandaleuse du canton {{). C'était enfin une vraie comédie à l'état d'ébauche : la peinture vivante de choses réelles et la représentation de personnes ridicules.

Il ne restait plus qu'à sortir ces pochades du cadre, au moins inutile, où elles se trouvaient enchâssées et un peu étouffées. Ce nouveau progrès s'obtint naturellement, sans effort, peut-être même sans intention, comme lous les autres. C'était, qu'on nous passe l'expression, un progrès en arrière, un retour à la première nécessité de toute œuvre d'esprit : l'unité d'inspiration et de but. Ces faciles esquisses amusaient infailliblement quand elles étaient d'une ressemblance frappante ; elles copiaient de leur mieux une réalité quelconque sans y ajouter aucune idée ni en tirer aucune conséquence, et s'arrangeaient au besoin d'un seul acteur : elles ne l'obligeaient pas même toujours de se mettre en frais de costume et de changer ses habits de tous les jours. Un voyageur épuisé de fatigue et mourant de faim découvrait enfin un rayon de miel; après s'être bien félicité de son heureuse trouvaille et s'en être d'avance pourléché les barbes, il s'approchait à pas de loup de la ruche, et, pour s'en emparer plus commodément, allumait quelques broussailles. Mais ses infortunes continuaient. Aveuglé d'abord, puis suffoqué par la fumée, il était ensuite assailli par les abeilles qu'on entendait bourdonner tout autour, et ses gestes désordonnés montraient la douleur cuisante que lui causaient leurs piqûres (2). Un sujet semblable, si l'on peut appeler ainsi une

Dans quelques représentations populaires ria suir infliienza dei spettacoli ^ p. 16o.

du milieu de l'Italie, on chante encore avec (1) lUchard, Histoire nalurcllc, civile et

danse de petites compositions en octaves, politique du Tonquln, t. ], p. 131.

appelées Bruscelli j dont le sujet est tou- {2) De LB.Giromiie, Aventures d'ungenlil-

jours un amour heureux ; Boccardo , Mémo- homme breton aux Iles Philippines, p. 232.

circonstance si indilïé renie, fournit encore aux Aimées une de leurs scènes favorites (1). Une jeune fille, prise sans daule pour une fleur, se sent piquée et s'agite en répétant : Oh! la! la! l'abeille! Ses compagnes accourent et s'empressent de la secourir. On lui ôte d'abord son voile, puis un châle, puis un autre vêtement et encore un autre, et toujours criant elle se trouverait tout à fait déshabillée si la pudeur des spectateurs, plus effarouchée que la sienne, n'intervenait à temps (2). Mais en vain mêlait-on à ces imitations mimiques une musique bien retentissante, elle en marquait la cadence plus que le caractère, et quelques paroles, de plus en plus nombreuses, durent en préciser le sens. On décalqua de petites scènes complètes, et on les transporta sur un vrai théâtre. Un amant adressait de tendres déclarations à sa maîtresse, heureuse de leur ouvrir son oreille et son cœur ; une vieille, à la voix pateline et aux gestes insinuants, cherchait inutilement à séduire une jeune fille moqueuse, déjà engagée dans un autre amour, ou encore trop timide pour oser céder à ses sollicitations (3). Bientôt ces comédies sommaires parurent beaucoup trop courtes ; on voulut multiplier les scènes, et l'on étendit le sujet: cène fut plus une conversation en tête-à-tête, mais une anecdote avec tous ses personnages et un commencement de mise en scène. Un homme habillé en femme attirait par ses mines provoquantes des voyageurs dans sa tente : ses exigences mêlées de chatteries leur arrachaient pièce à pièce tout ce qu'ils pouvaient lui offrir, et, quand ils étaient bien complètement dépouillés, sa vertu s'irritait de leur insolence, et il les faisait bàlonner par ses compa-

(l) Elles la nomment O/i.' /a .'/a.' raJjet7Ze / ancient Egyptians, t. II, p. 330 , note. Les Aimées, ou plutôt Àlmeh (Eulmch) sont, (2) Michaud , Correspondance d'Orient ,

philologiquemcnt parlant, des femmes sa- t. V, p. 257.

vantes qui récitent de la poésie et dansent (3) Grose, ,4 voyage to the East-tndies,

pour amuser les habitants d un harem : voy. p. 22 'i : il s'agit dans ce passage des dan-

Wilkinson, Manners and cusloms of tJie seuses de Surate.

no LIVRE I.

gnons (1). Pour être plus posilivernenl vrai, on ne craignait pas de reproduire avec une iidélilé judaïque même les paroles honteusement obscènes et les gestes infâmes (2). L'art ne relevait point de la morale, il dressait le procès-verbal de la réalité, et toutes les énormités devenaient innocentes quand elles étaient exactesjGook vit représenter à Ulietea, un jour de fête, en présence du chef, une suite de scènes dans lesquelles un voleur aidé d'un seul complice rossait quatre gardes et emportait son butin en triomphe (3). Ce n'était rien moins qu'une glorification populaire du vol et la flagellation du gouvernement sur le dos des quatre préposés à la sûreté des biens; mais sans doute l'anecdote était officielle, et pour l'amour de la vérité le chef trouvait, comme Yespasien, que les coups ne lui avaient pas écorché les épaules. Des intentions satiriques se mêlèrent avec une sorte de régularité à ces représentations, parce qu'elles les rendaient plus amusantes : dans les civilisations aussi incomplètes, le rire est malveillant et s'attaque plus volontiers aux personnes qu'aux choses. Dans une petite pièce égyptienne, un chamelier chargé par un hadji de lui trouver une bonne monture s'abouche avec un marchand de chameaux, prend un air simple, et trompe à la fois le vendeur et son commettant, puis, par une escroquerie encore plus impudente, substitue un vieux chameau taré à celui qu'il vient d'acheter et attrape le pauvre hadji une seconde fois (4). A l'origine, ce chamelier avait cer-

[l] XKaYnv&; ytiehvùir, Voyage en Arabie, lucratif de barbier, et eu sautillant comme

t. I , p. 151 , trad. française ; Amsterdam , un oiseau rase ses clients avec une cuiller de

1776, iii-4*'. bois. Comme échantillon de son savoir-faire

(2) A. Alep ; Thévenot , Suite du Voyage il guérit un bossu d'une bosse qu'il lui avait du Ltvant, W^ P., p. 68, éd. de 1674. faite tout exprès, mais quand il veut saigner

(3) Voyage dans l'hémisphère Austral, un véritable malade, il lui coupe une artère, t. I, p. 426, éd. de Paris, 1778. ^ et le malade tombe mort. Très-inquiet des

(4) Au Caire ; Belzoni, Voyage en Egypte suites de sa maladresse, il s'esquive après et en Nubie, t. l, p. 29. Ces mimes gros- l'avoir constatée et se croit déjà sauvéquand siers se retrouvent aussi en Europe. On joue il est retenu par deux Fous. Il leur offre en encore en Souabe, pendant le carnaval, la vain le Pérou ; il va jusqu'à leur promettre Danse du barbier. M. le docteur Eiseubart un petit baril de grosse bierre ; rien n'y fait, réunit à sa savante profession le métier plus il ne sortira qu'après avoir guéri son mort.

tainemenl un nom propre, très-connu des spectateurs; mais, à la longue, le portrait était devenu un caractère, et Ton avait continué un peu par habitude à en rire. Cette comédie sans esprit, transportée de la rue sur un théâtre, avec ses lacunes, ses grossièretés et ses insufïisances, ne pouvait avoir qu'un temps : on eût bientôt attendu, sans trop d'impatience, qu'elle passât devant sa porte, et l'on serait resté à ses affaires. Elle renonça donc une seconde fois à l'exactitude inintelligente d'un miroir; l'imagination compléta à tête reposée les traits que l'observation avait saisis au passage; des paroles continues soutinrent les gestes et en doublèrent l'éloquence; le style acquit de la fermeté, de la concision et du mordant. A de la prose banale, tombée au hasard de la bouche de chacun, succéda une cantilène mesurée (1), qui nécessita bientôt un tour plus vif, des exprès -

Alors il ramasse toute sa science, lui met un chalumeau au derrière, et souffle tant qu'après bien du mauvais vouloir le cadavre reprend haleine et se remet sur ses jambes. Bances Càndamo, l. l., p. 456, raconte de vinu un mime espagnol encore plus grossier, lu étudiant afi'amé se trouvant près d'un vignoble, s'y glisse en se pelotomiant et cueille quelques grappes. Il les trouve si savoureuses qu'il ne peut taire son plaisir, et se fait surprendre par un garde colère et brutal, armé d'une arquebuse. Il couche en joue le délinquant qui s'excuse en vain sur sa pauvreté, et le menace de lâcher la détente s'il ne s'enfonce un doigt dans la gorge et ne rend pas à l'instant tous les raisins qu'il a mangés. A bout de supplications, le pauvre étudiant s'exécute après de grands efforts, et tombe épuisé sur le sol. Pris enfin de quelque pitié , le garde lui donne un peu de tabac pour se remettre, et en l'embrassant pour lui témoigner sa reconnaissance l'étudiant se saisit de l'arquebuse, le met enjoué à son tour et le force de manger les raisins qu'il avait rendus.

(1) N'ous citerons comme exemple de cette comédie en musique, un petit dialogue qui se joue encore maintenant dans le Laucashirc : la langue en a été évidemment rajeunie, et sans doute plusieurs fois. Les acteurs sont un homme et une femme achevai, habillés d'une manière grotesque et tenant, chacun, un rouet devant eux. L'homme chante :

Tis Greenside walces, we've corne to the town to show you some sport of great renown ; and if my old wife vvill lét me begin , ru show you how fast and how well I can spin . Trcad the wheel, tread the wheel, dan, don,

[dell 0'.

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