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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

à Thèbes, demandant à Hercule le chemin de l'aulre monde; pendant sa conversation la scène changeait autour de lui, et représentait TAchéron et ses bords. Il s'embarquait à l'une des extrémités du logéion, et quand, après avoir ramé quelque temps sur le plancher, il abordait à l'autre, il se trouvait arrivé dans les Enfers, et le public était censé apercevoir le palais de Pluton. On n'accordait pas même à l'imagination le temps d'oublier les premières fictions de la mise en scène et de se prêter par un second et un troisième acte de foi aux nouvelles exigences du poëte : une fois commencée, la pièce continuait sans entr'actes jusqu^à la fin. Quand le sujet le voulait ainsi, c'était une femme qui tenait la première place dans la pièce, et malgré une grossière invraisemblance, doublement choquante pour un public moderne, sa voix devait être plus retentissante que celle - des autres personnages. On avait quelquefois à montrer des enfants sur la scène (1), et lors même que l'origine et les traditions du théâtre ne s'y fussent pas invinciblement opposées, le masque et le cothurne n'auraient point permis de les faire représenter par de vrais enfants; il fallait recourir à des acteurs plus robustes et plus experts, dont l'apparence et la voix se trouvaient en contradiction avec leur rôle (2). Le Chœur, plus ou moins étranger au sujet, mais inséparablement uni à la pièce, restait sous les yeux des spectateurs : par ses chants conventionnels, ses passes et ses danses excentriques, il les forçait, quoi qu'ils en

(1) Nous ne parlons pas seulement de la jeu Hercule ou Jupiter, c'est un sacrilège, comédie [la Paix, les Guêpes, elc), où des une infamie; Piscator^ par. xxxiii. D'abord, contrastes ridicules pouvaient entrer dans les cela ne serait pas applicable au temps de intentions du ))oëte : Euripide avait donné Périclès, et, ironie à part, Lucien peusait des rôles à Eumélus et à Molossus dans son sans doute , non à l'illusion des spectateurs , Alceste et dans son Andromaque. mais à leur plaisir. Les magistrats chargés de

(2) On pourrait cependant croire, d'après présider aux jeux faisaient , nous dit-il ( De un passage de Lucien, que le public de son mcrcede Conduclis , par. v), fouetter les temps tenait à une sorte d'illusion: Mal jouer acteurs qui avaient compromis le succès de la le rôle d'un esclave ou d'un héraut, c'est une représentation, et ils se montraient naturellefaute sans conséquence ; mais déshonorer aux ment beaucoup plus exigeants pour les Preyeux des spectateurs par la bassesse de sou miers rôles que pour les Utilités.

eussent, à bien se rappeler qu'ils assistaient non à une histoire actuelle, mais à une représentation poétique dont l'imagination faisait tous les frais. Quelquefois il semblait se faire un malin plaisir de narguer le sens commun et d'empêcher les plus naïfs de se laisser aller à la moindre illusion. Tantôt il s'habillait, on ne sait trop comment, en guêpe, et portait un long aiguillon pendu au derrière (1); ailleurs, moyennant un bec en bois et des ailes cousues aux épaules, il formait un volier d'oiseaux (2). Celui des Nuées était composé de femmes aussi diverses que les nuées du ciel, dont les masques ridicules se résumaient dans un grand nez (3), et on les apercevait d'abord perchées dans les airs (4). Dans les pièces qui se piquaient le plus de régularité, l'action s'arrêtait tout court, le Chœur se tournait vers le public et causait sans façon avec lui, un peu des affaires de la République et beaucoup de celles de l'auteur (5). Les vrais acteurs eux-mêmes aimaient à se soustraire à toutes les conditions de la réalité et devenaient de pures idées ou des entités imaginaires (6). Le Trochilus des Oiseaux ouvrait en parlant un large bec (7), et Procné, une courtisane des plus séduisantes, en avait un long de deux broches (8). Le co-

(1) Ves'pae^y. 1071 et suivants. ivre (voy.p. 303, note 3) et se proposait

(2) 4i'es, V. 61, 94, 99 et suivants, 268 de dire des choses sérieuses. Aussi le rhythme et suivants; Scholiasta ad v, 668. changeait-il, et la mélopée n'était plus qu'une

(3) Scholiasta ad v. 289 et 344 : c'est au simple récitation; voy. Aristidcs, l. l.; Hémoins le sens que nous donnons à ce dernier phaistion, p. 132, éd. de Gaisford, et passage : E\as.\r^\jba<xi -/àp ol Toû yo^rjTj rçoaojTTùa Kock, Deparabasi, antiquae Comediae initepwEÎlAcvoi lAtYàAaç'j-y^ovTaflvaç, /.al aXî.w; -iiKolci. terludio, p. 15. Pour donner plus d'autorité xal à<Tjr;(^;jLova. Dans une autre pièce dAristo- à ses paroles, et peut-être aussi par souvenir phanc , Tvifai; , la Vieillesse, le Chœur se tra- du temps où il dirigeait lui-nième la reprévestissait, on ne sait trop comment, en ser- sentation de sa pièce, l'auteur était censé s'apent,à cause de la prudence des vieillards dresser en personne aux spectateurs; Par, et d'une seconde acception de rT,paç, qui signi- v. 734; Vespae , v. 1320.

fiait aussi Peau de serpent. (g) Le Peuple dans les Chevaliers, le Juste

(4) Vers 275. et l'Injuste dans les Nuées, la Guerre dans

(5) Souvent alors les Coryphées déposaient la Paix etc.

leur masque : no7Aâ)c'.ç à^aâvTeç tÔ TtpoffioTrùov ^^j "Lollo, à^oz^ô^ait, wû yaa^ïiixaxoç ■

\i.tza\\i T»)î Moûffïjç ¥|v ûroxflvovrai B-ri^i.a.-^iitfwai. ai- '

lAvûî • Aristides, llif'iToû zapaçOÉYH-aTo; • Opéra,

t. TI, p. 523, éd. de Dindorf. C'était la preuve V») ?%<>« iSùlaMi, i^u •

que l'acteur ne contrefaisait plus un homma v. 672.

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