‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 7 sur 129 · LE M.VIU · texte numérisé non relu

LE M.VIU

Corne, come, my dear wife, hère cndelh my

[song,

sions plus colorées, et subordonna le prosaïsme naturel des choses aux aspirations supérieures de l'Art. Des scènes dépure invention s'ajoutèrent aux réalités toutes matérielles de la pensée première, et ne craignirent pas de les poétiser et de les embellir. Ce ne fut plus un calque de la vie vulgaire, aspirant au beau idéal d'une photographie de grandeur naturelle; mais une œuvre personnelle, une création de l'esprit qui , quoique s'inspirant toujours de la réalité, avait une existence indépendante, et, le talent aidant, devait se perfectionner de plus en plus et aboutir pour ainsi dire naturellement à la forme la plus complète de la Poésie, au Drame.

Tous les peuples n'ont pas cependant développé leur théâtre : le temps a manqué aux uns ; aux autres, c'est l'initiative, l'activité de l'intelligence : ils pensent le lendemain ce qu'ils avaient pensé la veille, et continuent éternellement le passé. Les spectacles de Siam sont restés aussi informes qu'il y a deux mille ans : ce sont encore des pantomimes historiques, mêlées de beaucoup de combats et de quelques chansons (1). Aucune pensée d'art ne concentre ni ne simplifie les faits; l'action s'éparpille entre une centaine d'acteurs (2) et se prolonge démesurément pendant plusieurs jours (3). Quoiqu'ils affectent une richesse pompeuse, les costumes gardent eux-mêmes la plus grande fidélité archéologique (4), et quand, par la défail-

I hope it has pleased this numerous throng; people of Siam, t. I, p. 286 : voy. aussi

but if it has missed, youiieed not to fear, t. H, p. 327.

we'U do oui- endeavour to please them next (2) The principal actors were a kiug ,

[year. queen and two concubines. The attendants

Trcadthewheel,tread thewheel, dan, don, performing in various ways could scarcely

[deil 0'; hâve been less thau a hundred; Ibidem,

dans BeW, Ancient poems of the pea- ' /„\^^", i • r^ n • i- i

f, f p 7/7 18" (3) The playsisnoisy, oiten libidnious, and

" I J ' ^" ■ lasts somctinies four days and nights. There is

(l) The Siamese dramatic représentations a mingling of buflbonery, tumbling, quarre-

are always fragments of history and fable, ling and iighting; Ibidem, t. I, p. 286 :voy.

with music and dumb-show. Now and then, aussi t. II, p. 327.

a shriek, or a word, or a song is heard ; but (4) Ali splendidly dressed in ancient cos-

the gênerai charactcr is |)antomimical, or of tume; Ibidem^ t. II, p. 319 : voy. aussi ci-

dumb-show; Bowriug, The Knujdom and dessus, p. 102, note 7.

lance de sa mémoire ou un désir malavisé de perfectionnement un des acteurs se laisse aller à quelque innovation, une vieille femme, chargée de veiller au maintien des traditions, le reprend à haute voix et rétablit le drame dans toute son exactitude (1). Si , par la longueur des temps et la promiscuité des événements, le sujet est devenu inintelligible à la foule, on y remédie par une légende qui se psalmodie au fur et à mesure comme un accompagnement d'orchestre, sans que la pensée soit jamais venue de la couper en dialogue et de la fondre dans la pièce (2).

D'autres peuples, doués cependant d'une imagination poétique, ont été détournés aussi du Théâtre par leur nature religieuse, leur esprit contemplatif et leurs goûts sérieux : tels sont ceux que l'on a qualifiés de Sémitiques. Tous les éléments extérieurs du Drame existaient dans les pieuses commémorations que les Juifs célébraient avec tant de pompe, et ils semblent les avoir déjà mis en action lors de ce cantique accompagné de danses et de tambours, où Marie remerciait Jéhovah d'avoir délivré Israël de la terre d'Egypte. Mais la seule idée qui pût élever leur esprit au-dessus des besoins quotidiens de la vie et les inspirât, l'idée de Dieu, de la vérité et de la sagesse absolue, ne leur permettait point de créer ces situations fictives qui ne relèvent que de la fantaisie, ces passions fortuites et ces caractères exceptionnels dont le développement et les luttes intestines constituent le Drame. Leur personnalité était trop intense et trop compacte pour se dédoubler en quelque sorte et sortir ainsi de soi-même. La faculté du comédien, la représentation réelle d'une personne étrangère, leur était aussi essentiellement

(1) Bowring, î. L, t. II, p. 319. développées des anciens voyageurs ne difTè-

(2) The taie is told in recitative music by rent en rien d'essentiel des récits du D»'Bowa body of singers, accompanied by various ring : voy. La Loubère, Du Royaume de instruments. The principal porformers act, but Siam, t. I, p. 140, et de Choisy, Journal du do not speak; Ibidem. Les relations moins voyage de Siam, p. 285.

impossible que la conception d'une idée dramatique (1). La seule forme de Drame qui ne fût pas antipathique à des natures si étroitement égoïstes, était, comme le Poème de Job ^ un dialogue théologique, où l'on discourait en dithyrambes avec Dieu du gouvernement du monde; mais les inlerlocuteurs ne sont point des personnages, ce sont des thèses, et le dénoûment est une conclusion qui se formule par un hymne d'actions de grâces (2). Malgré la passion fiévreuse qui bouillonne tout à travers, le Cantique des cantiques n'est pas non plus un drame, même imparfait, et à l'état embryonnaire (3). C'est une réunion de monologues lyriques qui se succèdent, mais ne se continuent pas, et le lien qui les a rapprochés et les retient ensemble est si factice, que pendant des siècles on n'en a point compris le vrai sujet : on se plaisait à y voir un épithalame royal, et en réalité la Sulamite dédaigne le P.oi pour se conserver à l'amour du Berger. Les ingénieuses imaginations d'un érudit moderne pussentelles prévaloir contre une tradition unanime de vingt siècles, et arranger en dialogue avec quelque autorité le désordre lyrique du Cantique des cantiques (4), il faudrait pour y recon-

(l) A en croire le texte actuel de Josèphe, (3) Origène a dit dans le prologue de ses Antiquitatum 1. XV, ch. vm, par. 1, il y quatre homélies sur ce poëme : Epithalamium aurait eu du temps de Hérode des Histrions, libellus , id est nuptiale carmen , in modum en Judée : y-al O'jiaeXwoIç xa'Xoyji.îvoi; ; mais, con- mihi videtur a Salamone conscriptus, quem fermement à la ti-aductiou latine d'Epipha- cecLnit instar ludentis sponsae et erga sponsum nius nous croyons avec llavercamp qu'il faut suum , qui est sermo Dei coelesti amore flarejeter mX, et il ne serait plus alors question grantis ; trad. de Rufinus. On lit également que de Musiciens. Le Talmud ne parle nulle dans le ch. v du Commentaire sur haïe, part de Jeux scéniques, mais seulement de atti'ibué un peu légèrement à saint Basile, combats cuni bovibus petulcis, et dans le mé- mais qui n'en serait pas moins d'un savant moire spécial sur ce sujet qu'Eichhorn a lu ti'ès- autorisé du quatrième siècle : xo à-T^xa tûv en 1811 [DeJudaeorum rescenica commm- ào-p-àTOiv èuiealàuio; ianv «ôS^ ^pa[AaTuûî xtrXttatio), il n'a pu rien indiquer de positif sur le ri^H ; Sancti Basilii Opéra, t. I, p. 672 , caractère des Jeux donnés par Hérode. Sup- éd. de Gaume. Luther allait cependant jusqu'à posât-on qu'il y ait eu réellement quelque regarder le Livre de Judith et Tobie comme chose de dramatique, c'était certainement l'i- d'anciens drames auxquels on avait donné une mitation d'un usage romain, et il serait au forme prosaïque (Vrer/ce, t. XIV, p. 83 et 89, moins probable que les acteurs étaient étran- éd. de Walch) ; mais le sens critique lui mangers, quai t.

(2) C'est aussi l'opinion de M. Ewald, Poe- (4) M. Renan l'a tenté dans son éloquente

tische Bûcher desaltenBundes, t. II, p. 63, traduction, et, si nous ne nous trompons, n'y a

et il lui croit de plus une origine étrangère, pas beaucoup mieux réussi que ne 1" avaient fait

naître un drame qu'il en résultât une action sans interruption ni lacunes et des caractères vraiment personnels, et même alors l'historien ne pourrait en rien conclure. Comme l'a dit un savant hébraïsant, moins célèbre encore par sa grande érudition que par la hardiesse de ses opinions (1), ce drame n'eût été préparé par aucun autre : ce serait la création individuelle d'un de ces génies d'aventure qui ne relèvent que de Dieu, et appartiennent par le tour et l'empreinte de leurs idées à l'Humanité tout entière. Avec son activité, son intelligence et ses habitudes littéraires, le peuple hébreu, ainsi que tant d'autres moins richement doués du Ciel, se serait fait un théâtre national, si la Poésie dramatique n'eût répugné à sa nature. Les essais tardifs de quelques écrivains, à la vérité d'un ordre bien inférieur, n'ont réussi qu'à mieux prouver cette impuissance de race. Les uns, comme Ézéchiel, Enriqucz Gomez, Michel Béer et Ludwig Philippson (2), ont abjuré ouvertement leur nationalité dans leurs œuvres et répudié jusqu'à la langue de leurs pères : les autres, tels que Salomon Rapaport et Joseph Haltern, ont imité, nous dirions volontiers traduit, des compositions étrangères (3). Un drame véritablement juif, il n'y en a pas encore eu, et il n'y en aura jamais (4).

Malgré la mer de métaphores où la poésie arabe noie systématiquement toute chose, son lyrisme à outrance ne gagne point en étendue ce qu'il a perdu en élévation et en profondeur : ses images pressées ne couvrent rien de réel; elles rappellent ces

le P. Lcoai dans la sienne, et Nardi, dans le Gomez (dans VAcademias morales de las

Gioniale ecclesiaslico di Roma, 1823, t. I, Musas, Madrid, ICGO) sont en espagnol, cah. IV, p. 122 et suivantes. (3) V Esther de Racine.

(1) M. Ewald, Geschichte des Voiles Fs- (4) Nous ne pouvons considérer comme de rael, t. UI, p. 6ob, seconde édition : voy. véritables àra.\wf,\' Empire des Bienheureux aussi p. 4o8 460. deWolfssohn(1794\ dialogues satiriquesdont

(2) IS Exode ÇE.l^'i^yii) d'i'lzéchiel est en la scène est en paradis, ni le Beth-Rabbi de grec ; le Slruensée de Michel Becr est en aile- Moïse Konitz (1809), biographie dialoguée de mand, ainsi que le Jérémie et les autres pic- Judas Hanassi, l'en djs auteurs de la Mischna ces de l'hilippson, et les quatre comédies de babylouieune.

terres de brame qui llotteiU à l'horizon et s'évanouissent sous le regard qui les sonde. Loin de songer jamais à s'effacer derrière son sujet, le poëte aspire à rester constamment en vue et pose sur le premier plan pour son propre compte. Incapable d'exprimer des idées qu'il n'ait pas d'abord pensées lui-même, il veut se mettre aussi tout entier dans chacune de ses expressions, et travaille à se composer un style assez personnel pour ne ressembler à celui d'aucun autre. Chez un peuple soumis au régime de cette poésie monotone, sans naïveté et sans vie, le Drame était assez impossible pour qu'un contact de plusieurs siècles avec les littératures grecque et latine ne lui en ait pas même fait soupçonner l'existence (1). Faute de trouver dans la langue aucun nom plus caractéristique, le Maronite, qui traduisait naguère des vaudevilles français en arabe, était obligé de les appeler des Récits (2). Des voyageurs récents ont seulement signalé en Egypte (3) et en Algérie (4) quelques scènes bouffonnes, aussi grossières que les parades de nos foires, qui, comme elles, ne prétendent aucunement à peindre d'après nature des réalités auxquelles on croie, et sont certainement d'origine étrangère (o).

Les Persans appartenaient, au moins en partie, à une famille de peuples où une personnalité moins égoïste et un esprit moins dévot permettaient à l'imagination de s'occuper avec intérêt du monde. De nombreuses traditions épiques les habituèrent dès l'enfance à une autre forme de poésie plus extérieure

(1) De tcdas maneras es un hecho averi- (3) Michaud, Correspondance d'Orient , guado que enti-e los Arabes sou de todo punto t. V, p. 251.

descoaocidas las represeataciones teatrales ; (4) Voyage de M. Bouderba dans le Sa-

Gayangos ; dans Moratin, Origenes, p. loi, hara algérien , ^publié dans la Revue algé-

éd. de Madrid, 1846 : voy. aussi de Hainmer, rienne et coloniale.

Jahrbdcher der Literalur, t. XC , p. 68- (î3) Dans l'espèce de farce qui, d'après

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