VI. Le Thymélë
Les anciens monuments ne nous sippreniient riëti sur le thymélé : il était en bois, et dans les théâtres les mieux conservés, les derniers débris en ont dispatu depuis lorigteitips soUs la main des hommes et Tintempérie des saisons (2). Méritassentelles la confiance que les antiquaires leur ont si cômplaisamméiit accordée, les peintures des rases à sujets dramatiques caractérisent le théâtre par des masques et des couronnes de verdure : elles auront craint de restreindre eticot-e la placé déjà si restreinte des personnages, et d'en gêner désagréablement la vue, car on n'en connaît aucune qui ait représenté le thymélé. Les anciens grammairiens nous ont au contraire laissé Ae nombreux renseignements, mais obscurs, sans critique et« au
(l)08ciU&iiigacrisLiberi, disait Servius, ad bre, en Westphalie , une gerbe habillée en A^Mido9 1. VI, V. 740. Si Bacchus n'était pas poupée : Toy. Kuhn, Westph&litche Sctgen, le seul à qui l'on en offrît (suspendit Laribus t. Il, p. 1 84, n<* dxui. marinas (/. manias?), mollis pisar ({. molles (2) Il n'est pas même figuré dans le revers pilas) , reticula ac strofia ; Varro , Se^^ueu- de la médaille du British Muséum représenl^xes; dans Nonius Marcellus, p. 368), nous tant le Théâtre de Bacchus à Athènes, qui a n'en avons pas moins adopté, comme on voit, été publié par Leake, dans The Topography l'opinion que Preller atrop succinctement ex- of Athènes : voy . Wieseler, Theatergebûtule, primée, avec son érudition et sa pénétration pi. i, fig. 1, et Dodwell, A classical and (oordinaires;ii6mt«cA«JI/2^<AoIo9ie,p. 104.Cet pographicaï Tour throxtgh Greece, t. I, usage a même, eommeceuK qui étaient profon- p. 301. M. Texier^ qui seodble avoir un peu dément entrés dans les mœnrspopulaires, sur- négligé d'étudier la langue spéciale des Anvécu aux croyances idolâtres. Constantin disait ciens, appelle Proscenium, le petit mur qui dans sa Vie de saint Germain l'Auxerrois: Erat soutenait le logéion du côté de l'orchestre, autem arbor pirus in urbe média , amoeni- et dit en parlant du théâtre de Parga ; Une tate gratissima : adcujus ramusculos ferarum partie du Proscenium est écroulée , mais pas ^b eo (Germano) deprehensarum capita pro un morceau n'a été 'enlevé ( ? Asie Mifieurd, admiratione venationis nimiae suspendebat; p. 711, col. 1), n'^i poiut cherché à lé Vesi4cto &>nctortim, juillet, t. YII, p. 202. tituer. Nous ne ferions d'exception* que pour Btisching a publié ( Wôchentliche Nachrich- le théâtre , à notre avis très-iftij>ortant, d'Aten^ t. IV, pi. 1, fig. 5, 6 et 7) trois sta- cré, en Sicile, dont le dessin a été publié par luettes mutilées , trouvées en Silésie, qui le duc de Serradifalco ; Le Antichità délia avaient un anneau au sommet de la tête, et à Sicilia, t. IV, pi.' xxxir,'fig» I. la fin delaréeolte on suspend encore à un ar-
Âi*PÈNt)ÎCE. 439
moins éii apparence, contradictoires. Sans doute, daiis cette question ainsi que dans les autres, quelques-uns ont répété sans lé comprendre suffisamment ce qu'ils trouvaient dans des écrivains antérieurs; d'autres ont forcé, sinon altéré complètement, le sens naturel des mots, et presque tous ont attribué à des faits particuliers une signification générale qui ne leur appartenait pas. Ils feont pour la plupart relativement assez récents, et attachaient une importance rétroactive aUx usages de leiit temps. L'esprit gr^c, actif jusqu'à l'agitation et l'inconsistance, n'avait plus cependant, comme dans l'extrême Orient, la superstition du passé : il aimait le beau en toutes choses et, au lieu de conserver avec Respect les traditions du théâtre, cherchait à mettre en rapport plus intime les formes de la représentation avec le sujet de la pièce. C'est seulement dans l'histoire de la poésie draîHatiqiie, dans èes nécessités et daiiS sa logique, que se trouve la vraie raison des différentes parties dii théâtre; c'est là qu'il faut se renseigner sur leur destination et leur nature, quand on veut les comprendre et s'expliquer leurs changements.
L*idée mère de la tragédie était la célébration de Bacchus. Lorsque, pour être mieux vues et se faire plus facilement entendre, les Pompes des Dionysiaques montêrehtsUr une table (1), elles voulurent l'approprier à sa nouvelle destination en y dressant une espèce d'autel qu*on nommait Thyoris^ la Montagne du sacrifice (2). Devant lés autels s'étendait un espace vide où s'accomplissaient les différents rites et se chantaient les hymnes consacrés au dieu (3) : il y en eut donc aussi un dans ces tém-
(i) Pollux, 1. IV, par. 123; Et-^VMÎogi- voy. attssi Uarpocfation , p. 4; Sch. àd
cMun magnum^ p. 458. Vespas, y. 875; Suidaiâ, é. t. "Ayoïai fet
(2) Tf àiteÇa, idin^vi Ijouto, ^ »6wp\< ûvoiiAÇfrcb, e u ji fc X ij ; Preller , Rheitlischet MUseUifi ;
^Suuplç- tollu*, Ibidem, p. 423 : nous n'a- 1848, p. 386, note Ib, el Bôtticher, Die
dopions pas, comme on le voit, rinterprét&tion TeHtonikder Helleneny t. Il, p. 268.
vulgaire aut sacra. 'Em il -rij; <t*i»iv*,<, no.\ (S) Cçlui du grand autel d'Olympia avait
àpuîK; IxeiTopwjièçicpi-ïOv OupOv Pollux, /. /. : même Un uoin partlëuliet , IIçottoffK; (Patl§à-
pies improvisés (1), qu*on appela d'un nom également em* pranté aux usages liturgiques, Thymélé^ la Place des chants du sacrifice (2). Mais ce nom convenait parfaitement à toute la scène (3), puisqu'elle n*ayait aucune autre destination que de servir aux louanges de Bacchus et à la consommation du sacrifice, et quelques écrivains le lui donnèrent également (4). Plus tard cette confusion s'accrut encore : par une métaphore aussi naturelle, on restreignit le sens du thymélé, et on désigna par son nom Fautel dont il était à Torigine une dépendance et le complément (5).
Au désir d'honorer Bacchus se joignit bientôt le plaisir de la fête, et on le voulut plus solennel, plus vif et plus complet. Les chants se développèrent et se rattachèrent à un sujet historique ; un dialogue s'y mêla, de jour en jour plus étendu, plus essentiel, plus dominant. La Table devint un vrai théâtre, mieux orné, mieux approprié à la représentation d'une action, entouré de sièges plus commodes et plus nombreux. Le Chœur se disciplina, et aurait sans doute disparu comme impossible et absurde, si ces représentations, ramenées tous les ans par les Dionysiaques, n'eussent été forcées, ainsi que toutes les manifestations religieuses des masses, de se conformer aux traditions. Mais tout en conservant un caractère spécial, il se mêla
nias, 1. V, ch. 43), et l'on peut en conclure (4) NOv |j.îv OufiiXiiv »a^<A(uy -rijv w3 ItâTfou
qu'il se trouyait avec plus ou moins de déve- nif:viiv Anecdota, p. 42, 1. 23, éd. de
loppement dans les autres temples. Bekker. 2xiii*î|*i èarwiQvwv ey|j.iXij XtYojtfcwi • /6i-
(1) C'est ce qu'indique clairement le passage dem, p. 292, 1. 13. e'j|iUt], Scena; CyrilH de VEtymologicum magnum, s. t. *0^<n^, Glossarium , d'après Bode , Geschichte der qu^ ne se trouve pas répété dans Suidas : tit^ô- hellenischen DicMung, t. III, p. 43, note 5. fkwov oUoJ6{fcT]|ia xcvèv licl toû iiioou. Yoy. aussi V Etymologicum magnum , s.
(2) Probablement ev|jiiXi) avait d'abord si- t. ev|«.Uii, p. 458 ; s. ▼. na^Mx^vt», p. 653 , guifié Temple (Euripide, Electra, v. 713, et Phrynichus, Fragmenta ^ p. 164, éd. de /on, y. A6), ou même la Partie la plus sainte Lobeck.
du temple (Euripide, lon^ y. 233) ; et on ne (5) fl«|*i< T«ûAioy6«ou,.. SxaXrtxai OuiAiXi), «k^-
eraiffnait pas d'appeler le tbymélé du théâtre, ti tûtiv ■ Suidas, s. ▼. £xi]vti< ^{ti^i^v ol éex*^®*
Iteû i6{io« ; Ibidem, y. 45. àvrl to& lu«iav ItIOouv • Thomas Magister, p. 1 79,
(8) Les Anciens donnaient déjà ce nom au éd. de Ritschl. ©wniXij, ô p«jt<>ît ««« f^ •««»* '
théAtre proprement dit, comme on l'a yu Schol. ad Lucianum; Opéra, t. V, p. 327,
dans le passage de Pollux que nous citions éd. de Lehmann. tout à l'heure : Yoy. aussi la note suivante.
activement aa drame : il en remplissait les lacunes par ses chants et ses danses, lui donnait plus de pompe, parfois même se liait plus intimement au sujet et devenait un véritable personnage. Sa place ne pouvait plus être à demeure sur cette bande étroite où parlaient les acteurs : sa présence constante aurait nui au développement de l'action et, à moins d'invraisemblances choquantes, l'eût souvent empêchée. Mais ce déplacement n'était pas une nouveauté qui blessât positivement les usages : il avait déjà sans doute fallu changer le thymélé de place pour satisfaire les convenances des poètes, et l'orchestre était chez les Grecs une partie intégrante du théâtre, que l'on raccordait par des ornements particuliers avec les décors de la scène, et où se passait quelquefois une partie de la pièce (1). Mais des nécessités d'optique et d'acoustique avaient obligé d'élever le théâtre bien au-dessus, et la partie la plus basse, le Conistra^ la Place sablée, comme on l'appelait par habitude, quoiqu'elle fût certainement planchéiée, ne pouvait non plus convenir au Chœur lorsqu'il intervenait réellement dans la pièce (2). A peine aurait-il aperçu, de l'enfoncement où il se serait trouvé (3), ce qui se passait sur la scène, et il eût paru à juste titre trop séparé des acteurs et beaucoup trop étranger à la pièce. D'abord sans doute les personnages montaient seuls sur la table, le Chœur restait de plain-pied avec les spectateurs (4) ; mais il y monta aussi lorsque la Tragédie se fut organisée, et concourut à l'action et à la mise en scène (5) . De nouveaux développements amenèrent de nouveaux changements
(l) Nous citerons comme exemples Us sept Chefs devant Thèbes et les Suppliantes d'Eschyle. Voy. Poliux, 1. iv, par. 124 ; 1. 1, p. 424.
(3) Mtci ^l Tiiv Ou|LiX«|v ^ xovtffT^ , xwviaxK (x«^tÎTai) , tô «A-cw ($afO( toû ^tàxfov • Ety-'
mologicum magnum y s. y, *Oçx^«t^, p. 743,
et Suidas, s. t. Zk-^; t. II, p. n, col. 786.
(3) Ejus logei altitudo non minus débet
eue pedum decem, non plus duodecim » di-
sait Yitruve, 1. t, ch. 7, et les théâtres des Romains ne différaient pas sur ce point d'une manière importante des théâtres grecs.
PoUux, 1. iv, par. 123.
(5) Dans le Prométhée, les Suppliantes et les Perses f d'Eschyle; Œdipe à Colone^ de Sophocle ; les Suppliantes f d'Euripide, etc.
iiî ÀPPÈNblCÊ.
matériels : comme le théâtre était trop étroit pour quHl y pût varier et marquet suffisamment ses passes, on rësenra le logéion aux acteurs qui parlaient, et on y adjoignit un orchestre où les autres dansaient el chantaient (1) ; mais ils n*en restaient pas moins étroitement unis à la représentation et à la pièce (2). Encore dans la tragédie d*Euripide, à laquelle elle a donné son nom, Hélène dit au Chœur, en lui montrant la décoration du Fond : Venez , venez dans le palais (3), et il répond : Ce n'est pas avec peine que j*entends votre invitation (4), Le théâtre reste vide, et, après une assez longue scène entre Ménél^s et la Yieille enclave, le tlhœur reparaît en disant : J*ai entendu dans la demeure royale les prédictions de la vierge inspirée (S). Il n'y a {Presque aucune tragédie où le Coryphée, se mêlant au dialogue^ n^adresse la parole à quelqu'un des personnages, et cette intervention eût été impossible si le thymélé ne se fût trouvé bien à proximité du logéion. Quand, dans les Suppliantes d'Eschyle, le Chœur, composé des filles de Danaûs, y invoque les dieux, leur père dialogue avec elles de la scène et s'unit à leurs prières (é). Quelquefois, notamment dans VAjax de Sophocle et dans i'Alçeste d'Euripide , le Chœur changeait de place pour se conformer à la pièce : il est même probable que ces changements avaient lieu assez souvent, puisque les théoriciens de l'Art dramatique leur donnaientdes noms particuliers (7), dont ils n'eus-
Toû (tâ-epo'j TÔ xdTu> i^(ilxuxXovy ou xal ot j^og'À f,$ov Fraotit^nto, p. 163> éd. de Lobeck.
k«l wpj^oww Photius, p. 35i , 1. là. Aussi (f) Nous citerons eomme etemple lesBé-
confondait-on quelquefois l'orchestre et le ménides d'Eschyle : on les Toyùt d'abord
thymélé : *0 ^opo^i Sw iXar^n Iv Tf[ ^U'\'"9^* "^ ***'' ^ théâtre, endornaies dans le temple
l»ti eujitXV Schol. ad Aristidem ; Opèira , d'Apollon (v. 46 et 47, 179 et suiv.) , et
t. m, p. 535, l. 36, éd. de Dlûdorf. Sîtîivij elles ttatersaient 1^ scène pour occuper la
|Xly Oirox^iTiav fjiov, 1^ tï 6fii«^^é ToO jji^jt- poi- place habituelle du Chœur sur lé thymélé.
lux, I. tv, par. lis. Mais les gratntnairiens ^3} V. 331.
qdl ^ piquaient de connaître la traie signi- uS Y. 334.
fication des mots et de les enlployer dads hS V. 515.
leur sens ëtaél, ne ibléraieilt pas ces licen- [6) Y. 204-216.
ces d'expression; t^ht-ynichus disait en par- (7) MeTAotaoïç, Changértlfettt ; 'Erucéfo^oç,
lAtit dii thyhiélë : 'Èv & dhluvxX xaI xiOA^M^âl ftHdur.
xal iXkQi Tivtf i-^wi^omu • 9Ù {iivTOt; tvVft 6X ftS-
sent pas sans doute surchargé la langue si sa place ordinaire eût été le plan de l'orchestre où il exécutait ses passes (1). Plusieurs témoignages sont même formels : il descendait, quand il venait du thymélé, dans la partie de Torchestre spécialement Wservée à la danse. Loiii d'être encavée au-dessous du logéion, une partie du thymélé devait d^ailleurs être plus élevée, puisque les acteurs qui s'y trouvaient voyaient plus loin que les autres (2). Danaûs dit même dans les Suppliantes d'Eschyle : De ce lieu élevé, où s'est réfugié un malheureux, j'aperçois un navire (3). Ce n^est pas là, il s'en faut de beaucoup, le seul endroit qui prouvé que le thymélé pouvait concourir à 1 ornement du proscenium et à la mise en scène : il représentait un tombeau dan$ tés Perses et ïei Choèphores (4) , devenait dans Ion l'autel d'Apollon (5), dans les Suppliantes d'Euripide, celui de Cora el de tlêinéter (B), et une sorte de Panthéon dans les sept (Chefs dèbaiit Thèbés (7).
Ces renseignements sont plus que suffisants pour nous autoriser à conclure. Le thymélé était une petite plate-forme rec- 1angulaire(8), sur le devant du théâtre, assez basse pour que, malgré son élévation sur des gradins, l'autel de Bacchus ne masquât point les acteurs (9). On y descendait du logéion par de larges marches en bois, dont une seconde volée conduisait à
(4) Vdy. Alhénéé, 1. xiv, p. Ô47 fe, et Sehol. Od Equité» t ^.149.
(2) Sophocle, Ajax, v. 1 04^-46 ; OEàifnii Rex^y. 78-79 ; Electra, v. \ 4Î8 et suivantes.
(3) v. 713 : le V. 365 prouve queTautel ne dépendait pas du Palais.
(4) Geneiii, t)as Theater zu Athm^ p. 72. (5] Y. 1283 et 1284.
(ôj y. 33 et 64. Nous croyons aussi avec 0. Millier^ Ànhang zu den Ewnenidtnf p. 38, que dans VAgamemnon, d'Eschyle , il représentait le xoivo$u|<.ia d'Argos.
(7) \^à\^*xa, V. 258 et 265. Peut-être, malgré le pluriel, n'y atait-il réellement qu'une seule statue ; mais ce serait alors celle de Jupiter; V. 255 et 256.
(8) Vt>y. le passage de VEtymotogîcùrh nMgnumj que nous avons cité p. 440, note î , et que nous aurons encore l'occasion de citer. Cette petite plate-forme en avant du logéion est indiquée dans le plan, malheureusement insufGsant, du théâtre d'Acre, que le duc de Seçradifalco a publié j LeAntichità delta Stciha^t. lY, pi. xxxn, fig. 1.
(9) On ne comprend pas que, malgré sa compétence à titre d'architecte, M. Texier ait pu dire en parlant du théâtre de Parga : Le thymélé était devant l'orchestre , on y arrivait de plain pied ; Asie mineure t P* 7 1 2, ool. 1;
APFEMDICE.
Torehestre. Quoique assez éloigné du théâtre pour que le Chœur tournât tout autour (r, Taulel en était assez rapproché pour sembler au besoin en faire partie, et en montant sur les gradins, le Coryphée, qui, en sa qualité de danseur, ne pouvait se grandir sur un cothurne, se trouvait un peu plus élevé que les personnages et conversait facilement avec eux. Lorsque les Choreutes n'étaient pas en scène, ils s'asseyaient au pied du proscenium, sur les premiers degrés de Tantel, et disparaissaient presque entièrement ; sur les gradins opposés, faisant face aux spectateurs, se tenaient les oflSciers de police chargés de veiller au bon ordre de la représentation, et peut-être aussi les juges qui décernaient les prix (2). Également en vue du public et des acteurs, les gradins de côté étaient occupés par les joueurs de flûte, qui accompagnaient le Chœur et ajoutaient par leur musique et leur costume au plaisir et à la solennité de la fête (3). Quelquefois Tautel dressé sur le tbymélé devenait une tribune (4), d'où Ton adressait au public la Parabase et probablement te Prologue lorsqu'il fut séparé de la pièce. A Rome, où le Chœur n'était plus qu'un intermède de chant et n'entrait en scène qu'après la sortie de tous les personnages, il figura comme les autres acteurs sur le pulpitum. L'autel, désormais sans utilité et sans raison, fut remplacé par une statue de Baccbus, que l'on transporta aussi sur le théâtre, où, par un dernier souvenir de l'origine du Drame, elle primait sur celle du dieu en l'honneur de qui se donnaient les jeux (5). Le thymélé de-
(1) rhoruit circa aras fumantes , nunc ipatiatus, nunc revolTens gyros cuni tibicine concinebat ; Euanthius, De Tragoedia et Comoidiat ch. n : Toy. AveSy y. 958; Pax^ y. 957 ; Sch. ad Nubes, v. 31 1 , et Sommerbrodt , Jahrbacher fur Philologie und Padagogikt t. LI, p. 22 et suivantes.
(2) Voy. Suidas, s. v. Pa«^oûxoi, et Sch. ad Pacenit y. 733.
(S) C'était, suiTant Suida, s ^ a&Xi|Tui<; t. I, p. Il, col. 1222. Voy. aussi AveSy
y. 861 ; Phrynichus, Fragmenta, p. 163, éd. de Lobeck, et Athénée, 1. xnr, p. 617 B, p. 631F.
(4) etitiUii, im^i Tt eÙTO, ÛTt ^t<^' Pollux, I. lY, par. 123: yoy. aussi Suidas.
s. V, ïxijvti.
(5) In scena duae arae poni solebant, dextra Liberi, sinistra ejus dei coi ludi fiebant ; Donatus, De Tragoedia et Comoedia . voy. Lactance, De Inttitutiane divina, I. ti, ch. 20.
vint vide (1), comme dit un grammairien qui malheureusement n'a pas daté son expression : il ne servit plus que d'estrade pour les intermèdes de musique et de danse (2), et redevint, ce qu'il était d'abord, une simple table [S) où se jouaient les Mimes et les Planipédies qui n'avaient point besoin d'appareil scénique ni de beaucoup d'espace (4).
Des archéologues, beaucoup trop considérables pour qu'il soit possible de passer leur opinion sous silence^ ont admis deux thymélés : l'un^ sur une plate-forme un peu au-dessous du théâtre; l'autre, au milieu de l'orchestre, à l'extrémité du conistra. Ce serait peut-être la première fois que deux choses aussi différentes auraient coexisté avec le même nom ; et cette supposition si invraisemblable ne s'appuie que sur un passage très-corrompu et d'autant plus suspect qu'il se retrouve textuellement dans un autre grammairien sans les trois mots dont elle s'autorise. Il y a, en effet, dans VEtymologicum magnum :
Ms-cà TYjv èpxTli<yrpav ^(ù^^ ^v i:ou Atovucou, TSTpa^oivov oixo§6|ji.v3[ji.a xevbv èiul Tou [Jiijou (5), h )taXetTat BujjLéXt], luapà xb Oùetv ' ^m Se tî)v
(i) Ktv^ ; dans VEtymologicwnfnagnwfn :
voy. ci-après.
(2) Pulpitam, quod^o^tlM appellant (Graeci) , ideo quod apud eos tragici et comici actores in scena peragunt; reliqui autem artifices suas per orchestram praestant actiones, itaque ex eo scenici et thymelici graece separatim nominantur;YitruYe, 1. v, ch. 8. Thymelici erant musici scenici , qui in organis et lyris et citharis praecinebant, et dicti thymelici quod olim in orchestra stantes cantabant supra pulpitum quod thymele vocabatur ; Isidore, Originwn c. xvni, par. 47. Voy. aussi Lucien , De SalkUione , par. lxxti.
(3) L'Etymologicum magnum, p. 458 , disait du thymélé : T^mÇa Si i^v, if* i^i lorfimç iv
(4) Orchestra iocus in scaena, quo antca, qui nunc planipedes appellantur, non admittebautur histriones, nisi tantum intérim dum fabulae explicarentur , quae sine ipsis explicari non poterant; Festus, p. 187, éd. de Lindemami. Beatus Genesius, cum esset in
urbe Roma magister mimithemelae (mt'mtcm; dans un autre ms.), quistans cautabat super pulpitum , quod thymele vocabatur , et rerum humanarum erat imitator; Acta Scmctonmiy Août, t. IV, p. 122. Sxijvtj *£ i«Tiv iQ vûvOwjiiXij 'kt-^o^lvri ' Etymologicum magnum, p. 653. Voy. aussi p. 440, note 4. (5) Ces six mots manquent dans Suidas, et M. Bernhardy suppose avec l'assentiment de M. Wieseler {Uebêr die Thymele, p. 2, note 5), que le scribe les a passés, parce qu'il y a dans deux mss. B au lieu de ô^. Cette raison nous semblerait en effet très-forte si ces deux mss. n'étaient pas remplis de fautes, si ôi ne se trouvait pas dans tous les autres, et si le texte de Suidas était partout ailleurs semblable à celui de VEtymologicum; mais ûç eîprjxai y manque , et il y a «ç* ou au lieu de if' oJî, et Iw. {Atià au lieu de ma (Acti. Nous croyons d'ailleurs ce passage corrompu : l'auteur aura sans doute voulu dire sur une plate-forme rectangulaire , audessous du milieu de la scène.
Ou|Ai At)V tj xjvtexpa, TSUTéTci TO t^ztù ili^o^ X5J OsiTpsj (1), et popr
G. Hermann, pour Olfrîed Mûller, pour Donaldspn, è::t tcD ItiîGu signifieraient daw^ /e milieu (de l'orchestre). Mais il serait beaucoup plus grammatical de traduire sur le milieu (de la scène, dq logéion, dans la langue de \Etymoloqicum% à la place où se trouve maintenant la loge du soufQeur), et le restfs de l?i phrase ne nous semble pas permettre une autre ipterprétatiqii. Après le théâtre (2) se troijve Taut^l c[0 Baccbus, i|ue plate-fprrae fectaqgulaire attenante au milieu du proscenium, appelée fhymélé^ du verbe 6ueiv, Sacrifier : après Je thymélé se tro^Y^. I^ conjstra, la partie planchéiée du sol du théâtre (3).