‹ Histoire de la comédieChapitre 113 sur 116 · VII. Les pièces de théâtre étaient-elles vraiment jouées · texte numérisé non relu

VII. Les pièces de théâtre étaient-elles vraiment jouées

à Athènes par trois acteurs?

C'est là une curieuse et très- importante question, sur laquelle nous avons avancé une opinion toute nouvelle, et, nous devons le reconnaître en commençant, elle ne s*appuie sur au-

(1) f. 743, 8. y.*0^t:f\pv^\ dans ^^i(las, logicwn magMiin ne s'écartait pas ^ur pe s. V. 2*r^v^ \ t. n, p. ri, col. 785. point des l^^bitudpç. dç l^ grammjiire. U y a

(2) L'auteur Vient de parler du décor du ayant le pas^agç q^e nouç Yenojis de citer : fond et des décorations latérales : Op;t^(rtça SKT^vri î {«.«a -rijv vxr^vr.v (I. ^wjîîv , comnie dan^ sieftifie ici certainement le Logéion, le Théâ- Suidas) eùôûç • Immédiatement après la dépotre, comme il anivait quelquefois dans les ration du fond se trouTCiit les coulisses, écrivains de la période alexandrine. Ainsi, (3) Au moment de mettre ce ^r^T^l 9ous on lit dans l'Argument des ^uées d'Aristo- presse , nous atou^ réussi à ^qus proci^rer phane : *o xo?ôç xw|iixôç tloi^^xiTo Iv Tg i^ifn^t^^ une brochure épuisé^ de V. Sommerbfodt, tç vCv Xtfsit-ivii» Xoftlu ; et dans le Scol. ad où se trouve son opimo^i définitive sur ce £laut(e<^ V. 508 : *E«rT4<n jtkv yàç xwti (twI^ov point, et nous voyons avec plaisir qu'elle est ®Kx°?*^*^) *?^î ■"!* ôp^^t^ff-cpav iro^ticovTtç • Srov en somme à peu près coiifprme i^ la nô^^. Il icaj(j6ôffiv, If tÇ^ç Utûwç xal icpo^ toùç Oiatà^ E\cipit eninp proscenium sive logeum média pXiit9vw< -cov \ii^ lïoioiivToç • Afistojthanis illa theatri pars, semicirculi (ormam kal^eus, Scholiasiae^ p. 52, ^d. Didot. Orchestra au- orchestra sive conistra, in qua pér scalas «dlem pulpitus prat $cenae ubi saltator agere scendebatur iu pulpitum ad Chororum usuqi uossit aut duo inter ce disputare; Isidore, exstructum (thymelen), quod pulpitum ipsum brt(jftnum c. xvm, par. 44. Mtxà aurait du scalarumopecumproscenioeratconjunctum; être traduit par Après et non par Avec, De Aeschyli Re scenica^ p. xu. Sans entrer comipe pn l'a fait jusqu^ipi, puisqu'il gou- dans aucun développement m donner aucune veme l'accusatif et non le génitif, et il y a preuve, Quadrio avait d^à émis les mêmes une preuve positive que Vaiiteur de VEtymo- idées ; Stofia d' ogni poeiti», t. UI , p. 4 i Q .

cuq ie)^tppp§itif| pégligé jusqu'ici Qvipiis récemment en lumière- Lé ppradoxe n'ei^erP^ srf nom aucupe séduction, et, q^pique la Comédie sQit |)ien moins intéressée dans la question que |^ Tragédie (1), pous regrettons de n'avoir pu éviter pne expufsiop d^ns ]es bropsisailles de Téruditipu. M^is cette fom^ $i restr^ipta. dp 1^ mise ep scène, cette condition légale dp poëte i At^iéPAfi auraiiept eifercé trop d'influence sur l'Art drfimîitiqpe ]ui?-q^ém^ popr qu'il fût possible de les passer squs silence daps un travail 4oDt la pensée est dp moptrer qpe la Comédie est pp produit particulier à la civilisatiop de p^^que peuple et ^estp en i^^ppprt const^pt avec elle.

Un passage répété par tçois gr^imm^liriens 4it ppsitlvemept que l'on distribu£fit h phaque poète, par la vpip dp ^rt, (rois, açteprs qui jouaient sa pièce (2), et de noml^rep^eff j^UpstâPS, des assertions formelles ne permettent pas de dopti^r qpe cette prétendue division de la pièce en trois parties ne répondît à un fait très-réel (3) ; mais G[uand on a voulu l'apptiqper aP^ dr$IP|es qui nous sont parvenus, on s'est trouvé arrêté par d'insprpiontables difficultés. Même dans les pièces les plus simples, il y a

(l) Ëllfi avilit certainement cons^vé beau- phanis Th09mopkoria^usie ffumero : Etiam

coup plus d'irrégularité. T« ic^iawica tlo^xov quartarum partium actorem ab Aristophane

àîflUTwç , xal nwoç jv yUdiç t^ xawj<rjç$uaÇV»**' i adhibitum esse constat. Voy. Béer, Ueber

dirait l'Anonyme, ncpî iU|A<^$laf ; dans Mei- die Zahl der Sckawpieler béi Àri$tophane^.

ueM, Historia cri^cctt P* B^O. Ainsi, par p. i6.

exemple^ dansiez Guêpes d'Aristophane, les (3) oi icoti|tal IXiiASotvoy tftlf ûmxpttà; xXtipu

quatre principaux personnages, FbilocléoQ, vt|iki)$ivTa« • Hésychius, t. It, col. 666; Sùl-

Bdélycléon? Xautlua^ et Josias, se trouvaient dàs, t. Il, p. i , col. 954, et Photius, p. 293.

ensemble sur le théâtre, et plusieurs des (3) Nous citerons entre autres Démosthène,

écrivains qui sputiennent l'opinion que nous De fijUsa Legatione, par. 44^, et Plutarque,

combattons, ont reconnu que l'obligation Praecepta gerendae Beipublicae ^ ch. xxi,

de n'employer que trois acteun n'existait pas par. m, p. 997. Un savant allemand qui

pour la Comédie. Après avoir prouvé qu'il manquait un peu d'originalité et d'exacti-

eu était aiusi nécessairement pour les Achar- tude, mais qui réunissait à une grande acti-

niens, Otfried Miiiler ajoutait : Doch scheiut vite d'esprit une érudition profonde, ne crai-

Aristophanesin andernStiicken (^ie Sopho- gnait pas de dire : Quamvis enim dubitari

clés im Oedip auf Kolonos] auch einen vier- nequeat, quin omnes quotqnot essent fahu-

teq Schauspieler zugezogen su baben ; Ge- lae alicujus personae tribus actoribus agen-

sçiiich^ der griechischen lÀteratur, t. Il, dae kierint; K. Fr. Hermann, De Distribua

p. 20^. Enger disait aussi au commencement <tone persùnarwn inter hitiriones in tra-

de sa dissertation, Ue hisIriotkVim in Amto- goediie graecii, p. 31 .

toujours plus de trois personnages, et en supposant que les différents acteurs en aient successivement représenté plusieurs ; que, malgré la complication des costumes de théâtre, ils aient pu se déshabiller et se rhabiller avec assez de prestesse pour reparaître aussitôt et ne pas interrompre la représentation, on ne résoudrait rien. Beaucoup de pièces, incontestablement représentées, exigeaient la présence simultanée d'un plus grand ^ nombre d'acteurs sur la scène (1). Aussi, après avoir posé comme un fait avéré que TËtat n'en donnait que trois, a-t-il fallu admettre, d'après un passage évidemment corrompu d'un compilateur indigne de confiance (2), qu'il y en avait quelquefois un quatrième. Mais les combinaisons les plus ingénieuses et les plus osées n'ont pu, même avec ce renfort, indiquer une distribution de rôles dont on dût reconnaître au moins la vraisemblance (3). Il resterait d'ailleurs à expliquer par quelle

(1) Hermann lui-même disait, {. I., p. 38 : beaucoup trop arbitraires pour quenous leur Nimirum hoc quidem inter omnes constat, in puissions reconnaître aucune autorité. .Les tragicis quoque Graecorum fabulis fuisse lo- différentes interprétations elles - mêmes ne C08 , ubi loquentium numerus vel consecutio nous semblent pas satisfaisantes. Il ne s'agit Tulgarem histrionum modum excederet, idque point, comme l'ont dit Lachmann , De Menjara dudum viri docti ex ipso «a^yopr^ftiiiaTOf suratragoediarum, p. 3, etBode, 1. 1., t. III, nomine coUegerunt. p. 183, note 2, de Choreutes parlant et chan-

(2) Les anciens grammairiens attribuaient tant en dehors du Chœur. Nous ne croyons volontiers à l'Antiquité les usages de leur pas non plus que l'explication d'Otfried Miiltemps, et donnaient à un fait tout exceptionnel 1er soit complètement juste : nofajo^'pi^ une signification générale et absolue. Ainsi , heisst wohl Ailes, was von Chorpersonen aus> par exemple, à en croire Pollux, dont il s'agit ser ihren gewôhnlichen Functionen geleistet ici , les décorations de côté se seraient com- wird , es sey dass sie Personen der Bûhne posées d'un trône élevé sur des marches : TÔ|«.tv oder einen andem nicht erscheinenden Chor IxxuxXijiM, ixl IvXw ù^^^èv ^0^, & miMirat ersetzen; Rheinisches MiAseum, t. Y, p. 34?. ftpôvof * l. IV, par. 128. Quelquefois aussi la Cela convient parfjaitement à la seconde phrase négligence des copistes a introduit dans les de Pollux (voy. le Scol. ad Ranas , v. 2i I , manuscrits de fausses leçons qui en ont altéré et ad Pa>cem^ v. 117); mais le Coryphée le sens. On lit maintenant dans XOnomaali- était le seul membre du Chœur qui pût jouer cofi : 'Oic6t> |ièy àvrl trcâ^ou ûcoxpi-coû ^toi xtvà un rôle dans la pièce , et c'était en son proxSt* ^n^vnSr* iliwïv ly lii-jj, «apflMntrjviov xoXûTwi tô pre nom qu'il y figurait , comme contempo- «pAYi^a. El J( Ti-nifcoç ûicox^tT^ç ■» itapaffttY^aiTo, rain et simple spectateur des malheurs du toOto ica^ct^'^fii-piiia txaXdtO' 1. iv, par. 109 et Héros. Voy. ci-après, p. 457, note 1. iiO. Ce passage est incontestablement cor- (3) Pour expliquer la mise en scène de rompu, et les corrections que l'on a propo- YÂfUigone , de Sophocle, 0. Millier, Gesées, même celles de G. Hermann, dans son schichte der griechiechen Uteratur , C II , Mémoire, De Àeschyli Psychoitaeia ( Opus- p. 59, note, a supposé qu'il y avait quatre Procura, t. YII, p. 346 : voy. aussi celles de tagonistes, et cette supposition de quatre per- Fritzsche , ad Aristophaniê Thestnophoria- sonnages jouant à la fois le Premier rôle n'a zusati p. 32 et 251 et suivantes) sont pas paru assez vraisemblable pour se passer

grâce d'état TÂrchonle chargé de celte distribution aurait ap« précié le vrai mérite des diiîérents acteurs et, en dépit de leurs prétentions, les eût classés d'après leurs aptitudes réelles; par quel hasard constant, des amours-propres irritables, complète* ment indépendants les uns des autres, se seraient subordonnés tour à tour et auraient concouru systématiquement à l'effet de la représentation; enfin par quelle erreur générale lesgram-^ mairiens auraient parlé en termes si formels de trois acteurs quand l'État en donnait quatre. A moins de supposer que l'Antiquité tout entière se soit trompée sur un fait qui se produisait au grand jour dans toutes les fêtes, il faut donc substituer à rinterprétation judaïque de ce témoignage une explication rationnelle, qui s'appuie sur l'histoire du théâtre.

Le théâtre romain ne peut nous apprendre sur ce point rien de décisif. Celte division systématique d'une pièce entre trois acteurs était une chose toute grecque, étrangère à la nature du Drame, qui ne fui point naturalisée à Rome. Les poètes rétrospectifs qui voulurent écrire en latin des tragédies et des comédies renouvelées des Grecs, furent assez intelligent? pour y introduire quelques changements et certaines appropriations indispensables. L'abandon du Chœur, trop invraisemblable et trop contraire à l'effet dramatique pour être accepté par unpu-

de toute espèce de preuves. Les tragédies le Trit. Ciytemnestre et la Nourrice :

beaucoup plus simples d'Eschyle n'ont pu ilne]^arlepasdePylade.SeIonK. Fr.Her-

elles-mêmes être ordonnées d'une manière maon, D0 Distributione peraonarum inter

qui satisfit la critique. Selon Lachmanu, il hûfrionesin trctgoediis graecis , p. 46,

y aurait même eu trois Protagonistes dans le Prot. est Oreste et Egisthe ;

l'Agamemtion , et son opinion est partagée le Deut. Ciytemnestre ;

par Richter, Di$ Vertheilung der Rollen un- le Trit. Electre , la Nourrice , le Serviteur

ter die Schauspieler der griechiechen Tra* et Pyiade.

gôdie, p. 37, et par MûUer, l, I., qui rem- Selon Richter, {. {., p. 39,

placent seulement Égisthe par le Garde. D'à- le Pirot. est Oreste;

près Schneider et K. Fr. Hermann, au con- le Déut. Ciytemnestre et Égisthe;

traire, Ciytemnestre était seule Protagoniste, le Trit. Electre , la Nourrice et le Servi-

et les trois Protagonistes des autres n'auraient teur ;

été que des Tritagonistes. Dans les CfiOépho- Pyiade est napaj^op^Y^i^a.

reSf selon Miiller, 1. 1,, Voy. Schneider, Attisches Theaterwesen ,

le Prot. est Oreste; p. 141 et suivantes, et 0. Millier, Eume-

le Deut. Electre , Égisthe et le Serviteur ; niden, p. 110 et suivantes.

blic qui s'inquiétait de son plaisir et non de Bacchus, les forçail d'étoffer davantage leurs sujets et de multiplier les personnages (1). Us admirent des quatrièmes et des cinquièmes rôles (2), et se refusèrent à gêner leur imagination par une prétendue règle aussi factice et aussi contraire au développement de TArt. Si un critique d'un goût achevé, quoiqu'il fût souvent, par tempérament et par système, beaucoup trop Grec pour un Romain, proscrivait l'emploi d'un quatrième interlocuteur (3), il restait cette fois de son pays, et parlait, non des personnages de la pièce, mais des acteurs réunis dans une même scène, dont la voix grossie et étouffée par leur masque aurait, s'ils avaient élé plus nombreux, mis de la confusion dans le dialogue (4). h'actor primarum partium n'était plus que le personnage principal de la pièce (5), quoique, selon toute apparence , il conservât encore un mode particulier de déclamation qui le désignait plus particulièrement à l'attention et donnait plus de relief à sa parole. Mais les Grecs attachaient une tout autre importance au Protagoniste : ils lui reconnaissaient une part prépondérante dans le succès de la pièce et Tautorisaient à immortaliser sa victoire en en consacrant un souvenir aux

(i) Laliiii scriptores complures personas in fabulas introduxerimt, ut epeciosiores frequentia facerent; Diomèdes, De ^oematum Generibus, 1. III i cb. ix, p. 455, éd. de Gaùford.

(2) Primo uaa persooa substituta ^t ç^toribus, quae respoudens alternis Choro looupletavit variavitquerem musicam, tum altéra, tum tertia, et ad postremum crescente numéro. . . qui primarum partium , qui eecundarum et tertiarum , qui quartaruni atque quintarum actores essent ; Donatus , De Tragoedia et Comoedia. Il dit aussi dans sa préface de VHécyre : Quartae partes sunt Parmenonis.

(3) Nec quarta loqui persoua laboret ; Horace, Àrs poeticGy t. 192.

(4) Diomèdes , l. i., l'a très-catégoriquemeut expliqué : Personae autera diverbiorum aut duo aut très, raro autem quatuor esse

debent; ultra augere numerum non licç^« Acron lui-même, qui en sa qualité de savant grammairien était encore plus Grec qu'Horace, dit dans son Commentaire : Non laquantur in fabula plures quinque personia.

(5) Ait enim ita appeUari , quod C. Volumnius, qui ad tibiciuem sallarit, aeciuularum partium fuerit, qui fere omnibus mimis parasitus inducatur; Festus, sixvA. kbs «st, p. 354, éd. de Liudemann. Et cum in La*h. reolo mimo, iu quo actor proriplens se ruina sanguinem Tomit, plures secundaram certatim experimcutum darent, cruore sceaa abuudavit; Suétone, Caligula, cb. ltu.

Pour dire qu'un automate représentant un dragon, devait concourir au succès d'une tragédie, ou plutôt y jouer le premier rôle, Lucien se sert même de l'expression |a«)*^^

8i itpuTaYwvKTciiç à<To;i£vo:j ; AleMnder,. ch. XII ;

p. 330, éd. Didot.

ÂPPSNDICR* 451

dieux (1). Pour quelques philologues» c'était Tactenr qui parlait le premier (2), ou dont le rôle était le plusdéveloppé (3) ; pour d'autlres, celui qui occupait plus constamment le théâtre (4), ou qui agissait davantage sur lés événements (8). Des critiques plus sérieux Font cherché dans le personnage, même secondaire^ qui donnait son nom à la pièce (6), et enfin dans le Héros luiméme, dans la victime relativement innocente du Destin (7). Ce sont de pures hypothèses, pour la plupart très^malheureuses (8), et un fait fort remarquable, complètement négligé jusqu'ici, ne permet d'en accueillir aucune. Dans les inscriptions votives, qui nous ont conservé les jugements prononcés au nom du Peuple à la suite de concours dramatiques, figurent comme vainqueurs, non-seulement le Poète et le Ghorége, mais le Protagoniste. Ce n'était donc ni le mérite littéraire de la pièce, ni la pompe du spectacle, ni le talent particulier d*un acteur que l'on avait voulu honorer par une récompense solennelle, mais l'effet de la représentation , la célébration réelle de Bâcchus. Le Poète présentait le manuscrit, et lors même qu'il n'en était pas l'auteur, c'est à lui que 1^ récompense était dé-

(1) Voy.^Bôekh, Corpw JnterijpHomtm] lomiie, ditLuoieBy le ealomniateiir , le'ùa.*

griteco/mm, 1. 1» p. 353, n* 231, et la Seotie lomniéet celui devant qui &sk calomnie : «pfit-

cje la PaiXy du ms. de Yenise, daos VÀristo^ wx i*i» ^> A ^xii, «k^y^T**!*** "^ «fwwtx^iarijv

phane^ de Didot, p. 457, col. 2. loy 5p«j*aT0« , ^y« Jl xàw vw^^ t^ç ^tm&Xîif •

(S) C'était là sans doute sa signification De Calumnia, par. vn, p. 616. éd. Didot. prinutiTe, icfwie^iiro«. et son nom a été em« (6) Von den Personen der Biihne giebt,

prunté aux luttes successives des rhapsodes , so viel man nac.h-weis»» kann, immer nur die

fa<|rw^ à-jffivtç. qui ont eu tant d'influence HauptroUedesProtagonisten dem Stueke den

sur les origines de Tact dramatique : voy. le Namen; 0. MiJller, Eumeniden^ p. 111. Hipp0fqH9 du pseudo-Platon, p. 228. (7) Diejenige Pers<»i nun, deren Schieksal

(3) l|f«rN(Y«w<0ntf in fabula dicebatur qui dièse Tbeilnahme ervireekt, die als ausserlich plurima recitabat ; ToUius, ad Lueianum, De oder inncrlieh bedr&n^ eracbeint ; die am Cùlumniay t. III, p. 134, et dans son Qua" meisten pathetisohe Person — im alten Sinn tfàor aetates m ecenicae, Bôttiger a émis des Worts -^istder Protagonist; O. Miiller, la même opinion ; Opuseula, p. 318. GeeeUickte der grieckischen Literatwr, t. II,

(4) Est persona primarum partium quae p. 57.

saepius actu regreditur; secundarum et ter^ (8) Nullum reperire potui judieîum, unde,

tiarura, quae minus minusque procedunt ; uter bistrio habendus esset princeps, cognos'

p8eud<HAsconius, ad Divinationem in Cae- ceretur; Lachmann, De Meneura tre^goe*

eiHumj eh. xt; i. I, p. 325, éd. deGraevius. diarum, p. 23.

(5) Il y a tirais personnages dana la ca*

cernée; le Chorége procurait le Chœur et subvenait ù tous les frais (1); le Protagoniste dirigeait la mise en scène et fournis* sait les autres acteurs. Il les instruisait, comme avant d'être remphicé par un officier spécial (2), le Chorége avait instruit les Ghoreutes(3). C'était un véritable fonctionnaire, qui avait ses devoirs politiques à remplir dans les Dionysiaques, et devenait passible d'une peine quand il les avait négligés (4). Il était nonseulement le directeur légal de la' scène , mais le chef réel de la troupe (5), imposait à ce titre sa prééminence aux autres acteurs (6), choisissait les rôles qui lui agréaient davantage, et pouvait, s'il le préférait ainsi, ne remplir qu'un personnage secondaire (7). Il devait sa position à la confiance des poètes (8) et à la célébrité que lui avaient faite les suffrages du Peuple (9). On voulait recevoir les leçons des plus fameux, profiter de leurs exemples (10), et l'acteur assez renommé pour s'offrir au

(1) Quelque chose de semblable se retrouve en Espagne, et probablement par tradition : Author de comedias apud Hispanos, non est, qui illas scribit, aut récitât, sed qui comicos alit et singulis soWit convenientia stipendia; (laramuel, RhythmicOy p. 710, éd. de i66â.

(2) Xo^iSômaXof : cela rentrait habituellement dans les fonctions du Directeur de la mise en scène, qui en prenait même le titre.

(3) Voy. Suidas, s. t. x<»WT^« elxof«*«; Aristophane, Theamophoriaxutae, y. 101 et suivantes, et Athénée, 1. xiv, p. 633 B.

(4) Une preuve curieuse en a été conservée par Plutarque : *EiaX Si *AOi)voJwpo{ ù-sô x&*

cix àv^ypjvtv • AlexandeTf ch. xxix , par. 2 ; Vitae.p. 813.

(5) Voy. Déroosthène, De falsa Legationet p. 344 et 4 1 8 ; Plutarque, Pelopidas, oh. xxix, par. 4 , et De audiendis Poetit, ch. m , par. 21. CalUstrate, l'auteur officiel des Acharniens^en avait dirigé la représentation et s'y était réservé le premier rôle : voy. Kockius, De Philonide et Callistrato, p. 21. C'est certainement à titre de Protagoniste qu'il avait été attaqué en justice par Cléon pour la représentation des Babyloniens ; Schol. ad Vespai, V. 1275, et AchamenseSj v. 377.

(ô) BotHger est allé jusqu'à dire, peut-

être avec un peu d'exagération : Jam vcro facile conjectura assequi possumus, non solum in voce , sed in omni actione inserviisse et quasi lenocinatos esse Primarum partium personae histriones reliquos ; De Acloribus Primarum , Secundarum et Tertiarum partium, p. 12.

(7) ^liwq f^P où xttx&i iXt^' "^ toioOtov 6tc- $a>^( 6 tij{ Tpaju^iGif \imxfiv^q • ovOcvl yàp ic<(icOTt lUc^iXev iauTOû c^JtiaàYttv e>&li tûv cùttXûv ùieoxpitûv, wf olxttou{&iy(iiv t4Sw Oiflcrfly TaX; v^irtaii ôxoalç- Aristote, Politica, 1. IV (VII), ch. XVII ; Opéra, 1. 1, p. 623, éd. DidoJ.

(8) Eschyle se servait volontiers de Cléander et de Myniscus; Sophocle employait quelquefois Tlépolémus et Clidémidès, et disputait à Euripide Polus , Théodorus , Aristodémus et Néoptolémus.

(9) Simroias disait dans une épigramme :

ÙoXk&Xli Iv 0U{liXlg9t xal Iv 9X1)vf 91 TtOl)X^

fiX«i9Ô; *Axapvl-n|( xi99&{ >ft4't x6|ii)y.

Voy. les divers passages recueillis par Blomfield, Muséum criticum, t. II, p. 88. Il y avait même un mot spécial pour signifier la rivalité des différentes troupes dans les concours^ àvrlnxvoi; Alciphron, Epistolae, 1. iii,let.48.

(10) Ainsi, par exemple, le célèbre Polus était élève d'Archias; Plutarque, Demosthenes, ch. XXVIII, par. m, p. 1025. On sait même qu'il y avait différentes Écoles

choix de TArchonle devait grouper autour de lui des acteurs moins exercés ou moins célèbres qui le secondassent et lui permissent d'entreprendre la représentation d'une trilogie entière, quelles qu'en fussent la complication et les difficultés. Il s'associait les plus habiles, les admettait au partage de ses succès (1), et payait en argent le temps et la peine de ceux dont le talent trop incomplet ne pouvait prétendre à une récompense plus élevée (2).

La forme du Chœur était toute lyrique et marquée par une véritable mélodie : l'antistrophe était un complément musical, le plus souvent sans doute une répétition de la strophe, un couplety et le Chœur, probablement divisé en deux bandes, se réunissait pour chanter à l'unisson, avec des variations plus ou moins prononcées, un troisième morceau, l'épode, qui con^ cluait les deux autres. Les épisodes qui fournissaient successivement un prétexte aux différents chants du Chœur, étaient des récits, purement narratifs, d'anciennes histoires : l'acteur n'était encore qu'un rhapsode, gardant sa personnalité et son temps, et racontant comme une tradition des événements qui lui étaient étrangers. Thespis en fit un nouveau personnage, parlant de sa

(voy. Hésychius et Photius, s. v. McXixtuv griechischen Litteralurt t. II, p. 643.

oixoç) , et tjuc Néoptolémus avait toujours (2) Voy, Démosthène, De Corona^ par.

Ischander pour Deutéragoniste j Démosthène, 262, p. 166, éd. de Vôrael, et Plutarque,

De faïsa LegcUione^ p. 344. C'était déjà Praecepta politica^ t. II, p. 816 F, quj

beaucoup pour l'Archonte d'avoir à apprécier l'appelle (AterOuT&ç et icivvjtof.

les nouveaux Protagonistes et leurs troupes : Eypiiîî^oy h ^^^a îtÇtàTav

il lui eût été complètement impossible de ^tixvaiff* 'Opi<TOiy, 'H-ii\oi<^i tôv Kiwôpou

juger et de classer les acteurs secondaires. jxiffOttaàjwvoç -sa icpûTa tûv iicûv \1-(m •

(1) Voy. le Thésaurus graecaelinguaey t. Hûtninum Lanio • dans le Poe^

II, col. 1020,éd. de M. Hase. Thefirst actor ^™^^' «OînmumjLanto oans le i oe-

' . j' ,, il' A iarum cowtcorum oraecortim Fraûfwasregarded asthe represeutativeandmana- 90 1

gerof histroop ; hecarriedtheinferioractors -^ "'

vnih. hira , received for himself the prize of Cette absence de talent était assez gêné-

victory , and though he may bave given a raie et assez complète pour avoir fait du

share of this and of the other honours of the métier des Troisièmes acteurs une cause de

performance to bis second performer, etc. ; mépris. 'ETpiTaYwvloxtiç, i-jw 4'WwJ»pow, disait

Donaldson, The Théâtre of the Greeks^ Démosthène à Eschine; De C'orona, par. 265,

p. 216. C'est aussi sans doute l'opinion de p. 166 : voy. aussi De falsa LegationSt

M. Bernhardy, puisqu'il a dit :DerTritagonist par. 337, p. 235, et Lucien, Piscatort

dient fur Geld als jxior««i«ô< ; Grundriss der par. xxxin.

APPBRDICB.

propre histoire et exprimant desilonlears qaMl ressentait ac-» taellement : Tépisode ne fut pins un simple fragment d^épopée^ mais une scène de drame, et le Chœur ne se borna plus à des chants rétrospectifs; il entra en rapports immédiats avec Tao* tenr» sympathisa à ses malheurs et se mêla aux récits par ses encouragements et ses conseils. C'était déjà, malgré la différence d'inspiration et de ton, une sorte de dialogue (i), qui s'accentua bientôt et se caractérisa de plus en plus. Dans ces monologues se mêlaient confusément et se succédaient tour à tour la narration des faits et l'expression des souffrances qui en résultaient. Ces dernières se prêtaient seules au pathétique; elles constituaient seules un Héros de tragédie, et l'on inventa un second interlocuteur qui donnait la réplique et apprenait successivement au Premier personnage les événements que, dans l'intérêt du drame* il devait savoir* Les appareils, de bronze, cachés dans les masques, ne grossissaient la voix qu'en lui retirant ce qu'elle avait de plus flexible et de plus personnel,

(l) c'est une conséquence de l'opinion d'Arittote : 9i«icH làitp^XeTw n mA f^etv i|iQfw* dans Thémistius, Disc, xxvi, p. 316 D, éd. de Htrdouin. nf»^oYe< est l'expocitioii du sujet, la narration des événements antérieurs au commencement de la pièce, et P^^i^» le niouologuc déclamé, la parole personnelle d'un acteur substituée à un récit rhapsodîque, et il en résultait nécessairement un Téritable dialogue avec le Ctiœur. Comme ce fait capital pour l'histoire du Drame grec a été méconnu et même nié par Thiersch {ad Pindarwrif 1. 1, p. 1b2), Kanngiesser {Die alie Uomiiche Biihne in Atheny p. 63), Kreuser {Homerischê Rkapsoden oder Bederiker der AUen^ p. 86) et Gruppe {Ariadne, p. 128), noui «jouterons à la logique naturelle des choses l'autorité de plusieurs savants distingués. Episodiis inventis accessit dialogua , ita tamen , ut unus tantum actor colloqueretur cum Choro ; Heeren , De Chori Oraecorum tragici Natura et ïndole; dans Seebode, Hiscellanea critica, 1. 1, p. 504i Qui prinius in eam cogitationem venit, posse epicam fabulam idoneis colloquiis ita misceri cum religiosis Choris, ut totum aliquod inde

effîceretur , nec jam narrari res , sed agi coram tideretur^ is demum pro inventore habendus graecae dramaticae artis.... ; eaque laus Thespidi... magno dootaé Antiquilatia consensu tribuitur ; Dahlmann, Primordia et succestut Veteris comoediae Atheniensiumt p. 5. Der Schauspieler des Thespis hat vielmehr Ton der Unterredung mit'dem Cher, als der andern Person, den Namen (ûicoiipiTîi;), und in diesen tJnterredungen liegt eben daa Neue der fruchtbaren Aenderung ; Welcker, Nckchtrag xu der Schrift Uber die Aeachyliicke Trilogie, p. 268. Thespis es war, welcher diesen Einen Schauspieler zuerst aufstellte; Bode, GeschicMe der helleniichen Dichtkunêtf t. III, p. 44. Thespidis nierilum in hac potius re ponemus , ut peculiari actore adjuncto jam Chori dux haberet, quocum colloquia sereret , argumenta^ue , quae antea solus gestu. et narratione eiprimere conatus esset, jam tivi sermonis imitatione et naturali quodam dccursu spectatorum oculis propuneret; K. Fr. Hermann , Dé Distributione personarum inter histrionei in tragoediiê çraeciê^ p. 14.

et, gênés comme ils Tétaient par leur attirail de théâtre, les aeteurs ne pouvaient mimer leurs paroles avec action et se les approprier par des gestes suffisamment sensibles au public. Mais les Athéniens avaient Tesprit trop littéraire et le goût trop pénétrant pour vouloir trouver au théâtre des pastiches de la réalité; ils savaient que Vkti invente lui-même ses créations et ne se borne pas^ comme une machine inintelligente, à copier en raccourci la Nature dans son incomplet de tous les tempd et son déshabillé de tous les jours. La plupart des acteurs por^ talent des vêtements de fantaisie qui ne variaient que par la richesse un peu arbitraire des ornements; il avait fallu, pour les distinguer, avoir recours à des signes symboliques, étran-^ gers à leur vraie nature et trop fictifs pour convenir également à tous les sujets (1). Le grave et poétique Eschyle etit la pensée, à la fois naturelle et profonde, de personnifier la déclamation et d'en donner une différente aux divers personnages (2). Cette ingénieuse supposition pouvait suffire pour les tragédies primitives, composées presque toutes de monologues, où les acteurs secondaires n'intervenaient que successivement, pour apporter des nouvelles et fournir au Protagoniste Toccasion d'expansions beaucoup plus lyriques que dramatique^. Quand les fables, devenues enfin moins sommaires et moins simples, exigé-

(1) Nous ayons déjà montré, p. 297, salis apparet; Opusculay p. 320. Une telle

note 5 , et p. 310 , note 4 , tout ce qu'il y distinction eût été souvent aussi ridicule que

atait de faut et d'impossible dans la préten- le symbolisme d'Eumarus , d'Athènes , qui

due distinction des poHes. On ne comprend distitigu&it l'homme par un coloHs différent

pas que, cotnme M. Bode {Qeschichte der dont \é ton tranchait avec celui d6 la femme.

hellenischen Dichthinst, t. III, p. 164) et (2) "roup»/ $l ewicn Sva wiwxjt-riiv iÇiOpw, Ulp

K. Fr. Hermann (De bisMbutione perso- toO *tovaiw(ie««aii w j^opàv, Kil iiûtipw Ala^^Xoç •

naruMf p. 62 , note 38] , des esprits aussi Diogène de Laërte, 1. iit, th. 86. Il est niôrtie

distingués qtte W. Schlegel ( Ueher drùinà- au moins probable que, sans s'astreindre à la

tiêchê Kwut urtd Litleratw^ t. I, p. 84) régularité absolue queLachmann et H. Wéil

et 0( Millier {Onschichtê der griechiachen ont soupçonnée et prétendu rétablir, Esdhy le,

Literaturf t. Il, p. 56 ) aient pu y donner la pour mieux marquer le mouvement et la coupe

moindre créance. lËftttiger a polisse la foi du dialogue, cherchait à y mettre une sorte

dans cette impossibilité jusqu'à dire, en par- de parallélisme comme dans les chants du

lant du Cyclope d'Euripide : Quum Cyclops Chœur ; que les difTérents interlocuteurs etli-

ipse primum ei antro prodeat, primas partes ployaient le même nombre de vers pour se

in illa fabula fuitae Polyphemi , non Ulyssis, parler et pour se répondre.

456 APPBNBIGB.

rent un plus grand nombre de personnagei » i) fallut donc , par d^habilescombinaisons de mise en scène, n*en produire que deux i la fois sur le théâtre. Les contraintes qui en tésultaient, empêchaient le développement régulier de Taction et rendaient les situations les plus dramatiques impossibles. Sophocle, qui comprenait beaucoup mieux lea nécessités du Drame et pouvait met ire à son service une imagination plus variée et plus féconde , inventa un troisième mode de déclamation , un Troisième acteur, comme disent les grammairiens, qui lui permettait d'élargir le plan et de laisser quelque liberté d'action aux personnages (1). Mais cette nouvelle invenlioi), la dernière ressource à laquelle se prétassent Torganisme si constamment semblable et la nature si bornée de la voix humaine, était encore bien insuffisante. Les sept ou huit personnages indispensables au développement du sujet étaient quelquefois forcés, pour rester distincts de leurs différents interlocuteurs, de modifier leur déclamation naturelle, de changer de voix (2) : ce n'étaient plus des hommes gardant, quoi qu'il advint, leur caractère personnel et leur unité, mais des personnages de théâtre soumis à toutes les exigences et à tous les hasards de la mise en scène. Pour rendre ces inconsistances moins choquantes, on semble avoir admis, dans quelques occasions bien rares, un Quatrièn^ acteur, étranger à la tradition et contraire à lunité du drame,

(1) Tiv t^lxov bmxptTîiv IÇtOfc , dit le SophO' un fait si notoirej que les stoïciens en avaient c<t«Ftla.'Toy. aussi Aristote,Po«(ica, eh. iT, tiré leur comparaison habituelle de la vie par. 1 6 ; Diogène de Laërte , 1. m , ch. 56, avec un^ pièce de théâtre , et qu'Arrien faict Suidas , s. t. Xofm\f,{. sait dire à Épictète dans son Enchiridion ,

(2) Lucien parle d'un acteur qui, après ch. xvii, p. 54 : ol«y &y Hl-^ i $tiàax«Xo«. avoir joué le rôle deCécrops oud'Érechthée, Cette distribution des parties et ces changereparaissait (ûirà toO leotijToG xtX(Mr{jiivo() comme ments dépendaient certainement beaucoup un simple esclave; Necyomantia , par. xvi , plus des aptitudes de chaque acteur que de la p. 126, éd. Didot. Dans la mosaïque de la nature des différents personnages et même Maison d'Homère, à Pompeï, représentant un des convenances de la mise en scène. Voilà foyer de théâtre, on a figuré aux pieds d'un pourquoi les plus ingénieux critiques, Lachacteur déjà masqué, trois autres masques mann , 0. MûUer, Schneider, Richter et (BêcU MuMO Borbonico, t. H, pi. 56], in- K. Fr. Hermann, ont vainement cherché à diquant sans doute qu'il avait à remplir plu- les reconnaître et n'ont pu parvenir même à sieurs rôles dans la même pièce. C'était là s'entendre. VÔy. ci-dessus, p. 448 , note 3*

dont la déclamation pltt& fortement accentuée devenait une sorte de chant et se rapprochait de la mélodie du Chœur (1).

Quand la Tragédie grecque eut reçu tous les développements dont elle était susceptible, le Chœur continua à y jouer un rôle capital, et de nombreux comparses, magnifiquement habillés, ajoutaient encore à la représentation plus de pompe et d'éclat (2). On distingua donc TÂcteur des autres figurants par un nom significatif, qui exprimait sa nature à part : c'était, dans la langue comme sur le théâtre, le personnage qui répondait (3), qui parlait d'une autre manière que les Choreutes. Lorsqu'on inventa un Second, puis un Troisième acteur, on voulut naturellement les différencier aussi les uns des autres par une déclamation spéciale qui les caractérisât : ils faisaient réellement une partie différente dans la pièce, et on leur donna à chacun un nom particulier qui indiquait la nature oratoire de leur rôle (4).

(l) Le pwsage de Pollux, cité p. i48, Toy. SchuUze, Dû Chori Graecorum trctgici note 2, ne nous sMEible pouvoir signifier que Habilu extemo, p. 23-29. ceci : Lorsqu'il fallait un quatrième acteur , (2) C'était habituellement des Gardes , en dehors de la mise en scène ordinaire (ce Ao^v^of^iicTa : Toy. Schneider, /. 2., p. 139 et qu'on nommait ica^vx^viov) , il ne déclamait suivantes ; Bôckh, Tragoediae graecM Priri' pas, il chantait comme un Choreute, et Cip««, p. 94 et suivantes, et ce passage si cus'appelait «apcy^o^-puta , En dehors des dé- rieuxd'Hippocrate sur le costume des^figurants, penses du Chorége. El ii -ci-tapTO< vicoxpi-nlç xi où l'on voit une nouvelle preuve de l'ordre inim^fttlYïaito est une glose introduite dans le variable et de la régularité matérielle qui rétexte par Télourderie d'un copiste (ce que gnaient dans les choses du théâtre : w{ -jàf Lachmann semble aussi avoir conjecturé, De ixtivot ojîffM ^ïv xai aToXî]#xaiic^^«*iiegv ûms^tToû Mentura tragoediarum , p. 3), et il faut (;^o<j<riy , oùx Tm $k vTcoxpiTai. mettreentreparenthè8es««p«vx^viovxa\(l-caiTÔ (3^ *ricoxp'.Tî;( vient de *Yitoxf\nah%\.t forme nfSnn/M. La corruption du texte n'est pas con- que Homère et Hésiode donnaient à *À«oxfU testable (voy. Fritzsche, ad Aristophanis vto^i, Répondre (voy.Eustathius, a(2 //tadt« 7A«smopAona2twa«, p. 32 et251 etsuiv.); 1. vu, v. 407, et Tyrwhitt, ad AristoUlia mais peut-être G. Hermann (ad Aristotelis Poeticam, p. 116), et PoUux disait, 1. iv, Poetiâam, p. 109), Petersen {De Aeschyli par. 123 : 'EXtô; $' i^v TfâmÇa àf^aia. if' îiy ic^ Vita, p. 56) et Schneider [Attischee Thea- •t9icl$o( el; Tt; àyaÇàç, -coi; x^^t'^^î^ àKu^iya-co. tetwesen, p. 137), ont -ils eu tort d'en (4) C'était certainement le sens primitif de trouver une preuve matérielle dans le nom Protagoniste, Deutéragoniste et Tritagoniste ; d'Agamemnont donné comme exemple de Aïûxepa Xi^cty signifiait Assentari, Secundas Parachorégéma, au lieu des Choéophoree , agere in republica , Être subordonné , Acoù Pylade dit comme quatrième acteur les compagner : Caelium oratorcm fuisse iracunvers 900-902 : car il y a dans les manuscrits dissimum constat, cum quo, ut aiunt, coena- Jfminon, et l'on sait que Eschyle avait réelle- bat in cubiculo lectae patientiae clieus , sed ment fait une tragédie de ce nom. Au reste, difficile erat illi in crapulam conjecto rixam l'assertion de Pollux n'est rien moins que po- ejus , cum quo edebat , effugere: Optimum iitive ; il dit seulement : «tie^Ax^ai 5p«vtv aùt^. judicavit, quicquid dixisset, sequi , et secun-

APPElimCS*

Ils étaient aassi distincts qae nos Ténors, nôS Barytons et nos Basses, et^ comme il arrive sonrent dans nos opéras, il y arait dans les pièces grecques plusieurs Premières, plusieurs Secondes et plusieurs Troisièmes parties (1). Malheureusement les anciens grammairiens n'ont point distingué la personne de racteur, qui disparaissait sous le masque et son appareil de théâtre, de son mode de déclamation : le rôle a prtmé et absorbé Thomme, et il est résulté de cette confusion, répétée dans vingt passages, une cause ft peu près inévitable d*erreur.

Peut-être cependant les insurmontables diflScultés qui en ré* sultaient, atiraient^elles dû avertir les savants de ne pas croire si aveuglément aux anciens textes ; mais ils espéraient pouvoir^ à l-aide de suppositions plUs ingénieuses ^ résoudre enfin des questions insolubles pour leurs confrères (2). Il n'y avait pas A Athènes, du temps de Périclès^ des troupes régulières, orga^ nisées d'avance pour suflSre à toutes les occurrences. La nécessité où se trouvait chaque artiste de remplir plusieurs rôles à la foiSf avait influé sur la langue du ihéitre : VÀeteur n^était

clas agere. Non tulit Caelius assentientem ^ •ed eiclamatit : Die aliquid contril, ut duo sitnus; Sénèque, De Ira, 1< m, ch. 8. Suidas, s. V. ZofOxif|(, distinguait encore, Bans doute d'après la Vie,de Sophocle, les Troisièmes acteurs du Tritagoniste : oLxo^ «ffirco; Tpioly ijj^nno bironfiralf xal t^ xaXou|iivf tfvxOf

(1) C'était une conséquence inévitable du nombre double et quelquefois triple des personnages. Elmsley, qui, si nous ne nous trompons, est le premier qui ait formellement reconnu ce fait, a dit en parlant de VAlcestt d'Euripide : The actor, who wore the robe and mask of Àlcestis in the beginning of the play, is now présent in the character of Hercules; Clasêical Journal f t. XYI, p. 435. M. Richter n'a pas craint de supposer que dans les Trachiniermes, il y avait deux Premières parties, Itercule et Déjauire {Die Vertheilung der Rollen unter die Schauapieler der griechischen Tragôdie^ p, 8); 0. Miillereu admet quatre pour VAntigone (Antigone^

Tirésias, Eurydice et le second Messager) et y ^oute quatre Secondes partiel ( lamène) le Garde « Hémon et le premier Messager ) } Gegchichte ier griechiêchen UtÈrattÊTf 1. 1!| p. 59. K< Fr. Hermann est allé jusqu'à dire que dans CEdipe à Colon$,.\e rôle de Thésée était successivement rempli par les trois acteurs ; De Dittribuîionê personarwm > p. 43.

(2) K. Fr. Hermann, qui av«iit cependant fait une étude approfondie de la question j n'en a pas moins dit avec une assurandb doctorale : Quamvis enim dubitari nequeat, quia omnes qnotquot essent fabulae alicujus personae tribus actoribus agendae fuerint; (t I.^ p« 31. Lachmann n'a pas été moins b'anchant dans son article : Ichjti versuehte in der Schrift De Mensura tragoéditimltin die Rollen sammtlicher uns erbaltenen attitchen Tragôdien unter die iwei odéf drei Schatlspieler lu vertheilen^ von denen sie, wle vrir vnssen, darges'tellt waren; Pfnte Jakrbû^ cher^ von Seebod9undJniint i* ÏXXI, p. 4B0i

APPBNDIGE. 489

pas seulement, comme aujourd'hui, un comédien jouant un rôle dans une pièce, mais une ou plusieurs persomaes ayant un mode particulier de déclamation (1). Ces acceptions si diverses du même mot peuvent seules expliquer les inconciliables con« tradictions qui obscurcissent la question. Ainsi^ par exemiple, d'accord en cela avec Thémistius(2), le bio^aphe d*Eschyle (3) lui attribue Tinvention du Troisième acteur, que de meilleures autorités ne permettent pas de contester à Sophocle (4). C'est qu*en comptant les modulations du Chœur, il y avait réellement trois voix différentes dans la représentation des drames d^Eschyle (S), et que tous les grammairiens n'avaient pas oublié que le Tritagoniste était en réalité un troisième mode de déclamation. Si d'ailleurs on avait seulement entendu, par lesTrors acteurs, trois artistes différents, toutes les pièces antérieures à Sophocle auraient été nécessairement jouées par deux personnes, et il n'est pas une seule tragédie d'Eschyle qui puisse satisfaire à cette nécessité sans les suppositions les plus invraisemblables ou même d'évidentes impossibilités. Npn^seulement dans les Choéphores six personnages se mêlaient successivement au dialogue^ mais il y en avait trois qui figuraient à la fois sous les yeux du publio(6), et dans la scène suivante (T), avant qu'il fût possible à aucun de rentrer dans la coulisse et de reparaître sous un autre masque, un quatrième parlait également sur le théâtre.

(1) Les Trois acteurs formaient une troupe termann. On sait qu'il avait de grandes conde comédiens , idw ûitoK^ttOv it^villof , dit Aris- naissances musicales ; Viia , !• 1. ; Athénée , tote {Poetica, ch. iv, par. i6)f et il parle I. ii P' 20 F; Suidas ^ s. t. ZofoxXf,«. ailleurs tûy eùnXfiw ùffoxpi^Oy ; Po/ilfcohh VII, (5] Yoy. Blomquist, Qwte ab -Aesqhylo ch. 17. accessérint momenta tragœdiae gratcM,

(2) eivici< ^( lepâXojôyTt xal f^fftv UeSpiv • AUr- p. 66 et suivantes. M. Welcker est - allé X^'^^t ^ vphoy ûnoKfiT^v x«l éxfiSvmi • Dis- jusqu'à dire : Mir schien imroer- Aristoteles cours XXVI, p. 316 D, éd. de Hardouin. ■ «f«iTaY<dvi9Tîi« uneigenttich xu nehmen und den

(3) T'iv Tfit9v bi(oxftTi|y «irtôf i^tO^e; éd. de X^^o^ als die Hauptsache dem Chor entge- Robortello ; dans Dablmann | Primordia et genzustellen ; Die griechiechen Tragôditm tucceetue Veterie oonioediaef p. 22, note, mit Bûcksiohl auf den epiecken Cyklui

(4) Aristote, Poetica, ch. iv, par. 16; geordnet^i* I, p. 70. Diogène de Laërte, 1. III) ch. lvi, p. 82, ^6^ V. 642-656.

éd. de Ménage; Suidas, s. Vi ïoçaxXijç; So- (7) La vu*, v. 657-70t. phoclis Genua et Vtto, p. 1 27, éd. de Wes-

A en croire des critiques systémaliquement convaincus, Eschyle se serait en cela approprié Tinvention de Sophocle (1) : mais son attachement religieux aux traditions, l'indépendance de son talent et la gravité de son caractère ne permettent pas de le croire si accessible aux idées nouvelles et si empressé dese mettre à leur service. D'ailleurs, dans les sept Chefs devant Thèbes^ qui furent joués à peine une année après le premier succès de Sophocle (2), se trouvaient déjà trois acteurs parlant dans la même scène (3), et Ton ne peut raisonnablement supposer qu'un poète inconnu, si respectueux pour les choses religieuses et d'une prudence si élevée, ait compromis volontairement la fortune de ses débuts par une innovation hasardeuse qui devait déplaire à T Archonte parce qu'elle imposait de nouvelles charges aux entrepreneurs de la fête. Il y a d'ailleurs une tragédie d'Eschyle, le Prométhée^ jouée incontestablement au moins dix ans avant cette prétendue invention de Sophocle (4), et la première scène réunissait sur le théâtre trois interlocuteurs parfaitement distincls : Prométhée, Vulcain et la Force (5).

Le Rhésus d'Euripide se refuse si obstinément à cette répartition entre trois acteurs, que M. Richter a été obligé de supposer qu'un seul ne jouait rien moins que six rôles différents (6), et reconnaissait que, même si la tâche n'eût pas excédé les forces d'un seul acteur, cette distribution offrirait encore de graves

(1) Il y avoit plus de douze an» qu'il Toyoit des pièces de Sophocle , où il prit ce troisième acteur que Sophocle avoit ajouté , a dit Dacier , et Lessing l'a répété ; Leben des Sophoclesj p. 121. .

(2) Dans la iv' année de la 77* Olympiade ; il n'avait que yingt-huit ans : voy. SchôU , Sophokles, sein Leben und Wirhen , p. 31 et suivantes. Les sept Chefs furent joués la i*"* année de la 68" Olympiade, d'après une didascalie de Florence , publiée par Franz , <^te Didaskalie su Aeschylos Septem conira r/ie6a«, Berlin, 1848.

^3^ Dans la xti% v. 996-1044.

(4) Dans la 75* Olympiade ; probablement

la 11° ou la m* année : voy. Bergk, Zeilschrift fur die AlUrlhumswissenchaft , 1835^ p. 952.

(5) M. Bode a dit avec une grande naïveté : Das einzige Mittel, einen dritten Schauspieler nicht anzunehmen, ist sicheine Puppe zu denken, die man angeschmiedet hat. Dann wijrde der Schauspieler, welcher den Hephàstos machte, sich hiuter der Puppe versteckt und als Prometheus gesprochen haben ; Geschichte der hellenischen Dichtkunsty t. III, p. 320.

(6) Énée , le Messager, Rhésus , Minerve , le Cocher de Rhésus et la Muse.

difficultés (1). Plas malheureux encore dans ses explications, Lachmann n'avait trouvé rien de mieux que d'admettre trois Parachorégéma,Qiv^n%Qz\i parmi ces hors-d'œuvre le personnage capital, celui qui donnait son nom à la pièce (2). Karl Hermann, enfin, avouait son impuissance à expliquer les bizarreries de la mise en scène, et déclarait, en se drapant dans son orgueil de savant, qu'une pièce aussi contraire à sa théorie n'avait pu être composée pour le théâtre (3). Même en se refusant à accorder une valeur historique aux peintures des vases et aux gravures des pierres antiques, on ne saurait croire sans absurdité que les artistes aient capricieusement déprécié le mérite de leurs œuvres en représentant des choses impossibles, contre lesquelles le sentiment général eût aussitôt protesté, et sur un ancien vase, publié par M. Lenormant (4), figurent ensemble cinq personnages de comédie dont les masques indiquent par une bouche démesurément ouverte qu'ils sont des acteurs parlants. Une intaille de la collection de Tassie est plus décisive encore : un poëte y distribue les rôles d'une pièce à des comédiens, et il y en a jusqu'à six (S). Dans la Renaissance grecque, si classiquement poursuivie à Rome, les mots avaient, à défaut des choses, conservé leurs anciennes intentions et leur sens littéraire, et Suétone parle de la représentation d'un Mime où plusieurs acteurs faisaient en même temps la Seconde partie (6). Les anciens auteurs ne sont pas d'ailleurs aussi complètement étrangers à notre opinion ni aussi muets qu'on pourrait

(1 ) Die Vertheilung der Bollm unter die Schauspieler der griechischen Tragédie ^ p. 78.

(2) Rhésus. Ulysse et la Muse ; De tragocdiarum Mensura, p. 43.

^3) UtRhcsum mittam quae quum vix commissioni scenicae scripta esse videatur, in censum venirc omuino non potest ; De Distributione personarum inter his^iones in Iragoediis graecis^ p. 30.

(4) Dans sa thèse pour le doctorat , Cur Plalo Àristophanem in Convivium induxerii. Il a été republié par M. Geppert, Die aUgriechiêcheBuhne, pi. v, et par M.Wieseler, Theatergebàudé ^ pi. ix, fig. 13.

(5) Tassie's Catalogue, n» 3564, p. 240 : voy. aussi n«» 3565, 3566 , et Caylus, Recueil d'antiquités f t. I, pi. uv, fig. i.

(6) Caligula, ch. lvii : voy. ci-dessus, p. 450, note 5.

40Î APPBNDfCS.

le eonclure du silence nnanime des éradits. Aristote attribuait une véritable action à la voix : il lui reconnaissait trois timbres différents, et croyait qu'il suffisait de les changer pour modifier Texpression (1). Un témoignage de Cicéron, plus capital encore, nous apprend que les acteurs et les poètes distinguaient les choses par le mode des intonations (2). Aussi chacun devait-il, selon la sagesse antique, rester dans la condition que la fortune lui avait faite et, à Texemple d*un bon acteur, ne point affecter le premier r6le quand c'était le dernier qui convenait à son personnage (3). Ce n'est pas le poète, disait Plotin, qui fait les Premiers, les Seconds et les Troisièmes rôles, c'est la nature des choses; mais après les avoir reconnus, le poète assigne à chacun ce qui lui appartient dans Tordre hiérarchique du drame (4). Les premiers manuscrits, qui se préoccupaient beaucoup plus des intérêts de la représentation que.des convenances de la lecture, remplaçaient même habituellement le^ nom des personnages par l'indication de la partie oratoire dont Facteur était chargé (S)« Malheureusement, ceux qui nous sont parvenus ne remontent qu'à un temps où les représentations avaient cessé : ainsi que les autres didascalies de la mise en scène, ces clefs de la déclamation n'avaient plus d'importance ni même de sens pour personne, et on leur a naturellement substitué les noms des différents interlocuteurs. Mais comme la tradition était interrompue, les copistes ne pouvaient les rétablir qu'en

e(«v ^ilf mI M^^ m^ H^t K«^ ffvH^Tf -Avi «p^ «n • Stobée , Fhrilegivm , tit. v, par. 67 ;

Î1M9W RhêUnictê 1. 111, ch. i, par. 4j 1. 1» p. i 56, éd. de GaUford. Op$rUf I. 1 , p. 986 » éd. Didot. (4) où ^àp aùtiç (i koiijtt,0 icpwtaTWMrrijv, ov^k

( S ) Neque id aetores priua Tiderant , Uin^w, w»èï t^Itom «oi»! • i\là iiSwi UAvtm xw%

quam ipai poetae, quam denique ilU etiam icf09iiKoyT«« X^y^u;» "^H àviUm»» Mot^ , il«Sn»

qui feceruntmodoB, quibus utrisque summit- xé,%^siim' Efmeada$ hrtiae 1. n; Opéra,

titiir aUquidi deinde augetur, extenuatur, in- t. I, p. 484, éd. deCreuzer. flatur, variatur, distinguitur j De Oraiore, (5) Elle était indiquée par la lettre ini-

1. III, ob. xxTi, par. 102. tiale : n («fwtarwviflrrnf), ^ (twuf^wMt^) oa

APPBNDICE. 463

8*6n rapportant à leurs appréciations personnelles, quelquefois même à leurs inspirations, et il en est résulté, surtout pour la comédie, où le mouvement du dialogue ^tait moins marqué, une confusion et un désordre dont il reste encore des traces dans les meilleures éditions.

Dans les immenses théâtres de TAntiquité, où une foule indisciplinée et incommodément assise s'entassait pendant des jours entiers, le mérite capital d'un acteur était le talent de se faire entendre (1). Le rôle le plus important, le Premier, était donc confié à celui dont la voix élevée et grave dominait tous les bruits et arrivait, distincte et claire, jusqu'aux derniers gradins (2). C'était non-seulement le plus habile comédien, mais la meilleure voix de la troupe (3). Les autres acceptaient sa supériorité sur le logéion comme dans la pièce (4), et subordonnaient leur déclamation à la sienne (S). Aussi, quand, par respect pour le dieu de la fête, le Protagoniste, ne pouvant ensanglanter la scène, avait subi sa catastrophe dans la coulisse, le Messager qui venait en apprendre toutes les circonstances au public, dans un récit destiné à couronner l'œuvre et à compléter le succès, prenait-îl la voix et les gestes des Premiers

(1) Malgré l'asiage constamment suivi ju9- (3] Quis unquam Graeeus eomœdiatv qu'alors, Sophocle fut même obligé par la scripsit, in qua servus Primarum partium faiblesse de sa voii à ne pas jouer dans ses non Lydus esset ) Cioéron , iVo Flœea » tragédies [Soptioclis Genvs et Vita, p. 127, ch. xxvn. Les Lydiens étaient renommés pour éd. de Weslermann), et cependant c'était leur talent musical et la beauté de leur voix, un chanteur et un danseur très-habile ; /6t- (4) Ut in actoribus graecis Reri iridemus , dm; Athénée, 1. 1> p* 20 F, On ne peut l'at* aaepe Ulum qui est Secundarum aut Tertiatribuer à un changement dans les mœurs , rum partium , quum possit aliquanto clarius puisque plusieurs de ses successeurs conti-i dicere quam ipse Primarum , multum subnuèrent à prendre une part active à la re- mittere, ut ille quo princeps quam maxime présentation de leurs pièces : Agathon ( Sui- excellât ; Cicéron , Divinatio m Caecilium , das, s. V. Xo9ix6(), Antiphanes (Bôckh, Cor- ch. xv. Yoy. la note 1, p. 464.

pus Inscriptionum ^ t. I, p. 3S0), Ischander (5)B5ttiger, qui n'en comprenait ni la rai-

( Harpocration , s. v. *l9x*^^P^)) ^tc. son ni les conséquences, l'a positivement rc-

(2) Les éditeurs le font appeler par Dé- connu : Yid/emus , quanta cura et sollicitumosthène ^^'i<nivt>^ [Suspiriosut , dit la tra- dine id egerint, ut qui i:9uTa(7(>>vioTS)( esset ^ duction)^ et nous lirions volontiers Bafut^vo{, non geslu tantuibroodo, et onmi omnino ac- Baryton : *À.\\à |ii«0<!»aa( vavtih toI; ^^uordyoïç tione , sed voce etiara et modulatione carmi- («tMc\outilveiç ixtlvoK Inwxfvttti^ , Zi|a6X«p wBÎi Xn- Dum reliquos antecelleret j De Actoribus x^énx, hp'.TaYwvlottif • De (7orona, par. 292 ; Primarum^ Secundarum et Tertiarum pur- Opéra y p. 166, éd. de Yômel. tium in fabulie grœciSf p. 11.

rdle3(l). Quelle que fût la dignilé de son personnage et son importance dans la pièce, le Second acteur lui-même se soumet* tait à cette infériorité relative. Horace, qui avait recueilli à Athènes les traditions du théâtre, et, en raflTiné littéraire, restait, même en parlant des choses de Rome, plus Grec que Romain, Horace disait dans une de ses Epi très :

Aller in obsequium plus aequo pronus, et imi Derisor lecli, sic nutum divitisliorret; Sic ilerat Yoces et verba cadentia tollit , Ut puerum saevo credas dictata magistro Redderc , Yel partes mimum tractare secundas (2) ,

et, en voulant l'expliquer, Po'rphyrion appuyait encore sur son idée : Secundarum partium actores omnia submisse agunt. Ainsi que, sans en pénétrer la cause, Pont deviné des savants qui se sont occupés avec succès de la mise en scène des drames grecs, la voix plus aiguë et moins retentissante des Seconds acteurs les rendait particulièrement propres aux rôles de femmes (3), et Ménandre faisait sans doute une allusion aux choses du théâtre en disant que les femmes devaient se conten • 1er des secondes parties (4). Ce n'élait donc pas seulement Tinfériorité du talent, mais la nature de la voix qui destinait les acteurs aux Troisièmes rôles, et Démostbène était plus fidèle à ses habitudes d'éloquence et d'âpreté qu'à la vérité des choses, en parlant d'Eschine avec tant de mépris et en lui reprochant de n'avoir pu s'élever à un emploi moins secondaire (5). De

(I) Olov iy T^Y«i^lat( licutxû{ ouji^alvii lupl

li:utl{i.(voy rpôffwirov (ù$oxt|jitTv, xat ic^<tfT0iY(**viOTiTy, tôv Hi ^\i.hf[Y-o. xal ffxfjircpov f o^otwTa ^y^<Si àxo{»i>-

ffOai (jdtYYV^^^; Plutarque, Lytandtr , ch. XXIII, par. 5; Vilae, p. 533 , éd. Didot.

lis Epistolarum I. I , ép. xvin, y. 10.

(3) K. Fr. Hermann, l. Z., p. 28 J Gruppe, Ariadnef p. 770 et suivantes.

(4) Ta $tÛTtf' altl TÎiv YUvaXxa ^tl ^ifuv* Menander, SupposUilius; dans Stobée, Florilegium, tit. lxxiv, par. S; t. III, p. 68, éd. de Gaisford.

(5)yoy. p. 453, note 2, et p. 463, note 2; Schafer, Demosthenes und seine Zeity t. I, p. 213*226, et O. MuWer^ Geschichte der griechischen Literatur, t. Il, p. 365, trad. anglaise.

nos jours encore, les comédiens choisissent leur emploi cl*aprës leur physique, leur esprit, le timbre de leur voix, enfin, comme ils disent, leurs moyens *, et n'en pourraient sortir sans compromettre leur renommée : il ya de simples Soubrettes qui ont beaucoup plus de talent et plaisent plus sûrement au public qu& les Grandes coquettes. Ces spécialités existaient aussi cerlaincment dans l'Antiquité (1) : on sait, par exemple, que Chionidès faisait les Premières parties dans la Comédie ancienne (2), et qu'encore à Rome il y avait^ sous les Empereurs, un SpintiHïr célèbre pour les Secondes parties, et un Pamphilus qui s'était acquis un nom par la manière dont il jouait les Troisièmes rôles (3).

Ces distinctions ne tenaient pas seulement, comme aujourd'hui , à la nature des rôles : quoiqu'elles eussent aussi sans doute leur raison d^étre dans le sujet et Timportance dramatique des personnages, elles se manifestaient d'une manière complète avant le développement de Taction, dès l'entrée des acteurs sur la scène. Forcé par l'inintelligence et les distractions habituelles des spectateurs, de leur expliquer le sujet de la pièce et d'appeler leur attention sur toutes les circonstances qui pouvaient leur en rendre la représentation plus facile à comprendre, Térence disait dans le Prologue du Phormio :

Primas qui parles aget , is erit Phormio Parasitus, per quem res agetur màxume

Il fallait donc que ces Premières parties différassent sensiblement des autres, qu'elles eussent un caractère particulier, qui

(l) Il faut sans aucun doute donner un (3) Suidas, s. v. Xiwyl{i}<, t. II, p. n,

sens plus général à ce témoignage de Cicé- col. 1638 , éd. de Dernhardy. ron: Illi(scenici)emin, non optimas, sedsibi (3) Alter (Lentulus) es quodam Secun-

accommodatissimas fabulas eligunt. Qui voce darum cognomen Spintheria traxit ; aller

freti Bunt, Epigonos, Medumque : qui gestu (Metellus) msi Nepotis a moribus aecepis-

Henalippam , Clytaemnestram ; semper Ru- set, Pamphili Tertiarum , cui simiUimus esse

pilius , qucm ego memini , Antiopam : non ferebaiur , habuisset ; Vaterius Maûmus ,

saepe Aesopus Ajacem; De O/j^ciis, 1. i, 1. ix, ch. 14. ch. 31. (4) V. 28.

appartint exclusivement au Protagoniste, quel que fût le personnage qu'il représentât, et cette différence ne pouvait se trouver que dans la nature de sa déclamation, non dans un rhythme plus ou moins musical qui eût été contraire à Tesprit du dialogue et à Tunité de Tœuvre, mais dans la force et le timbre naturel de la voix. La hiérarchie systématique des acteurs et les subordinations factices qui en résultaient, nous sont d'ailleurs attestées par des témoignages contemporains, imjpossibles à expliquer autrement que par la différence traditionnelle des Trois rôles (1). Encore du temps de Lucien la déclamation n'était pas confiée sans réserve au talent personnel et à la libre inspiration de chacun; elle était tenue à se conformer à une sorte de notation extérieure et à s'embotter dans la pièce (2). A l'époque la plus florissante du drame grec, le grand acteur Théodoros semblait seul exprimer ses propres sentiments. Il se croyait dispensé par son génie de suivre les usages et parlait réellement par la bouche de son personnage : \e» autres récitaient des paroles apprises par pœur, que Ton sen^ tait leur être étrangères (3) . Agamemnon et Hercule avaient souvent la parole plus féminine et plus grêle que Hécube ou Polyxène (4), et les experts dans les choses du théâtre trouvaient absurde que les Premiers acteurs parlassent respectueusement, l'air humble et la voisc basse, à des rois jaème revêtus de tous leurs insignes (5), qui ne jouaient que les Troisièmes rôles (6).

(i) Voy. p. 463, note 4.

(2) De Sallatione, par. ^xvn, p. 351, éd. Didot. Probablement Plutarque appliquait 9uO|Aoi à la déclamation dans ce passage du Praecepta politica : MiiMidJai wk ùwjtpi-

t^ç ^i^O|iiyi|< iÇoUffiafùicô t6v xpsROvyruiv • eh. XYii, par. 6; JforaWa, p. »93, éd. Didot.

(3) Or«v 1) euÀù^M ifmri «iiMvOt icpôç xîjv tAv iXiwt ùiBOxf iTft» • iî |»îv Yàp Tow XiTfOvxcK iouMv tWi, ai &' «Uôiptai • Aristote , Rhetoricee 1. III , ch. Il , par. 4; Opero , 1. 1^ p. 386 , éd. Didot.

(-1) Mita xcxnv^TK J*"**»» Tft'n<»««* **^ '^«X***

x«l YVvatxA^if ta\ tyjç *iptiéiiç ^ Ilo^uÇiyijç mkv

TttTOivirtpov • Lucien, Nigrinus, par. xi. Térence disait aussi au commencement du Prologue de V Heautontimorumenoê :

Ne oui sit Testrum mirum, cur partes seni Poeta dederit, quae sunt'adolescentium.

(5) 'kroicoy i&f MTi, TÔv (itv i» x^-^taSitf. loputot- •jmuràft f ecéjtt^ ^ lUtXov évia, |*iol*rt^ t^ xà x^ixa Xifvm icokXixiç iiceoOai val «poirÂiaXi^KrOai TamtvA^, àv ixûvof tj^ tô iià$i}|ui «al tô m^Kt^Jv * Plutarque, Pra«c<)Jtopoii(ica,ch. xxi, par. 3; Moraliaf p. 997, éd. Didot.

(6) Des poètes qui visaient à devenir les

: L'ancien monde littéraire n'a point d'ailleurs aussi complètement péri que les savants du seizième siècle l'ont supposé en appelant la floraison de l'esprit moderne une Renaissance. La tradition n'a jamais été interrompue par une de ces coupures dans l'bistoire que les idées elles-mêmes ne sauraient franchir* De nombreux souvenirs classiques ont traversé le moyen ftge, cachés à tous les yeux comme ces courants électriques qui por* tant partout la fécondité et la vie. La foule pensait honorer le christianisme en croyant à un renouvellement complet de l'Hu^ manité, et les libres penseurs avaient cherché d'un regard distrait sur les hauteurs encore éclairées de quelque lumière, au lieu de fouiller curieusement dans les bas-fonds. Ces tradilions, mieux recueillies et plus soigneusement interrogées, nous auraient appris bien des choses, même sur le Théâtre. Aujourr d-hui, par exemple, il est impossible de nier que dans l'orga-

nisation du culte l'Eglise se soit inspirée des usages de la Tragédie. Elle voulait aussi rappeler un sacrifice qui élevât l'âme des spectateurs à dJes idées plus vraiment religieuses, et s'est habilement approprié des formes que le peuple le plus difficile en matière de goût avait consacrées par son assentiment : un Chœur étranger à l'essence de l'Office, des chants alternatifs, des marches et des contre-marches, un logéion plus élevé et plus saint, où le Chœur ne montait jamais (1), et enfin trois acteurs essentiels ayant chacun une voix différente (2). Quand, pour rendre la Passion plus saisissante, on voulut la traiter

Lauréats d'une démocratie si susceptible et Naturellement il y avait quelques exceptions : si passionnée, se gardaient bien dé présenter ainsi, par exemple, les malheurs d'Agamem^ à l'admiration et à la pitié des tyranâ que leur non et de Créon les avaient fait choisir, mainom seul touaît à la haine publique : les der- gré leur état royal, pour Protagonistes ; voy< niers rôles étaient encore trop bons pour eux. Lucien, Vro mercede conductis , par. v. *l<rtt Y&9 Hkom to09* îti Iv dcicoffi toIç içâ}j.a<ri xotç (l) H y avait aussi habituellement un jubé tfXYixoXf IÇalpetdv l(mv âoxep Ytpotç toïç TpitaYw plus élevé que' le chœur, où le diacre lisait vi<rcal« TÔ Tol»ç Tupéwouç xal toù; ta axT^in^ft sj^ovwç l'Évangile.

iWtivai* Démosthène, De falsa Legatione, (2) Le célébrant, le diacre et I« sous*

par. 247 : voy. aussi De Corona, par. 180. diacre.

463 APfEBDICE.

anMÎ comme un drame et la représenter Téritablement devant un public de croyants, la fidélité matérielle du spectacle les eût touchés bien autrement que les habiletés et les intentions liturgiques de la mise en scène; mais d*anciennes habitudes et des réminiscences s'imposèrent à TÉglise, et au lien d*y intro* duire autant de rôles qu'il y avait de personnages distincts (1), elle la divisa entre trois acteurs (2). Cette division est déjà indiquée dans un manuscrit de la bibliothèque Barbérine, écrit en lettres lombardes (3) , et dans un autre, probablement du quatorzième siècle, qui se trouve à la bibliothèque Mazarine(4), la partie du célébrant, chargé du rôle de Notre-Seigneur et chantant gravement, est marquée par une croix; celle du sousdiacre, qui fait tous les autres personnages d'une voix aiguë (5), est indiquée par un S, et tout le récitatif, confié au diacre, par un C (6). On appelle encore en Espagne le premier et le second personnage Primer et Segundo papel^ et quelle que soit la nature de son talent, l'acteur principal a conservé le droit qu'avaient les anciens Protagonistes, de choisir le rôle qui lui agrée davantage (7). En Italie, où les idées de l'Antiquité devaient résister plus opiniâtrement aux changements, parce qu'elles y avaient des racines plus profondes, les Trois acteurs ont persisté dans les traditions du théâtre, si éminemment populaire, des Marionnettes, et ils y avaient, chacun, non-seulement des habits de couleur diverse, mais un mode différent d'intonation,

(1) A Lcipiiick, où l'on se préoccupait de But in PilatéS vois he gan to crie

la vérité du drame plus que de la fidélité aux And swore by armes, and by blood and boncs ; ^ tradiUoM chaque personnage était représenté ^j^^^^^ CanUrhury Taies, v. 3 1 20.

par un acteur diiiérent; Grieshaber, Ueber " '

dh Oateraequeni, p. 21. (6^ Clerus.

(2) Voy. M. Leroux de Lincy, Livre des (7) Primer papel et Segundo pape/dici- Légendea, Introd., p. 29; Mone, AlUevi- tur qui agit primam, qui secundam perso- 9che Schauspiele^ p. 14, et Drand, Popular nam. Prima persona solet esse Rex aut Rc- ÀntiquilieSf ^' 1? P* 74, éd. d'Ellis. gina. Intérim qui primus est inter comicos

(3) N' 1853. habetjns ut eligat et agat pcrsonam quam

(4) N» 216. velit; Garamuel, lihylhmicat p. 170, éd. (5} Elle était même devenue proverbiale de 1668.

en Angleterre :

»ne Yoîx spéciale qui les caractérisait et lenr donnait rëeliement une existence à part({). Il semble donc résulter d*une étude plus approfondie de la question, qu*on a pris une expression métaphorique dans un sens littéral, et que les esprits les plus ingénieux devaient échouer aussi complètement quMls Font fait en cherchant à personnifier dans trois acteurs trois formes de déclamation qui en occupaient quelquefois une dizaine.

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