CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES
montrèrent les masques hideux et menaçants que rimagination effrayée attribuait aux Larves (1). Par leur marche continue et précipitée, ils représentaient Tagitation inquiète des morts qui n'avaient pas encore trouvé le repos, et leur petite voix étranglée rappelait le silence fatal auquel, en leur qualité de Mânes, ils avaient été condamnés (2). Ils n'avaient plus de sexe (3), et, même en les supposant rappelés pour un temps à la vie, on ne leur croyait plus la faculté de la communiquer à d'autres(4). On oubliait pour ce délail le caractère phallique des Dionysiaques, et, comme il est arrivé trop souvent depuis, on sacrifiait l'esprit de la représentation à la vérité matérielle de la mise en scène.
Mftdyiov it^&awR9* , et depuis l'intelligente con- 4061), et l'on en trouverait bien d'autres jecture de HGschel , les savants s'accordent dans les trois chiliades du Dactyliotheca umà lire Mdviyov. La preuve en est restée dans ver salis de Lippert. Les masques préserplusieurs monuments . figurés : voy. Gell , valent des charmes des vivants par la même PompM'afia, nouv. série, t. II, pl.Lxxn, et raison que le phallus éloignait les dangers la cornaline, du duc d'Orléans (La Chau, 1. 1, qui seraient venus des morts : voy. ci-dessous, pl. Lix, p. 234), qui se trouve maintenant à p. 254. Qui veroobadversaevitae meritanul- Saint - Fétersbourg ; K6hler , Mémoires de lis bonis sedibus , incerta vagatione ceu quo*. y Académie impériale y 1834, t. II, p. 108. dam exsilio punitur, inane terriculamentum (l) Les masques représent aient les Larves, bonis hominibus, ceterum noxium malis, id comme le prouverait à lui seul leur nom genus plerique Larvas perhibent ; Apulée , Dpo<rb>ictlov , de n^« et ''OicToiiai, Voir devant. De deo SocratiSj p. 237, éd. des Deux- Apparition. En sa qualité de dieu des morts. Ponts. On appelait même Revenir , Larvari Bacchus devait donc être entouré de mas- (voy. Barthius, i4dversarta^l. XXIII, ch.xvn, ques, et on lit dans un fragment de VAgri- col. 1146 ), et Plante disait, AmphitruOf colae d'Aristophane : v. 884 :
Ti{ av itoû *9Ti -A Atoyûfftov ; Larva umbratilis , tu me minis territas ?
^ ^'^ T r-r Voua pourquoi les masques des pierres gra-
dans Phrymchus, p. 367, éd. deLobeck. ^ées sont quelquefois ornés de feuilles de
Ainsi que l'a remarqué Saumaise dans ses lic"'^ • ^^Y' Xôhler, Masken, ihr Urs-
notes sur TertuUien, I>0 Pa/{to, p. 70, le nom P^'wnflf , fig. 1, 4 et 5. bas-latin de Masque est le dorien B«<wo, qui (2) Duc, ait, ad Mânes, locus ille sUentibus se trouve dans Hésychius et se prononçait [aptus*
Uéffxa: il signifiait littéralement Préservatif r, -a v , i -««
contre les charmes. De là le grand nombre ^^^^' Fastorum 1. n, v. 609.
de petits masques qui servaient certainement Umbrae silentes; dans Virgile, Aeneidos
d'amulettes : voy. les Mémoires de VAcad. ^' ^h ^- 264 : Populum silentem; dans Clau-
des Sciences de Saint-Pétersbourg , 1833, ^^c") ^^ Rufinum , 1. 1 , v. 1 2 5. La déesse des
t. II, p. 122. Dans Le Maschere scenichCy Mânes s'appelait même Muta et Tacita. publié sous le nom de Ficoroni et attribué (3) Nous citerons entre mille autres exem-
généralement à Pielro Contucci, il y a jus- pies Spenceius, Po/ym«ft«, pl. xxvii, fig. 1 ;
qu'à trois cent soixante masques gravés sur pl. xxviu, fig. 1, et pl. xl, fig. 1. des pierres. Le seul Catalogue raisonné (4) Osiris, Adonis, Korybas et lacchos:
d'une collection générale de pierres gra- voy. Philochoros, Fragmenta, p. 21, et
««M moulées par J. Tassie indique Gerhard, Ueber die Metallspiegel der Etrw-
440 bagues ornées de masques (n» 3621- fcer, P. i, p. 68 et 140.
i^6 LÎtkE IV. COliÉDIË ORÉCQtJE.
Bsibchiis itll-niême arait le$ traité à'txtie ]mne âlle(l) ; sa robei feôdlëili^ de dafrdn, ëUit tetenuè puâiqaémént jîar une ceiîitiire (2) ; et Ife ebthuriie que lui émpfiiîitaiétit les actètirs t*^giquës codime un attribut et uti dyàbdlè^ éteit d rorigine une élêgafité chaûôsure dé femme (8).
Les fëtes coiiâacréeâ aux morts ^'étaient |)diut ainëi que les àiltrës dés réjouissances solehdelleâ) mais de tristes dommétnaràiibhSj et sâhâ prétnéditatiôti , par cette sigtiification iiistiiictite que lëà ilUagihatioùs Tires attàéheiit aut moindres bhosës, lëiiri^ usagés se cbiiftii^niaiënt à liti but si différent, et s'étaieiit trburés conltàireë. On ne les célébrait poiiit âtt printemps, quand tout bourgeonne et fleurit sur la terre ; mais pendant Tautomne^ lorsque le soleil pâlit et la Nature entière semble dépérir ; et Ton se cachait dans les ténèbres de la nuit (4). Les auspices habituellement les plus sinistrés étaient alers réputés les pliis favorables (5) ; aii lieu d'drnër les temples de flëiirs^ et dé chàiiter eh fléchissant lé genoii dé joyeuses actiôiië dé gtâcë, bû se drapait d'habits de deuil (8), on hurlait des cri^ sàUvâgës oU Ton se renfermait dans un sombre silence, et Ttin versait le sàiigde quelque victime (7); La terreur irré-
(1) Oridei Mttamorphowonl. vr, t. 20: que lxxiz, le imwûxioi p^oi des Bacchae, Toy. Braun, Kunstvorstellungen des geflU- v. 862, et l'épithète vuxxiXio^, donnée à Bacgetteh Dionysos, pi. n et m. lâ tnêtfae rïi- chus par Nonnus, 1. ix, v. 114.
son fdisslit quelquefois donner des habits de (5) Victima Diti patri caeâa litaTit, quum
femînè ilux Hiâneâ ; Lucien; D\b Syria dea tali sacriflcio contraria exta potiora sint;
par. xxYii; Hésychius , s. T. 'IdÔfa^Xdi. Suétone, Otho^ ch. viti.
(2) Arislophanè, Ranae, v: 46 : Toy. ci- (6) Liigubris imoâ palla perftindit pedesj dessus, p. 242, note 3. Sénèque, Oedipus, v. 842.
(3) Aristophane, Ranae, v.47. Elle était Eschyle disaii également des thoéphdres, embellie de lacets et d'agrafes : voy . la Melpo- ,xtX«Txl|*ot< itptiwo«t ; Supplices , v. H . Aussi mène colossale du Musée du Louvre, n« 1 046, les Ëacchants s'habiUaientjjls de blanc, une pnbhéfe JJar le bomte Clarac, Musée des seul- autre couleur de deuil :
ptùm antiques, pi. 315, et Plutarqne, De nAUtuxa *» ïxo.v tXy.av, •
Pythtae otatulis,ch xxn; Moralia, p. 49. Euripide , CretenÈes, fragm. ii, v. i 7 :
(4)ScohasteadPlnaartW/imiant, y. 10 , Qpei- p. 733 , éd. tfidot.
Eunpide, Bacchae, t. 486; Ion: t. 717. ^. , . ''.^ / • ^ \ ,. , .
Ritus erat veteris, noctuma Lemuria, sacri; ^' }Z^J'^''\^X ^^^^^1^ ^^'^^f ^ •?
Otide, Fastorum 1. y, t. 421. ordina rement qu a moitié W
-^ . . . . . , . avaient été tachés de vm : voy. ci-dessus,
Stygio régi noctumas inchoat aras ; p. 246.
tirgilè, Àeneidoè 1. tî, v. 252. (7J Voy.Vôlker, UeberdieBedeutung von
De là le paxxixai vOx-ct? de l'Hymne orphéi- ^^xiwnd EîiwXov m der Iliasund Odya-