‹ Histoire de la comédieChapitre 5 sur 116 · IV · texte numérisé non relu

IV

p. 3t3. U ïtïit »

minii ressortir 1>

laideur ridicule , el

lure

donné l'idée de lit

nilei.

(l)S«ntj™a

tirisostoDoe, Opero, (

(3) Enl8rinquieiBie(moioinerie)eitoïeiil faraudes au&tnjces toutes corertei de plumes, avec grandes iiefiles cl queues, e( chescone porioit uug fer de chetat argenté au bec , et ne paressoil qu'aucun fusl dedans, tant estoyent bien Fatclea el bien eoTertea det dietta plumet ; Chrtmiqut du roy Fnnçoyt

(4] L'Apparence repr^KDtés par des persoims vi et CD poules , qui mêlaient leurs cns de bel

Destrier , Drê Ballilt ancimt >l imidemei p. SB.

(5) Aussi s'*ppe11e-l-rlle Boppttvogil , 1 Saut, la Djnse de li.iieui ; Ciervinskt Genhicklf der Tantlnmil, ]•■ 10t.

gayer le public (1). Parmi les spectacles peu convenables que Hincmar interdisait à son clergé, figurent nominativement des jeux (Tours qui ne peuvent être de simples exercices d'ani maux (2), et sans doute pour montrer quelle prudente horreur ce travestissement doit inspirer à des chrétiens , un bas-relief intérieur de la cathédrale de Strasbourg représente un démon faisant rfanser une espèce d'ours au son du tambourin (3). Ces avertissements sous toutes les formes furent pendant longtemps inutiles (4) : on s'opiniâtrait à se déguiser en bête jusque dans les monastères, et le rôle de Tours continuait à y être un des plus recherchés (5). C'est même encore aujourd'hui un des amusements favoris du Roussillon (6). C'était, au reste, l'imitation en elle-même que l'on goûtait plutôt encore que son espèce : on s'arrangeait au besoin des bêtes les plus méprisées (7), et l'on

(1) Et pariles uni qui fratres suut uterini... (4) Philippe le Bel voulant désobliger pu-

Qui vas tollebant, ut homo, bipedesque gère- bliquemeat le pouvoir«ecclésiastique dans la

[bant. fête de 1313 : Alii ( efQngebant ) procès-

Mimi quando fides digitls tangunt modulan- sionem vulpis, in qua singula animalia cfQ-

[tes , giata singida officia exercebant ; Baiuze ,

Illi saltabant , neumas pedibus varlabant ; Vitae paparum Avenionensiumf 1. 1, col. 20.

Ruodlieby fragm. m, v. 84 et suiv. (5) Si facerem mihi pendentes per cingula eau- Dans le Vilkina-Saga, ch. cxx et cxxi, le ^ [^**> héros Vildifer se couvre d'une peau d'ours, gesticulans ftanibus, lubrice stans pedibus;

et danse au son de la harpe d'un jongleur, ^i lupus aut ursus (sed vellera fingere vulpem),

Il y a même, à l'église principale de Zurich , " ^'^^^ facerem furciferis manibus

un bas-reUef où une femme danse entre deux Gauderet mihi qui propior visuruà adesset ; ours. Le Hans Trapp , qui joue en Alsace le Froumundus ; dans Pezius , Thésaurus

rôle diaboUque du Knecht Ruprccht dans la anecdotorum novissimuSf t. VI, p. i,

mascarade de Noël;, a une peau d'ours sur col* 1^^*

les épaules, et dans la Bohême allemande, il Dans des Heures latines^ du quinzième siècle,

y a pendant le carnaval une espèce de diver- conservées à la B. de l'Arsenal , Théol. lat.,

tissement populaire appelé Den Bdten auszit- n® 3 i 3, il y a encore , p. 25 , une miniature #

f&kren, Expulser l'ours, où l'on croit éloi- représentant un homme habillé en ours, gner du vUiage une puissance malfaisante (6) Henri, Histoire de Roussillon , t. I,

représentée par un homme couvert de paille ; p. cvi.

von Reinsberg-Diiringsfeld, Dos festliche (7) Les preuves abondent dans une foule

Jahr^ p. 63. de manuscrits. Nous citerons entre autres

(2) Nec (ullus presbyterorum) plausus et celui de la B. Bodléienne, n** 264 , dontplurisus inconditos, et fabulas inanes ibi referre sieurs miniatures ont été publiées par Strutt ; aut cantare praesumat, nec turpia joca cum Sports and pastimes of England , p. 160, urso vel tomatricibus anle se facere permit- 253 et 254, éd. de Hone. En 1580 , selon le tat; Capitula presbyteris data anno 852, Masopust de Vavrinec Rvacovsky, on se n* XIV ; Opéra, t. I , p. 71 4, éd. de Sirmond. déguisait en Bohème en loup , en veau , en

(3) Yoy. la Bévue archéologique, t. X, cochon et en chien ; Waldau, Geschichle des pi. 226, lig. VI, et p. 653. bôhmischen Nationallanzes,^. 203. De nos

ne répugnait pas à chevroter consciencieusement comme un bouc et à grogner comme un cochon (1). Au milieu du dixseptième siècle le peuple anglais prenait un plaisir assez vif à ces imitations mimiques pour qu'on leur fit habituellement une large part dans ces processions grotesques, si bien appropriées au caractère national, qui vont chercher leur public dans la rue (2), et naguère encore à Rome, dans ces jours dé folie où Ton se permet tant de choses, peut-être pour se mieux prouver la nécessité de faire pénitence, on se promenait joyeusement sur le Corso une tête d'âne ou de dindon sur les épaules (3). Avec son habileté ordinaire le clergé finit même par s'approprier jusqu'à certain point dès habitudes qu'il ne pouvait détruire (4) *, il voulut seulement sauver le décorum de l'Humanité en prêtant à ces déguisements une signification mythique et en fît la personnification du diable : saint Michel marchait auprès du masque le glaive à la main, et empêchait le peuple de voir un homme sous la peau de l'ours ou du loup (5). Une de ces mascarades est même restée dans plusieurs

jours encore, dans les pays Scandinaves, Ludi jubilé de sept ceréts am de samt Mticaire) , et

Jolenses. . . multifariis gentilisipi reiiquiis sca- l'un des plus grands attraits de ï'ommeganck

tent , exeinpti gratia , hominibus caprorum , de lermonde est encore maintenant la ref/ré^

equorum, taurorum, Tel cervorura modo lar- sentation du cheval Bayard.

vatis ; Finn Magnusen , LesUcon mythologi- (3) MiUin, Ma^faein encyclopédiqw, 1 8 i t ,

cutn , p. 1 05 1 . t. U, p. 282, note, et pi. n. Milton lui-même

(1) In cornutis boum caprarumque capi- donnait aux suivants de son CointM des tètes

tibus , voce earum simulata , vel suillo grun- de cerf, de loup , et d'ours,

nitu; Olaus Magnus, De gentium septentrio- (4) Dans une procession en l'honneur d'une

fuUiiimvariis cùndttionibus ji,XlllfC]i,Lxu, image miraculeuse de la Vierge, il y avait,

p. 536, éd. de Bâle, 1 567 selon la relation de Juan Cbristoval Calvete,

% (2) I bave seen your procession and heard una graciosa danza de monos , ossos , lobos ,

lions and cameis make speeches , instead of ciervos y otros animales salvi^es dançando

grâce before and afler diîmer ; Shii-ley, L'on- delante y detras de una gran iaula que en un

ton (ton for honnour and riches (1 633). I am carro iirava un quartago. C'étaient deux siu-

not afear'd of your green Robin Uoods, that ges qui jouaient de la cornemuse; Menestrier,

fright with fiery club your pitiful spectators, Représentations en musique, p. i 83.

that take pains to be stifled , and adore the (5) Voilà pourquoi Rabelais disait dans son

MTolvres and cameis of your company ; Shir- Pantagruel ,1. iv , ch. 13 : Ses diables

ley, Honnoria and Mammon (1652). A la estoient tous capparassonnés de peaulx de

procession faite à Gaud, en 1767, pour celé- loups, de veaulx et de béliers , passementées

hrer saint Macaire , figuraient , chacun sur de testes de mouton , de cornes de boeufz et

un char particulier, un paon, un pélican, une de grands havetx de cuisine; t. Il, p. 93,

licorne, un lion, un aigle, une autruche , un éd. de Burgaud des Marets. crocodile et un ours (voy. la Description du

pays un accompagnement presque obligé des fêles publiques : c*estce cheval en carton, porté par son cavalier, si populaire en Angleterre sous le nom de Hobby-Horse, qu'on appelle généralement en France Chevalet (1). Dans le comté dTork ce travestissement symbolique est plus complet et plus cynique : rbomme disparaît tout entier sous une vraie peau de cheval, et implore la pitié des assistants dans une chanson dont ses compagnons terminent tous les couplets en remuant bruyamment les mâchoires, comme un vieux cheval obligé de manger du foin trop dur (2).

On ne pouvait se borner longtemps à imiter des animaux isolés et réduits à quelques mouvements instinctifs : on voulut étendre, varier le spectacle, et Ton en réunit plusieurs dans des scènes de fantaisie qui reproduisaient leurs amusements (3) et leurs combats (4). Puis l'action s'agrandit, se compliqua encore,

(1) Germain, Histoire de la commune de Montpellier t t. I, p. 248, etc.; du Mège, Statistique générale des départements pyrénéens^ t. III, p. 393-395; etc. Eu ceste feste de Plaisance (le 13 mai 1548) parut l'Abbé du Plat d'Argent du Quesnoy, accompagné de vingt cinc galans, revestus de blanc corne des moines, montés sur des chenaux d'osier, qu'ils allèrent abbreuvcr dans l'Escaut, y entrant jucques à la ceinture ; d'Outremaii, Histoire de Valeuciemies , p. 395 , éd. de Douai. Une fois , je vis dancer les petits chevaux qui estoyent de toilles pcintes, etsembloit que ceux qui dancoyeut fussent dessus , et avoyent des mouvemens par bonne industrie ; de Bras , les Rtchtrdies et antiquiUz de la ville de Caen , p. 121 , édition de M. Trebutien. Yoy. l'Appendice,

(2) The jaws are snapped in chorus. Voici le premier couplet :

You , gentlemen aud sportmeu ,

and meu of courage bold , ail you that's got a good horse ,

take care of him -when he is old :

then put him in your stable ,

and kecp him there so -warm ; give him good corn and hay

pray let him take no harm.

Poor old horse I Poor old hono I

Bell , Àncient poems of the peasantry ofEnyland, p. U4.

Malgré la langue toute récente de cette chanson, le savant collecteur lui croit une origine Scandinave. Johnson trouva encore dans les Orcades l'usage de se travestir , la veille du Jour de l'an, en une vache que l'on poursuivait autour de la maison à coups de bàlun ; mais il s'y rattachait sans doute une signification mythique qui nous empêche d'y vuir un simple amusement : voy . le Joumey to the western Islands ofScotland, p. 167, éd. de

(3) Il y a chez les Mandaus un divertisse* u>eut appelé la Danse du taurtaa, où les principaux acteurs, revêtus de la peau d'un bisou, dansent à quatre pattes; Cal.iu, L'i.^ t. I, p. 164.

(4) Gage dit, en pariant d'une £orte de ballet qu'il avait vu au Mexique : Us sont tous déguisez en bestes, les uns a'yaus des peaux peintes en forme de lions , d'autres de tigres et de loups , et ayans sur la teste des bonoets faits comme la teste de ces animauxlà , ou bien d'aigles et d'autres oyseaux de proie ; Nouvelle relation des Indes ocdden' taies t >*• ui, p. 168.

et Ton représenta une chasse avec son nombreux personnel, ses bruits divers et toutes ses aventures {^ )• Il y a quelques années, dans un divertissement chinois, qui conserve peut-être sa popularité dans quelques provinces, des enfants habillés en mandarins chassaient à courre des hommes déguisés en bêtes sauvages (2). Dans les réjouissances irréfléchies qui terminaient la moisson comme dans les fêtes où des peuples plus civilisés voulaient célébrer l'agriculture (3), on se plut à imiter avec une fîdiélité plus ou moins matérielle les différents travaux des champs. Il y avait naguère encore en Styrie un divertissement populaire , sans doute fort ancien, une Dispute entre TÉté et l'Hiver, où les plaisirs et les occupations que ramènent ces deux saisons, étaient successivement mimés (4). Souvent même les penchants à l'imitation que Dieu nous a donnés, n*attendaietit pas ces satisfactions périodiques : après s'être livrés pendant toute la semaine à des travaux que sous le poids du soleil ils avaient maudits, les laboureurs se délassent le dimanche de leurs fatigues en reproduisant des gestes qui les leur rappellent (5). Quand l'Industrie se fut enfin assez développée pour diviser le travail et acquérir une sorte d'organisation , elle voulut avoir aussi des fêtes, où elle s'honorait elle-même en rendant honlmage à ses bienfaiteurs, et dans une suite de scènes muettes elle y représentait ses principaux procédés. Encore à la fin du douzième siècle, ces imitations mimiques avaient lieu solennellement dans l'église de Sainte-Almedha, en Gambrie, et exprimaient la reconnaissance du pays pour tous les éléments de civi-

( 1 ) A Yourriba , Clapperton assista à une Mystères de la Bonne Déesse , et la Fête de

représentation de la prise d'un boa. Il était l'Agriculture, en Chine, ne peut être qji'une

figuré par deux hommes dans un même sac , représentation , puisque la charrue est en or. long d'environ ciuq mètres et peint de la (4) End, Maleritches Taschenbuch fût

couleur d'une peau de boa ; Second voyage Freunde der ôsllichen Monarchie , t. I ,

en Afrique* t. I,p. 104 et suivantes. p. (75-179.

(2) Bairow, Travels in China, p. 216. (5) Voy. l'Appendice, n* ii.

(3) Cela avait lieu certainement dans les

sation et de bien-être que la Sainte y avait apportés (1). Ces petites pantomimes étaient trop locales et d un intérêt beaucoup trop restreint pour que de nombreux témoignages nous en aient été conservés, mais elles étaient dans notre nature imitative : les gestes dont les yeux sont le plus souvent frappés se présentent les premiers à la pensée, et il suffit d'un semblant d*art pour embellir les plus grandes trivialités et en relever le caractère (2). Des preuves qui pour être indirectes, n*en sont pas moins décisives, s'en trouvent d'ailleurs dans les souvenirs que nous ont légués les dernières années du moyen âge. Toutes les occupations bien caractérisées par des gestes faciles à reproduire y furent mises en ballet : on forgea les métaux; on navigua sur une mer houleuse (3) ; on prépara le lin et on tissa la toile (4). Dans un Branle des lavandières que les sociétés les plus polies dansaient en France à la fin du seizième sièble, on imitait le bruit et probablement les gestes des lavandières (5), et Ton contrefaisait dans un autre l'attitude dévote et les mouvements gauches d'un ermite empêtré dans sa robe de bure (6).

(1) Nous citerons les termes mêmes de strae cominus ictibus texere mireris. Demum

Giraldus Cambrensis , parce qu'ils sont eu- vero intra ecclesiam cum oblationibus ad

rieux, et que notre interprétation est nou- altare perductos tanquam experrectos et ad

Telle. Yideas enim hic (le 1*' des calendes se redéuntes obstupescas ; /(merartum Cam-

d'août)hominesseupuellas, nunc inecclesia, briae (en 11^8), 1. i, p. 79, éd. de Powel. nunc in coemiterio, nunc in cborea, quae (2) Rabelais cite un Jeti desmestierëj qui

circa coemiterium cum cantiiena circumfer- était certainement mimique; 1. 1, ch. 22. tur, subito in tcrram cornière, et primo tan- (3) cambry, Voyage dans le Finistère "

quara in extasim ductos et quietos : deinde ^ m p 477

statim,tanquaminfrenesimraptos exihentes; ' ^^^' Hagk^ier fran Hembygden och

opéra quaecunque festis diebus illicite per- „. , /„ ». •"

petrare consueverant, tam manibus quam pe- ^«<>*^ «/ ^- ^dman , p. 27 . dibus, coram populo repraesentantes. Videas (^) Tabourot, Orchesographiey fol. 83 r«.

hune aratro manus aptare, Ulum quasi stimulo ^^ «^ û* n»^°»« ^ ^^^^ » ^^ ^^t ^'^^^ ^ la

boves exciUre , et utrumque quasi laborem ^^^ en 1600 ; Mémoires de Bassompierre ,

mitigando solitas barbarae modulationis vo- 1. 1, p. 55, éd. de Cologne, 1665. ces efferre : videas hune artemsutoriam, illum (6) Tabourot, l. l., fol. 85 r*. Lequel, dit-

pellipariam imitari. Item videas banc quasi ^1 & ^^^ &iiisi nommé parce que l'on y faict

colum bajulando , nunc ûlum manibus et ^^^ gestes semblables à ceulx qu'ont accous-

brachiis in longum extraheie , nunc extrac- ^umé de faire les hermites quand ils saluent

tom occandum tanquam in fusum revocare : quelqu'un , et croy qu'aultresfois il soit yssu

istam deambulando productis filis quasi telam ^^ quelque maxarade. en laquelle les jeusnes

ordiri : illam sedendo quasi jam orditam op- hommes s'estoient revestus d'habits taillez en

poûtis lanceolae jactibus et altemii calami- forme de ceulx que les hermites portent.

La guerre, cette ardente passion des peuples sauvages, leur plaît surtout comme exercice de la force : c'est pour eux le premier des spectacles, et une image même incomplète leur en fait attendre la réalité avec moins d'impatience. C'était en prenant leur tortue et leurs armes comme un "Jour de bataille, que les Iroquois se préparaient à toutes les grandes affaires, et leurs fêtes n'eussent pas été complètes sans une danse martiale (1), où ils heurtaient leurs tomahawks en cadence et se menaçaient tour à tour de leurs kriss. L'adresse qui se mêlait dès l'origine à la force s'y substitua insensiblement : ce ne fut plus la représentation bien matériellement vraie d'un combat brutal, mais l'exhibition d'un art d'autant plus goûté qu'il surprenait davantage et renchérissait sur la réalité. Ces pantomimes perfectionnées de la guerre se retrouvent chez les Sauvages (2) et les Barbares (3) qui professent le culte de la force, comme chez les peuples énervés, condamnés depuis des siècles à mourir d'une hypertrophie de la pensée , et quoique ne pensant déjà plus, périssant chaque jour un peu davantage. Il y a quinze ans à peine, un déjeuner offert par le roi d'Oude au prince Waldemar de Prusse se terminait, après une foule d'autres divertissements, par des danses à l'épée qu'on avait sa^ns doute tenues en réserve comme le plus noble de tous (4). Avec l'activité de leur imagination et leurs sentiments d'artistes , les Grecs ne purent voir longtemps dans ces danses une simple leçon d'armes et un exercice tout militaire : à en juger par les noms

{i)VAthonront; Lafitau, Mœurs des Sauvages américains j 1. 1, p. 522.

(2) Moereuhout, Voyages aux Ues du Grand-Océan^ t. II , p. 1 30. Elles sont aussi au Dahomey un accompagnement obligé de toutes les fêtes : Toy. Despatches from Commodore Wilmot respecting his visit to the king of Dahomey, in december 1862 and january 1863 , passim.

(3) Genus spectaculorum unum , atque in oami coetu idem. Nudi juyenes, quibus id lu-

dibrium est, inter gladios se atque infestas

frameas saltu jaciont audacis lasciviae

pretiumestvoluptasspectantium ; Tacite, Germania, par. xxvr.

(4) Hevue germanique ^ t. I, p, 67. Les peintures qui nous en sont restées prouvent combien elles étaient populaires aussi dans l'Antiquité classique : voy. Tischbeia, Anciens vases, t. J, p. 60, et In^hu'iuoi, MonumenU eWuschiyt, I,p. 87.

différents qu'ils leur donnaient (1), elles avaient, chacune, un but spécial et une forme particulière ; Timage de la guerre n'y était plus, selon toute apparence, qu'un accessoire de la musique et delà cadence (2). Le Drame lui-même y pénétra bientôt et s'y fit une place, d'abord bien modeste : il y avait un vainqueur qui semblait vaincre, et un vaincu dont on emportait le cadavre (3). Parfois même le combat était amené par une petite action à laquelle il servait de dénouement, et les personnages n'étaient pas de simples figurants obligés d'attaquer en quarte et de se * laisser tuer par un coup de seconde : c'était une vraie lutte (4), et le plus adroit où le plus fort triomphait réellement à la sueur de son front (5). Les Romains, fo(t peu inventifs d*ordinaire, empruntèrent probablement leurs danses militaires aux Grecs (6). Les Triomphes étaient des fêtes que la Patrie reconnaissante donnait aux soldats, et la guerre représentée au vif et acclamée par la foule , le champ de bataille sans l'ambulance et avec les enivrements de la victoire, en faisaient l'ornement naturel et en rehaussaient le prix. Mais, ainsi que tous les peuples d'une sensibilité froide et d'une imagination paresseuse, les Romains appréciaient beaucoup plus la réalité palpitante des choses qu'une image même embellie par l'Art : le plaisir d'assister à un combat ne leur paraissait plus assez

(1) Voy. Athénée, 1. 1, ch. 8, et Krause, Die Gymruutik und Agonistik der Helleneny t. II, p. 841.

(2) Celles qu'on exécutait pendant les Panathénées rappelaient le combat de Minerve contre les Titans ; Denys d'Haiicarnasse , Antiqwtatum romanarum 1. VII, par. lxx , p. 1 4 8 8 . Peut-être même la Pyrrhique, appelée aussi Troia ou Lusus Trojae (voy. le fragment de Suétone cité par Servius, Ad Aeneid08 1. V, V. 602) était-elle à l'origine une sorte de pantomime se rattachant à la guerre de Troie. Au moins n'était-ce pas un combat singulier, ainsi que* les autres danses àl'épée, mais une mêlée : voy. Dion Cassius, 1. lx, ch. 23 , et Suétone, Nero, ch. xii.

(3)Xénophon, Cyri Anaba8i8,{. VI, ch. i, p. 282, éd. Didot.

(4)XénopI^n,Sympo<ion,ch. ir, par. 11.

(5) Xénophon, Cyri Anabasis^ l, l. Le ballet représentait un combat entre un laboureur et un voleur qui voulait lui enlever ses bœufs, et le voleur était habituellement vainqueur, mais quelquefois aussi c'était le contraire : *EvloT« Si xai é ^t^yji{kévni tàv îiTi<rniv.

(6) Denys d'Haiicarnasse, Antiquitatum romanaruml. vu, par. 72. Nous excepterons seulement la danse des Saliens, qui était religieuse et , selon toute apparence , d'origine étrusque : voy. Denys d'Haiicarnasse, l. /., 1. II, par. 70 (t. I, p. 387, éd. de Reiske) , et le Magasin pUioresque , 1834, p. 391.

poignant, quand ils n^avaient pas sous les yeux une arène sérieuse et du sang bien rouge. Il leur fallait de la vérité à tout prix, dût la mort s'ensuivre, et les râlements de moribonds mal appris tempérer leur amusement. Les combats dansés dont on honorait les funérailles des grands, prirent eux-mêmes un caractère d'acharnement et de brutalité qui impressionnait agréablement les spectateurs. Ce n'était plus un théâtre et un vain cliquetis qui convenaient à ce peuple de bronze, mais un cirque et des milliers de gladiateurs désireux de s'égorger pour ses plaisirs (1).

Pendant le moyeaàge les danses à l'épée furent abandonnées aux jongleurs de la dernière classe, à ceux qui de nos jours mâchent de la filasse enflammée et avalent des couteaux. On ne se battait noblement qu'à cheval , tout bardé de fer des pieds à la tête, et les tournois avec la splendeur de leur mise en scène, la renommée des combattants, les périls réels qu'ils cherchaient joyeusement et la gloire qu'obtenait le plus brave comme en un jour de bataille, ne laissaient aucune chance d'intérêt à des passes d'armes qui ressemblaient tout au plus à une mêlée de truands (2). Mais lorsque l'invention de la poudre à canon eut renouvelé les formes de la guerre et mis en quelque sorte la noblesse à pied, l'escrime devint l'occupation favorite des gentilshommes, et les danses. à l'arme blanche relrou-

(1) Voy. Spartianus , Vita , Hadriani , dansans et se tournans fort dextrement se p. 124, éd. Yariorimi. frappent espées contre espées à toutes ca-

(2) La Pyrrhique avait même perdu le sens dences, et saultans sur les espaules les uns qu'on y avait toujours attaché dans l'Anti- des autres et tout avec les nombres et sons quité : de l'instrument ; Paradin , Le Bldson des

GasouUans en telle manière , J^»»*" , p. 1 6 . Il faut naturellement excepter

Com les pastoureaux qui fretellent ^f P^^^ ^"1^k?T «'^ ^canduiaYie , une no-

^ , .;««ii«„ „.,; „«;,4^ii«„» blesse aux habitudes chevaleresques n avait

Ou les pucelles qui sautellent ,^^ n- ^^ • -^ i i *4i ui-

L î A \.^ A^ 1- .v«--;«..«. pu s établir. On aimait, dans les fêtes publi-

A la danse de la pemque : *^ « *• i j i n** »

T i. .^ j « . Tr- Mt ques, a y faire montre , au son de la flûte et

Jehan Lefevrc, Omde, De la Vtetlle, ^^ ^r^iit des chansons , de son habUeté à ma-

^* nier les armes; Olaus Magnus, De gentium

De ceste danse Pyrrhique se voit encores quel- teptentrionalium variis conditionibus, 1. xv,

que vestige en la danse des Boflfons, qui en p. 583 , éd. deBâle, 1567.

vërent la faveur populaire. Les princes eux-mAmes se plaisaient à faire admirer leur adresse (1), et pour intéresser plus sûrement le public on introduisit les danses avec accompagnement d'escrime dans les représentations de théâtre (2). II n'est pas jusqu'au ballet dansé par Louis XIY en 1658, dont on n'ait cru rehausser l'agrément en y faisant se battre quarante mousquetaires (3). On crut même que] ces danses devaient à elles seules amuser sufSsamment des rois : en 1700, quand Louis XIY n'était plus jeune depuis longtemps, les tambours de son régiment dansèrent devant lui l'épée à la main (4), et à en juger par la danse de nos soldats, ce n'est ni par la dignité ni par la grâce qu'ils pouvaient plaire à un spectateur si expert en ces sortes de choses. Lors de l'entrée de Frédéric I" à Prague, trente-six danseurs vêtus de blanc lui donnèrent le spectacle d'une Pyrrhique (S) , et de nos jours encore, dans la fête que la bourgeoisie de Siebenbourg offrit à l'empereur d'Autriche, on exécuta en sa présence la danse des épées (6). C'était un plaisir si fortement apprécié, qu'on eut la singulière idée d'en orner les processions du Saint-Sacrement, et d'en amuser Dieu (7). Il n'y avait même pas en Espagne de belle fête d'une nature quelconque sans une danse à l'épée (8), et

(i) En 1562, Charles IX et son frère le duc d'Anjou se mesurèrent à Fontainebleau , pendant les jours gras , avec leurs maîtres d'armes et de danse, qui, après quelques estocades , tombèrent comme morts ; Castil- Blase, Molière musicien, 1. 1, p. 453.

(2) Nous citerons comme exemple Monêiewr de Pùwrceaugncic. Robinet disait dans sa Lettre du 12 décembre 1666 :

Clion , déesse de l'histoire , sans que j'ouTre mon écritoire , A là pour son plus digne ébat l'image d'un fameux combat ; Et surtout est considérée ladite martiale entrée , ^

où les combattants admirés , se portent des coups mesurés Autant d'estoc comme de taille , sans ensanglanter la bataille ,

Et puis par un plaisant refrain tous capriolent sur la fin.

(3) Journal d'un voyctge à Faris^ p. 41 8 .

(4) Dangeau , Mémoires , 1 1 juillet 1700.

(5) Us ayaient des bas bleus et des son> nettes aux jambes ; Scheible , Dos Kloster, t. VI, p. 111.

(6) Schuller , Herodes. Ein deutsches Weihnachtspiel aus Siebenbiirgen , p. 2.

Elle fait souvent , en Allemagne , partie des divertissements populaires des fêtes de Noël et de Pâques.

(7) A Attendom , par exemple : à celle de Saint-Sébastien, en 1660 , il y avait jusqu'à cent danseurs qui se battaient en mesure ; de Iztueta, Guipuzcoaco dantza gogoangar" rien condaira edo historia, p. 30.

(8) Aldrete disait encore en 1 674 : La quai ( dança de espadas ) assi se conserva que

les exéculants y prirent un nom particulier : ils s'appelaient Matachines ^ et se livraient à leurs exercices en tenue de combat, avec une chemise sans manches, des caleçons de toile, un petit bouclier et un mouchoir roulé autour de la tête (1). C'était une représentation de la guerre aussi exacte que le permettaient Ténervement des mœurs et Tinfluence de TÉglise, non un simple assaut pour amuser la galerie du spectacle de son adresse, mais une véritable bataille où Ton courait des dangers sérieux (2), et conformément à leur nom les vainqueurs finissaient par tuer, au moins pour la forme, tous leurs adversaires (3). Les Matassins français affectaient aussi dans les divertissements de Molière ce costume un peu nu de vrais combattants qui se sont mis à Taise (4), et ils le retiennent encore dans les danses pyrrhiques de nos marionnettes. Mais on se préoccupait moins au seizième siècle de la couleur locale et de l'exactitude de la mise en scène : on regardait les gladiateurs dansants comme de véritables bouffons (S) auxquels convenait mieux un appareil plus théâtral, et on leur donnait de petits corselets, avec fimbries es espaules et soubz la ceinture, une pente de taffetatz soubz icelles , un morion de papier doré avec une plume, et des sonnettes aux jambes (6). Les Matassins anglais exécutaient aussi des danses à Tépée (7) ;

oy no fiesta sino ay dança ; Origwï y prin- de la danse année des Anciens ; Sorel , His-

cipio de la lengua castelUuia, 1. III, ch. i, toire comique de Fran^ion , 1. vu, p. 286,

fol. 65 T». éd. de 1858.

{{) CoyamibiaAjTesorodelalenguacaa- (5) C'est même le nom que leur donne

tellana, fol. 201 v*. Tabourot.

(2) Dans la danse à l'épée dont parle le (6) Orchesographie , fol. 97 t*.

Don Qwjote , p. n , ch. 20 , on demande au (7) Leur nom avait consenré le sens de m

chef si quelqu'un des danseurs a été blessé , racine :

et il répond : Per ahora , benedito sia Dios , ^jjç ^aTe brought you a Mask.

no se ha herido nadie : todos Tamos sanos. flamikso.

(3) Por este estrago aparente de matarsc f^ niatachin , it seems by our drawn swords ; unos a otros, los podemos Uamar JfatocAt- ,„ . . „^ i., « .. .« « ^^ nés; CoTarrubias, l. l., fol. 104 V. Weh«ter, The whtteDevtl, p. 48, 2. éd.

(4) On Toyoit qu'ils se battoient de la °® ^' ^Y^®*

même façon que s'ils eussent dansé le ballet Matachina avait même pris le sens de Combat des Matassins , où l'on fait cliqueter les épées régulier : They may at divers times in the lesiunes contre les autres, ce qui est un abrégé watch make. a combat tof»lh«r , lis «gainst

maïs ils n'avaient pas mieux conservé leur costume primitif, et leurs casques en clinquant, les longues banderolles.qui leur tombaient des épaules et leurs sonnettes (1], les rapprochaient beaucoup des danseurs de morisques : ce n*était plus une pantomime militaire, mais des danses de fantaisie. Le peuple italien n'a jamais aimé la guerre pour elle-même ; il a tant souffert de la force que, même en ses jours d'héroïsme, elle ne lui parait qu'un pis-aller de l'adresse : s'il n'était toujours prêt à tout faire pour le succès, il la trouverait odieuse, même quand elle est utile. Sans souci de leur origine et de leur nom, il a donné aux Matassins Tesprit et le caractère du pays ; ils sont devenus des pantins (2), qui ne luttent plus que de souplesse (3) et de bouffonnerie {4). Habitués à combattre de père en fils contre les forbans, les rudes matelots de Gênes apprécient cependant les danses à l'épée, et sans autre accès* soire qu'une musique martiale en font un de leurs divertissements ordinaires (5) : c'est, pour ainsi dire, une des nécessités de leur profession; ils dansent pour s'entretenir la main comme on se bat à la salle d'armes. A Naples, où la pyrrhique des Anciens semble n'être jamais tombée complètement en désuétude, le peuple s'est attaché de plus en plus à l'amollir et à la rendre inoffensive : si bien émoussées que fussent les

six , intrue form and order of a matachina ; vogliam fanri oggi vedere

dans Sharp, Dissertation on the pageants or tutt' i giuochi che facciamo.

dramatic mysteries , p. 1 78 , note. Nostro giuoco è l'attegiarc

(1) Douce, /«iM(ra«ion» of Shakespeare, tutta quanta la persona. etc.

/it ^/i v / 4 ' '\ tf *4 • • u Tutti i trionâ , carre . mascherate ,

(2) Atque hi (pantomum) Mattactnt ab fol 215

ItaUs postea sunt appeUati, dum ^tionem ^^^ ^^ ^ traduction de Tacite, Da^an-

quampiam gcstibus tantum, non^erbis ex- zatiassimUelesMatUcciniauxZannirlquali...

pnmerent ; mvtiion Anttquitates Italtcae j^^^ ^ ^^j ^^ ^.^^^^ ^^^.^ \

d^. xx«, t II, col. 847. Fabncms les ayait ^, • • ^ ^ ^ > ^lî. Mala-

déja assimilés aux pantomimes, qmsolo gestu ^^^^^ ^^y^^^[ ^^^^ ^^^J^^ ^ „^^

et salUtione mutommaexpnmerent; B,6i,o- emnascarados y disfrazados devarios mol

theca anttquarta. p. 645, éd. de 1760. !„„ /ion,«« « »,«««« <i:«>^.^»»«<, ;.— «« ^ «^

/«\ ^r • • K>i j TT I* I m*- u I dos , daozan y nacen diferentesjuegos y ges-

(3) Voici ce que PierodaVolterral Michel ^^^ ' ^^^^^^ j^ ^sa; ConversacioLs de da Prato) faisait chanter aux Matlaccini : ^^^„.,^ Tragiense, p. 237, trad. espagnole.

Mattaccin tutti noi siamo (5) Boceardo, Memoria sulV influenza dei

che correndo per piacere SpeUacoU, p. 58.

épées, elles coupaient encore trop, et pour surcroît de précaution on les a remplacées par des baguettes ornées de fleurs (1). Quel que fût Tintérét que ces sortes de danses offrissent par elles-mêmes dans un temps où Tart de la guerre semblait le premier et le plus noble des exercices, on voulut les rendre encore plus intéressantes en leur donnant une cause sympathique aux spectateurs (2). Bientôt même on les rattacha à une petite action, muette d^abord (3), puis animée de quelques paroles (4) qui prirent insensiblement plus d'importance. Dans une des Iles Orcades, la danse à Tépée qui faisait le fond du divertissement était naguère exécutée par sept champions de la chrétienté et mêlée de couplets (§). C'est aussi la donnée principale de plusieurs farces villageoises qui se représentent en Angleterre depuis un temps immémorial lors des réjouissances de la fête de Noël (6) ; mais le drame est

(1) Le peuple appelle même maintenant golpes al compas de la mûsica, se asombran cette danse Imperlicala et Intrezzata : yoj. graciosamente de una hinchada vejiga que à à l'Appendice , n<> m , les paroles que l'on casso aparece entre los dos , se llegan à eUa chante en la dansant. y se retiran ; y en fin saltando sobre ella la

(2) Le manuscrit Harléien, n*> 1197, cité rebientan, y se fingen muertos alestruendo par Ritson, Remarhs critical and illustra- de su estallido. T de esta suerte otras inventive on Shakespeare, nous en a conservé un clones entre dos, entre quarto ô entre mas, exemple. Un champion se présentait enchan- conforme quieren ; esplicando en la danza y tant : en los gestos alguna accion ridicula pero no

I ame a Knighte torpe ', Bances Càndamo , Theatro de los

and menés to fighte , theatros de los pasados y présentes sigloê

and armet well ame I , (ms.) ; dans Ticknor, Historia de la litera-

lo, hère I stand, tura espanola, t. III, p. 456, trad. espa-

with swerd in hand, gnole.

my manhoud for to try. (4) Cette forme incomplète du Drame se

Un autre champion lui répondait : conserve encore dans la Danza de san Bar-

, . „ .. tolomé. qui s'exécute dans les environs de

Thow marciall wite , Terragone , et dans la Danza de los diabloê

that menés to fighte , ,^^ représente à Panades ; Milâ, Revista de

and sete upon me so, Catalufia, t. Il, p. 273.

io,lierelstana, .^. ^^ ^^^ naturellement des Sainte :

* T uk';7 '" iT ' ^oy . Czervvinski, Geschichte der TanzUnst,

to dubbelle evrey bloue ; ^ \^^^ ^^ Lockhart, Memoirs of the life of

et le combat s'engageait. «y i^^. Scott , t. II, p. 81, éd. de 1837.

(3) Se encuentran dos de noche, y fingien- (6) On en a publié une, du Worcetshire dose el uno temeroso del otro, luego se van (dans Notes and Queries, ii* série, t. XI, Uegando : como desenganandose se acari- p. 271 ); ime, du Hampshire (/btciem, t. XII, cian, se reconocen, bailan juntos, sebuelven p. 493); une, du comté de Durham (dans à enojar, rinen con espadas de palo , dando Sharp, Bishoprick garland , et dans Bell ,

déjà si développé, que, malgré le rôle capital qu'elle y conserve, on ne peut plus y voir que l'occasion ou plutôt le prétexte d'une petite comédie.

On suit mieux encore les progrès et les développements de la Comédie dans Thistoire d'une autre danse, fort goûtée dans presque toute l'Europe à la fin du moyen âge, la danse morisque. Ainsi que son nom l'indique , elle avait été empruntée aux Mores, comme la fantaisie emprunte les jours où elle n'invente pas tout à fait, en prenant avec son modèle des libertés singulières (1) : mais elle ne répudiait point son origine ; il y eut même un temps ou, pour être mieux dans la vérité de leur rôle, les danseurs s'enlaidissaient systématiquement et se noircissaient le visage (2). C'était aussi d'abord, selon toute apparence, une danse armée (3) qui rappelait les longs combats

Àncient poems of tfa peasantry of England, p. 175-180), et une, de la Cornouaille; dansSandys, Christmas carols,^. 174-178.

Une pièce de ce genre, peut-être imitée de l'anglais , se joue aussi en Allemagne ; dans Prôhle, Weltliche und geistliche Volsklieder «nd Volktschauspiele f p. 245. Yoy. à l'Appendice le n° iv.

(1) Le sens du mot est incontestable : Hessire Arnault de Pareilles luy envoya ung More noir , très richement habillé sur ung très bel et puissant genêt , armé et habillé tout à la morisque; Histoire et plaitante cronique du petit Jehan de Saintréj ch. xuii, p. 129, éd. de Guichard. De mon jeusne aage, j'ay yen qu'es bonnes compagnies, aprez le soupper entroit en la salie un garçonnet machuré et noircy, le front bandé d'un taffetats blanc ou jaulne, lequel avec des jambières de sonnettes dançoit la Danse des Morisques ; tabourot, lOrchesographie , fol. 94 r*. Aussi, selon Gifford : There were at first undoubtedly a Company of people that represented the military dances of the Moors... in their proper habits and arms ; The Works ofBenJonson^ t. II, p. 50, note. Une autre danse, certainement d'origine moresque, était connue en Angleterre sous le nom de Morisco : Like a Bacchanalian dancing the spanish morisco witb knackers at his fingers ; Duke of Newcastle; KonXy (1649). Mais nous ne voyons aucune raison d'attribuer comme Strutt une

origine différente au Morris-Dance : le nom et les personnages en étaient seulement devenus plus anglais.

(2) Faciem plerumque infîciunt fuligine , disait Juoius, Etymologicum anglicanumf s. V. MoRRicE-DAMCE : voy. aussi la note précédente.

(3) Le premier fut d'une moresque mventée principalement et jouée parles frères d'Urfé. . . Les Mores , Sauvages et Satyres s'en viennent l'espée au poing , faisant une fort plaisante entrée , demarchans à la cadence des luts , tantost s'accouplans , tantost se ^eparans ; puis tous ensemble commencent à jouer la moresque , se frappans d'accord au son des instrumens, maintenant simple, à mesure entière, haute et basse, en carré contre deux à la fois; maintenant entre -lassée, à demymesure , en rond contre six à la fois ; tantost de taille, tantost de revers, et à la parfin d'estocade ; se meslans avec une merveilleuse dextérité les uns avec les autres, et néantmoins se rencontrans si bien que de dix coups ils n'en sembloient qu'un; La triumphante entrée de très illxtstre dame madame Magdeleine de La Boche foucauld. . . faicte en la ville et université de Towmon , le dimanche vingt qualriesme du moy d'avril 1583 ; Lyon, 1583 , petit in-8''. Era (a Venise, le jeudi-gras ) desso una specie di lotta o scherma tolta dai Saracini, che volgarmente dicevasi la Moresca , là quale non men

des chrétiens contre les Sarrasins (1), et probablement une victoire glorieuse à laquelle les spectateurs continuaient à s'associer par leur joie et leurs applaudissements. Mais lorsque les souvenirs de la lutte vinrent à s'effacer, les circonstances purement historiques perdirent leur intérêt, et Ton ne conserva de la forme première que ce qui était resté un plaisir : une musique d'un caractère particulier (2), le flageolet et le tambourin qui avaient animé les combattants (3), et les sonnettes, ces premiers instruments des peuples musiciens qui ne savent pas la musique (4). On compliqua les passes d'armes, et la

deir altra esigeva agilità, pieghevolenia di p. 173.. Queste glorie (de' combattent! per

membri e gagliardia ; Michiel , Origine délie la crocc e pella civiltà romana contro la

feete Veneziane, t. Il, p. 63. mw»» lumine) erano ricordate non solo nei

E di forza che il Re fa le più beUe ^^^\' °»» ««"»<ïio °«»1« ^^^ V^polari, deUe

moresche , e Tolle intomo, et si l'aggira quasi noiserbiamo ancora memona m alcum

ch' ella tutti i suoi colpi al Tenti tira ; f^^^' ™»«t» «^ ^}\ ^f^^?"^;, «««' ?»«-

, . , I T, '^''«* costumt e tradtstont délie provinzte

Bcrni , Orlando tnnamorato . 1. II, ^,. Sergamo e di Breêda, p. H 1 .

ch. Il, str. 70. ^2) Pendant son séjour à Lyon en 1564 ,

In the Morisco the dancers held swords in Charles IX s'amusoit a faire sonner les mo*

their hands with the points upwards ; John- resques ; Abel Jouan, hecueil et discours du

son, note, Antony and Cleopatra, act. m, voyage du roy Charles IX, fol. 17 V>. Après

se. 9. M. Rose informsme that when he was marchoit le Marquis {l. Guidon) du grand

at school at Winchester , the Morris-dancers Palais (avec ses gardes) habillés tons en Mo-

there used to exhihit a sword-dance resem- res, ayant chacun d'eux un dard à la main,

bling Ihat described at Camacho's wedding Et marchoit premièrement les timbales son-

in Don Quixote; Lockhart, Mémoire of tfû nant à la moresque; Chevauchée de l'Asne

life of sir W. Scott y t. II, p. 82, note. (1578), p. 24.

Voilà pourquoi, quels que fussent leurs or- (3) After that come a Morice dance finely

nements, les habits étaient serrés au corps deckt, withpurple scarfs, \n their half shirts,

et fort courts : with a tabor and pipe , the ancient musick ;

J'ay le cul aussi découvert ^«'«>« ^oyo«y displayed 1661, in-4«. Voy.

Comme (a) un danseur de morisque ; *««» le Dictionnaire de Johnson, s. v. Mokrib-

Sermon joyeux d'un def>ucelleur de ^'^^^^'^^ ^^^ j^^^^j ^^^^ ^^^^.^ ^^^

'*^***'^*^**' Mores richement habillez, marchant deux à

(1) Entre las cuales (danzas) hace parti- deux, leurs habits couverts de petites son*

cular mencion de una compuesta de moros y nettes d'or et d'argent ; Chevauchée de VAsns

cristianos que figuraban un reiiido combate : (1578), p. 25. Fletcher a donné dans son'

danza que aun se conserva en nuestros dias Women pleased les signes caractéristiques

en algunos pueblos de Espafia ; Soriano Fuer- des danseurs de morisques , et les scHmettes y

tes , Historia de la musica espanola detde figurent en première ligne :

to vmida de losFenicios hasta el aw> . ^^^^^^^ ^ells then?

de 1850, t. I, p. 125. Los mformes dramas '

6 rudimentos de drama, que se ejecutan en Nous savons même qu'elles n'avaient pas le

las danzas 6 bailes de las fiestas mayores que même son et qu'on les désignait par des

versan sobre la vita del santo que se festeja , noms différents : voy. William Rowley , Th»

sobre la guerra de moros y cristianos; Milà, Witeh of Edmonton (l<i58). Miilippe de

Otftervaciones sobre lapoesia poputar-^ VtgneaUe parie auui dam w^Méimiktê,

di

grâce empiéta de plus en plus sur l'adresse et sur la force : pour en relever le piquant par Tattrait de la nouveauté, on varia les figures (1), et Ton chamarra de nouveaux rubans et de couleurs plus chatoyantes , Téclat et Toriginalité des costumes (2). Ce n'était plus une danse où chacun dansait instinctivement pour son plaisir, mais une représentation apprise par cœur : les danseurs étaient devenus de vrais acteurs et ne songeaient plus qu'à divertir de leur mieux la galerie. Bientôt même on y introduisit en Angleterre des masques en possession d'exciter la gaieté, le Hobby-Horse (3) et le Fou (4), et des personnages

p. 201 , de danseurs de Morisques tout cïuiirgés de clochautes et de bixattes (grelots). Dans l'Habitue praecipuorum populorum, de Hans Weigel , on a représenté une dame africaine du Royaume de Fez qui danse ayec des sonnettes aux pieds. C'est un ancien usage oriental (voy. le ÎHritchakatt , act. i, et les Aventurée de Kâmrûpf p. 17, trad. de H. Garcin de Tassy), qui ayait même pris une signification religieuse: Yoy. Hérodote, 1. II, par. Lx, p. 91, éd. Didot; Gratius Fa- Kscus, Cynegeticon 1. I, ch. 42, et Kiirschner, De nolie in eeetitUy ad illuetrationem verborum hymni eacri^ Und die Schellen kiingen^ 1725, in- 4*. Les sonnettes faisaient si souvent partie des joyeux déguisements, que les masques s'appelaient dans la basse-grécité, xvSwixoi ; du Gange, Glossariumf t. I, col. 7 7 4 . On s'en servait aussi en France pour exprimer la joie bien avant que la Morisque y fût con-

' une [Romansde Garinj t. II, p. 260 ; Gautier de Goincy, Miraclee de la Vierge^ col. 536), et on les retrouve chez les nations les moins civilisées : voy. Vincent Le Blanc, les Vayages fameuXf 1. I , ch. 23 , et de Lery , Histoire d'un voyage, ch. xvi. Dans les danses

. à l'épée de la Hesse, on chantait encore dans ces derniers temps :

Also sollen meine Gesellen

ihre Schellen

lassen klingen vie die Engel im Himmel singen.

(1) Ont été faites plusieurs danses et diverses moresques par plusieurs compagnons ; dans Lottin, Recherchas historiques sur la ville d'Orlécms, t. I, p. 323. De chancons, de danses et de morisques de plusieurs façons (furent) ^moidt joyeusement festoyez ; Hystaire et plaisante cronique du petit Jehan

de Saintré f ch. xlu, p. 126 : voy. aussi p. 151, etLobineaa, Histoire de Bretaigne, t. II, col. 1205.

(2) J'y vis représenter les triomphes de César, avecques une morisque devant luy, dont les accoustremens estoyent bleuz, semez de paillettes d'étain; de Bras, Les recherches et antiquitez de la ville de Caen , p. 1 2 1 : voy. aussi p. 142 ; la Cronique du roy Françoys premier, p. 304, et Auguste Bernard , Les d'Urfé, p. 130. Alas, Sir! I come only to borrow a few ribbandes, bracelets, ear rings, wyer-tyers, and silk girdles, and handkerchers , for a Morris and a show before the queen ; William Sampson ; The Vou>-breakers or The maid of Clifton (1636). He wants no cloths, for he bath a doak laid on vrith gold lace, and an embroidered jerkin ; and thus he is marching hither like the foreman of a Morris ; John Day , The blind beggar of Bedna>l'Green{i659). Sept habis de drap de soyede pluiseors coulleurs etestrange fachon, proprices a danser la morisque , et iceulx enrichiz d'ouvraige de peaux de JSresil, d'or et d'argent , de lettres sarasinoises et de tourbettes faictes a manière de drap d'or; de Laborde, Les Ducs de Bourgogne , P. ii', t. I, p. 252, n" 868.

(3) Unms. du B. M., daté de 1585 (fonds Hariéien, n** 3 74 1 ) mentionne même une troupe de danseurs de Morisque, composée de Twelve proper boys on hobby-horses, fynely covered with some prettye coloured thinge.

(4) It yjfdiS my hap of late, by chance, to meet a country morris-dance ; When, cheefest of them ail, the Foole plaied with a ladle ;

Cobbe ; Prophecies , his signs and- Utkens {i^i A),

popularisés par les yieilles ballades nationales, le fameux ouN law Robin-Hood (1), le joyeux moine Tuck et la Reine de Mai (2). Malgré cette auréole de poésie et l'importance qu'elle leur donnait (3), de simples figurants durent paraître à la longue un peu monotones et beaucoup trop froids, et Ion y ajouta un grossier paysan dont les naïvetés et les rudes saillies déridaient plus sûrement le public (4). La danse morisque prit également sur le continent un caractère de plus en plus dramatique : admise d'abord sur la scène comme un intermède et un horsd'œuvre (S), elle chercha à se lier au sujet de la pièce, la continua en quelque sorte pendant les entr 'actes et s'appela une Entrée (6). Ses rapports avec le théâtre devinrent môme encoi e plus étroits, et l'on finit par en donner le nom aux Farces et aux Moralités qui servaient de petite pièce (7).

(1) Strutt, Sports and pastimes of En- et dansent au gondes instrumens, tant pour gland, p. 223 ; Douce, Illustrations of Sha- ce pendant soulager les acteurs que les speckespearSy t. II, p. 439, et passim. tateurs : ce que mesmes nous observons en

(2) Maid Marian, as Queen of May, has a nos tragédies ; d'kigdXieny Art poétique, \. Y, golden crown on her head, and in her lefl ch. i, p. 274. Gosson disait aussi dans son hand a red pink , as emblçm of summer ; Play s confuted in five actions : For the eye, Brand, Observations on popular antiqui- beside the beauty of the houses and stages, lies, t. I, p. 142, éd. d'Ëllis. C'est sans doute he(lhedevil) sendeth in garish apparel,masks, la déesse Maia, devenue la reine Maia, qui se vaulting, tumbling, dancing ofjiggs, galiards, promenait autrefois en Espagne avec un cor- morisces , hobby-horses ; dans Collier, The tége de jeunes gens et déjeunes filles : voy. History of english dramatic poetry, t. H, Kônigsmann, De antiquitate et usu betulae p. 427.

pentecostalis, p. 18. (6) Yoy. le Tirsi de Baldassare Castiglione

(3) CLOD. et de Cesare Gonzaga, et la lettre de Cas- They should be morris-daucers by their tiglione sur la représentation de La Calçin-

gingle, but they hâve no napkins. dra, traduite par Dennistoun, Memoirs of the

cocKiiEL. dukes ofUrhino, t. II, p. 141.

No, nor a hobby-horse. (7) Il y en a une dans le Jardin de plat-

CLOD. sance, fol. 32 v" — 34 t°, éd. de Martin Boul-

Ohl he's often forgotten, that's no rule ; Ion, dont les personnages sont: Amoureux lan-

but there is no Maid Mariannor Friar amongst guissant. Amoureuse grâce, Envieusejalousie,

them, -which is the surer mark ; Ben Jonson, Espoir de parvenir, Tout habandonne et Sot

TfiS Gipsies metamorphosed, t. YII, penser. L'auteur avait dit un peu auparavant :

p. 397, éd. de Gifford. ^u milieu de nostre souper

(4) By talking and laughing, like a plough- vismes venir une morisque ; man in a morrisi you heap Pelion upon Ossa, laquelle sans rien deschamper glory upon glory ; Decker, The GulVs horn- se montre gorgéale et frisque ; book, p. 144. c'estoit une chose autenticque

(5) Selon Scaliger en son premier livre de de voir leur gracieux deduict, l'Art poétique, après les actes (de comédies) et en moult belle rethorique

il y a des joueurs de morisques, qui sautent alloyent disant ce que s'ensuit.

Les danses costumées apprirent à varier les déguisements, d'abord si humbles, et à leur donner des visées plus hautes. Dans la première jeunesse des peuples, lorsque leur imagination avait toute sa puissance d'impressions et sa vivacité native, le costume trompait jusqu'aux personnes qui s^en étaient affublées, et les modifiait même à leur insu. En se voyant parés des insignes de leurs hautes fonctions, les chefs affectaient une dignité plus soutenue et s'efforçaient de devenir solennels. Quand ils portaient leur uniforme de combat, les guerriers se sentaient l'humeur plus belliqueuse, relevaient la tête, et se cambraient arrogamment sur leurs reins. Les prêtres qui avaient revêtu leurs ornements sacerdotaux se croyaient par cela seul plus rapprochés de leurs dieux et plus saints. Le commun du peuple, qui n'avait point de rôle officiel à remplir, ne trouvait pas à satisfaire aussi naturellement ce penchant de noire nature à sortir de nous-mêmes; il ne parvenait à doubler ainsi sa vie que par des déguisements arbitraires, et il recherchait de préférence ceux qui tranchaient plus complètement avec ses sentiments de tous les jours et ses préoccupations ordinaires. Le changement de sexe dut se présenter un des premiers à la pensée : c'était un des principaux plaisirs des Bacchanales {\ ), et naguère encore il y avait des pays en Europe où quand revenaient les grandes réjouissances populaires, les hommes et les femmes changeaient d'habits et s'amusaient réciproquement de leurs travestissements (2). Mais si piquant que fût le contraste amené par ce déguisement entre ses idées habi-

(1) Voy. Hésychius, s. v. *i»OçaUoi; Lucien, De Dea Syria , par. xxtii ; Welcker, Nach' trag zu der Schrift iiber die Aeschylische Trilogie, p. 220 et suivantes, et Schneider, dans le Philologus , 1. 1 , p. 3 5 1 . Le sixième concile des Grecs se crut encore obligé, en 692, de défendre, dans son lxii* canon, Nttllus Tir deinceps muliebri veste induatur, TclmuUer veste viro couveniente ; dansLabbe,

Sacro-sancta conciliaf t. YI , col. 1169. L'impératrice Elisabeth trouvait ce travestissement assez piquant pour avoir voulu que dans un bal qu'elle donnait à Moscou en 1 744, tous les hommes fussent habillés en fenunes, et toutes les femmes en hommes.

(2)Boume, Antiquitates vulgaret, c. xn, et Finn Magnusen, Lexicon mythologicumy p. 1050.

tuelles et les nécessités de son rôle, on aimait mien^ exagérer son activité que la restreindre : les plus pétulants se drapètent effrontément dans^ une peau de bouc et jouèrent jusqu'au bout leur personnage de Satyre en osant toutes les impudences et poussant Tobscénité jusqu'aux derniers excès. Il se trouva même des femmes, habituellement douces et contenues^ qui ambitionnèrent le rôle de Ménade , et leurs cheveux épars , leur robe ouverte et les pampres dont elles s'étaient couronnées, n'égaraient pas moins leur raison que les enivrements de la joie et du vin* Pour ne pas rendre Tillusion trop difficile il fallait seulement dissimuler sa vraie personnalité. D abord on se cacha la figure sous une feuille d'acanthe ou un morceau d^écorce grossièrement taillée ; quelquefois même on se bornait à le noircir avec le suc de quelques plantes ou à le barbouiller de suie : on cessait d'être soi, mais on ne devenait pas tout à fait un autre, et le plaisir restait incomplet. On inventa donc avec le temps des masques, façonnés à l'image de l'homme, qui permettaient de représenter réellement des personnes différentes. Ces masques n'étaient pas seulement, comme on l'a cru pour la Grèce et l'Italie, un appendice bizarre des fêtes doBacchus (1) : c'est une invention logique que les premiers développements du génie dramatique devaient amener chez lous les peuples d'une imagination paresseuse ou d'une sensualité exigeante. Ainsi, pour en citer ici un seul exemple que ne tarderont pas à confirmer d'autres témoignages, tous les personnages des anciennes pièces mexicaines étaient caractérisés par des masques (2) trop singuliers pour ne pas être traditionnels (3). Ces

(1) On en trouvera plus loin des preuves nombreuses ; nous ne citerons ici que le Yakkun Nattanawa et les usages des Indiens du Brésil : voy. Spix et Martius , cités dans Klemm, Àllgem§ine KulturgeschichtCf t. II, p. 114.

(2) Brasseur de Bourbourg , Essai sur la poésie et la musique des anciennes popu-

lations mexicaines, p. 13, 20 et 21. À Java, les acteurs portent aussi des masques trop souvent grotesques pour ne pas être caractéristiques : voy. de Rienzi, Océanie, 1. 1, p. 83 et pi. XVI.

(3) A la vente du cabinet de M. Hertz, figurait parmi les antiquités mexicaines un masque en bois marqueté de turquoiàite, <^

DE LA COMÉDIE PRIMITIVE. - Ùo

mascarades n'étaient le plus souvent que des représentations muettes", telles qu'en offrent encore ces cavalcades historiques où, sous couleur de faire une bonne œuvre, on se pavane en public, quatre ou cinq heures durant, dans le velours et la soie. Les plus intelligentes ne songeaient qu'à bien approprier le langage aux habits et à ne point trahir le déguisement par des gestes qui auraient démasqué les personnages : il y avait des acteurs qui remplissaient un rôle, mais leur ensemble ne composait point une œuvre dramatique. Chacun se divertissait de son mieux, pour son propre compte, sans s'inquiéter du plaisir du public ni de la pensée des autres masques. Ce fut seulement à la fin du dix-septième siècle que, par une fantaisie toute fortuite, quelques grands seigneurs allemands firent de ces mascarades indisciplinées une espèce de comédie. Le palais où se donnait le divertissement était lui-même travesti et représentait une auberge ; le fastueux Amphitryon prenait la tenue et le patelinage intéressé d'un hôtelier, et chacun de ses invités tirait au mn le personnage qu'il devait remplir. Les hasards de cette distribution ajoutaient au plaisir du travestissement l'imprévu et souvent le piquant du contraste : ainsi, au mariage de la fille du roi de Danemark Frédéric III avec le duc de Holstein, la reine dut jouer le rôle d'une coupeuse de bourse, et le prince royal celui d'un garçon barbier très-empressé à raser tout le monde (1). Quoique bien humble et bien monotone, il y avait un sujet : les rôles étaient choisis et disposés avec une sorte d'intelligence, un lien matériel attachait tant bien que mal toutes les scènes ensemble ; mais aucune idée n'en vivifiait l'en-

fat Tendu 32 1. st. {Atherueum, n" 1635, trouvé dans les ruines de Palenqué, et fut

26 février 1859, p. 288 , col. 3], et le cata- vendu 13 1. st. A en juger par cette annonce,

logue des antiquités mexicaines de M. Percy ce n'était pas un masque, mais un moule; ce

Doyle, dont la vente eut lieu le 4 janvier 1 8 59, qui serait encore plus significatif, umoncait a mask, vtdth open mouth, in hard (1) Menestrier, Représentations en muH-

red stone, the concave surface sculptured que y préface: voy. aussi Ibidem j p. 264*

vith sitting figure of a mexican cbief , sur- 286 , et Flôgel , Geschichte des GfOteêh'

roonded by various emblems. Il avait été Komischen, p. 322-324, 2' édition.

semble, aucun but sérieux ne leur donnait de sens. G^était un simple amusement qui s'arrêtait aux premières limites de TAri et ne pouvait les franchir.

Mais si jeune que soit un peuple, il a des souvenirs qui flattent son orgueil, qui le fortifient aux jours du danger et le soutiennent dans ses heures de défaillance. Il se plaît à les raviver par des commémorations publiques, et, à défaut de tout sentiment patriotique, les gouvernements qui se piquent de quelque prévoyance ne les laisseraient pas dépérir (i). Il y a des milliers d^années qu'en souvenance du séjour de leurs pères dans le désert, les Israélites ont célébré pour la première fois la Fête des Tabernacles, et, malgré leur dispersion comme la poussière jetée à tous les vents du ciel et leur mise hors la loi des nations durant des siècles, à Tépoque marquée par leurs traditions ils construisent encore maintenant en Alsace des cabanes, et vont y camper religieusement pendant sept jours (2). Si de simples réjouissances suffirent pour les premiers anniversaires, lear setis s'obscurcit d'année en année ; il devient de plus en plus nécessaire d'en rappeler la cause, et des cortèges, caractérisés par des insignes ou des costumes particuliers, apprennent clairement à tous le sujet de la fête (3). Mais quand le sentiment

(1) Ainsi on féUit à Pise, par une commémoration umaelle, la Tictoire que Cinzica Sismondi remporta , le premier jour de Tannée i 105, sur Muzet, roi Maure de Sardaigne. La Fête délia Porchetta, à Bologne, célébrait la folie feinte de Tibaldello et Taffranchissement de la tyrannie des Lambertazzi, (pie Faenza lui dut en 128i. On avait aussi grand soin , à Venise , de rappeler au peuqple la guerre de Chioggia : Toy. le GiornaU dtUe Pro^incie VeneU, octobre 1827, p. 124. À Java, ces commémorations historiques s'appellent topeng [de Rienzi, l. /. ), et se retrouvent dans des pays encore moins civilisés : Banks et Parkinson virent représenter, à Toulie-Eti, sa conquête par les habitants de Bolébolé ; Voyage autour du Mande, i, I,p. 127.

(2) Hetue det Deuxr-Mondes , i*' novembre 1859, p. 145. Toy. la partie du Toi" mud appelée Succah, et Josèphe, ÂnUqui'' UUes judeùcaej 1. m, ch. 1 0.

(3) Ainsi, par exemple, à la proeesûon du 3 mai, en commém<»'ation de la levée du siège d'Orléans, on porte la bannière de Jeanne d'Arc. Quand la fête n'a rien d'historique qui la caractérise , elle peut se conserver par habitude ou par hasard ; mais on ne tarde pas à en oublier l'origine et la signification. C'est ce qui est arrivé pour une danse armée, appelée le Bacchu-ber , qui s'exécute tous les ans, le 1 6 août , jour de la fête patronale, au Pont-de-€ervières , dans l'arrondissement de Briançon. Malgré le Ladralia, du P. Josselin, on*connaît ausâ trèsmal les vraies causes du combat par lequel

public n*est plus surexcité par les circonstances, on est bientôt obligé de recourir à un spectacle plus extraordinaire et plus saisissant. Ainsi, pour relever la commémoration de la défaite des Anglais dans un des faubourgs de Montluçon, on y mêlait un des amusements les plus populaires du pays : tous les acteurs, armés et équipés à la mode du quatorzième siècle, faisaient piaffer des chevalets (1). A Riez, dans les Basses-Alpes, la mise en scène n'est déjà plus aussi arbitraire et se pique d'une sorte de couleur locale : des Sarrazins avec cocarde et drapeaux verts défendent un fort garni de feuillage contre des chrétiens habillés en hussards et en fantassins; après deux jours de combats le fort est pris, et les vainqueurs rendent grâces à saint Maximin du triomphe de leurs armes (2). A la procession de Russon, en souvenir du meurtre de saint Evermarus pendant un pieux pèlerinage, les nécessités dramatiques du sujet étaient encore mieux senties et plus respectées : dût la pudeur publique en souffrir^ les assassins étaient des Sauvages, et comme tels ils se couvraient à peine de quelques feuilles, et les pèlerins chantaient une légende dans l'esprit de leur rôle, mais parfaitement étrangère à la fête (3). La représentation à Goventry d'une victoire remportée sur les Danois se rapprochait encore davantage d'un véritable drame : sans doute pour agréer plus sûrement au peuple, le combat y tenait la plus large place ; il y avait toujours de tumultueuses évolutions et de grands coups d'épée.

on célébrait tous les ans à Autun la fête de s'aceompagnant sur la lyre une chanson com-

saint Lailre : voy. Rosny , Histoire de la mençant ainsi :

ville a Autun ji^. ihO. tt'i Jl♦»^ci* i^ t^t t a .

(!) De Nore, Coutume, des Provinces de J^^^^^t u\f ^' ' ' '*' ^ France, p. 282. La fête a lieu dans le faubourg de la Presle, sur le lieu même de la M» Cbenier; dans Guys, Voyage littéraire bataille ( Praelium). de la Grèce, 1. 1 , p. 207.

(2) Ladoucette, Topographie des Hautes- (3) Je suis un pauvre pèlerin qui volon-

ÂlpeSf p. 455. A la fin du siècle dernier, on tiers fait un pèlerinage; D' B(ov)y, Prome-

représentait encore en Grèce, dans une danse nades historiques dans le Pays de Liège ,

populaire appelée VÀrnaoute, une des vie- t. II, p. 187 et suIy. Yoy. aussi de Reinsberg

toires d'Alexandre; l'orchestre chantait en Diiringsfeld, Ie(7a{0fuIrt0rbe2^0,t.I,p.29O

mais les acteurs n'étaient plus de simples figurants qui frappaient alternativement d'estoc et de taille ; ils parlaient comme des hommes réels, et même en vers (1). Déjà Timaginalion se glissait subrepticement dans ces solennités : à la reproduction matérielle des faits elle ajoutait des idées populaires, qui n'étaient à personne parce qu'elles appartenaient également à tous, mais qui en changeaient le sens ou lui donnaient plus de portée. Ce n'était plus seulement la victoire de saint Georges sur le dragon qu'on représentait dans toute la chrétienté le jour de sa fête, on prouvait d'une manière sensible à tous les spectateurs qu'ils devaient mettre leur confiance en Dieu et vivre en bons chrétiens (2) . On alla jusqu'à mettre en action les paroles d'un pape et leur attribuer la valeur d'un fait (3) : pour rappeler au peuple Vénitien que l'empire des mers lui appartenait, le doge se mariait solennellement tous les ans avec l'Adriatique (4). Il serait donc facile, sans sortir de l'Europe, de trouver dans les fêtes populaires tous les éléments d'une histoire du Drame ; mais les savants lisaient les livres latins, la foule assistait aux Mystères de l'Église, et la connaissance d'œuvres moins imparfaites dut y exercer une grande influence sur les perfec-

(1 ) On l'appelait même Hox Tuesday play : temps de Rabelais les habitants de Met2 celé- Toy. Sharp , Dissertation on the pageants braient aussi tous les ans la Tictoire de saint or dramatic Hystéries of Coventry^ p. 125- Clément sur le GraouUy, dont on faisait cla-

132. On célébrait aussi, et peut-être céiè- quer bruyamment les mâchoires; Gargantua j

bre-t-on encore par un combat dramatique 1. rv, ch. 59.

a reprise d'Alcoy par les Chrétiens en 1276 : (3) Alexandre III dit au doge Ziani après Toy. Llobet, Apuntes historicos acerca de l'assistance qu'il en avait reçue contre Frétas fi,€stas que célébra cada ano la ciudad déricBarberousse : Cheil mare vi siasoggetto de Àlcoy. corne uiia sposa al marito, poiche l'avete ac-

(2) Novidius disait en parlant de la vie- quistato colla vittoria. loire miraculeuse du saint; Sacra Fasta, (4) Le doge allait le jour de l'Ascension

1. VI, fol. 48 v°, éd. de 1 559 : y jeter avec beaucoup de pompe une bague

Perque annos duel monet (rex) in spectacula d'alliance que l'évèque bénissait auparavant,

[casum, et il disait en la jetant : Mare, noi ti sposiamo

unde datur multus {l. multis ) annua scena in segno del nostro vero eperpetuo dominio.

[locis. Ce singulier mariage s'appelait la Fête du Bu-

Cette représentation se donne encore en plu- centaure. Une autre fête très-curieuse , où Ton

gieurs endroits , notamment à Mons , où le promenait des poupées, la Fête des Maries,

peuple l'appelle Le lumeçon. Le lieu de la était aussi commémorative : voy. Michiel,

scène est la Grand'place de la ville, et le Origine délie f este Yenezianey t. I, p. 91-

bourgmestre y assiste avec les échevins. Du i08«

lionnements de la Comédie. Au lieu d'une histoire générale où Tesprit humain donne sa mesure, on écrirait les mémoires particuliers d'un théâtre, des fragments incomplets et sans valeur, parce que rien d'absolument vrai n'en pourrait sortir. C'est seulement chez les peuples sans traditions littéraires, chez ces enfants d'eux-mêmes qui n'ont connu les différentes formes de l'Art dramatique que successivement, au fur et à mesure qu'ils les ont créées, que l'on peut en étudier vraiment les développements. L'Humanité n'abjure pas instinctivement ses aspirations naturelles; elle ne suit point tête baissée des tendances contraires parce que l'homme a grandi sous un autre ciel, et ne s'exprime pas dans le même idiome : ce sont toujours ses organes qui ont senti, c'est son imagination qui conçoit et son intelligence qui parle. Sans doute, pour comprendre dans tous leurs détails les représentations que les historiens et les voyageurs ont indiquées, souvent d'une manière bien sommaire, il faudrait posséder des annales qui n'ont jamais été recueillies et avoir approfondi les secrets d'une civilisation dont nous connaissons à peine quelques bizarreries à fleur de terre. Mais nous sommes un peu maintenant comme les spectateurs habituels de ces divertissements : ce qui nous intéresse, c'est la re- . présentation elle-même, le matériel et le mouvement de la scène, le passage d'une simple commémoration à une forme dramatique plus élevée.

Toutes les religions assez développées pour se donner le luxe d'un culte public représentent dans leurs cérémonies les principaux événements de leur histoire, et ces pieuses solennités ne songent d'abord qu'à en remettre sûrement les traditions en mémoire. Mais elles veulent bientôt raviver plus directement la foi et montrer en même temps les idées du dogme, les mettre aussi en scène ; le Drame monte en chaire, et les faits deviennent des mythes, de jour en jour moins compris, même des prêtres.

Quand leur obscurité est complète, ces représentations ne sont plus qu'une ébauche de drame, qu*on reproduit par habitude, avec un respect de plus en plus inintelligent, et qui se conser- Tent sans grand changement pendant des siècles. Des voyageurs assistaient naguère , dans une des lies de la Mer du Sud, à un ballet avec accompagnement de tambour où chaque figure était invariablement répétée trois fois, et tous les danseurs s'étaieut bizarrement embarrassés d'une longue queue de cheveux rapportés (1). A Bornéo, le spectacle est plus mythique encore : après avoir terminé la récolte matérielle du riz, les moissonneurs veulent en recueillir aussi Tesprit, et se livrent dans tous les villages à une sorte de pantomime mêlée d'exclamations, qui, tout énigmatique et ridicule qu'elle soit devenue, avait certainement à l'origine un sens religieux (2). Il y a même eu des pays où, précisément à cause de l'impérissable mystère qui en recouvrait la cause première, ces jeux dramatiques furent regardés comme de pieuses superstitions et assimilés à des cérémonies sacrées. Pour obtenir la guérison d'une maladie qui avait résisté à d'autres remèdes moins héroïques, les jongleurs

(1 ) À Youlie-Etî ; Sidney Parkinson, Voyage of thèse hangs down a long, narrow streamer

autour du monde j 1. 1, p. 126. of^hite cloth. Suddenly elders and priests

(2) Voici la curieuse description qu'en a rush to it, seize hold of its extremity, and

donnée M. Spenser St John dans son Toyage amidthe crashing sound of drums and gongs

intitulé Life in forests of the Far East : In and t^e yells of spectators, begin dancing and

some tribes it is a far more exciting spectacle, swaying themselves backwards and for-

especiallyvrhendone at night. A large shed is wards, and to and fro. An elder springs on

erected outside the village, and lighted by the altar, and bcgins violently to shake the

huge fires insideand out, "which cast a ruddy tall bamboos, uttering ashe does so shoutsof

glow over the dense mass of palms surroun- triumph , which are responded to by the

ding the houses ; 'while gongs and drums are swaying bodies of those below ; and amid ail

crashing around a high and spacious altar this excitement, small stones, bunches of

near the shed, -where a number of gaily-dres- hair and grains of rice, fall at the feet of the

sed men and women are dancing vith slow dancers , and are carefully picked up by

and stately step and solemn countenances, watchful attendants. The rice in the soûl

Bome bearing in their hands lighted tapers, sought for, and the ceremony ends by se-

some brass salyers on -which are ofiferings of Teral of the oldest priestesses falling , or

rice, and others closely covered baskets, the pretending to fall , to the earth senseless ;

contents of which are hidden from ail but the where , till they recoTer , their heads are

initiated. The comer-posts of the altar are supported and their faces fanned by their

lofty bamboos, whose leafy summits are y et younger sisters. green and rustle in the wind ; and from one

iOi

des Iroquois ordonnaient Texécution d*une espèce de ballet accompagné de chant (1), et à Taide de certains costumes et de danses particulières, les prêtres de TYucatan espéraient dispo- . ser les dieux à écouter plus favorablement leurs prières (2).

Dans les commémorations purement historiques, on s'est borné d'abord à représenter des faits généralement connus, et il suflSsait d'une simple pantomime pour les rappeler aux spectateurs, malgré les imperfections ou les étrangetés de la mise en scène. Ainsi, àComapa, deux troupes d'acteurs, distingués les uns des autres par la peau d'un animal dont la tête est ramenée sur leur front, viennent encore se ranger en bataille ; des propositions d'arrangement sont faites par un des partis, discutées par l'autre et définitivement repoussées; alors un signal est donné, et le combat s'engage au milieu des cris de guerre. Après une lutte acharnée, la victoire se déclare pour le parti qui porte des peaux de daim; les vaincus abandonnent le champ de bataille, et les vainqueurs y tracent avec un long bâton la figure d'un animal (3). Dans plusieurs autres villes de l'Amérique du Sud, au lieuse ce vêtement un peu sauvage, les acteurs AeBailes (4), appartenant probablement à une civilisation plus avancée, prennent le plus souvent des habits d'une forme et d'une richesse extraordinaires (5) ; mais cette splendeur insolite est encore de rhistoire ; le costume de chacun répond au personnage qu'il re-

(1) On l'appelait Te ~ Jmnonniakoua ; Lafitau, McBurs det Sauvages américains, t. I, p. 528.

(î) Sacrificayan en Tucatan con fiestas y bayles, pidiendo a los dioses misericordia de alg^ mal que temian. . . desollavanlos, -restfa se el sacerdote el pellejo, y baylava ; Herrera, Histùtia gênerai de los hechos de los Castellanos en las Indias , décade lY , 1. X. ch. 4, t. IV, p. 267, éd. de 1601.

(3) Leiire de dwi UrrvAxa swr les onttquités de Cinaca-Mecallo ; dans The ÀthS' nseumy 13 décembre 1856, p. 1537.

(4) Littéralement, Danses.

(5) Componianse (mitotes) de innumerable muchedumbre, unos vistosamente adomados, y otros entrages y figuras extraordinarias ; SoUs , Historia de la conquista de Mexico , 1. III, ch. 15, t. I, p. 415, éd. de Madrid, 1783. A 0-Taïti les acteurs de ces danses portent aussi des habits élégants et de forme inusitée (Cook, Troisième voyage, t. II, 1. m, ch. 3, p. 165) : la même recherche se trouve à Java (de Rienzi, Océanie, t. I, p. 83) , et les Grecs croyaient que les demi-dieux devaient porter sur le théâtre des vêtements plus splendides que ceux des simples mortels \ Aristophane, Ranae , v. 1061.

présente (1), et pour surcroît d'exactitude un masque reproduit les traits officiels qu'on lui attribue (2). Ces représentations, comme on les appelait quelquefois (3), flattaient Torgueil du peuple en réveillant de glorieux souvenirs et entretenaient l'esprit national. Aussi leur direction était-elle une fonction publique à laquelle étaient attachés de grands honneurs, et quand les idées chrétiennes se substituèrent à Tancienne religion du pays, le Holpop (4) fut maintenu en charge et conserva dans les églises toutes les prérogatives dont il avait joui dans les temples (5). Chez les peuples dénués d'imagination ou préférant les travaux industriels à l'exercice de la pensée, ces pièces incomplètes seraient restées inintelligibles, si le matérialisme- grossier et la fidélité judaïque de la représentation n'eussent suppléé au mutisme des acteurs. Pour paraître plus grands que nature, les dieux montaient sur des échasses et se grossissaient prodigieusement la tête (6) ; les rois, toujours drapés dans leur costume de parade, vaquaient à leurs moindres affaires le sceptre à la main et la couronne en tête. Pour simuler une promenade à cheval, on cavalcadait réellement sur des chevaux naturels. Dans leur ardeur à prouver la réalité de l'action, les femmes trouvaient leur pudeur à couvert quand les autres acteurs avaient vidé le théâtre, et se mettaient au bain sans réserve aucune, parce que les spectateurs n'existaient pas dans la pièce (7).

(1) Prince de Soltykoff , Voyages dant Mexico y l. Z., Entraban en ellas (nûtote») los l'Inde , 1. 1, p. 52-54 ; Garcilasode la Veg^a, nobles, mezclandose con los plebeyos en ho- Comentarios reaies que ir(Uan de el origen nor de la festividad : y tenian exemplar de de los IncaSf I" Partie, 1. II, ch. xxvn, p. 67, haber entrado sus reyes.

éd. de Madrid, 1673. (5) Brasseur de Bourbourg, l. {., p. 67.

(2) Brasseur de Bourbourg, Histoire des (6) Kœmpfer, Histoire du Japon , t. II, nations civilisées du Mexique, t. II, p. 65. p. 42. Les Homérides attribuaient aussi aux

(3) C'est le nom qu'on leur donnait dans dieux des traits plus forts, une taille plus l'Tucatan, Balsam. élevée et plus de pesanteur : Snvî^v -jàf aya 9coy*

(4) Littéralement. Chef de la natte; c'est le IHadisY, y. t. 839. C'est même surtout par nom que porte le maître de la scène : ses leur grandeur qu'ils sont caractérisés éans les fonctions consistaient à diriger les répétitions bas-reliefs antiques.

et à jouer du tambour pendant la représenta- (7) We are introduced to a soTereign court,

tioD. Selon Solis, Bistoriade laconquista de where ail the cérémonies are observed vrhich

Des pantomimes aussi malhabiles ne pouvaient satisfaire un public moins primitif, pour qui tout spectacle n*était pas un plaisir; on s'en prit à leur simplicité, et l'on voulut, pour les rendre plus agréables, les compliquer et les embellir; les accessoires étouffèrent l'idée principale, et il fallut y ajouter des paroles qui en rappelaient Torigine et en expliquaient les circonstances capitales (1). A Java, un personnage étranger à Taction intervient encore dans la représentation et récite un livret dont les acteurs miment en même temps les différentes scènes (2). Mais cette séparation de deux choses inséparablement unies à la même pensée, la parole et le geste^ répugnait également à Tidée et à la vérité du Drame (3) : le récit fut découpé en dialogue, chaque acteur en eut sa part à dire et compléta lui-même sa pensée. Quelques parties ingrates gardèrent seules une forme narrative et continuèrent à être racontées en dehors de la pièce (4) ;

are practised in daily life, the dress being va nombrando los personnages se van ellos

those ordinarily wom and most gorgeous they introduciendo à la escena , vestidos con la

are. The king andqueen hâve added to their mayor propiedad que pueden, y enmascara-

fingers golden clams, several inches long, to dos como los antiguos histriones. No repre^

represent nails, whose length is the emblem sentan ni articulan palabra alguna, pero con

of tbe highest blood. There is a battle, and accionesy gestos (que la mala expresion de

rewards to the yictors, and a crowning of a sus toscos artifices hace ridiculos en la since-

king's son in recompense for bis valour, and ridad de su rethorica natural) Tan ellos si-

offerings to Buddha, and a great feast, and gnificando cuanto el mûsico canta y haziendo

the bathing of the Court ladies, and procès- cada personage los moyimientos que le tocan

sions in -which the king, queen and favourite del sucesso que se va cantando ; Bances Cân-

concubines ride on real pondes; Bo^mug, damo, Theatrode los theatros^ l.l., p. 455.

The Kingdom and people of Stom, t. Il, (3) A Java, lorsque le prince assiste au

p. 326. spectacle, les acteurs ne portent pas de mas-

(i) La Danse de la nation quichée (Xa/u>A- ques et récitent eux-mêmes leur rôle; de

Quiche-Winak) est parlée (d'après Ximenes, Rienzi, l. t. Une forme intermédiaire, mais

Historia de los reyes del Quiche^ cité par impliquant des connaissances ou des habitu-

M. Brasseur de Bourbourg, {. L, t. II, des musicales assezjdéveloppées, existe encore

p. 543), et les deux formes se trouvent aussi en Allemagne. Trois acteurs couronnés et bar-

simultanément au Japon ; Kœmpfer, Histoire bus , le visage noirci et un manteau rouge

du Japon<, t. II, p. 40. sur les épaules, se promènent précédés d'une

(2) Il s'appelle Valang^ et on le considère étoile au bout d'un long bâton ; les gens de

comme le chef de la pièce : voy. de Bienzi, leur suite posent à terre une petite maison en

Océanie, t. II, p. 83. Cette forme grossière carton où l'on aperçoit un homme la cou-

s'est conservée longtemps en Espagne. Escri- ronne sur la tête; et ils chantent en chœur

bese primero en un desalinado romance el l'adoration des Trois Rois. Leur cantique est

sucesso que quieren representar, antiguo 6 imprimé dans le Das festliche Jahr^ p. 24.

modemo, en forma de relacion ; este le va (4) La forme narrative est encore mêlée

cantando un mûsico en voz alta y clara, de au brame dans le fragment du yieux Mystère

fonna que le percibe el auditorio, y conforme de la Résurrection , publié par M. Jubinal.

mais il suffisait pour les y faire rentrer que rinexpérience des metteurs en scène devint un peu moins naïve. Dans une pièce quichée très-curieuse , le Rabinal Achi{l), toutes les conditions extérieures du Drame sont déjà remplies : il y a cinq personnages très-distincts et très-caractérisés qui se partagent tout le dialogue ; l'action se passe réellement sous les yeux, et, quand le sujet Texige, se déplace et emporte la scène avec elle (2) ; elle commence à un commencement, ajoute à l'exactitude historique des faits la peinture matérielle des choses, et aboutit à une vraie fin. Mais cette vérité brute n'est soumise à aucune idée d'Art qui l'ordonne et la règle ; l'action n'est qu'un dialogue, et le dialogue, qu'une suite de conversations lentes et monotones, entremêlées d'une foule de danses; tous les sentiments affectent les formes d'une politesse solennelle qui les dépoétisent, et dans leurs défis les plus violents les interlocuteurs commencent par se draper dans leur colère et^se renvoyer systématiquement les mômes injures. Ce n'est déjà plus cependant une simple commémoration, l'auteur a regardé par-dessus l'histoire ; il a voulu composer une pièce patriotique bonne à représenter la veille d'une entrée en campagne (3). Mais quand le Drame ne s'est plus seulement proposé de montrer au peuple ses souvenirs en les lui reflétant comme dans une glace, quand il eut une existence particulière et un but à lui, il a naturellement marché dans sa voie et compté avec les faits. D'abord il étendit la signification littérale que la tradition y avait jusqu'alors attachée, puis il osa davantage ; il inventa des détails inconnus, et y mêla des idées étrangères. 11 fit appel au sentiment poétique des masses, à leur

{i) Le Champion de Ravinai : elle remon- l'usage, loin de se consoler par la pensée que

terait au treiiième siècle, selon M. Brasseur sa mort sera cruellement vengée, le prison-

de Bourbourg, quil'a publiée à l'appendice nier finit par appeler sur ses meurtriers les

de sa Grammaire de la langue quichée. bénédictions du ciel et de la terre; p. 118.

(i) Le lieu de la scène change quatre fois. Aussi la pièce s'appelait - elle Xahoh'Tuiiy

(3) A la fin, les guerriers de Ravinai met- Drame-ballet du tun : le tun est un tambour

tent à mort le prince q le leur chef a vaincu, de guerre, creux et sourd. et loin de mourir l'iiyure à la bouche selon

besoin d'admirer des hommes haussés sur un piédestal et de croire des choses incroyables. Le spectacle réel de l'histoire leur paraissait trop logique et trop vulgaire, et avec leur approbation complète une poésie grossière, mais plus sympathique à leurs tendances, s'empara de leurs traditions et les embellit à sa guise. On inventa ce singe monstrueux qui, dans la représentation donnée au docteur Bowring par le roi de Siam, enlevait une noble dame et ne la mettait en liberté que par l'intervention d'un prêtre retiré au fond des bois (1). Dans la pièce que Pinto vit jouer à Timplam, des intentions mythiques sont encore plus faciles à reconnaître. Après avoir dévoré la fille d'un roi, un monstre marin se replongeait dans les flots; mais, touché des supplications et de la douleur des suivantes, le dieu de la mer lui commandait de rejeter le monstre sur le rivage, et la mer obéissait ; alors une jeune fille s'approchait du monstre un couteau à la main, lui ouvrait le ventre, et la princesse rendue à la lumière se mettait à danser (2). Tout en conservant leur nom primitif, ces représentations n'étaient plus seulement la noiise en scène d'une tradition populaire ; elles exprimaient çà et là des idées personnelles à un auteur. D'abord, cependant, on voulut faire à l'imagination sa part, et elle s'y résigna pour un temps : elle acceptait sans y rien changer môme toutes les paroles que les personnages avaient réellement prononcées. Mais le besoin de penser un peu par soi-même^ le désir de rendre le succès plus vif par des allusions aux choses du moment, la nécessité de remédier aux défaillances de la mémoire modifiaient peu à peu la forme première. Des détails arbitraires, de jour en jour plus nombreux et plus caractérisés, ont fini

(1) The story began by the appearance of bythy interférence of a priest whose temple is

a monster monkey in a forest , which is visi- in the forest ; The Kingdom and people of

ted by a number of ladies of rank ; one of Siam, t. II, p. 326.

whom, after an unsuccessful gtruggle, the (2) Les Voyages adventwreuic de Fer-

others being managed to escape, the monster rumd Mendez Pinto, eh. clxiii, p. 64 1 , éd. de

monkey contrites to carry ofif . She is redeemed 1645. '

par être si positivement contraires aux traditions, qu'ils ruinaient Tautorité de ces représentations et abaissaient leur caractère. On s'est habitué à n'y plus voir une chronique dialoguée, reproduisant au vif des événements réels, ni même la célébration d'un glorieux anniversaire, mais un spectacle imaginé pour le plus grand plaisir des assistants, et on l'a donné indifféremment à toutes les fêtes (i). L'imagination est rentrée en possession de ses droits ; elle a regardé non plus seulement autour d'elle, mais en dedans, s'est consultée, et l'œuvre d'Art a commencé. L'histoire n'a plus été une donnée inviolable qu'il fallait suivre la tête basse, comme un pauvre animal en laisse, advienne que pourra, mais un moyen facile d'intéresser davantage, une bonne matière de spectacle, qu'on arrangeait librement à sa guise, pour mieux arriver à son seul et unique but, la récréation du peuple. Tout ce qui ne paraît pas suflSsamment amusant est accourci, transformé ou entièrement supprimé, et l'on ajoute à ses risques et périls des aventures qui compliquent l'action, des péripéties qui renouvellent la curiosité et augmentent l'intérêt. On y mêle de la musique et des danses de fantaisie; on adopte une forme plus mesurée, un style plus élevé, et Ton exige de ses acteurs une déclamation plus pompeuse. De nouveaux personnages sans liaison directe avec le sujet y sont introduits, uniquement pour égayer la scène et amuser l'auditoire (2), et l'on ne prend pas même la peine de les rattacher

(1) Kœmpfer en vit donner au Japon pour la santé; Acosta, cité par M. Brasseur de célébrer le matsuri en l'honneur de Suwa; Bourbourg, Essai sur la danse et l'art dra- Histoire du Japon, t. II, p. 39. C'était en- matique des anciennes populations Mexicore en représentant des pastorales que les caines, p. 12. Les rois de Havaii ont à leur premiers catéchumènes célébraient au Brésil service depuis un temps immémorial un fou, les grandes fêtes de l'Église ; le P. Cardim, hula dans la langue du pays, chargé de les cité par M. Ferd. Denis, Une fête Brésilienne amuser par des bouffonneries et des danses ; célébrée à Uouen en 1550, p. 48. Remy, Kèdtsd'un vieux Sawoage pour servir

(2) Dans les représentations qui avaient à l'histoire ancienne de Havaii, p. 8 : voy. lieu à Cholula, en l'honneur de Quetzalco- Flôgel, Geschichte der Hofnarren, Liegnitz, huatl, on contrefaisait dans des scènes bur- 1789. Telle est l'origiae du Delirus des Atellesques les sourds, les aveugles et les boiteux lanes romaines (voy. Laurenbergios, ilnfo'qui allaient implorer au temple leur retour à quariuSf fol. 267, éd. de Lyon, 1 652), et du

par un lien extérieur à la marche des événements. A quoi bon? Forcé par l'esprit nouveau de ces représentations d'étudier de plus près la nature, de l'imiter avec plus d'exactitude et de la reproduire quelquefois au microscope, l'acteur lui-même se sentit artiste. Tout au gonflement de sa vanité, il perdit le res* pect de son personnage et s'exagéra maladroitement son importance : il arrêtait la pièce, sortait sans façon de son rôle et, pour se concilier le public (1), lui adressait directement la parole. Quand par aventure l'intérêt venait à languir, des bouffons à l'affût du moment sautaient sur le théâtre et réveillaient l'attention par des gestes comiques et de grosses plaisanteries dont l'esprit prosaïque contrastait vivement avec l'inspiration élevée et le ton général de la pièce (2). Ces scènes épisodiques étaient trop bien accueillies d'un public distrait et amoureux du changement, pour ne pas être amenées avec une sorte de régularité : elles reçurent quelques développements et devinrent des intermèdes qui entraient dans l'économie de la pièce et se coiïformaient à ses convenances. Ce n'était le plus souvent que des danses bouffonnes, des chansons d'amour à plusieurs voix (3),

Fou des Mystères du moyen âge : Toy. nos petite pièce publiée par Bowdich, Voyage

Essais sur quelques points d'archéologie et dans le pays d'Ascïuintie, p. 475 :

d'histoire littéraire y i^. 151. Dans les danses la. femme.

bretonnes et basques on se plaît encore à Mon mari m'aime trop ;

faire figurer l'iYrogne ; Cambry , Voyage il est bon pour moi,

dans le Finistère, t. III, p. 177 ; Stephens, mais je ne puis l'aimer :

The Bcisque Provinces ^ t. I, p. 172. il faut que j'écoute mon amant. •

(1) Dans une représentation donnée à le mari. Ceylan, l'acteur chargé du rôle du roi, s'in- Ma femme ne me plaît point, ctinait devant le prince de Soltykoff qui en je suis las d'elle ;

payait les frais, et l'appelait Radja; Prince j'en choisirai une autre

de Soltykoff, Voyages dans Vlnde^ t. I, qui est fort jolie.

p. 52. LA FBIOfB.

(2) Nous citerons parmi beaucoup d'autres Mon amant me tente par ses douces paroles ; Rsempfer, Histoire dujapon^ t. II, p. 40. mais mon mari me traite toujours bien : Dans la représentation à laquelle il assista à ainsi je dois l'aimer

Nagasaki un de ces bouffons était habillé et lui rester fidèle.

comme nos Arlequins ; Ibidem, p. 42. Ces le mari.

parades étrangères à la pièce se retrouvent Jeune fille, vous êtes plus jolie que ma femme,

encore maintenant dans les représentations mais je ne puis vous donner ce nom :

populaires de l'Italie ; Tigri, Canti popolari une femme ne veut plaire qu'à son mari;

Toscanif p. zsxvm. quand je vous <piitte, v<)us cherchez à plaire

(3) Nouftdaoaerons, eomme exemple, une [à d'autres.

OU quelque chant guerrier, enfiévré des passions du moment ; mais on eut aussi l'idée d'y raconter, en lui donnant une forme dramatique, la chronique scandaleuse du canton (4). C4'était enfin une vraie comédie à l'état d'ébauche : la peinture vivante de choses réelles et la représentation de personnes ridicules.

Il ne restait plus qu'à sortir ces pochades du cadre, au moins inutile, où elles se trouvaient enchâssées et un peu étouffées. Ce nouveau progrès s'obtint naturellement, sans effort, peut-être même sans intention, comme tous les autres. C'était^ qu'on nous passe l'expression, un progrès en arrière, un retour à la première nécessité de toute œuvre d'esprit : l'unité d'inspiration et de but. Ces faciles esquisses amusaient infailliblement quand elles étaient d'une ressemblance frappante; elles copiaient de leur mieux une réalité quelconque sans y ajouter aucune idée ni en tirer aucune conséquence, et s'arrangeaient au besoin d'un seul acteur : elles ne l'obligeaient pas même toujours de se mettre en frais de costume et de changer ses habits de tous les jours. Un voyageur épuisé de fatigue et mourant de faim découvrait enfin un rayon de miel; après s'être bien félicité de son heureuse trouvaille et s'en être d'avance pourléché les barbes, il s'approchait à pas de loup de la ruche, et, pour s'en emparer plus commodément, allumait quelques broussailles. Mais ses infortunes continuaient. Aveuglé d'abord, puis suffoqué par la fumée, il était ensuite assailli par les abeilles qu'on entendait bourdonner tout autour, et ses gestes désordonnés montraient la douleur cuisante que lui causaient leurs piqûres (2). Un sujet semblable, si l'on peut appeler ainsi une

Dans quelques représentations populaires ria sulV influeniadei spettctcoliy p. 165.

du milieu de l'Italie, on chante encore avec (1) Richard, Histoire naturelle, civile et

danse de petites compositions en octaves, politiqiie du Tonquin, t. ], p. 131.

appelées Bruscelli, dont le sujet est tou- {l)heLaLGïTomèi'e, Aventures d'ungentil-

jours un amour heureux ; Boccardo , Mémo- homme breton awc Iles Philippines, p. 232.

DE LA COMÉDIE PRIMITIVE. i09

circonstance si indifférente, fournit encore aux Aimées une de leurs scènes favorites (I). Une jeune fille, prise sans doute pour une fleur, se sent piquée et s'agite en répétant : Ohl la! lai r abeille ! Ses compagnes accourent et s'empressent de la secourir. On lui ôte d'abord son voile, puis un châle, puis un autre vêtement et encore un autre, et toujours criant elle se trouverait tout à fait déshabillée si la pudeur des spectateurs, plus effarouchée que la sienne, n'intervenait à temps (2). Mais en vain mélait-on à ces imitations mimiques une musique bien retentissante, elle en marquait Id cadence plus que le caractère, et quelques paroles, de plus en plus nombreuses, durent en préciser le sens. On décalqua de petites scènes complètes, et on les transporta sur un vrai théâtre. Un amant adressait de tendres déclarations à sa maîtresse, heureuse de leur ouvrir son oreille et son cœur ; une vieille, à la voix pateline et aux gestes insinuants, cherchait inutilement à séduire une jeune fille moqueuse, déjà engagée dans un autre amour, ou encore trop timide pour oser céder à ses sollicitations (3). Bientôt ces comédies sommaires parurent beaucoup trop courtes ; on voulut multiplier les scènes, et l'on étendit le sujet: cène fut plus une conversation en tête-à-tête, mais une anecdote avec tous ses personnages et un commencement de mise en scène. Un homme habillé en femme attirait par ses mines provoquantes des voyageurs dans sa tente : ses exigences mêlées de chatteries leur arrachaient pièce à pièce tout ce qu'ils pouvaient lui offrir, et, quand ils étaient bien complètement dépouillés, sa vertu s'irritait de leur insolence, et il les faisait bâtonner par ses compa-

(l) Elles la nomment 0/»/ {a/ /a / ra&fft72e/ ancient Egyfttians ^ i. Il ^ p. 330 , note.

Les Aimées, ou plutôt Àlmeh (Eulraeh) sont, (2) Michaud , Cofresjiondance d'Orient ,

philologiquement parlant, des femmes sa- t. Y, p. 257.

Tantes qui récitent de la poésie et dansent (3) G rose, A voyage to the East-Indies,

pour amuser les habitanis d'un harem : voy. p. 224 : il s'agit dans ce passage des dan-

"Wiikinson, Manners and customs of the seuses de Surate.

no

gnons (1). Pour être plus positivement vrai, on ne craignait pas de reproduire avec une fidélité judaïque même les paroles honteusement obscènes et les gestes infâmes (2). L'art ne relevait point de la morale, il dressait le procès-verbal de la réalité, et toutes les énormités devenaient innocentes quand elles étaient exactes. Gook vit représenter à Ulietea, un jour de fête, en présence du chef, une suite de scènes dans lesquelles un voleur aidé d'un seul complice rossait quatre gardes et emportait son butin en triomphe (3). Ce n'était rien moins qu'une glorification populaire du vol et la flagellation du gouvernement sur le dos des quatre préposés à la sûreté des biens; mais sans doute l'anecdote était officielle, et pour l'amour de la vérité le chef trouvait, comme Vespasien, que les coups ne lui avaient pas écorché les épaules. Des intentions satiriques se mêlèrent avec une sorte de régularité à ces représentations, parce qu'elles les rendaient plus amusantes : dans les civilisations aussi incomplètes, le rire est malveillant et s'attaque plus volontiers aux personnes qu'aux choses. Dans une petite pièce égyptienne, un chamelier chargé par un hadji de lui trouver une bonne monture s'abouche avec un marchand de chameaux, prend un air simple, et trompe à la fois le vendeur et son commettant, puis, par une escroquerie encore plus impudente, substitue un vieux chameau taré à celui qu'il vient d'acheter et attrape le pauvre hadji une seconde fois (4). A l'origine, ce chamelier avait cer-

(1) A Kàhira ; Niebuhr, Voyage en Arabie, t. I , p. 151 , trad. française ; Amsterdam , 1776, m-4«.

(2) A Alep ; Thévenot , Suite du Voyage du Ltvant, II" P., p. 68, éd. de 1674.

(3) Voyage dans l'hémisphère Austral ^ t. I, p. 426, éd. de Paris, 1778.

(4) Au Caire ; Belzoni, Voyage en Egypte et en Nubie, t. I, p. 29. Ces mimes grossiers se retrouvent aussi en Europe. On joue encore en Souabe, pendant le camayal, la Danse du barbier. M. le docteur Eisenbart réunit à sa savante profession le métier plus

lucratif de barbier , et en sautillant comme un oiseau rase ses clients avec une cuiller de bois. Comme échantillon de son savoir-faire il guérit un bossu d'uno bosse qu'il lui avait faite tout exprès, mais quand il veut saigner un véritable malade , il lui coupe une artère, et le malade tombe mort. Très-inquiet des suites de sa maladresse, il s'esquive après l'avoir constatée et se croit déjà sauvé quand il est retenu par deux Fous. Il leur offre en vain le Pérou ; il va jusqu'à leur promettre un petit baril de grosse bierre ; rien n'y fait, il ne sortira qu'après avoir guéri son mort .

DE LA COMÉDIE PRIMITIVE. i\i

fainement un nom propre, très-connu des spectateurs; mais, à la longue, le portrait était devenu un caractère, et Ton avait continué un peu par habitude à en rire. Cette comédie sans esprit, transportée de la rue sur un théâtre, avec ses lacunes, ses grossièretés et ses insuffisances, ne pouvait avoir qu'un temps : on eût bientôt attendu, sans trop d'impatience, qu'elle passât devant sa porte, et l'on serait resté à ses affaires. Elle renonça donc une seconde fois à l'exactitude inintelligente d'un miroir; l'imagination compléta à tête reposée les traits que l'observation avait saisis au passage; des paroles continues soutinrent les gestes et en doublèrent l'éloquence; le style acquit de la fermeté, de la concision et du mordant. A de la prose banale, tombée au hasard de la bouche de chacun, succéda une cantilène mesurée (1), qui nécessita bientôt un tour plus vif, des exprès -

Alors il ramasse toute sa science, lui met un Tis Greenside wakes, we've corne to the town

chalumeau au derrière, et souffle tant qu'après to show you some sport of great renown ;

bien du mauvais Touloir le cadavre reprend and if my old wife will let me begin ,

haleine et se remet sur ses jambes. Bances l'il show you howfast and howwelllcanspin.

Càndamo, l. l., p. 456, T&cout£ de visu un Tread the wheel, tread the wheel, dan, don,

mime espagnol encore plus grossier. Un étu- [dell 0'«

diant affamé se trouvant près d'un vignoble, la, femme.

s'y glisse en se pelotonnant et cueille quelques Thou brags of thyself, but I don't think it

grappes. Il les trouve si savoureuses qu'il ne [true,

peut taire son plaisir, et se fait surprendre par for I will uphold thy faults are not a few ;

un garde colère etbrutal, armé d'une arque- forwhen thou hast done, and spun very hard,

buse. Il couche en joue le délinquant qui s'ex- of this l'm well sure, thy work is ill marred.

cuse en vain sur sa pauvreté, et le menace de Tread the wheel, treadthe wheel, dan, don,

lâcher la détente s'il ne s'enfonce un doigt dans [dell 0' .

la gorge et ne rend pas à l'instant tous les rai> le mari..

sins qu'il a mangés. A bout de supplications, Thou'rt a saucy old jade, and pray hold thy

le pauvre étudiant s'exécute après de grands [tongue,

efforts, et tombe épuisé sur le sol. Pris enfin or I shall be thumping thee ère it bc long ;

de quelque pitié , le garde lui donne un peu and if that I do, I shall make thee to rue,

de tabac pour se remettre, et en l'embrassant for I can hâve many a one as gopd as you.

pour lui témoigner sa reconnaissance Têtu- Tread the wheel, tread the wheel, dan, don,

diant se saisit de l'arquebuse, le met enjoué [dell 0'.

à son tour et le force de manger les raisins la. femme.

qu'il avait rendus. What is it to me who you can hâve ?

(1 ) Xous citerons comme exemple de cette I shall not be long ère l'm laid in my grave ;

comédie en musique, un petit dialogue qui se and wheni am dead you may ûnd if you eau,

joue encore maintenant dans le Lancashire : one that '11 spin as hard as l've done.

la langue en a été évidemment rajeunie, et Treadthewheel, tread the wheel, dan, don,

sans doute plusieurs fois. Les acteurs sont un [dell 0*.

h<Mnme et une femme à cheval, habillés d'une lb mari.

manière grotesque et tenant, chacun, un rouet Come, come, my dear wife, hère endeth my

devant eux. L'homme chaste : [song,

{i%^ LIVRE I.

sions plus colorées, et subordonna le prosaïsme naturel des choses aux aspirations supérieures de TArt. Des scènes de pure invention s'ajoutèrent aux réalités toutes matérielles de la pensée première, et ne craignirent pas de les poétiser et de les

embellir. Ce ne fut plus un calque de la vie vulgaire, aspirant au beau idéal d'une photographie de grandeur naturelle ; mais une œuvre personnelle, une création de l'esprit qui , quoique s'inspirant toujours de la réalité, avait une existence indépendante, et, le talent aidant, devait se perfectionner de plus en plus et aboutir pour ainsi dire naturellement à la forme la plus complète de la Poésie, au Drame.

Tous les peuples n'ont pas cependant développé leur théâtre : le temps a manqué aux uns ; aux autres,* c'est l'initiative, l'activité de l'intelligence : ils pensent le lendemain ce qu'ils avaient pensé la veille, et continuent éternellement le passé. Les spectacles de Siam sont restés aussi informes qu'il y a deux mille ans : ce sont encore des pantomimes historiques, mêlées de beaucoup de combats et de quelques chansons (1). Aucune pensée d'art ne concentre ni ne simplifie les faits; l'action s'éparpille entre une centaine d'acteurs (2) et se prolonge démesurément pendant plusieurs jours (3). Quoiqu'ils affectent une richesse pompeuse, les costumes gardent eux-mêmes la plus grande fidélité archéologique (4), et quand, par la défail-

I hope it has pleased this numerous throng; people of Sia/m, t. I, p. 286 : voy. aussi

but if it has missed, youneed not to fear, t. II, p. 327.

"well do our endeavour to piease them next (2) The principal actors -were a king ,

[year. queen and two concubines. The attendants

Treadthewheeijtread the wheel, dan, don, performing in various ways could scarcely

Ideil 0'; hâve been less than a hundred; Ibidem j

dmsBe\\,Ancientpoemsofthepea- ^' ][\^J^V i^. .u-^-

santry of England, p. 1 8 7 . , W The plays is noisy, often l|bidinous, and

' lasts sometimes four days and nights. There is

(i) The Siamese dramatic représentations a mingiing of buffbonery, tumbling, quarre-

are always fragments of history and fable, ling and fighting; Ibidem, t. I, p. 286 :Yoy.

with music and dumb-show. Now and then, aussi t. II, p. 327.

a shriek, or a word, or a song is heard ; but (4) AU splendidly dressed in ancient cos-

the gênerai character is pantomimical, or of tume ; Ibidem^ t. II, p. 319 : voy. aussi ci-

dumb-show; Bowriug, The Kingdom and dessus, p. 102, note 7.

lance de sa mémoire oaun désir malavisé de perfectionnement un des acteurs se laisse aller à quelque innovation, une vieille femme, chargée de veiller au maintien des traditions, le reprend à haute voix et rétablit le drame dans toute son exactitude (1). Si , par la longueur des temps et la promiscuité des événements, le sujet est devenu inintelligible à la foule, on y remédie par une légende qui se psalmodie au fur et à mesure comme un accompagnement d'orchestre, sans que la pensée soit jamais venue de la couper en dialogue et de la fondre dans la pièce (2).

D'autres peuples, doués cependant d'une imagination poétique, ont été détournés aussi du Théâtre par leur nature religieuse, leur esprit contemplatif et leurs goûts sérieux : tels sont ceux que Ton a qualifiés de Sémitiques. Tous les éléments extérieurs du Drame existaient dans les pieuses commémorations que les Juifs célébraient avec tant de pompe, et ils semblent les avoir déjà mis en action lors de ce cantique accompagné de danses et de tambours, où Marie remerciait Jéhovah d'avoir délivré Israël de la terre d'Egypte. Mais la seule idée qui pût élever leur esprit au-dessus des besoins quotidiens de la vie et les inspirât, l'idée de Dieu, de la vérité et de la sagesse absolue, ne leur permettait point de créer ces situations fictives qui ne relèvent que de la fantaisie, ces passions fortuites et ces caractères exceptionnels dont le développement et les luttes intestines constituent le Drame. Leur personnalité était trop intense et trop compacte pour se dédoubler en quelque sorte et sortir ainsi de soi-même. La faculté du comédien, la représentation réelle d'une personne étrangère, leur était aussi essentiellement

(1) Bo^vring, l, l,, t. Il, p. 319. développées des anciens voyageurs ne diffè^

(2) The taie is told in recitative music by rent en rien d'essentiel des récits du D''' Bowa body of singers, accompanied by varions ring : voy. La Loubère, Du Royaume de instruments. The principal performers act, but Siam, 1. 1, p. 140, et de Choisy, Journal du do not speak; Ibidem. Les relations moins voyage de Siam, p. 285.

Ii4 LIYRB I.

impossible que la conception d*ane idée dramatique (1). La seule forme de Drame qui ne fut pas antipathique à des natures si étroitement égoïstes, était, comme le Poëme de Job j un dialogue théologique, où Ton discourait en dithyrambes avec Dieu du gouvernement du monde ; mais les interlocuteurs ne sont point des personnages, ce sont des thèses, et le déuoûment est une conclusion qui se formule par un hymne d^actions de grâces (2). Malgré la passion fiévreuse qui bouillonne tout à travers, le Cantique des cantiques u*est pas non plus un drame, même imparfait, et à l'état embryonnaire (3). C'est une réunion de monologues lyriques qui se succèdent, mais ne se continuent pas, et le lien qui les a rapprochés et les retient ensemble est si factice, que pendant des siècles on n'en a point compris le vrai sujet : on se plaisait à y voir un épitbalame royale et en réalité la Sulamite dédaigne le Roi pour se conserver à l'amour du Berger. Les ingénieuses imaginations d'un érudit moderne pussentelles prévaloir contre une tradition unanime de vingt siècles, et arranger en dialogue avec quelque autorité le désordre lyrique du Cantique des cantiques (4), il faudrait pour y recon-

(l) Â en croire le texte actuel de Josèphe, (3) Origèue a dit dans le prologue de ses AntiqvÂtatum 1. XY, ch. viii, par. 1, il y quatre homélies sur ce poëme : Epithalamium aurait eu du temps de Hérode des Histrions, Ubellus , id est nuptiale carmen , in modum en Judée : xal Ouitt^uol; xa^ou(i.ivoi; ; mais, con- mihi videtur a Salamone conscriptus, quem formément à la traduction latine d'Epipha- cecinit instar ludentissponsae et ergasponsiim nius, nous croyons avec Havercamp qu'il faut suum , qui est sermo Dei coelesti amore flarejeter xai, et il ne serait plus alors question grantis ; trad. de Rufinus. On lit également que de Musiciens. Le Talmud ne parle nulle dans le ch. v du Commentaire sur haïe, part de Jeux scéniques, mais seulement de attribué un peu légèrement à saint Basile, combats cum bovibus petulcis, et dans le mé- mais qui n'en serait pas moins d'un savant moire spécial sur ce sujet qu'Eichhorn a lu très-autorisé du quatrième siècle : -A itr^a tûv en 1811 [De Judaeorwrn rescenica commen- àffjiâTtiv im6aXà|xioç è<rclv ù8y^ S^^a-nx&i xiiz'ktr tatio), il n'a pu rien indiquer de positif sur le ti*H î Sancti Basilii Opéra, t. I, p. 672 , caractère des Jeux donnés par Hérode. Sup- éd. de Gaume. Luther allait cependant jusqu'à posât-on qu'il y ait eu réellement quelque regarder le Livre de Judith et Tohie comme chose de dramatique, c'était certainement l'i- d'anciens drames auxquels on avait donné une mitation d'un usage romain, et il serait au forme prosaïque [Werke, t. XI Y, p. 83 et 89, moins probable que les acteurs étaient étran- éd. de Walch) ; mais le sens critique lui mangers, quait.

(2) C'est aussi l'opinion de H. Ewald, Po«- (4) M. Renan l'a tenté dans son éloquente

tische Bîicher des alten Bundes, t. II, p. 63, traduction, et, si nous ne nous trompons, n*y a

et il lui croit de plus une origine étrangère, pas beaucoup mieux réussi quenel'avaiaitfait

naître un drame qu'il en résultât une action sans interruption ni lacunes et des caractères vraiment personnels, et même alors rhistorien ne pourrait en rien conclure. Comme Ta dit un savant hébralsant, moins célèbre encore par sa grande érudition que par la hardiesse de ses opinions (1), ce drame n'eût été préparé par aucun autre : ce serait la création individuelle d'un de ces génies d'aventure qui ne Telèvent que de Dieu, et appartiennent par le tour et l'empreinte de leurs idées à l'Humanité tout entière. Avec son activité, son intelligence et ses habitudes littéraires, le peuple hébreu, ainsi que tant d'autres moins richement doués du Ciel, se serait fait un théâtre national, si la Poésie dramatique n'eût répugné à sa nature. Les essais tardifs de quelques écrivains, à la vérité d'un ordre bien inférieur, n'ont réussi qu'à mieux prouver cette impuissance de race. Les uns, comme Ézéchiel, Enriquez Gomez, Michel BeeretLudwig Philippson (2), ont abjuré ouvertement leur nationalité dans leurs œuvres et répudié jusqu'à la langue de leurs pères : les autres, tels que Salomon Rapaport et Joseph Haltern, ont imité, nous dirions volontiers traduit, des compositions étrangères (3). Un drame véritablement juif, il n'y en a pas encore eu, et il n'y en aura jamais (4).

Malgré la mer de métaphores ou la poésie arabe noie systématiquement toute chose, son lyrisme à outrance ne gagne point en étendue ce qu'il a perdu en élévation et en profondeur : ses images pressées ne couvrent rien de réel; elles rappellent ces

le P. Leoni dans la sienne, et Nardi, dans le Gomez (dans \ AcodvfMOA morales de las

GiortuUe ecclesiasUco di Roma, i825, t. I, Musas, Madrid, 1660) sont en espagnol,

cah. Vf, p. 122 et suiTantes. (3] VEsther de Racine.

(1) H^ Ewald, Geschichte des Volkes Is- (4) Nous ne pouvons considérer comme de r<ul, t. III, p. 655, seconde édition : voy. Téritables àT&me& l'Empire des Bienheureux aussi p. 458-460. deWolfssohn(l 794), dialogues satiriques dont

(2) L'Exode (*E^aTui^) d'Ézéchiel est en la scène est en paradis, ni le Beth-Rabbi de gT«c ; le Struensée de Michel Béer est en aile- Moïse Konitz (1809), biographie dialoguée de maad, ainsi que le Jifimie et les autres piè- Judas Hanassi, l'un des auteurs de la Mischna ces de Philippson, et les quatre comédies de babylonienne.

terres de brume qui tlottent à rhorizon et s'évanouissent sous le regard qui les sonde. Loin de songer jamais à s'effacer derrière son sujet, le poëte aspire à rester constamment en vue et pose sur Je premier plan pour son propre compte. Incapable d'exprimer des idées qu'il n'ait pas d'abord pensées lui-môme, il veut se mettre aussi tout entier dans chacune de ses expressions, et travaille à se composer un style assez personnel pour ne ressembler à celui d'aucun autre. Chez un peuple soumis au régime de cette poésie monotone, sans naïveté et sans vie, le Drame était assez impossible pour qu'un contact de plusieurs siècles avec les littératures grecque et latine ne lui en ait pas même fait soupçonner l'existence (1). Faute de trouver dans la langue aucun nom plus caractéristique, le Maronite, qui traduisait naguère des vaudevilles français en arabe, était obligé de les appeler des Récits (2) . Des voyageurs récents ont seulement signalé en Egypte (3) et en Algérie (4) quelques scènes bouffonnes, aussi grossières que les parades de nos foires, qui, comme elles, ne prétendent aucunement à peindre d'après nature des réalités auxquelles on croie, et sont certainement d'origine étrangère (o).

Les Persans appartenaient, au moins en partie, à une famille de peuples où une personnalité moins égoïste et un esprit moins dévot permettaient à l'imagination de s'occuper avec intérêt du monde. De nombreuses traditions épiques les habituèrent dès l'enfance à une autre forme de poésie plus extérieure

(1) De todas maneras es un hecho averi- (3) Michaud, Correspondance d'OrietU , ^ guado que entre los Arabes son detodo punto t. V, p. 251.

desconocidas las representaciones teatrales ; (4) Voyage de M. Bouderba dans le Sa-

Gayangos; dans Moratin, OrigeneSj p. 151, hara algérien , ■pnhhé dans la Revue algé-

éd. de Madrid, 1846 : Toy. aussi de Hammer, rierme et coloniale,

Jahrbucher der literatur, t. XC , p. 68- (5) Dans l'espèce de farce qui , d'après

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