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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

fortune de leurs maisons, et, dût leur élégance en souffrir, elles songeaient surtout aux produits de la quête. Les obscénités étaient devenues si générales et si habituelles, qu'elles semblaient naturelles et n*étaient vraiment plus obscènes (1). Les peintres représentaient sans le moindre voile des scènes d*amour que certains animaux éprouvent déjà le besoin de cacher dans Tépaisseur des bois (2). Aristote lui-même, le philosophe le plus pratique et le plus avisé de son temps, ne demandait pas dans ses plans de réforme que Ton repoussât du culte public les indignes cérémonies qui outrageaient .la pudeur; il conseillait seulement aux pères de famille d'y remplacer leurs femmes et leurs enfants (3). La Comédie parlait la langue de tout le monde (4) ; elle était, nous ne dirons pas dans son droit, mais dans la rigoureuse observation de son devoir, en ne faisant pas la prude avant le temps : si les spectateurs n'y avaient pas reconnu leurs habitudes de langage et leurs mœurs, ils n'auraient

(1) Nous citerons entre mille autres preu- vaufiy %^ «v^pac Plutarque , De audiendia

Tes le Plutus, v. 151-156, et la singulière PoetiSj p. 21, éd. Didot. expression i^vvà. Il y a dans la pudeur plus (3) Aristote, Politique,\. Tii,ch. 15 (17). d'habitude qu'on ne le suppose; pendant long- (4) Malgré l'élégance de ses habitudes,

temps les hommes et les femmes se baignaient Horace n'a pas craint de dire dans des yers

.ensemble : le concile de Laodicée était en- à l'usage de la cour d'Auguste , Satyrarwn

core obligé de l'interdire même aux clercs, \, i gât. m t. 107 :

dans le canon xxx. Et ce n'était pas comme „ ,...„, * * • un-

dans nos établissements thermaux , où Ton J^am fmt ante Helenam cumius teterrima belli

cherche à neutraliser par l'épaisseur du vê- '

tement l'indécence de la piscine ; saint Cy- et on ne peut pas même indiquer les obscé-

prien disait dans son De Uabitu virginum : nités dont le poëte le plus chaste de Rome a

Quid Tero quae promiscuas balneas adeunt , sali ses Bucoliqws. Ces licences d'expres-

quae oculis ad libidinem curiosi! , pudori ac sion se retrouvent encore dans la littérature

pudieitiae corpora dicata prostituunt, quae moderne, non-seulement dans des comédies

cum viris atque a viris nudae vident turpi- que l'on pourrait croire destinées à la partie

ter ac videntur ; Opéra, p. 1 79 , éd. de Ba- la moins pudibonde de la Société , mais dans

luze. Dans la Fête brésilienne , donnée le des poëmes qui ne s'adressaient qu'à l'élite :

2 octobre 1550, à Rouen, lors de l'entrée de voy., par exemple, VOrlando innamorato

Henri II (voy. C'est la déduction du stmip- du Bojardo, 1. I, ch. xix, st. 61 et suiv., et

tueux ordre, plaisantz spectacles et magni' ch. xxii , st. 25 et 26. Les grandes libertés

fiques théâtres j etc., Rouen, Robert Le que l'Arioste avait prises dans le Furioso

Hoy, in-4'*), une foule d'acteurs étaient par- n'empêchèrent pas même Léon X et Clé-

faitement nus, et on ne songeait pas à s'en ment VII de lui accorder des privilèges très-

scandaliser, parce qu'ils représentaient des louangeurs, le 20juin 1515 et le 31 jan-

Sauvages. vier 1532.

pu croire à la yérîté de ses tableaux et ne s'y seraient pas amusés (1). La plus originale ne crée ni ses sujets ni son public : à Athènes, comme partout, elle peignait ce qu'on lui donnait à peindre et se moquait de ce qui faisait rire. La moralité n'est pas d'ailleurs réglée une fois pour toutes par des lois absolues auxquelles on puisse attribuer un effet rétroactif; elle dififère selon les lieux, varie avec les circonstances, se modifie comme l'histoire el la conscience de l'Humanité ; elle a son pays et sa date, et la comédie grecque n'avait point à se préoccuper des sentiments de chrétiens pudibonds qui devaient naître quelques siècles après. Les censeurs dramatiques, même officiels, s*y sont étrangement trompés : ce n*est point l'immoralité des personnages qui fait l'immoralité d'une œuvre de théâtre, mais l'influence dépravante qu'elle exerce sur le public auquel elle est destinée. Fùt-elle grave dans tous ses détails et aussi réservée qu'un sermon anglican, une pièce est immorale quand, par le développement d'une fausse sensiblerie, elle habitue à consulter ses nerfs dans des questions de principe, et quand, par des leçons de prudence égoïste, elle enseigne à se défier de ses meilleurs mouvements et à calculer son dévouement comme un placement à la petite semaine. Elle ne l'est point pour quelques licences d'expressions trop usuelles pour blesser réellement même la chasteté de l'oreille, et, loin de prêter un nouvel attrait au vice, des situations risquées qui le montreraient s'enlaidissant lui-même en abattant son masque* en détourneraient au moins par la crainte de l'insuccès.

Dans un de ses traités les plus sérieux, Aristote définissait

(l) Le Choeur des Grenouilles demandait à Déméter , la déesse la plus sérieuse de la mythologie grecque , de lui accorder la faveur voWk jUv fikoii ji' ilieûv. ▼. 389. Prisehiin disait même, sans doute d'après de bonnes autorités qui nous ont échappé : Certe iilis temporibus adeo pruriebant aures po-

puli , ut Gratinum cum sua grege loco moveret propterea quod nihil obscoeni admiscuisset. Neque enim comoedias Tel audiebant Tel spectabant, quae non obscoenos haberent jocos; sicut alibi queritur de bac re ipsemet Aristophanes ; Defensio Àrùtophanis contra Plutarchi criminationes, p. i.

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