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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

seulement à Athènes un abus de là foi et une violence ; c^était un moyen de gouvernement et une nécessité vitale : la liberté de penser y aboutissait à un crime contre la Patrie^ Dans cette démocratie extrême, où le Peuple en permanence ne désiégeait pas de la Place publique, la parole était une puissance : c'était môme le seul pouvoir constitué, le seul qui ne fût pas renversé et remis à neuf tous les ans. Pour être simple citoyen avec quelque sécurité, une certaine facilité d'élocution était même indispensable; il fallait savoir défendre ses intérêts contre tout venant (1), repousser des accusations malveillantes , en intenter à ses risques et périls, et se faire craindre de quelques-uns pour s'assurer la considération de tous Ijss autres. Tout se débattait à grand renfort d'éloquence, la propriété d'un mur mitoyen et la guerre du Péloponèse; tout était décidé sur l'heure, sans plus ample informé ni délibéré, non par quelques vieillards austères, entichés de l'amour de la loi et en garde contre leurs émotions, mais par une foule impressionnable, amoureuse des beautés du style et jugeant sans broncher que les raisons qui lui agréaient davantage étaient les meilleures. La rhétorique n'était donc pas comme ailleurs un luxe de la pensée et un plaisir de gourmet ; elle équivalait à une politique, et devenait une faculté gouvernementale (2). Sans éloquence le plus heureux stratège n'eûj été le lendemain de la victoire qu'un soldat licencié, et, malgré son courage problématique et

Ces attaques personnelles des Comiques contre les philosophes continuèrent même après la réforme politique du théâtre : voy. Egger, Essai sur la critique chez les Grecs j p. 46-

(1) Antiphon fut le premier qui, Ters le temps d'Aristophane, composa des discours dont les parties intéressées doimaient lecture aux juges ; mais l'usage de recourir à un logographe s'établit, et il n'y eut presque

plus d'habile orateur , depuis Lysias jusqu'à Démosthène , qui n'écrivît des plaidoyers pour le public : yoy.£gger,St les Athéniens ont connu la profession d* avocat; dans ses Mémoires de littérature ancienne,^. 355-

(2) Il y eut même un temps où l'État se crut obligé de prendre la .dépense à son compte, et paya des Sophistes publics : -voy. Bdckh, StaatshaushaUung der Àthener^ 1. 1, ch. 21.

son incapacité noioire, roraleurCléon était promu général d armée : la veille encore, Part de bien dire avait fait de Périclès le maître et, comme disaient les poëtes, le Jupiter Olympien d'Athènes (i). Aussi se forma-t-il insensiblement une classe de Sophistes (2), qui préparaient aux affaires en enseignant la souplesse d'esprit et le beau langage. Leurs écoles étaient à la lettre des gymnases : ils apprenaient à disserter sur les deux côtés de chaque question (3), à plaider selon les circonstances pour le juste et pour Tinjuste (4), à entreprendre tour à tour la dénonciation et le panégyrique. De doctrines fixes, d'opinions arrêtées, ils n'en avaient point (8); ils s'étaient habitués à nier la vérité qu'on leur montrait en face, et à regarder derrière leur tête (6) ; ils ne s'inquiétaient ni de leur patriotisme de citoyen ni de leur conscience d'honnête homme, mais des intérêts de leur industrie : ils fabriquaient des orateurs à prix fixe (7) , et voulaient en fabriquer beaucoup. De ïios jours encore des hommes fort distingués, professeurs, il est vrai, dans des Universités allemandes, n'ont vu dans ces jongleries de l'esprit qu'une question de pédagogie, et les ont trouvées très-méritantes (8) ; mais des juges moins abstraits et plus inté-

(1) Plutarque, Pericles, ch. viii, par. 3; Vita€f p. 186.

(2) Les premiers Sophistes , Lamprus , Agathoclès, Pythocléidès, Damou, étaient de véritables philosophes qui communiquaient à leurs élèves les vérités qu'ils avaient acquises; mais leurs successeurs, les contemporains de Socrate , crurent augmenter leurs profits en rendant leurs leçons plus applicables aux difficultés de la vie, et enseignèrent surtout la pratique oratoire et la dialectique spécieuse : voy. Grote, Hislory of Greece , t. V, p. 537, et Milhauser, De Sophistarum graecorum Origine. Plus tard , Isocrate étendit et éleva son enseignement : il voulait faire des hommes et former de bons citoyens. *

(3) Protagoras avait même composé tout exprès des 'Avco^oyixà: voy. Aristote, De Sophistarum Elenchis, ch. xxxiv, par. 7.

(4) Ils apprenaient, selon Cicéron, quo-

modo inferior dicendo fîeri superior possit ; Brutus, par. vin : voy. Diogène de Laërte, 1. IX, ch. 52, et le Scol. ad Nubes, v. 113.

(5) Ils' niaient même que les choses pussent être connues dans leur vérité réelle, et subordonnaient les lois morales au sentiment du moment.

(6) Ils faisaient même consister le principal mérite de l'orateur à donner au faux le caractère de la vraisemblance : voy. Platon, Phèdre, p. 267^ JHe'non, p. 95; Gorgias, p. 469.

(7) Us prenaient même habituellement fort cher : yoy. Quintilien, De Institutione oraton'a, 1. m, ch. 1 , et le Scol. ad Nubes , V. 873. Ce salaire était un des traits les plus caractéristiques des Sophistes : Sic enim, disait Cicéron, appellabantur ii qui, ostentationis aut quaestus causa, philosophabantur ; Academica, l. ii, ch. 23.

(8) Die Yermittelung der W^ssenscbaft

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