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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

tatioQ dans la ville, de ces raisonnemenls qui se moquent de la justice et gagnent les mauvaises causes plus sûrement que les bonnes. Au bruit qu'il fait à la porte, un des disciples accourt, Tinjure à la bouche, et lui enjoint de ne point faire avorter les méditations de Socrate. G*est un homme utile, dont Tesprit, toujours en travail, n'enfante que de grandes et fécondes idées. La veille encore , il a mesuré le rapport exact du saut d'un homme à celui d'une puce, et après un examen consciencieux, il a reconnu, par la forme des choses, que le bourdonnement des cousins sortait, non de leur bouche, comme on l'avait pensé jusqu'alors, mais de leur derrière. Socrate enfin paratt; il s'est élevé au-dessus des choses de la terre à l'aide d'une poulie, et révèlQ à Strepsiade, du haut de son panier, tout le fin de sa doctrine. Il n'y a pas d'autres dieux que les Nuées : ce sont elles qui versent la pluie dans les champs de FAttique, qui remplissent de brouillards la tête des Sophistes, et qui font le tonnerre avec de l'air comprime, en roulant les unes sur les autres. Puis il passe à la discussion du rhythme et à la distinction des genres; mais en fait de mesure le bonhomme ne connaît que celle de la farine, et n'a nul besoin de la grammaire pour distinguer les mâles des femelles. Fatigué d'une intelligence si peu ouverte à ses subtilités, Socrate congédie le campagnard et procède à rendoctrinement de son Bis. Dans la pensée du poète, Phidippide représentait la jeunesse opulente d'Athènes : il aime follement l'élégance, adore les chevaux.

ch. ï%, et Hermann, Nuhes, préface, p. 19, phane n'était pas un photographe travaillant

Aristophane n'avait sans doute aucune ani- d'après la nature ; il composait des satires

rnosité personnelle contre lui. Comme l'a dit dans un but politique et s'inquiétait fort peu

Mitchel dans la préface de sa traduction, de la vérité matérielle des détails : il vou-

p. cLx : The fair inference seems to be, that lait seulement, même en répétant des ru-

the Cloiuiê vtrere not written for the purpose meurs très-suspectes, faire mieux ressortir

of exposing Socrates, but that Socrates was la pensée qui avait déterminé le choix de ses

selected for the purpose of giving more efifect personnages. Son Socrate n'est pas plus ri-

to the Clouds as aningenious satyre against goureusement vrai que ne l'étaient sonCléon,

the Sophist and the pemicious System of son Bacchus et son Nicias. public éducation at Athens. Au reste, Aristo-

4<tt LIVRE IV. COMÉDIB GRECQUE.

méprise volontiers la sagesse des vieillards et la religion des ancêtres (1). Prodicos, on des pins odieux Sophistes, que son impiété avait fait chasser d'Athènes, parcourait la Grèce en récitant, de ville en ville, nn dialogue entre la Vertn et Hercule, et certainement il n*y établissait pas la suprématie de la vertu sur la force physique. G*est également par une discussion entre le Juste et llnjuste, où se trouvaient sans doute de nombreuses allusions au dialogue de Prodicus, que Socrate décide Phidippide à abjurer toute idée de justice. Alors revient Strepsiade poursuivi par ses créanciers: mais, tout borné qu'on soit, on n'entre pas impunément dans ces écoles de déprava* tion; il dit à Tun qu'attendu son athéisme il est prêt à jurer par tous les dieux qu'il ne doit rien, et embarrasse l'autre par des questions socratiques, tout à fait étrangères à sa réclamation : il lui demande si la mer est plus grosse le soir que le matin, si c'est toujours la même eau qui tombe du ciel, et conclut de ses réponses qu'il ne veutpas le payer. Malheureusement pour lui les Sophistes n'apprenaient pas seulement aux pères le moyen de se moquer de leurs créanciers ; il reparaît encore, fuyant devant son fils qui le bat et lui prouve par de bons arguments, qu'il a toute raison de le battre. Le vieillard comprend alors tous les dangers d'un pareil enseignement : rien ne lui semble si infâme que des raisons qui l'ont fait rouer de coups, et il met le feu à la maison de Socrate en regrettant de ne pouvoir détruire en môme temps ses doctrines (2).

La Tragédie n'avait point rompu irrévérencieusement avec ses traditions : quand, se dégageant de plus en plus de la pensée liturgique qui avait été sa cause première, son essence et sa

(1) SuYcrn y avait vu un portrait d'Alci- (2) Voy. pour plus de détails une disser

biade; Ueber Aristophanes vf^olken, p. 33: tation spéciale sur Aristophane et Socrate,

U ne s'est pas souvenu qu'on l'avait sur- T^\xh\iée d&os noi Mélanges archéologiques ,

nommé le Prince de la jeunesse, et preuait p. 148-196. une personnification poétique pour un portrait d'après nature.

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