LE CANADA
En 1841, Sa Grandeur Mgr Ig. Êourget, * alors Evoque de Montréal, s'adressa à la mère Marie de Ste Euphrasie Pelletier pour obtenir des religieuses dans sa ville épiscopale. Secondé par Messire J. V. Arraud, S.S., Mgr Bourget renouvela ses sollicitations plusieurs fois durant l'espace de trois ans, quand enfin Mgr J. N. Provencher,t premier missionnaire et
* Voir ** Biographies avec portrait''^ par L, O. David, page 220, Montréal, 1876.
t Mgr Provencher est né à Nicolet, le 12 février 1787. Après avoir fait sa théolc^e au séminaire de Québec, il fut ordonné prêtre le 21 décem* bre 181 1, et desservit Kamouraska, puis Yamachiche P. Q. Il quitta le pays en 18 18 et porta TEvangile dans le Nord-Ouest, avec Vabbé Dumoulins. En 1820, Pie VII, de sainte mémoire, le nomma suffragant et auxiliaire de TEvèque de Québec pour cette même contrée, et Mgr P. O. Plessis, le sacra évêque aux Trois-Rivières, le 12 mars 1822, sous le titre de Juliopolis en Galatie. Il passa en Europe en 1835, P*^^"^ intéresser le bureau de la Propagation de la Foi à ses missions, et continua jusqu'à Rome. Il traversa les mers deux fois, prcmonça une remarquable allocution à la prise de possession du trône de Mgr Lartigue, officia à la transla* tion des restes de Mgr de Pontbriand, et mourut en 1853.
12 HISTOIRE M LA COMMtJKAUTÊ
Vicaire! Apostolique de la Rivière Rouge, se rendit à Angers pour y traiter de la nouvelle fondation. Sa Grandeur réussit dans sa mission ; au commencement de mai 1844, quatre religieuses d'Angers partaient pour le Canada. Arrivées le 7 juin suivant, après une traversée assez pénible, elles furent reçues par Mgr Bourget, le Rév. M, Arraud, S.S., plusieurs notables et bienfaiteurs des institutions catholiques de Montréal. Voici leurs noms :
Mesdames Marie Fisson, dite sœur Marie de Ste Céleste, élue première supérieure jusqu'au 28 février 1855, date de son retour en France ; Eliza Chauffaux, dite sœur Marie de S. Gabriel, seconde supérieure, depuis le 24 juin 1856, jusqu'au 10 juillet 1868, époque de son départ pour Angers, en qualité de supérieure provinciale des monastères de France et de Belgique ; Alice Ward, dite Marie de St Ignace, qui quitta Montréal pour Louisville, et mourut à Philadelphie, E. U., le 30 mars 1872. âgée de 57 ans ; enfin Madame Andrews, dite Marie de S. Barthélemi, qui décéda à Louisville, E. U., vers 1849.
Les bonnes sœurs furent conduites immédiatement chez les Hospitalières de St. Joseph de THôtel-Dieu, où elles furent reçues avec la plus cordiale affabilité par la Révérende Mère Mezière, et toute la communauté qui leur donnèrent l'hospitalité pendant au moins deux semaines. Reposées des fatigues du voyage, elles attendirent que la maison qui leur était destinée fût achevée.
DU BON-PASTBUB. 13
Peu après leur arrivée, Monseigneur Bourget, évêque de Montréal, leur adressa une lettre pastorale où l'on trouve toute Tonction, l-esprit de foi et de charité et le langage énxmvant poétique même, qui caractérisent en général les écrits et les sermons du saint évêque.
Nous avons cru qu'on lirait avec intérêt cette lettre admirable que voici :
Ignace Bourget, par la miséricorde de Dieu et la grâce du S. Siège Apostolique, Evêque de Montréal :
** A nos Très Chères Filles Marie de Ste Céleste, Marie de St Gabriel, Marie de St Ignace, Marie de St Barthélemi, religieuses du monastère de Notre Dame de Charité du Bon- Pasteur d'Angers, Salut et bénédiction en N. S.
" Comme il a plu, N. T. C. F., à l'Illustrissime et Révérendissime Guillaume Laurent Louis Engebault, évêque d'Angers, et à la Révérende Mère Marie de Ste Euphrasie, supérieure générale de votre Congrégation, de se rendre à nos pressantes sollicitations, en vous donnant une obédience pour venir fonder une maison de votre Institut dans notre chère et bien-aimée ville épiscopale, Nous vous adressons le présent mandement, pour vous dire que vous êtes les bienvenues, parceque vous venez au nom du Seigneur tout bon et miséricordieux, pour Nous aider à travailler au salut de celles de nos brebis qui sont les plus à plaindre, parcequ'elles sont les plus abandonnées;
14 HISTOmB DI LÀ GOMKITNAUTÉ
" Nous savons, N, T. C. F., que votre mission dans le monde, et vos travaux dans la Ste Eglise de Dieu, ont pour objet principal de sanctifier les âmes qui, après avoir donné au monde les plus affreux scandales, en sont devenues le rebut. Votre gloire et votre couronne est de rendre à ces fleurs, que le vice avait ternies, T éclat de leur première innocence. Votre bonheur est de pouvoir dire avec N. S., jusqu'à un certain point : Nous sommes venues dans le monde non pour les justes, mais pour les pécheurs ; non- seulement pour ouvrir, comme tant d'autres communautés, un de ces asiles heureux où des âmes chastes et pures se mettent à Tabri de la corruption du siècle, pour mener ici-bas la vie des anges, mais aussi pour établir un refuge à la plus grande des misères humaines. C'est pour courir après les brebis les plus perdues de la maison d'Israël que vous avez quitté votre patrie, que vous avez traversé les mers, et que vous vous êtes exposées au plus grands dangers. Vous venez vous fixer sur cette terre étrangère, déterminées à endurer toutes les peines et les tracasseries qu'entraîne nécessairement toute fondation, afin d'imiter votre Sauveur qui a fait le grand et pénible voyage du ciel en terre, non pour ceux qui étaient en santé, mais pour les malades. A l'exemple de ce Bon Pasteur, vous prodiguerez aux pauvres âmes confiées à vos soins, tous les services que la charité vous inspirera, afin de gagner d'abord leur confiance et ensuite faire entrer dans leur cœur les saintes vérités de la religion. Vous les dirigerez dans les routes pénibles de la pé-
nitence, et vous les y ferez persévérer avec courage. Vous en ferez des Madeleines, des Thaïs, des Pélagies, etc. ; lesquelles, après avoir été 1« scandale du monde, sont devenues heureusement^ par leur pénitence, des modèles de toutes sortes de vertus ; si bien que T Eglise n'a pas craint de les placer sur ses autels, afin d'inspirer aux âmes les plus abandonnées une juste confiance en la miséricorde infinie du Seigneur.
" Nous ne sommes point surpris, N. T. C. F., de ces excellents fruits que, par la grâce de Dieu, vous produisez dans les âmes. Car le Bon Pasteur, qui vous à appelées à sa suite, vous a non-seulement donné le nom qui lui est le plus cher, le nom de Bon-Pasteur ; mais encore il vous a donné son Cœur, qui est le plus précieux trésor de votre Société; ce Cœur adorable qui brûle toujours d'un zèle si ardent pour le salut des âmes ; ce Cœur si tendre qui lui fit verser des larmes et pousser des gémissements sur son ami Lazare, mort depuis quatre jours, et qui était la figure de ceux qui sont ensevelis dans le tombeau du péché ; ce Cœur si débonnaire qui lui fit entreprendre avec tant de fatigues le voyage de Samarie, pour y convertir une femme qui vivait dans le plus affreux libertinage ! Est-il étonnant qu'ayant pour ainsi dire à votre disposition ce Cœur tout divin, vous retiriez tant d'âmes du malheureux état du péché, pour en faire de dignes épouses du Dieu trois fois saint. Ce n'est donc pas sans raison que vous avez pris pour principal ornement de votre Institut le Cœur de ce Dieu infiniment bon qui se sacrifia pour les pécheurs.