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CHAPITRE XXI

Le délégué à la guerre prévient les gardes nationaux et le commandant du fort qu'à Tavenir il ne sera plus fait droit aux demandes de munitions, au delà du nombre de coups alloués à chaque fort pour la défense.

Cette déclaration irrita beaucoup les amis de la Commune, qui ne purent plus chanter les victoires qu'elle n'avait pas remportées.

Pendant qu-au dehors des fortifications le pseudogouvernement de FHôtel de ville déployait tant d'activité et si peu d'intelligence, il suivait à Tintérieur les mêmes errements. Les hommes qui le composaient, la plupart anciens journalistes, avaient toujours réclamé la liberté individuelle, le droit de réunion et la liberté de la presse. A- peine maîtres du pouvoir, ils emprisonnèrent les citoyens, les empêchèrent de se réunir et supprimèrent les journaux. M. Pyat fut un des plus acharnés ennemis de toute liberté.

Le 18 avril, les journaux le Bien public, le Soir, la Cloche, l'Opinion nationale, furent supprimés. M. Louis Ulbach, un des hommes les plus honnêtes du parti républicain , était décrété d'accusation*; presque en même temps M. F. Polo, ancien directeur du journal r Éclipse, était mis sous les verrous.

L'individu chargé de notifier aux journaux le décret communal qui les supprimait et d'arrêter les journalistes était le citoyen Pilotell, dessinateur <ie dernier

L II put se réfugier chez M. Laurent-Pichat, où il resta jusqu'à la chute de la Commune.

ordre» et, pour cette raison sans doute, nommé directeur des Beaux-Arts par ses amis de l'Hôtel de ville.

Cet étrange fonctionnaire était sans doute propre à tout faire, car de directeur des Beaux-Arts il passa subitement commissaire de police. En arrêtant M. Polo il satisfaisait une rancune personnelle, le directeur de V Éclipse lui ayant refusé souvent des dessins. Pilotell, qui se croyait plus de talent qu'André Gill, fut froissé et se vengea.

Du reste, si Ton veut juger de sa valeur comme artiste, on a pu voir étalées sur les murs de certains quartiers des gravures obscènes représentant Timpératrice, les princesses de Tex-famille impériale, les gouvernants du 4 septembre, des prêtres avec des jeunes filles.

Ces images ordurières, achetées par le peuple dont elles flattaient bien plus les sens que les idées politiques, permirent à Pilotell de vivre jusqu'au jour où la Commune, appréciant ses talents artistiques et ses opinions avancées, le nomma d'emblée aux Beaux- Arts.

En essayant d'arrêter M. Ulbach on fouilla en même temps sa caisse. Dans le tiroir de son bureau, Pilotell ne trouva que soixante centimes, mais ce forceur de coffres-forts fut plus heureux dans la caisse de l'administration de la Cloche, où il prit dix-huit cents francs.

Les journaux protestèrent contre ces vols, ces violations de domicile, ces arrestations arbitraires. Le publie s'émut, et M. Rigault, Tami et le complice de

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