CHAPITRE XXIX
LE MINISTÈRE DELESGLCZP.
Rossel renversé et Delescluzé prenant sa place, la responsabilité du nouveau délégué dans les actes qui se commettraient devenait plus grande. Quelques-uns de ses collègues, qui par amour-propre n'avaient point osé donner leur démission, devront être considérés comme moins coupables que lui. La plupart de ceux qui avaient protesté contre l'établissement du Comité du salut public, lutté contre Rigault, et réclamé la liberté de la presse, ont au moins pour eux d'avoir tenté de réagir contre le courant. Leurs bonnes intentions ne furent point assez fortes pour lutter contre la tourbe au mi- . lieu de laquelle ils s'étaient volontairement plongés.
La réputation d'honnêteté, de loyauté, de courage de M. Delescluzé allait sombrer dans cette dernière et sanglante phase de son existence. Car ce n'est pas être honnête que de s'associer à ceux pour qui le pillage est un but et la politique un moyen ; on n'est point loyal
lorsqu'on signe des bulletins de victoires, quand oa a été battu et qu'on envoie des malheureux se faire tuer parce qu'ils ont foi en vous; le courage ne consiste pas, quand la partie est perdue, à mettre le feu à une ville comme Paris et à risquer de faire périr dans les flammes plusieurs centaines de mille de femmes et d'enfants. Avec le système des hommes de la Commune, un assassin serait alors honnête, loyal et courageux.
Delescluze, du reste, comprenait si bien quelle responsabilité terrible il assumait, que, lorsqu'on apprit l'entrée des troupes dans Paris, il dit à un individu qui lui était dévoué par amitié, non par idée politique :
— Retirez-vous, il ne faut pas qu'on vous trouve ici. Vous êtes un honnête homme, vous!...
Le 10 mai il adressait une proclamation à la garde nationale, à propos de son entrée au ministère de la guerre. Il terminait en disant :
Vous vaincrez donc; le monde qui vous contemple et applaudit à vos magnanimes efforts s'apprête à célébrer votre triomphe, qui sera le salut pour tous les peuples.
Pendant qu'on affichait ces phrases, le pétrole était réquisitionné et l'incendie se préparait.
Les fameuses canonnières ancrées au Point-du-Jour sous le viaduc, qui, d'après les rapports quotidiens de l'Hôtel de ville, forçaient les Versaillais de cesser le feu, durent rentrer dans Paris le 13 mai, pour se mettre à l'abri des projectiles. Les généraux de la Commune ne s'étaient point aperçus qu'une batterie se construisait à