CHAPITRE XXX
Les Prussiens, avertis par les journaux, considéraient ce spectacle, des hauteurs qu'ils occupaient autour de Paris. L'armée nationale, qui combattait les fédérés, fut atterrée. Les officiers virent avec douleur disparaître le chapiteau de bronze, et M. le maréchal de Mac-Mahon exprima son indignation dans l'ordre du jour énergique qu*il adressa à ses troupes :
Soldats I
La colonne Vendôme vient de tomber.
L'étranger Tavait respectée. La Commune de Paris l'a renversée. Des hommes qui se disent Français ont osé détruire, sous les yeux des Allemands qui nous observent, ce témoin des victoires de vos pères contre l'Europe coalisée.
Espéraient-ils, les auteurs indignes de cet attentat à la gloire nationale, effacer la mémoire des vertus militaires dont ce monument était le glorieux symbole?
Soldats I si les souvenirs que la colonne nous rappelait ne sont plus gravés sur l'airain, ils resteront du moins vivants dans nos cœurs, et, nous inspirant d'eux, nous saurons donner à la France un nouveau gage de bravoure, de dévouement et de patriotisme.
Maréchal de Mag-Mahon,
Duc de Magenta.
L'Assemblée manifesta hautement son mépris pour les auteurs de pareils actes, et l'Europe stupéfaite apprit avec surprise que des individus se disant Français détruisaient eux-mêmes un monument qui résumait
une des phases les plus brillantes de l'épopée impériale.
Quant à la Commune, elle dit que son devoir étant d* abattre ce symbole du despotisme, elle l'avait rempli, prétendant prouver ainsi qu'elle plaçait le droit au-dessus de la force, et préférait la justice au meurtre, même quand il était triomphant.
Paris était sous l'impression delà chute de la colonne lorsque le lendemain 17 mai, comme pour changer le cours des idées, l'établissement consacré à la fabrication des cartouches, entre l'avenue Rapp et. le Champde-iMars sauta. Les balles tombèrent comme une grêle de plomb sur le quai d'Qrsay, le Champ-de-Mars, jusqu'au Trocadéro, de l'autre côté de la Seine.
Les maisons environnantes furent ébranlées, quelques-unes s'effondrèrent, l'explosion fit de nombreuses victimes.
Le lendemain, VOfficiel de la Commune disait :
Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d'un nouveau crime, le plus épouvantable et le plus lâche de tous.
Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de Tavenue Rapp et provoqué une explosion effroyable.
On évalue à plus de cent le nombre des victimes. Des femmes, un enfant à la mamelle ont été mis en lambeaux.
Quatre des coupables sont entre les mains de la sûreté générale.
11 n'y eut pas d'enquête; on ne trouva point de coupable, et, malgré la lettre fabriquée pour la circonstance