CHAPITRE VI
gardes nationaux du quartier les chassèrent et s'y réinstallèrent. Ils eurent le tort de ne laisser que peu d'hommes, et M. Lullier, arrivant à cheval à la tête de deux mille fédérés, les chassa sans peine et y rétablit la Commune.
Le Comité avait promis qu'aussitôt le vote terminé, les gardes nationaux de Tordre reprendraient les postes qu'ils occupaient avant. On eut la naïveté d'ajouter foi à ses promesses, et ses soldats prirent position dans les mairies, d'où ils ne voulurent plus sortir. Cependant on était prévenu par la tentative qu'il avait faite de s'emparer de vive force, avec deux pièces de canon, de la mairie du 1" arrondissement, place Saint-Germain- TAuxerrois.
Le 25, au soir une afiSche apposée par les soins du Comité invitait les électeurs à voter. Les noms de plusieurs maires et adjoints figuraient au bas de cette pancarte, mais plusieurs de ces signatures étaient fausses, celles de MM. Murât et Vautrin et quelques autres, qui protestèrent. Le 26, M. Louis Blanc fit encore poser une afliche où il se gardait bien de rappeler le Comité au respect de la loi et du suffrage universel.
Quatre-vingt-dix membres étaient à nommer, un par vingt mille habitants. Le scrutin, ouvert à six heures du matin, fut fermé à huit heures du soir. Il n'y eut que cent cinquante mille votants, et cependant on n'exigeait pas beaucoup de garanties. Aux portes des bureaux, les gardes nationaux invitaient les passants à entrer, les distributeurs de bulletins cherchaient
à placer leurs morceaux de papier et ne trouvaient personne qui voulût les prendre.
Lorsque cette parodie grotesque du suffrage fut terminée, le dépouillement commença. Il eut lieu sans aucun contrôle, on put à son aise introduire des bulletins. Le 28, à l'Hôtel de ville, eut lieu une cérémonie communale. On proclamait les noms des élus. Le palais municipal était pavoisé de drapeaux rouges, la place était encombrée de fédérés en armes. Le canon retentit, la musique joua pendant que s'accomplissait cette farce sinistre. Les Allemands campés aux portes de Paris durent se frotter les mains en apprenant que Paris appartenait définitivement à une bande d'aventuriers.