CHAPITRE X
serrer leurs rangs et qu'ils s'exposaient à être faits tous prisonniers. A neuf heures, les gardes nationaux s'arrêtèrent brusquement, l'armée de Versailles s'était déployée rapidement, arrêtait sa retraite et ouvrait le feu.
Les mitrailleuses se mirent de la partie, puis l'artillerie. Les fédérés, tout à fait à découvert, essayèrent en vain de résister. Ils n'avaient pas le temps de se mettre en ligne : la mitraille et la fusillade de leurs adversaires les décimaient. Ils lâchèrent pied et se retirèrent en désordre sur Clamart, Meudon et Châtillon.
L'armée de Versailles ne leur donna pas le temps de se reformer et occupa le château de Meudon, la Tourà-l'Anglais, ne laissant à ses adversaires, des belles positions qu'ils possédaient encore le matin, que la bat« terie du Moulin-de-Kerre et les trois villages de Châtillon, de Clamart et de Meudon, qui désormais avaient perdu toute importance stratégique, à cause de leur situation au pied de hauteurs gardées par les Versaillais.
Le 4 avril.
Le mardi h avril, à cinq heures du matin, arrivait de Versailles un régiment de chasseurs. Les oflSciers, après avoir regardé les différents endroits où tombaient les obus du Moulin-de-Pierre, plaçaient les hommes
• hors de leur portée, les taisant mettre par groupes plus ou moins nombreux derrière les bois, dans les ravins où ils étaient protégés par le terrain en pente.
Après la cavalerie parurent l'artillerie, l'infanterie et plusieurs mitrailleuses. Ces nouvelles troupes, formant un effectif de sept à huit mille hommes, appuyèrent sur leur gauche et suivirent la route de Châtillon. L'artillerie était sur la chaussée, Tinfanterie suivait à travers les terres à droite et à gauche du chemin ; elle se forma en bataille en arrivant au plateau de Châtillon. Ses lignes appuyaient leur gauche sur le bois de Meudon et leur droite au bois de la Garenne. Un bataillon de chasseurs à pied occupait le bois de Verrières à l'endroit où y pénètrent la route de Choisy et le chemin d'Aunay à Sceaux.
Le ciel était un peu dégagé des nuages qui le cachaient au regard. Un vent assez fort avait desséché la terre et rendait moins fatigante la marche aux soldats. Les officiers généraux, suivis de leurs aides de camp, arrivaient au galop et s'arrêtaient pour étudier le terrain. Tout était calme. Le spectacle qu'on avait sous les yeux offrait les contrastes les plus saisissants. Dans les jardins, autour des maisons, les arbres à fruit étaient couverts de fleurs dont les couleurs allaient de la blahcheur éblouissante de la neige au rouge brillant du rubis. Les tons intermédiaires se nuançaient, s'harmonisaient, et, quoique mêlés, se détachaient admirablement dans leur splendide ensemble. Les oiseaux chantaient joyeusement. Quelques paysans curieux