CHAPITRE X
les redoutes, il n'y avait que peu d'ouvriers, tous à Tabri, et les projectiles ne pouvaient les atteindre. Avec un peu d'esprit d' à-propos, les chefs fédérés se seraient rendu compte de ces faits, auraient moins tiré et plus agi.
La situation, le lendemain du h avril, était déjà tendue; on devait au moins tenter par tous les moyens de la rétablir. Il fallait profiter rapidement des moindres circonstances favorables.
En effet, il n'y avait plus d'illusion possible sur la crosse en Vair, les soldats se battaient et ne songeaient pas à déserter. Ils ne voyaient dans la guerre que faisait la Commune qu'une seule chose : c'est qu'à cause de cette lutte ils devaient rester sous les drapeaux pour un temps indéterminé au lieu de retourner dans leurs familles, comme ils l'espéraient. La chance que nous signalons, et sur laquelle on avait compté, disparaissant , on devait sans hésiter mettre à profit le temps employé par le gouvernement de Versailles en pourparlers avec l'Allemagne, pour obtenir l'autorisation d'augmenter l'effectif de ses troupes et de la porter successivement à quatre-vingt mille, cent mille et cent cinquante mille hommes.
On était encore maître d'une partie de Neuilly, d'Asnières, du château de Bécon, de Boulogne; il fallait de ce côté rester sur la défensive et attaquer vers le sud, où les Versaillais ne dépassaient pas Chatenay.
En possession des fortsde Bicêtre et d'Ivry,des redoutes du Moulin-Saquet et des Hautes-Bruyères, le moindre bon sens disait d'occuper également Thiais, Chevilly et
l'Hay fortement barricadés et la redoute de Ghevilly. Cet immense ouvrage construit par les Prussiens pouvait en peu de jours être remis en état de défense. Situé à droite du village, — si Ton fait face à Paris, — il forme une espèce de demi-cercle. Au fond de la tranchée principale, un petit chemin de fer avait été établi et des affûts roulants portant de grosses pièces de siège permettaient de transporter ces engins d'un endroit à un autre, de rectifier le tir et de gêner beaucoup celui de l'adversaire. De ce point on était maître de la route de Versailles à Choisy-le-Roi, et on commandait la plaine qui s'étend au sud à une assez grande distance et à l'ouest jusqu'à la vallée de la Bièvre.
Des masses un peu disciplinées et autrement conduites auraient pu descendre dans la vallée, occuper la Croix-de-Berny, Antony, Verrières, Igny, et arriver aux villages de Bièvres et de Jouy-en-Josas. De ce côté, il est vrai, les Versaillais avaient accumulé des troupes; on pouvait échouer, mais on s'était ménagé une retraite, et il était possible et même facile de se replier, de village en village, jusqu'à Ghevilly.
Mais les fédérés procédaient d'une autre façon : ils tournèrent sur eux-mêmes, se contentant de tirer, se retranchant à Bagneux, à Arcueil, à Villejuif, pendant ^ue les troupes du gouvernement, mettant à profit cette inactivité bruyante, établissaient leurs batteries, concentraient leurs forces, étendaient leurs lignes et occupaient sans lutte la Croix-de-Berny, Fresne, l'Hay, Chevilly, Thiais et quelques postes avancés. Le moment