CHAPITRE XI
reil acte. Si nous citons ces faits, c'est tout simplement pour les expliquer. Certes, il eût été plus convenable qu'aucun cri à l'adresse des fédérés ne fût proféré; mais ceux qui ont souffert, qui ont durant deux mois vécu dans des transes mortelles; ceux qui ont été pillés, brûlés par ordre de la Commune, comprendront ces protestations.
A Versailles, ce qu'on remarquait surtout, c'était l'esprit de discipline qui renaissait dans l'armée. Officiers et soldats se saluaient, Tordre reparaissait et tout s'exécutait avec un ensemble admirable : plus de cohue, plus d'allées et venues inutiles ; les rouages administratifs, un moment détraqués, marchaient régulièrement. Les ordres étaient exécutés aussitôt donnés. La France avait retrouvé une armée ; cette armée était en train de sauver la société.
Un fait entre mille qui prouve comment on s'occupait des plus petits détails. Tous les militaires qui avaient à Paris des parents étaient laissés aux dépôts de leurs régiments. On ne les obligeait point à se battre, parce que le frère eût pu rencontrer son frère sur une barricade, et le fils lancer sur la maison paternelle un obus. Tout ce qui était élément de faiblesse avait été mis de côté ; la sévérité de la discipline militaire avait cédé le pas au sentiment de la famille.
Les environs de Versailles, Saint-Germain, Bougival, Rueil, étaient encombrés de Parisiens. La route de Nanterre à Saint-Denis, qui traverse la plaine de Gennevillièrs, était couverte de voitures de tous genres. Équi-
pages de maître, charrettes de blanchisseuses, fourgons, coucous, fiacres, omnibus faisaient un service perpétuel entre la gare de Saint-Denis et la ville de Louis XIV. Un bateau à vapeur allait de l'île Saint-Denis à Chatou. Les obus fédérés jetèrent souvent la terreur parmi les voyageurs, et on les voyait se coucher au fond des fossés et sur les talus de la chaussée en entendant au-dessus de leur tête le sifflement sinistre des projectiles.