CHAPITRE XII
ganiser tant bien que mal cette partie si importante de l'administration des postes :
Des individus avaient fondé des agences où les intéressés pouvaient déposer leurs lettres, qui ensuite étaient portées à Saint-Denis, où commençait le service du reste de la France. Naturellement il fallait payer l'intermédiaire ; de son côté, la Commune prélevait un impôt de 10 centimes par lettre, et, à Saint- Denis, on affranchissait, de sorte qu'une seule lettre payait trois impôts à trois perceptions différentes.
Ce système n'était pas parfait et coûtait assez cher, mais il rendait des services; il fonctionna jusqu'au dimanche 21 mai.
Comme la division de la presse avait été rétablie au ministère de l'intérieur, il fallait la faire fonctionner. Son chef, le citoyen Alexandre Lambert, envoya au Paris-Journal un communiqué qui finit ainsi :
... La liberté de la presse n*est pas le droit de s'embusquer prudemment derrière un journal pour redoubler les horreurs d'une lutte que Paris n*a pas commencée, mais dans laquelle il fera triompher la République et la Commune.
La Commune, à l'unanimité, adoptait l'écharpe rouge frangée d'or comme insigne des fonctionnaires municipaux. Pour comble de puérilités, elle donnait dans un journal un rapport de police sur l'impératrice Eugénie et la comtesse de Montijo. Ce rapport datait de 1842 et contenait une foule d'anecdoies très-compromettantes pour les deux femmes.
Le maire du 8« arrondissement, Jules AUix, organisait, sous la direction de M. Triât, un corps de gymnastes destiné à former des professeurs civils et militaires pour les écoles et les armées citoyennes *.
On posait en grande cérémonie le drapeau rouge sur la mairie du l^^"^ arrondissement, et les délégués du 16« (Passy) annonçaient que la Commune avait pris toutes les mesures nécessaires afin de mettre ce quartier à l'abri d'une attaque de Versailles. Un de ces délégués était Napias-Piquet, individu taré, comme rindiquait du reste son titre de membre d'une commission communale. Nous citerons un de ses actes; il permettra de juger l'homme.
A peine installé à la mairie, Napias-Piquet fit appeler à son cabinet un écrivain et lui proposa la rédaction en chef d'un journal pour défendre les intérêts de l'arrondissement. C'était la caisse municipale qui devait fournir les fonds. Le procédé était déjà peu délicat; mais le citoyen Napias mettait pour condition que le journal publierait tous les jours cent lignes au moins, cent cinquante lignes au plus de sa copie, à raison de 20 centimes la ligne. Ce moyen détourné d'empocher l'argent des administrés ne plut pas au journaliste, qui refusa nettement de se rendre le complice d'un vol. Le journal ne parut pas.
MM. Edouard Lockroy et Charles Floquet avaient
1. Son titre de directeur de cet établissement communal fut cause, plus tard, de l'arrestation de M. Triât.