CHAPITRE XII
voulu se rendre à Versailles pour remettre au président de l'Assemblée leur démission de députés. Les hostilités les empêchant de franchir les fortifications, ils firent insérer dans les journaux de la Commune la lettre collective qu'ils adressaient à M. Grévy. Voici le texte de cette missive :
Monsieur le président,
Nous avons la conscience d'avoir fait tout ce que nous pouvions pour conjurer la guerre civile en face des Prussiens encore armés sur notre sol. Nous jurons devant la nation que nous n'avons aucune responsabilité dans le sang qui coule en ce moment. Mais puisque, malgré nos efforts passés, malgré ceux que nous tentions encore pour arriver à une conciliation, la bataille est engagée, et une attaque dirigée sur Paris, nous, représentants de Paris, croyons que notre place n'est plus à Versailles. Elle est au milieu de nos concitoyens, avec lesquels nous voulons partager, comme pendant le siège prussien, les souffrances et les périls qui leur sont réservés. Nous n'avons plus d'autre devoir que de défendre, comme citoyens et selon les inspirations de notre conscience, la république menacée. Nous remettons entre les mains de nos électeurs le mandat qu'ils nous avaient confié, et dont nous sommes prêts à leur rendre compte.
Les représentants du peuple présents à Paris, Ch. Floqdet, Edouard Lockroy.
Le parti de ces messieurs était pris : ils se rangeaient du côté de la Commune. Mais, au moins, ils
n'auraient pas dû mentir. Car, le S avril, il était trèsfaeile d'aller à Versailles, soit en passant par Saint- Denis, soit en prenant la vallée de la Bièvre jusqu'à Jeuy-en-Josas. Le délégué à la sûreté ne leur aurait certainement pas refusé de laisser-passer.
M. Minière publiait en même temps la déclaration suivante :
Malgré le profond dégoût que m'inspirent les passions haineuses et violentes de la majorité, j'ai cru de mon devoir de rester dans l'Assemblée nationale tant qu'il m'a semblé possible d'y remplir le mandat que le peuple de Paris m'a conféré, c'est-à-dire tant que je pourrais lutter pour la cause de la justice et combattre les partis du désordre, coalisés contre la république.
Sans me permettre de juger et moins encore de blâmer les citoyens qui, par un sentiment consciencieux et désintéressé, comprennent leur devoir d'une autre façon, je pense qu'une démission pure et simple n'est pas le meilleur moyen d'accomplir la tâche imposée à un représentant du peuple.
J'ai été confirmé dans cette opinion par les conseils d'un grand nombre de membres des comités électoraux qui ont proposé ma candidature, et j'ai pu en apprécier la justesse lorsque j'ai vu avec quelle satisfaction nos ennemis ont re- X cueilli la démission de plusieurs des élus du parti républicain.
Mais l'abominable attentat commis par le pouvoir exécutif, le crime que le gouvernement de Versailles consomme en ce moment contre le droit, contre l'humanité, offre aux représentants de Paris la plus grave occasion de faire un dernier et suprême usage de leur mandat en réprouvant solennelle-