CHAPITRE PREMIER
garde nationale. Les membres de ce comité s'étaient nommés eux-mêmes sans s'occuper de l'opinion des hommes qu'ils avaient la prétention de représenter et de diriger.
Gomme ces faits ne s'accomplissaient que dans une partie restreinte de Paris, et que peu de personnes se plaignaient de ces allées et venues, de ces marches et de ces jcontre-marches des bataillons de Montmartre, l'autorité laissait faire. Elle espérait comme tout le monde que cette comédie se terminerait par la lassitude des acteurs.
Le général d'Aurelle de Paladines, commandant en chef de la garde nationale, recevait souvent des députations d'officiers. On avait l'air de douter de lui, on lui demandait s'il entendait laisser à la milice citoyenne la garde de son artillerie, s'il était républicain. Ces questions n'avaient d'autre but que de chercher à embarrasser le général, à l'irriter, le forcer à dire quelques mots qui, habilement interprétés et rapidement répandus partout, eussent jusliûé la conduite méfiante du comité.
M. d'Aurelle ne fut pas pris à ce piège; il fallait trouver autre chose.
Le 24 février était l'anniversaire de la révolution de 1848. Beaucoup de gardes nationaux se rendirent sur la place de la Bastille et déposèrent des couronnes sur la grille qui entoure la colonne. Les jours suivants, les défilés continuèrent. Un malheureux qu'on accusa d'être un sergent de ville fut pris, maltraité d'une façon hon-
teuse par des centaines de forcenés, attaché sur une planche et jeté dans la Seine, à la hauteur du pont* de Constantine. Par un raffinement de barbarie, chaque fois que le corps reparaissait sur Teau, on lui lançait des pierres du parapet du quai. Cet assassinat, qu'on prit alors pour un acte isolé, n'était que le commencement d'une série de faits dont le couronnement devait être la guerre civile.
Tous ceux qu'on accusait d'appartenir à la police étaient immédiatement arrêtés, battus et menacés de mort.
Les couronnes s'amoncelaient au pied de la colonne de Juillet. Enfin, sur un ordre parti sans doute du comité, un drapeau rouge fut attaché au bras du génie de la Liberté qui surmonte le monument. Ce tour de force excita l'admiration et l'enthousiasme de la foule. Quelques jours après, un marin, ayant grimpé jusqu'à la statue, détacha le drapeau; mais, pour ne pas être assassiné, il dut le remettre immédiatement.
Ces scènes de désordre affectaient vivement la population tranquille. Après les formidables secousses qui avaient amené la ruine et le démembrement de la France, tout le monde sentait le besoin de se remettre courageusement au travail. On demandait au gouvernement de montrer de l'énergie et de maintenir la paix à l'intérieur.
Le préfet de police, M. Cresson, était souffrant; il fut remplacé par le général Valentin, ancien colonel de gendarmerie, qui avait pendant le siège commandé la