‹ Histoire de la communeChapitre 68 sur 178 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

de chair formait un cercle au bas de la jambe. On voyait que les pauvres femmes sçuffraient horriblement d'avoir les pieds emprisonnés de cette façon; mais elles luttaient contre la douleur et passaient leur mauvaise humeur sur les réactionnaires.

Ces coquettes fédérées avaient une cour. Les citoyens les plus austères les regardaient du coin de Tœil, d'autres les suivaient et entamaient avec elles des conversations où la politique était absolument étrangère.

Les cantinières vieilles ou laides s'habillaient en homme et portaient l'uniforme de la garde nationale. Jamais on n'a vu de pareils monstres ; les tricoteuses de 93 ont dû en tressaillir de jalousie dans la terre où elles pourrissent. On eût fait le pari de réunir une aussi grande quantité de spécimens de laideur, qu'il aurait été impossible de mieux réussir.

Des pères de famille conduisaient leurs enfants à ces réunions, et ces pauvres êtres inconscients applaudissaîenl et riaient.

Les lustres éclairaient ces scènes étranges, la lumière se reflétait sur tous ces visages avinés. Les nefs latérales en plein dans l'ombre étaient le lieu de rendezvous des amoureux et l'endroit favori des péripatéiiciens communeux. Un voile immense couvrait le maîtreautel, le tabernacle était vide. Mais les libres penseurs fédérés ne se contentaient pas toujours de parler, ils agissaient. C'était pour eux un plaisir de costumer les statues de saints en gardes nationaux, et la Vierge en cantinîère.

Toute la journée les prêtres pouvaient officier, ils devaient éviter de faire voir des broderies trop riches ou des objets ressemblant à de Tor. Le tout était généralement saisi, sous le prétexte que les églises et leur contenu appartiennent à TÉiat; l'or et l'argent, envoyés au citoyen Camélinat, directeur de la Monnaie» étaient transformés en pièces de cinq et de vingt francs.

Vers la fin de la Commune il avait même été question d'opérer une razzia chez tous les fabricants d'orfèvrerie religieuse, de prendre ce que contenaient leurs magasins, en payant en bons sur la Commune; le temps manqua pour faire cette expédition.

A la préfecture de police le spectacle n'était pas moins .étrange que dans les églises. La place Dauphine était remplie de gardes fédérés. Tous les porte-galons, amis et employés de Rigauft, couraient toujours d'un air affairé, donnaient des ordres auxquels on ne comprenait rien, excepté pourtant lorsqu'il s'agissait d'aller arrêter quelqu'un; pour cela le mandat était en règle, rien n'y manquait.

Au commencement d'avril, les passe-ports se dé 1vraient à la préfecture. La foule était énorme et s'étendait de la rue du Harlay jusqu'au quai, en suivant la place Dauphine et le Pont-Neuf dans toute leur longueur.

Un jour Rigault en pointe de gaieté ordonna d'arrêter tout le monde; ce fut un sauve-qui-peut général. Le facétieux délégué à la police garda sous les verrous peodant plusieurs jonrs un assez grand nombre d'indî-

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