CHAPITRE XIV. ilJ
vidus qu'il fit ensuite mettre en liberté. M. Richardet, rédacteur du National, fut pris à peu près de cette façon et resta quatre jours au dépôt. Il a raconté son aventure \ et dans son récit il se moque de Rigault et ne le croit point féroce. Le délégué se chargea plus tard de lui prouver le contraire. M. I. Rousset, directeur du National, quitta Paris. Des lettres anonymes lui avaient été adressées où on le menaçait de mort parce que son journal blâmait les actes de la Commune.
Aux gares de chemins de fer l'encombrement était énorme. La foule se précipitait aux guichets, s'entassait dans les salles d'attente. Des fédérés surveillaient ceux qui partaient. Il fallait, lorsque le visage ne paraissait pas plus de quarante ans, être muni d*un laisser-passer. Souvent avec les papiers les plus en règle on ne sortait pas toujours. Un garde national farceur disait qu'il manquait quelque chose au laisser-passer :
— Mais quoi?
— Je ne sais pas, mais je suis sûr qu'il manque au moins une signature.
— Laquelle?
— Si vous répondez, je vais vous arrêter.
Devant cette menace il n'y avait qu'à s'incliner et attendre un factionnaire moins bête ou moins soûl.
Pour faire des farces, les fédérés arrêtaient aux chemins de fer des hommes ayant dépassé la soixantaine
i. QtMtre Jours de prison sous la Commune.
et leur soutenaient qu'ils n'avaient pas quarante ans. Il fallait céder.
Les boutiques, celles des bijoutiers surtout, étaient fermées. On ne voyait presque personne dans les rues et que de rares promeneurs sur les boulevards. Sept cent mille individus environ avaient quitté Paris. Le général Cluseret allait tous les jours déjeuner au café d'Orsay, au coin de la rue du Bac. Entre la poire et le fromage, le successeur d'Eudes dressait des plans pour marcher sur Versailles et payait sa note avec l'argent volé.
A VOfficiel se trouvait un poste de fédérés. Ces braves hantaient les établissements de marchands de vin des environs et avaient toujours la menace à la bouche. Leurs officiers allaient au café du Pont-Royal et trouvaient étrange qu'on leur fît payer leurs consommations plus cher que chez le marchand de vin. Quelques-uns de ces galonnés menaçaient de se venger de ce qu'ils regardaient comme une exploitation ; en effet ils brûlèrent le quartier.
La rédaction de VOfficiel n'avait pas des façons moins familières. Ce qu'elle envoyait acheter de tous côtés, elle ne le payait jamais. Les marchands de comestibles étaient soldés en bons sur la Commune. Les officiers réquisitionnaient les fl acres et se promenaient le cigare à la bouche, le sabre au côté, le revolver à la ceinture. Ivres, ces hommes étaient très-dangereux. A chaque instant on rencontrait des omnibus chargés de fédérés qui allaient aux fortifications. Beaucoup de ces véhicules étaient remplis de vivres, de vin surtout et d'eau-