CHAPITRE XVI
de bras se levèrent pour les porter en triomphe ; ce n'était plus de l'enthousiasme, c'était un véritable délire patriotique.
L'autorité civile se réunit aussitôt à l'hôtel de ville dans un effarement très-facile à comprendre. On chercha longtemps, mais, hélas I en vain M. le préfet. Le représentant du gouvernement de Versailles avait d^à jugé opportun de prendre la fuite.
Le maire ordonna au colonel des cuirassiers de charger la foule et de s'emparer des soldats mutinés. Cet ordre fut suivi, mais son exécution n'aboutit qu'à exaspérer le peuple. La mêlée devint bientôt générale; dans la lutte, le colonel fut tué et un capitaine grièvement blessé.
Limoges est en pleine révolution. Le 9« régiment de ligne fraternise avec les habitants de la ville. Nos renseignements s'arrêtent là.
Inutile de dire que les fameux renseignements n'allèrent jamais plus loin, et qu'on ne parla plus de Limoges.
Malgré ces insuccès à propos des insurrections en province, la Commune ne se rebutait pas. Un matin on put lire sur tous les murs que Guéret avait accompli victorieusement sa révolution et qu'il marchait sur Paris, combinant son mouvement avec Vierzon. Les communeux de Guéret arrivant du fond de 1^ Marche jusqu'aux bords de la Seine en écrasant les armées du gouvernement, cela parut aussi fort que Bergeret luimême, et la commission executive renonça tout à fait à un genre de plaisanteries qui faisait rire d'elle sans profit pour sa cause.
On touchait alors la corde sentimentale, et on se faisait adresser de Versailles des correspondances ofifrant toutes les garanties désirables de sécurité. Un futur incendiaire adressait cette note à la commission executive :
J'arrive de Versailles encore tout ému , indigné des faits horribles que j'ai vus de mes propres yeux.
Le$ prisonniers sont reçus à Versailles d'une manière atroce. Us sont frappés sans pitié. J'en ai vu sanglants, les oreilles arrachées, le visage et le cou déchirés comme par des griffes de bêtes féroces. J'ai vu le colonel Henry en cet état, et je dois ajouter à son honneur, à sa gloire, que, méprisant cette bande de barbares, il est passé fier, calme, marchant stoïquement à la mort.
Une cour prévôtale fonctionne sous les regards du gouvernement. C'est dire que la mort fauche nos concitoyens faits prisonniers. Les caves où on les jette sont d'affreux bouges, confiés aux bons soins des gendarmes.
J'ai cru de mon devoir de bon citoyen de vous faire part de ces cruautés, dont le souvenir seul provoquera encore longtemps mon indignation.
Barrère.
Je certifie que la présente déclaration a été faite devant moi.
Leroux,
Commandant du 84* bataillon de la garde nationale.