DE PASCHAL GROUSSET
Le 6 avril eut lieu le service funèbre de plusieurs fédérés. La Commune avait voulu faire de ce convoi quelque chose d'imposant. Les voitures qui renfermaient les cercueils étaient ornées de drapeaux rouges brodés d'or. La foule se pressait derrière l'hôpital Beaujon, inquiète et curieuse. Les ofiSciers fédérés couverts de broderies faisaient la roue, pour ces braves démocrates il s'agissait d'être doré sur toutes les coutures, les aiguillettes étaient le fond de leurs idées politiques.
A deux heures, les voitures se mirent en marche. Le deuil était conduit par MM. Amoureux, Martelet, Malon, Delescluze, Demay et Arnaud. Derrière ces membres de la Commune ou du Comité venait tout l'étatmajor et une foule d'oflBciers de tous grades. Des gardes
nationaux, portant le fusil renversé, la boutonnière ornée d'un bouquet d'immortelles, terminaient le cortège. Les tambours faisaient entendre leurs roulements funèbres, et la foule, quoique peu sympathique à la cause pour laquelle étaient morts ces hommes, s'écartait respectueusement.
Des marchandes d'immortelles traversaient les rangs, offrant leurs fleurs et regardant de travers ceux qui refusaient d'en acheter. Les fédérés n'étaient pas moins féroces, et il fallait que chaque homme placé au premier rang eût la boutonnière fleurie. Sous le régime libéral de la Commune il fallait, en apparence du moins, avoir les mêmes idées que l'incendiaire Rigault.
Le clergé ne paraissait pas dans ces cérémonies, quelles qu'eussent été les volontés dernières des morts.
Les enterrements des fédérés se renouvelèrent souvent ; si quelquefois la mère ou la femme voulait faire dire les prières catholiques sur le corps de son fils ou de son mari, les purs se tenaient à l'écart et n'entraient pas dans l'église.
11 fallait se découvrir très-vite lorsque passait un convoi, sous peine d'être arrêté. Un jour, rue Saint- Honoré, une dame ayant fait le signe de la croix en face des cercueils, un officier sortit des rangs et la prévint brutalement que les manifestations religieuses étaient interdites.
M. Vrignault, directeur du Bien public, ayant voulu organiser une réunion place de la Bourse, avait obtenu