‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 101 sur 107 · DEIINIÈRE RÉSISTANCE DE JULES FERRY · texte numérisé non relu

DEIINIÈRE RÉSISTANCE DE JULES FERRY

Jules Ferry avait essayé de conserver l'Hôtel-de- Ville, qu'il considérait justement comme la suprême forteresse du gouvernement. Tant qu'on tenait l'Hôtel-de-Ville, on seml)lait tenir Paris, et l'émeute, cantonnée dans les quartiers excentriques, ne pouvait se proclamer victorieuse. Le maire de Paris avait, dès les premières heures matinales, déployé son énergie habituelle. Il avait pris toutes les mesures défensives pour conserver l'Hôtel-de- Ville, et l'expérience du 3i octobre l'avait guidé. 11 n'avait pour le seconder que le colonel Vabre, le commandant militaire, qui se signala par la suite, lors de la répression versaillaise, comme un des plus féroces exterminateurs. L'Hôtel-de- Ville était barricadé, les fenêtres matelassées, garnies de

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fascines II eût fallu du canon et entreprendre un vériab S. pour s'en emparer. Il y avait, comme troupes disposition du maire. 3oo hommes de la garde rpu blicaine fantassins, un excellent régiment de '^-J — ^ qui avait gardé pendant le siège l'importante redoute du lud les HLtes-Brujères. On disposait de So.ooo paquets d cartouches. Le maire avait eu la précaution envoyer des voitures à la manulenlion chercher des vmes. II ne pouvait être pris par la famine, et il se senta.t en mesure de repousser toute attaque de vive force.

Aucun développement ne pourrait faire mieux connattre sa ferme attitu.le et sa contenance résolue que la -P-d— tion des dépêches qu'il a échangées, ce jour-là, a^ec le gouvernemeiU ou la préfecture de police. H av-t P^ - Conserver les originaux, et il les a communiques à la Commission d'Enquête, au cours de son intéressante deposi-

"m". Jules Ferry, après avoir rappelé sommairement les divers événemenis de la matinée du Di..-Huit mars a exposé en ces termes ses actes et ses intentions dans la journée et la soirée.

A deux heures et demie, entrait dans mon cabinet un officier de «ndarmer e de la caserne Lobau, qui me dit : « Je viens de reee^voirlVdredévacuer la caserne ; je ne con.prends pas pourquoi. Si on l'évacué, elle sera prise immédiatement par les

"ï^';Mêssieurs, la caserne qui est la plus "PP-^^^/Jl^.^X

renvoyai sar-le-champ la dépêche suivante au préfet de police. u 18 mars 1871, ah. 5o du soir.

5oS

« l'Hùlel-de- Ville. Qui a donné cet ordre? C'est certainement un « malentendu.

« Signé : Jules Ferry, m A trois heures, j'insiste et je précise :

« 18 mars 1871, 3 h. du soir.

« Maire de Paris à Préfet de Police.

« Il y a 83 hommes d«ns la caserne Lobau, 40.000 cartouches ; « impossible à enlever. La caserne commande le jardin de l'Hô- « tel-de-Ville. Il vaudrait mieux en renforcer la garnison. Si on t l'évacué on la livre à l'insurrection. Je m'oppose à l'exécution « de cet ordre évidemment irréfléchi.

» Signé : Jules Ferry. ■»

J'adressai en même temps au ministre de l'Intérieur et au Président du Conseil, que je croyais encore au ministère des Affaires Etrangères, mais qui n'y était plus, une dépèche ainsi conçue :

« i8 mars 1871, 3 h. i5 du soir.

« Maire de Paris à Intérieur, à Président du Conseil, à Affaires ï Etrangères.

« Un ordre général est donné d'évacuer les casernes. On a a ainsi livré celle du Prince Eugène.

« Ordre aussi d'évacuer caserne Lobau. Je m'y oppose, c'est « livrer l'Hôtel-de-Ville, et je ne subirai pas celte e.xlrémité hon- « teuse.

« Je vous demande pardon de ces expressions un peu vives, « mais, vous le comprenez, la situation elle-même est très vio- « lente.

« Vous devez garder l'Hôtel-de- Ville et ses casernes, qui sont « une forteresse, ainsi que la Préfecture de Police. Il semble « qu'on perde la tête.

« Signé : Jules Ferry. »

J'eus communication de la dépêche suivante de la préfecture de police :

« 18 mars 1871, 3 h. 3o du soir.

« Général Valentin à colonel Vabre, commandant l'Hôtel-de- « Ville.

« Le régiment de ligne qui vous gardait s'est-il replié? et qu'a- « vez-vous pour vous garder, abstraction faite de Lobau? » Je prends la plume et je réponds ;

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SOQ'

a i8 mars, 3 h. 35 du soir.

« Maire de Paris à Préfet de Police.

" NÔus%ardons nalurellement le MO» de ligne n ayant po.nl „ 'intentioVide livrer l'Hùtel-de-Ville. Quant aux 83 gendarmes l de Lobaû, ils ne peuvent vous être nécessaires, e ils valent " mieux que 500 soldats. Il faut absolument nous les laisser, i Signé : Jules Ferry. ■

Voici la réponse du général Valentin :

( iSmars 1871, 3 h. i5 du soir.

« Général Valentin à Maire de Paris. „ , . , ■

l Gard" la Garde Républicaine à Lobau. Ce n'est que dans le „ cas où la troupe de li^gne se replierait qu'il y aurait heu d ea vacucr la caserne. » ,,,,...-.

A i heures 20 je reçus du jçénéral en chef la dépêche suivante, qui m'enchanta parce qu'elle me donnait raison :

o 18 mars 1871, 4 h. ao du soir. „ Général en chef à Préfet de Police et Maire de Paris , Qui donc a donné l'ordre d'évacuer casernes Lobau et ^apo-

" !<*°Ce n'est pas moi, je suis disposé à les faire renforcer. » Je répondis :

« 18 mars 1871, 4 h. 60 du soir. »

« Maire de Paris à général Viiioy et à Intérieur. . L'ordre d'évacuer était signé par le colonel de 1«. ?"de re- „ miblicaine Le -énéral Valentin parlait de faire replier le 110e, nÏstdTns la caserne Napoléon. Jai refusé formellement de „ laisser faire sans quoi non seulement Lobau, mais Napoléon l scraTent livrées; à cette heure Napoléon aurait besoin detre a renforcée non comme nombre mais comme esprit.

' « Signé : Jules Ferry. »

Vient n.aintenant une dépêche circulaire du général Valentin

au gouvernement :

« Circulaire de Paris.

■ 18 mars. 5 h. ao m. du soir.

« Général Valentin à général Vinoy, général Le Flo. général « Paladinos, Président du gouvernement, Affaires Llrangeres, « Intérieur ,'justice et Maire de Paris.

LeVca^erors du Chàteau-dLau et du faubourg du Temple « ont été envahies sans résistance de la part des soldats, qui ont

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« livré leurs armes, et se répandent dans les rues en criant :

« Vive la Répuljliiiue 1 Celle du Chàteau-d'Eau est occupée par

« le 1078 bataillon. Les armes paraissent servir à armer des mo-

« biles et des soldats libérés. Ou parle de projets d'attaque contre

« la préfecture de police, la ville et la place Vendôme. »

« i8 mars 1871, 5 h. 45 m. du soir.

« Général Valentin à généraux Vinoy, Le Flô, Paladines, « Président du Gouvernement, Affaires Etrangères, Intérieur, « Justice et Maire de Paris (circulaire).

« Les 82e et i3|e bataillons semblent se diriger sur la préfec- « ture avec des intentions hostiles. Je prends des préparatifs de « défense ; on fait des barricades autour de Mazas. »

• 18 mars 1871, 6 h. so m. du soir. « Général Valentin à généraux Vinoy, Le Flô, Paladines, 0 Président du Gouvernement, Affaires Etrangères, Intérieur, « Justice et Maire de Paris (circulaire).

■ Le 194» bataillon cerne l'Hotel-de-Ville, Lobau a été renfor- « cée d'une compagnie. »

Vingt minutes avant, j'avais télégraphié ceci au gouvernement :

u 18 mars 1871, 6 h. du soir.

« Maire de Paris à Intérieur, à Garde Nationale, à Affaires <( Etrangères.

0 La place de l'Hôtel-de-Ville est occupée par des bataillons « hostiles, nous sommes cernés.

« Signé : Jules Ferry. »

u 1 8 mars 1 87 1 , 6 h. 1 5 m. du soir.

« Maire de Paris à Préfet de Police, à général Vinoy.

a Les bataillons qui occupent la place sont peu nombreux; que « les casernes tiennent bon ; seulement la caserne Napoléon est a attaquée par derrière. »

Il y avait eu en effet une petite tentative, qui n'a pas réussi.

« Maire de Paris à Préfet de Police, Intérieur, Président du « gouvernement, Garde Nationale, général Vinoy.

« l>c bataillon qui cernait l'Hôtel-de-VilIc, après avoir chargé « ses armes et stationné (juelque temps, se retire. La caserne « est en parfait étal. »

L'attaque avait été repoussée.

Voici maintenant la dépèche, qui tomba sur nous comme un coup de foudre.

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« i8 mars, 6 h. lo m. du soir.

Pr,;fM ae Police à Général Viooy, Guerre, Président du « P^vS etécutif, Intérieur, Justice, Affaires Etrangeres.Ma.re

" f"lS;^ent-major vient de me dire que lesgénéraux Lecomle .. ; L^meSt Thomas avaient été fusillés, après jugement dune „ cour martiale. Il avait va les cadavr^^ . ^^^^^^^.^ ^^

« 18 mars, 6 h. 55 m. du soir.

„ Maire de Paris à Préfet de Police, général Vinoy, général

« îr^r c!r^;rdïï:Sis'^r^rc:iis-phi..ppe. rue

„ BourtiboT^m va évidemment en 'a.re dans .o-tes les petUes

« n^:r^i:'at;^n^n"^u^'lm;S;i^:'a;'^;W :rHssr;:r:t^;iS:^.;p.rs^rt:^

« nécessaire. »

Me voici arrivé au dernier incident de la journée. Je tiens parti'ment à m'en expliquer, à raison d. r.mmense responsabilité qui pesait sur moi comme maire de Pans. . „ ,„

Je ne prétends nullement qu'on ait eu tort de faire évacuer PH6tel-de-Ville et les casernes. Il s'agit là en effet d'un acte mil^ taire qui encra.^e tellement la responsabilité d'un chef supérieur, nue personne na le droit de dire qu'il ait eu tort. ' Ouant à moi, je tiens à montrer que je n'a. quitte mon poste nne (luaiid il ma été absolument impossible d y rester. %ous venez de voir que j'avais lutté dans la journée contre l'pvaniation de la caserne Lobau. .,

Vous vous rappelez que le .général Vinoy «.'avaU télégraphie Jirm'avaitdonnél-ordrequ'ilétaitd'avisde fortifier les casernes

au eu de lesévacuer ; or-et ceci vous montre avec quelle rap dUé s événements se précipitaient - àsept heures j appris ind - ' temen., car on ne m'e --muniquait rien o CeUemen . que général Uerroja. qui commandait en chet 1 Ho el-de-\ .lie et les casernes avait r;ru du général Vinoy l'ordre écrit d évacuer immed" ement les casrnes. J'allai trouver le général qui était dans un clbi et voisin du mien et jelui dis : « Comment se fa.t-il quevous r ceviez des ordres, sans que j'en sois avise'.' » 1' "j^ X"^^^'^;, , Voilà le fait. Je ne sais pas ce qui se passe. » Or, 1 ordre ela.l

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sur un papier assez sale et de mauvaise apparence, je pensai que c'était peut-être un faux ordre, et je demandai qu'il fût vérifié.

J'écrivis en conséquence au ministre de l'Intérieur, au Président du gouvernement et au général Vinoy, la dépêche que voici:

< 18 mars 1871, 7 h. i5 m. du soir.

« Maire de Paris à Intérieur, Président du Gouvernement, « Général Vinoy.

«Le s;énéral Derroja me communique un ordre daté de 6 heures « ordonnant l'évacuation de la caserne Napoléon et de l'Hôtel-dea Ville et signé : Vinoy — cet ordre est contraire à une dépèche « du général Vinoy toute récente, qui se plaignait de l'ordre d'é- « vacuation précédemment reçu. Je prie le ministre de l'Intérieur « et le président du gouvernement de me confirmer cet ordre, « par dépêche.

« L'Hùtel-de-Ville n'aura plus un défenseur; entend-on le livrer s aux insurgés, quand, pourvu d'hommes et de vivres, il peut «t résister indéfiniment? Avant d'évacuer , j'attends ordre lélé- « graphique.

« Signé : Jules Ferry. »

Comme la réponse ne venait pas, je télégraphiai de nouveau au ministère de l'Intérieur :

(I 18 mars 1871, 7 h. 4o ni. du soir.

« Maire de Paris à Intérieur. Je réitère ma question au sujet a de l'ordre d'évacuation. Allons-nous livrer les caisses et les « archives? car l'Hôtel-de-Ville, si l'ordre d'évacuer est maintenu, « sera mis au pillage. J'exige un ordre positif pour commettre « une telle désertion et un tel acte de folie.

« Je vous demande toujours pardon pour les expressions qui « sont en rapport avec la situation. »

A 7 h. 50 m. je reçus de M. Picard, ministre de l'Intérieur, la réponse suivante :

o Intérieur à Maire de Paris. Suspendez l'évacuation. Je vais « vérifier l'ordre et le discuter avec le général.

« Signé : Ernest Picard. »

Vous voyez que le ministre de l'Intérieur ne connaissait, pas plus que moi, l'ordre d'évacuation, puisqu'il se rendait à l'étatmajor pour le discuter avec le général Vinoy.

J'eus quelque peine à obtenir du général Derroja de surseoir à l'exécution de cet ordre, qui était extrêmement pressant, et qui le préoccupait beaucoup. Il sentait sa responsabilité compromise,

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el il ne voulait pas attendre la réponse. Je lui dis : « Si vous n'attendez pas la réponse, je reste ici. Il y a là le lOl» bataillon qui n'attend que notre départ pour entrer, et je vous rends responsable des conséquences. »

Il consentit enfin à me laisser télégraphier, cl à attendre la rc'ponsc, c'est-à-dire la dernière dépêche que je viens de vous lire. Le général Derroja n'en fut pas satisfait. Il voulait une dépêche directe du ministre de l'Intérieur.

Je télégraphiai alors au ministre de l'Intérieur :

. i8 m.irs 1871, 8 h. soir.

« Maire à Intérieur. Malgré la communication précédente au « général qui commande ici, ce dernier veut évacuer immédia- « tement. Prière de lui envoyer un ordre formel d'attendre la « réponse du général Vinoy ».

L'ordre formel arriva à 8 h. 12 m.

« 18 mars 1S71, 8 h. u soir.

« Intérieur à Maire de Paris et géooral commandant la caserne .( Lobau. Sous votre responsabilité personnelle, ordre formel de « ne pas évacuer ; attendre communication du général Vinoy « qui est prévenu.

« Signé : Ernest Picard. »

Pour mieux assurer la vérification de l'ordre, j'avais, d'accord avec le général Derroja, envoyé un de ses officiers au quartier général du Louvre. Le général Vinoy était absent. L'officier ne rencontra que son chef d'état-major, M. P'ilippi, qui, instruit de la situation, répondit par un petit mot au crayon : « 11 me paraît convenable de se conformer aux ordres de M. le ministre de l'Intérieur, c'est-à-dire, suspendre l'évacuation. » J'étais encore une fois triomphant, puisque mon idée était de rester à l'Hotcl-de- Ville.

M. Derroja ne se tint pas pour battu, et renvoya un officier au o-éneral Vinoy, à l'Ecole militaire, pour avoir des éclaircissements.

Pendant ce temps, je télégraphiai au ministre de l'Intérieur, à 8 h. 25 m. du soir, la dépêche suivante :

u 18 mars 1871.

« Maire de Paris à ministre de l'Intérieur. « Avec cinq cents hommes, je suis certain de tenir indéfiniment « dans l'Hôtel-de-Ville. L'évacuation de la préfecture de police

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« est insensée. Les banicadesqui se font tout auloiir d'ici ne sont (i pas sérieuses. »

Nous avions pu, en elVet, faire constater par nos gens que c'étaient des barricades tout à t'ait improvisées.

Sur CCS enlrcfiiites revint l'olficier qui s'était rendu auprès du général Vinoy. H rapportait l'ordre écrit et formel de tout évacuer.

Je tentai un dernier eflFort et j'écrivis au ministre de l'Intérieur :

• 18 mars 1871, 9 h. 5o m. du soir.

« Maire de Paris à Intérieur.

« Je reçois l'ordre du général Vinoy d'évacuer l'Hôtel-de-VilIe. « Pouvez-vous m'envoyer des forces? Répondez immédiatement.»

Vingt minutes après, il me répond:

« 18 mars 1871, g h. 5o du soir.

« Intérieur à Maire de Paris. Votre dépèche a été transmise au « gouvernement avec invitation de vous répondre directement et « immédiatement, et ne puis prendre sur moi de donner l'ordre « de désobéir à Vinoy. »

Mais comme aucune nouvelle n'arrivait, le général Derroja me dit : « C'est tout ce que je puis faire. J'ai épuisé les dernières limites de mon droit. Je vais faire évacuer l'Hùtel-dc-Ville. »

A 9 h. 55 m. je télégraphiai une dernière dépêche au ministre de l'Intérieur :

"i- 18 mars 1871, 9 h. 55 m. soir.

« Maire de Paris à Intérieur.

« Les troupes ont évacué l'Ilùlel-de-Ville. Tous les gens de (( service sout partis. Je sors le dernier. Les insurgés ont fait a une barricade derrière THôtel- de-Ville, et arrivent en même « temps sur la place, en tirant des coups de feu.

« Signé : Jules Ferry. »

C'est ainsi que l'IIùtel-de Ville se trouva occupé par 1 insurrection une demi-heure après. Les insurgés eux-mêmes ignoraient ce qui se passait dans l'intérieur de l'édifice. Ils furent assez surpris, m'a-t-on dit, de trouver les portes ouvertes.

{Enquête parlementaire. Déposition de M. Jules Ferry.)

Ainsi le général en chef Vinoy, le préfet de police g'énéral Valentin, le ministre de l'Intérieur Picard furent tous

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d'avis d'abandonner IHôtel-de-Ville. Le jçénéral Derroja fit montre d'un empressement fébrile à décamper; quant au commandant militaire Vabre, il n'eut jamais de couraçe que contre des prisonniers désarmés, et il tremblait à l'idée d'avoir à obéir à Jules Ferry, et à résister aux gardes nationaux, armés et menaçants.

A dix heures et demie, quand officiers et soldats eurent déserté leur poste de combat, et que Jules Ferrj se trouva seul, dans son cabinet vide, au milieu du palais municipal devenu silencieux, il lui fallut songer à son tour à une retraite devenue forcée. Il rangea ses papiers, prit le texte des dépêches échangées, qu'il gardait, pour l'histoire et non pour sa justification. De quoi aurait-on pu l'accuser ? D'avoir été brave et d'avoir fait son devoir? 11 a pu sauver ces documents si précieux pour la connaissance de ces faits inouis. Il sortit seul, à pied, le front haut, mais le cœur oppressé. Il quitta le dernier, comme un capitaine son bord, le vaisseau de la Ville de Paris, qu'il avait défendu ju.squ'à la dernière minute, au moment où les va^^ues de l'insurrection allaient le submerger.

Jules Ferrj se lendit à la mairie du le' arrondissement, où MM. Adam, maire, et Méline, adjoint, avec plusieurs chefs de bataillon, se trouvaient réunis. Ils se disposaient à se rendre à la mairie du II" arrondissement, où Tirard, Bonvnlet et les autres maires etdéputésde Paris se tenaient en permanence, quand une foule compacte et hurlante se massa sur la place Sainl-Germain-i'Auxerrois, criant : « II nous faut Ferry ! Mort à Ferry ! » Quelque traître, ou le hasard, avaient fait connaître sa présence dans la mairie. Des gardes nationaux isolés s'étaient joints à la foule et donnèrent une apparence de service commandé au rassemblement. On somma les personnes présentes dans les locaux de la mairie de sortir. On procéda à un filtrnffe. On

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demandait les noms, et l'on scrutait les physionomies. Si Jules Ferry sortait de cette façon, il était inévitablement reconnu, signalé, empoig-nc, livré, comme un martyr des anciens jours, aux fauves démuselés de la plèbe. Le sort de Clément Thomas et de Lecomte lui était infailliblement réservé. Il avait accumulé pendant le siège, à raison de la disette, dont on le rendait injustement responsable, et par sa vig-oureuse attitude dans la journée du 3i octobre, des haines furieuses. On le fit heureusement partir par une porte de l'église Saint-Germaiu-l'Auxerrois, communiquant avec la mairie et avec la petite rue des Prêtres, obscure et déserte. Il put gagner, sans être inquiété, le domicile d'un de ses amis, où il passa la nuit. Le lendemain, il se rendait à Versailles. Paris était définitivement sans maître, et la place était libre.'pour un pouvoir nouveau.

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