‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 102 sur 107 · LES MAIRES DÉCIDENT LA RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

LES MAIRES DÉCIDENT LA RÉSISTANCE

Les maires attendaient toujours, à la mairie du II« arrondissement, les décisions des ministres. MM. Bonvalet et Labiche couraient vainement dans tous les ministères, cherchant le g-ouvernement, et ne trouvaient personne. Ils rapportèrent, vers cinq heures du matin, le décret nommant le colonel Langlois général de la garde nationale. Il manquait une formalité à cette nomination : dans leur trouble, et pressés de s'esquiver, les ministres avaient oublié de signer le décret. Il se trouvait d'ailleurs sans objet :1e colonel Langlois, qui revenait du Journal officiel, où il avait été retirer sa proclamation déjà donnée à composer, arrivait à la mairie, et annonçait qu'il n'acceptait pas les fonctions qu'on venait de lui conférer. Il priait en con.séquence les maires de recevoir sa démission.

M. Tirard, président de la réunion, déclara alors qu'on

LB DIX-HUIT MARS

n'avait plus qu'à se retirer, mais qu'il informerait le go avernement, dès qu'il le pourrait, que les maires de Pans entendaient rester à leur poste, qu'ils attendaient du crouvernement des pouvoirs régularisés pour prendre toutes les mesures que la situation comportait, et aussi afan d'encaisser la solde nécessaire au paiement des gardes nationaux qui se rangeraient sous leurs ordres. Cette proposition fut acceptée. M. Labiche se chargea de transmettre cette décision à Versailles, et de porter la réponse du gouverncmentà M. Tirard.

Ce fut ainsi que commença la résistance, dont la mairie du Il« arrondissement devait êtrelecentre, jusqu a la nomination des membres de la Commune. ,.,,,„ Les maires contre le Comité Central, c était le début de la guerre civile.

ARRESTATION DUGÉNÉRALCHANZY

Un incident, qui aurait pu devenir grave, s'était produit dans la journée, vers cinq heures du soir, à la gare d Or-

''Te'train de Tours arrivait, et parmi les voyageurs se trouvaient le général Chanzy et M. Edmond Turquet, député de l'Aisne. , ,-, i V^r

Le général Chanzy se rendait à Pans, ou plutôt a Ver saiUes. non pas comme militaire, mais en sa qualité de député des Ardennes à l'Assemblée Nationale.

Le .8 mars était le jour anniversaire de sa "a;^«^°^«-

Antoine. Eugène-Alfred Chanzy avait 48 ans. 11 étai né

le ,8 mars iS^S, à Nouart, dans les Ardennes. C était un

soldat de race. Son père avait été capitaine de cuirassier

ous l'Empire. Le futur général porta d'abord le sac. 1

sC^agea!et, admis à Saint-Cyr, il en sortit sous-lieute-

5l8 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE 1 87 I

nant aux zouaves en i84i. Ce fut un de ces énerg^iques africains qui achevèrent la conquête de l'Alg-érie, et en assurèrent la pacification. Il se trouvait chef de bureau à Tlemcen, quand éclata la guerre d'Italie. Il fit cette courte et glorieuse campagne, comme chef de bataillondu 28° de ligne. Il fut ramené en Algérie comme colonel, devint général de brigade, et à la déclaration de guerre sollicita uu commandement, que le ministre Lebœuf lui refusa. Il passait pour avoir des opinions libérales, d'où son peu de crédit à la cour. Le gouvernement du 4 SeptemDre se hâta d'accepter -ses services. Il fut successivement nommé général de division, puis commandant du XVI" corps à l'armée de la Loire. Il se battit vaillamment, et heureusement, à Coulmiers et à Patay. Il fut nommé général en chef de l'armée de la Loire, en remplacement de l'incapable général d'Aurelle de Paladines. Gambetta l'avait en haute estime. Il le considérait comme à peu près le seul général de valeur, au milieu de l'infériorité des autres chefs de nos armées en déroute. Son nom, avec ceux de Gambetta, de Frejcinet, de Garibaldi,de Faidherbe, est inséparable de la rési.stance honorable oppo.sée, avec des forces insuffisantes, inexercées surtout, aux armées allemandes sans cesse renforcées, bien organisées, et entraînées par les victoires. Il soutint, pendant six jours, un combat désespéré, c'est la retraite du Mans, 21 janvier 1871. Retranché à Laval, derrière la Maj'enne, il reformait déjà son armée, et se préparait à recommencer dans l'ouest une campagne qui aurait pu être fatale aux envahisseurs. On aurait eu peut-être alors une guerre de Vendée, mais républicaine, avec le harcèlement de l'ennemi, dans les halliers,par les chemins creux, derrière les buissons, quand la nouvelle de l'armistice vint lui faire tomber des mains le tronçon d'épée qu'il tenait encore si vaillamment. Avec ces débris d'armées pouvait-

LB •IX-HUIT UAJIS

il sinon acquérir la grande victoire, du moins epmser, la'sser l'ennemi, et donner à Gambella le temps de lancer en avant les armées nouvelles qu'il organisait? Peut-être . Chanzy.plus que tous les autres généraux, avait sauvé l'honneur et conservé l'espérance.

Il fut parla suite gouverneur de l'Algérie, sénateur mamovlble et fut porté, sans son assentiment, comme can^ lat à la présidence de la République. 11 e^t mort, . y a quelques années, gloneux et respecté de tous les part.s.

C'éU.U donc au Dix-Hu.t mars une personnalité rstée sympathique, et l'on ne saurait expliqueras mauvais tra einents dont il fut l'objet, et les dangers qu il couru à a d rente de wagon.que pa. lasottise et la fureur .rréfle h de cette foule impulsive et ignorante, que 1 on vit surgir aux Premi^-res et aux dernières heures de l'insurrection ^"1 Kntréo en gare du train, un wagon-salon att.a 1 attention du piquet de gardes nationaux de service Ces gar des faLiënt Jartie des bataillons du XIll» arrondissement. Danl ce uartier, organisé, bien avant le Dix-Huit mars pour la Résistance, commandait Duval, qui avait pris le Sre de général.La consigne avait été donnée, dans 1 aprè lidi, àl nouvelle, bien vite connue sur la rive gauche Tue Is troupes allaient être dirigées sur Versa, les, d arrêer tous les officiers venant d'Allemagne ou de la province, qui débarqueraient aux gares. C'était un ordre absurd^ ;iqu'on n'empêchait pas les régiments cantonnés sur la rive gauche de sortir de Paris et de gagner Versailles Se confo 'mant à ces ordres, les gardes nationaux arrêtèrent e géuLl, sur le quai. Chan^y ne se cachait nu lement était en uniforme, tenue de campagne, avec la plaque de la Léln d'honneur. 11 est certain que lesgardes qui 1 arretèren! ignoraient sa personnalité et le prenaient pour un « général quelconque ». Une de ces méprises, comme

Sao

BISTOmC DE LA COMMUNE DE 1871

il s'en produit fréquemment dans de telles bagarres, Ht crier à quelqu'un dans la foule: « C'est Ducrot! >, Des menaces et des cris de mort s'élevèrent aussitôt. Ducrot était fort impopulaire ; on ne lui pardonnait ni sa défaite à Champig-ny, ni son attitude réactionnaire, ni ses dédains envers la garde nationale. Le bruit courut aussi que c'était Vinoj qu'on venait d'arrêter. La fureur de la foule allait croissant. Léo Meillet, adjoint au maire du XlIIe arrondissement, aussitôt prévenu, accourut et Ht conduire le général et le député Turquet, qui voulut l'accompagner, à la mairie. Léo Meillet voulait faire mettre en liberté immédiatement les deux prisonniers, mais Duval survint. 11 insista pour qu'on gardât, au moins provisoirement, le général. Dans sa pensée, Chanzy devenait un otage. II y eut alors un conflit entre Léo Meillet et Duval.

Page 1