‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 2 sur 107 · I.E IIIX-HUII MARS · texte numérisé non relu

I.E IIIX-HUII MARS

naiemeats en échange desquels lenvahisseur devait évacuer successivement les porlioas de territoire occupées, les Allemands ne pouvaient espérer aucun bénéficedu soulèvement, et la révolution, la guerre civile ne leur procuraient nul avantage militaire.

Il en était diflcremment au 4 septembre. Le renvei^cment de l'empereur Napoléon m, prisonnier en Allemagne, déchu en France, fournissait au.Y victorieux ennemis un avantage militaire et moral incontestable, un prétexte à poursuivre leur invasion, à repousser toute proposition de paix, à chercher tous les profits, même les plus injustes et les plus exorbitants de la victoire, comme ils n'ont pas manqué de

le faire.

La plupart des historiens et des polémistes, qui reprochèrent à la Commune de s'être organisée en présence de l'ennemi, ont, avec partialité, négligé d'adresser le même reproche au gouveruement du 4 septembre. La situaUon comportait pourtant un blâme pir,* pour les insurgés bourgeois, qui profitaient du désastre de Sedan pour changer l'attelage gouvernemental. Ces avocats et ces professeurs, chefs d"e l'opposition sous l'empire, furent sourds à la menace du canon prussien se rapprochant, indifférents au désarroi qu'une révolution politique accomplie à Pans, à la veiUe d'être muré et isolé du reste de la France, pouvait propager dans les départements non envahis. Ils dédaignèrent le danger d'indisposer ou de décourager, en plein combat, généraux et fonctionnaires attachés au régime exisUnt. Bravant la résistance des populations qui pouvaient avoir conservé des sentiments de hdélité instinctive, de reconnaissance personnelle, ou des intérêts particuliers, leur faisant

regretter l'empire et repousser la République, les Jules Favre et les Jules Simonne s'arrêtèrent pas une minute devant ces objections sentimentales, et franchirent d'un pied léguer ces obstacles moraux. Ils réussirent, et on leur a pardonné de ne pas avoir tenu compte de ces appréhensions ; on les a même loués d'avoir poursuivi leur but, sans craindre le reproche d'avoir conspiré à la faveur de la marche en avant des armées allemandes. L'empereur était vaincu, de plus, captif alors ; ils profitaient de la situation, ne permettaient pas à l'occasion propice d'échapper; ils ne voyaient qu'un seul résultat immédiat : la République à l'intérieur victorieuse, et la France, si longtemps asservie, en liberté. Ils n'avaient garde de laisser fuir l'heure de la revanche démocratique. Certains l'attendaient depuis dix-huit années. Se débarrasser des hommes du a décembre leur paraissait la chose principale, la bataille importante et la victoire nécessaire. On verrait après à repousser les uhlans.

On ne saurait dire que la grande majorité de la population les excita. Ce n'était pas qu'on fût très attaché au régime impérial, ni que l'empereur, personnellement, eût inspiré des dévouements irraisonnés et des fidélités impulsives comme les anciens rois déchus et les prétendants dépossédés en ont toujours rencontré. On supportait l'empire sans l'aimer. On le considérait comme un régime donnant surtout la prospérité. Le plébiscite écrasant du mois de Mai précédent avait, non pas absous le passé m sanctionné le principe dynastique impérial, mais consolidé le présent et ménagé l'avenir. Les Français, en votant « oui », n'absolvaient ni ne donnaient carte blanche à 1 empereur. Ils lui renouvelaient seulement le mandat de main-

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tenir l'ordre, de contenir les passions révolutionnaires, de rassurer la classe possédante, de favoriser les aflaires, de faciliter l'industrie, de développer les grandes entreprises, chemins de fer, canaux à l'instar de Suez, et de vivre en bons termes avec les autres souverains, qu'on était flatté de voir à Paris au moment des Expositions, et dont les fredaines divulguées amusaient, rassuraient. Les plébiscitaires n'avaient jamais pensé que leur vote affirmatif pourrail engager le pays dans une guerre. S'ils avaient eu cette prévision pessimiste, il est probable que les votants, en majorité, eussent répondu « non » ou se fussent abstenus. La guerre engagée, dont les origines apparurent obscures et inexpliquées, les Français, en bons patriotes, firent crédit au souverain, et se reposèrent avec confiance sur la bravoure de l'armée. On comptait sur le prestige de nos soldats, sur leur vaillance éprouvée. Il ne pouvait entrer dans la cervelle populaire le soupçon d'une infériorité quelconque. Tout le monde, alors, ne criait pas: à Berlin ! mais bien peu doutaient qu'on n'y allât, et rapidement, en chantant la Marseillaise, redevenue permise, légale, hymne de guerre nationale et de victoire.

Excepté quelques opposants, perdus dans deux ou trois cafés du boulevards, pérorant dans d'obscures parlottes du quartier latin, représentés, au Corps Législatif, par une poignée de députés et de sénateurs, pleins de talent, mais sans grande autorité sur la masse des électeurs, tout le monde s'attendait à ce que l'empereur, repassant le Rhin, après une paix sollicitée par Bismarck humilié, et signée brusquement, comme à Villafranca, fit une rentrée triomphale dans Paris, en fête, à la tête de ses troupes encore

une fcs victor.euses, destinées à toujours l'être ! On eût et. content alors, mais nullement étonné. La fonction des sodatsde Crimée et d'Italie n'était-elle pas de se montrer toujours et partout invincibles V . , , • Ces prévisions heureuses ne paraissaient po.nt téméraires On ignorait la force réelle des Allemands confédérés, le nombre de leurs bataillons, la d.scpline et la préparation qui en faisaient des troupes supérieures. Ou ne pouvait admettre que les zouaves de l'Aima, les grenad.ers de Palestro etl es artilleurs de SoU'érino pussent être vaincus Le cauchemard'un Sedan possible ne hanta jama.s, durant les premières semaines de la guerre, les nuits paisibles des Français, faisant des rêves de gloire, et piquant, au rêve. , avec Conviction, des épinoles tricolores sur des cartes d Alleniagne, théâtre prévu de la guerre. Sur ces cartes, le Rhm était en bordure, et l'on n'avait pas cru devoir y faire figurer un seul département français. N'était-ce pas dans a Westphalie, dans le Hanovre, et peut-être jusque dans la Poméranie.que devaient se passer les glorieuses rencontres prédites et attendues? Comme elles tardaient un peu, les premlersjours,etqueladémonstrationsansimportancevers

Sarrebruck. où le jeune prince impérial avait -Çu d.saiton pompeusement, le baptême de feu, ne suffasa, pas a calmer les impatiences chauvines, on inventaitdes alliances rhimériques. L'empereur d'Autriche allait déboucher par le Wurtemberg, et venger son humiliation de Sadowa. Le roi Victor-Emmanuel, qui nous devait sa couronne, v.endrait paver sa dette, en nous amenant cent mi le soldaU aguerris", sans parler de Garibaldi et de ses intrépides chemises rouges. On dut se contenter de ce dernier secours,

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généreux mais insuffisant. On était tranquille, cependant, el l'on ne songeait nullement à inquiéter le gouvernement impérial, parce que l'on avait des soldats de profession, dont le métier était de se battre pour la nation et de lui gag-ner des batailles. Les habitants se réservaient ensuite la tâche de célébrer par des drapeaux aux fenêtres, des lampions dans les rues, et des vivats sur les boulevards, les exploits des troupiers, faisant leur rentrée comme de bons ouvriers en victoires, la tâche finie.

Personne, dans l'ensemble du pays, ne se préoccupait donc, avant la déclaration de guerre, de renverser, ni même de combattre le régime existant. Les complots sans importance, sans réalité souvent qu'on avait bruyamment découverts, et dont lesauteurs parmi lesquels se trouvaient, selon la règle, des policiers, n'avaient fait que mettre en lumière le petit nombre et l'impuissance des gens qui souhaitaient une révolution. Si quelques ardents et prématurés républicains, dès les premières mauvaises nouvelles venues de l'Est, osèrent proposer de jeter bas l'empereur déjà chancelant et tentèrent de donner une vigoureuse poussée à l'empire, déjà ébranlé par les surprenantes défaites du début, les plus influents conseillers, les plus autorisés dans le pays, répondaient que, si la sagesse paysanne veut qu'on ne change pas de chevaux quand on traverse un gué, à plus forte raison ne doit-on pas changer de gouvernement au milieu d'un combat.

Les hommes du 4 septembre, dont cette guerre inattendue avait dérangé les combinaisons de sociétés secrètes, d'agitations populaires, de clubs, de bombes ou de petites balles, avaient plutôt l'inquiétude d'apprendre une grande.

u.e décisive victoire, consolidant lempire, grand.ssaa l'empereur, ajournant à une date .ndéterminée 1 avenemen de la RépubUque vague qu'ils espéraient, sans trop cro.re à sa venue prochaine. lisse hâtèrent de t.rer delà defa.t un avantage inespéré. Napoléon III avait perdu tou présume et toute force morale. La victoire des Pruss.ens le renversait plus définitivement qu'une insurrecUon tnomphante. La veille même du 4, on commençait, dans quelques v.lles, à réclamer la déchéance, et, le lendemain, le henat évanoui, et le Corps Législatif délaissé, une bande d msurgés se ruait dans l'enceinte législative non défendue. Plus.eur. personnalités sans mandat occupaient la tnbune, et proclamaient, de leur propre initiative, la Repubhque. C hérauts improvisés furent excusables de devancer les législateurs réguliers, et de saisir au bond l'occasion pour débarrasser le pays d'un régime, qui, commencé par un .uet-apens, finissait par une capitulat.on : sa vKto,re eut donné le signal de proscriptions nouvelles.

Mais, si on ne songe pas à imputer a cnme cette

révolte, pendant que l'ennemi marchait sur Pans, pour-

quoi si durement invectiver les hommes du i8 mars d a-

voir proclamé la Commune à l'heure où des Allemands

occupaient sans doute encoreles forts et les hauteurs d une

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