FERMETURE DES CL IBS
Les mesures de réaction suivirent ce réquisitoire. Les clubs furent fermés. Il y avait eu, dans ces assemblées popu- , 9
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laires, bien des sottises formulées, et les propositions ridicules ou absurdes avaient trop souvent rempli les séances passionnées. On avait écouté, toujoui-s avec attention, souvent avec une crédulité naïve autant qu'enthousiaste, des rêveries d'inventeurs et des motions saugrenues. Le célèbre feu gTéft-eois avait eu les honneurs de plus d'une réunion ; les bombes asphyxiantes avaient été l'objet de discussions ardentes; et l'on avait seulement souri, quand, au club Favier, un patriote imag-inatif avait proposé de lâcher dans les bois autour de Paris les fauves et les reptiles du jardin des Plantes, qui coûtaient cher à nourrir, et qui formeraient une redoutable avant-g-arde défensive pour nos avanl^postes. Mais dans ces clubs aussi, où l'on avait si souvent invoqué la Commune, sans la définir, sans trop savoir ce qu elle représenterait, ovi on avait salué en elle le vrai g-ouvernement populaire et sauveur, celui qui chasserait les incapables du g-ouvernement, et peut-être avec eus les Prussiens des lig-nes d'investissement, il y avait eu des motions vraiment patriotiques, et des harang-ues réconfortantes avaient été débitées etapplaudics.On y avait entretenu l'espérance, l'illusion si l'on veut, mais pour un peuple assiégé l'annonce de la délivrance est le meilleur cordial. S'il y avait eu, dans des séances sans intérêt, de vaines dénonciations et des commérages de portières sur « telle dame distinguée, qui nourrissait son petit chien avec du pain », des paroles énergiques et des appels sincères au courage, à la résistance, au sacrifice et au dévouement avaient été fréquemment prononcés. 11 y eut mémo, ici et là, des séances où l'énert^ie révolutionnaire et le patriotisme exaspéré inspirèrent des paroles enflammées d'une éloquence aussi farouche que celles qui furent prononcées à la tribune de la Convention, quand Danton ou Vergniaud l'occupaient.
M. G. de Molinari.dans ses comptes-rendus ironiques ou
LE DIX-HUIT MARS
malveillants, mais pittoresques et suffisamment documentés pour donner une idée de ces séances à peu près exacte, et qui révèlent la mentalité des tribuns populaires, a conservé la trace de motions et d'impressions du public qui prouvent les intentions patriotiques et la fébrile énergie de tous ceux qui s'entassaient dans ces salles fumeuses, insuffisamment éclairées, non chauffées, où l'on était serré sur des bancs étroits, où l'on restait souvent debout, surtout lorsqu'il y avait une personnalité connue et aimée à la tribune. Mollnari n'a pu s'empêcher, par exemple, de reconnaître « le souffle et le don d'émouvoir », chez un orateur qui avait eu déjà de grands succès dans les réunions publiques sous l'empire, Briosne (i). Voici un fraj,-ment du discours de lirlosne, au club de la rue d'Arras, le i3 janvier 1S71, qui permet de se faire une idée du ton et du lang-age de
ces réunions