‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 26 sur 107 · LA DERNIERE BOUCHÉE DE PAIN · texte numérisé non relu

LA DERNIERE BOUCHÉE DE PAIN

L'émeute du 22 janvier aurait réussi, que, sans parler des difficultés militaires qui n'eussent été ni pires ni diminuées par la présence d'hommes nouveaux au g-ouvernement.la Commune se fût trouvée en face du redoutable problème de l'alimentation quotidienne. La solution ne pouvait être que l'armistice, avec ravitaillement, préliminaire de la capitulation. Paris était réellement à bout de forces et de patience. Tout en reconnaissant qu'il j avait des subsistances dissimulées, et qu'on pouvait encore vivoter quelques heures, par un rationnement impitoyable, avec des perquisitions adroites et la distribution progressive des vivres de réserve, le siège ne pouvait être prolono-é sans risquer de voir décimer inutilement, par la faim et les maladies provenant de l'inanition, la moitié des habitants. La classe moyenne et les gens qui n'étaient ni fonctionnaires ni inscrits aux bureaux de bienfaisance étaient surtout éprouvés. La patience et la résistance physique et morale de la population avaient été admirables. Il avait fallu beaucoup de courage négatif et une dose forte de bravoure passive pour supporter, durant cinq mois, la privation du

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nécessaire, et aussi, ce qui était pavedlement .nsuppo blepour beaucoup, l'absence ou la raréfacl.on des choses supfrnues. Les femmes avaient assurément plus soutle t nue la portion masculine, d'abord avec les queues mat>na- L à la porte des boucheries.laiteries, boulanseru,s,et aussi àraison'du changement d'habitudes, de la todette c. u costume négligés, de la rupture des relat.ons, de la ces a S des visftet. des dîners, des ^^stractionstra U.onnd es et des fêtes familiales. Les Pansiens,et ce n était pas a su rément leur faute, n'avaient cependant couru que peu de daT^rs du fait des hostilités; le bombardement,sauf quelq ^regrettables accidents, avait fait plus de tapage que de victimes. On ne saurait, tout en rendant JUsUce a at titude vaillante des assiégés, assimiler leur hero.sn e ■ celui des compagnons de Léonidas. Ma.s en adme^ n qu'ils eussent été tous décidés, et l'hypothèse est admi... île, à se faire tuer dans le ravin de Buzenval, devenu les Thermopyles parisiennes, comme on ne leur avait pas demandé ce sacrifice complet,en réalité les projecUles prussiens n'avaient fait dans les rangs de la population arme oue des vides beaucoup moins importants que ceux dus à îa disette et à la maladie parmi la population civile. Elle ne se battait pas, mais elle devait manger tous les jours

Après le 22 janvier, un chef de division de la ville de Paris, nommé Pelletier, insista pour être entendu par le gouvernement. Introduit, il déclara « que la commission char<^ée de l'alimentation avait commis une erreur sur la .quantité des farines à sa disposit.on,q«'elle n'avait pu réunir, pour le surlendemain, que trois mille q"'f ^"^' 1'^;^ lui en fallait au moins cinq mille six cents ». Jules Favre qui raconte ce fait, ajoute :

Il n'y a pas de mois dans la langue humaine qui puisse

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peindre l'effet de ces paroles... Paris à son lever u'ayant même pas son rationni-mentdc .'oo grammes par adulte. On Ht, on refit les calculs, on rcp;issa les états, la sentence était irrévocable., le ministère de la Guerre consentit à laisser entamer les réserves qui clalcnt destinées à nourrir son armée, et à prolonger de deux ou trois jours le délai pendant lequel il fallait faire vivre Paris pour le ravitailler...

(Jules Favre, le Gouvernement de la Défense Nationale, du 3i octobre au 28 janvier.)

Il n'y avait donc plusqu'à faire passer dans les faits la capitulation, qui était déjà arrêtée dans la pensée du gouvernement.

Une suprême convocation des maires eut lieu. On leur fit connaître la situation, en ce qui concernait les; subsistances. M. Magnin, ministre du Commerce(i), annonça qu'il pourrait donner du pain jusqu'au 4 février, pas au delà. Le dilemme se posa : ou la famine ou les négociations? Les maires, l'ûme ulcérée, acceptèrent alors le principe des négociations. Mais la question, si importante, déjà posée dans le conseil tenu au lendemain de Buzenval, revint plus brûlante, plus impérieuse : qui devait négocier ? Les maires refusaient ce douloureu.x mandat. !ls avaient raison ; ce n'était pas à la municipalité qu'il appartenait de rendre la place assiégée. Emmanuel Arago soutint de nouveau cette opinion, précédemment émise, que le gouvernement n'avait pas qualité pour entamer des négociations avec l'ennemi. Il avait pareillement raison. Il eut le grand tort d'ajouter que ce pénible devoir incombait à la municipalité. Les maires persistant dans leur refus, on décida que ce serait le gouvernement qui traiterait avec les Allemands.

(i) Picrre-.Ioseph IMajcnin, ne h Dijon i" janvier 1834. mort à Paris a3 novembre 1910, maître de foraes, député sous l'Empire, ministre du Commerce et de l'A^'ricuIture pendant le si(^L,-e, députe ;\ l'Assemblée nationale, plusieurs fois ministre des Finances, vice- président du Sénat.

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C'était une hérésie politique et militaire, c'étaUauss. une faute qui équivalait à une trahison. Quand une place assiégée est réalité, par le bombardement, la brèche ou la disparition des vivres, à olîrir sa reddition, c est le commandant militaire qui accomplit les démarches et tra.te avec l'assiéffeant. Sa signature n'engai^e que la place, la for eresse, les troupes qui ont subi Imvestissement, ma.s les autres places, les forteresses, les troupes, le ternto.re pns dans son ensemble, ne sont pas obbgés par cette capitulation. Quand Sedanavaitcapitulé, laredd.fon Je cette place uavail nullement entraîné la remise à l'ennemi de Metz et de Paris. Napoléon III eut une prévoyance et une correction qui firent défaut au gouvernement de la Défense. Cet eue les hommes du k septembre, à fin de janvier ,87., étaient surtout préoccupés d'imposer la paix non pas seulement à Paris, mais à toute la France; ils en enda.ent, avec la capitale livrée, désarmer le pays, ce qui le^^ assurait pour un temps la conservation du pouvoir- Ce fut Ik un crime de plus à joindre à leur dossier déjà bien charge.

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