REDDITION DE PARIS ET REMISE DES FORTS
La date à jamais néfaste, de la capitulation de Paris, qui mit fin à la guerre franco-allemande, doit être indiquée, bien que tout fût conclu de la veille, au samedi 28 janvier iS^I. „•.!/-„
Le Journal ofJicM publia à cette date lavis de la Convention, dont les termes avaient été arrêtés le vendredi, entre Jules Favre et Bismarck, à Versailles :
Citoyens, La convention qui met fin à la résistance de Paris n'est pas encore signée, mais ce n'est qu'un relard de quelques heures.
Les bases en demeurent fixées, telles que nous les «vous annoncéeshier; . , n •
L'ennemi n'entrera pas dans l'enceinte de Pans , Li.'.iTde nationale conservera son organisation et ses armes; Une division de douze mille hommes demeure intacte; quant aux autres troupes, elles resteront dans Paris, au milieu de nous, au lieu d'are, comme on l'avait d'abord propose, cantonnées dans la banlieue. Les ofBciers garderont leur epce.
Nous publierons les articles de la convention aussitôt que les signatures auront été échanirëes. et nous ferons en même temps connaître l'clat exact de nos subsistances.
Paris veut être sûr que la résist.ince a dure jusqu aux dernières limites du possible. Les chiffres que nous donnerons en
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seront la preuve irréfragable, et nous mettrons qui que ce soit au défi de les contester.
Nous montrerons qu'il nous reste tout juste assez de pain pour attendre le ravilaillenient, et que nous ne pouvions prolonger la lutte sans condamner à une mort certaine deux millions d'hommes, de femmes et d'enfants.
Le sièiïe de Paris a duré quatre mois et douze jours; le bombardement un mois entier. Depuis le 15 janvier, la ration de pain est réduite à 'iOO grammes ; la ration de viande de cheval, depuis le 1.^) décembre, n'est que de 30 g-rammes. La mortalité a plus que triplé. Au milieu de tant do desastres, il n'y a pas eu un seul jour de découragement.
L'ennemi est le premier à rendre hommage à l'énergie morale et au courage dont la population parisienne tout entière vient de donner l'exemple. Paris a beaucoup souiTert; mais la République profitera de ses longues souffrances, si noblement supportées.
Nous sortons de la lutte qui finit retrempés pour la lutte à venir. Nous en sortons avec tout notre honneur, avec toutes nos espérances; malgré les douleurs de l'heure présente, plus que jamais nous avons foi dans les destinées de la patrie.
Paris, a8 janvier 1871.
Les Membres du Gouvernement :
Général Trochu, Jules Favre, Emmanuel Arago, Jules Ferry, Garnier- Pages, Eugène Pellelan, Ernest Picard, Jules Simon ; Le Flô, ministre de la Guerre, Doiian, ministre des Travaux Publics, Magnin, ministre de l'Agriculture et du Commerce.
La population apprit avec accablement, mais sans explosion de fureur, la nouvelle officielle. Le coup si rude, étant prévu, se trouvait amorti. C'était comme le dénouement douloureux, mais déjà accepté, du dernier soupir d'un agonisant aimé. Francisque Sarcey a noté, en ces termes émus et justes, l'état d'âme des assiégés :
HlSTOirvK DE LA COMMUNE DE K
L'armistice attendu n'excita pas les désordres que 1 on pouvait craindre. Ouelques bataillons de garde nationale, les uns par simple nos;, les autres emportés par l'excès d'une patnol.que douleur protestèrent et demandèrent à marcher a 1 ennem. ; quelnues corps francs brisèrent leurs armes; on repanda dans le pubUc le bruit que certains amiraux songeaient à se ia.re tuer sur ieurs pièces, plutôt que de se rendre... Tous ces bouillonnements •échappèrent en fun.ée. L'inexorable fatalité était la, qui, de sa main de fer, pesait sur toutes les velléités de révolte, et ce fut avec une douleur profonde, mais sans éclats de fureur,que nous lûmes cette proclamation signée de tous les membres du gouvern.mont ^excepté par Jules Favre, retourne a Versailles pour ? rngi des%L.tures de la convention). C'était le i35e jour la siè-e Tout était fini, bien fini, fini à jamais. Nous baissâmes la lête^l nous revînmes au logis, les yeux pleins de larmes.
(Francisque Sarcey. - Le Siège de Paris. - Ed. Lachaud, Paris, 1871, p. 360.)
La remise des forts aux autorités prussiennes s'accomplit avec ordre, et sans incidents. On avait fait évacuer toutes les positions par les troupes, et on avait emporté les approvisionnements. L'entrée des régiments prussiens se fit gravement Pas de musique, pas de tambours ; les hommes avaient le fusil en bandoulière, la baïonnette au fourreau, les drapeaux étaient serrés autour de la hampe. Le froid était assez vif. Le thermomètre marquait i degré au-dessous de zéro. Quelques coups de canon, les derniers, furent entendus dans la direction du sud. C'étaient les Prussiens qui tiraient à blanc, faisant l'essai des pièces dont ils venaient de prendre possession.
Une eilcrvescente et brève protestation contre la capitulation se produisit dans le XI' arrondissement (Popincourt et faubourg Saint-Antoine), mais elle ne dura pas, la population ayant conserve tout son calme. Le tocsin avait sonne vainement à Sainl-Ambroise, cl le rappel avait été battu
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sans succès à Belleville. Quelques gardes nationaux se rassemblèrent en armes; ils avaient à leur tête les commandants Brunel et Piazza, qui furent bientôt arrêtés. L'ensemble de la ville demeura consterné et paisible. On était las, à bout :1e Forces nerveuses, et Paris déprimé semblait n'aspirer qu'au repos, au silence. Cette dépression n'était que temporaire, et Paris n'allait pas tarder à retrouver sa nervosité et sa vig-ueur, quand il estimerait la République en péril.
COXDITtONS DE LA CONVENTION-
La Convention intervenue « entre M. le comte de Bismarck, chancelierde la confédération germanique, stipulant au nom de S. M. l'empereur d'Allemagne, roi de Prusse, et M. Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du gouver nement de la défense nationale, munis de pouvoirs réguliers » (tels sont les termes du protocole), signée à Versailles, le 28 janvier 187 1, fut publiée par le Journal officiel le 3o janvier. On s'est servi, pour la designer, du terme d'Armistice et de celui de Capitulation. C'est une terminologie impropre et inexacte. Le mot de capitulation, exact pour Paris et ses forts, ne l'est plus quand il s'agit de régler d'autres intérêts que ceux de Paris, et principalement les conditions du traité de paix à intervenir.
Bien que le mot d'armistice y figure en tête, — armistice convenu pour permettre la convocation d'une assemblée, ayant pour mandat de décider si la guerre devait être continuée ou à quelles conditions la paix devait être faite, — les clauses étaient autres, et plus rigoureuses, que celles d'une ordinaire suspension d'armes. Les forts devaient être immédiatement remis aux Prussiens; un périmètre d'occupation était déterminé pour Paris. Les troupes devenaient prisonnières, et déposaient leurs armes, sauf une division
mSTOmE DE LA COMMUNE DE 187I
de 12.000 hommes restant armée, comme force d'ordre et de police .
La garde nationale était autorisée à conserver ses armes. Tous les corps francs étaient dissous. Le ravitaillement éUit autorisé, en dehors de la liçne des positions allemandes. L'échange des prisonniers de guerre devait commencer immédiatement. Les lettres pouvaient circuler entre Pans et les départements, mais non cachetées. Il était permis de quitter Paris, avec une autorisation de l'autorité mditaire française, visée au.x avant-postes allemands. Permis et visas étaient accordés de plein droit aux candidats à la députation. Une contribution de 200 millions de francs était imposée à la ville de Paris, payable avant le quinzième jour de l'armistice. L'armistice devait prendre fin le 19 février à midi.
On voit que les termes de cette convention différaient de ceux d'un armistice ordinaire. Il s'y trouvait ceci de particulièrement ambigu que, si l'assemblée refusait la paix, aucune clause ne remettait les choses en l'état, comme c'est de règle dans une suspension d'armes. Quand son délai expira, les belligérants reprennent les positions respectives qu'ils occupaient. Ici, il n'aurait pu en être ainsi, puisque les forts étaient livrés, et n'auraient pasété rendus, puisque l'armée était désarmée, et considérée comme prisonnière de guerre. Les prisonniers, c'est-à-dire tous les soldats, auraient pu être envoyés en Allemagne. C'était un contrat léonin, où l'Allemagne seule avait et stipulait ses avantages. La paix ne pouvait donc être refusée. C'était le traité forcé.
L'ARMÉE DE L'EST OUliLIÈE
L'art. \" de la Convention déterminait les conséquences de l'armistice pour les belligérants. Ils conservaient leurs positions respectives séparées par une ligne de démarca-