I.E DIX-HUIT MARS
LE COMBA T DE LA CLUZE
I es Prussiens poursuivaient avec acharnement l'armée en retraite. Le i" février, sur la route de Pontarlier, dans la vallée du Doubs, au pied du fameux fort de Jeux, eut lieu le dernier combat, le combat de la Cluse. La Cluse est à la fois le défilé de Pontarlier, et la porte fatale par laquelle en i8i5, pénétrèrent les Alliés.
Celte suprême rencontre des Français et des Allemands fut une victoire. Le 9' grenadiers prussien tut décime et les autres troupes allemandes subirent de fortes pertes. Les troupes françaises engagées furent le 4^0 de marche le na« le 29e, le 44s le 77' mobiles, bataillon de 1 Allier, 2 compagnies du 78» mobiles du Loiret. Les généraux Robert Pallu de la Barrière, le commandant Gormcourt (tué)- le lieutenant-colonel Couston (blessé); l'amiral Penhoat'le chef d'escadronPloton, commandantlefort deJoux, enfin, à Larmont et à Orge, les généraux Billot et Brémond d'Ars le lieutenant-colonel Achilli (tué), le commandant Beaupoil de Saint-Aulaire (tué); le lieutenant-colonel Coquet furent les héros de cette journée suprême. On doit ajouter à la nomenclature des derniers défenseurs de la Patrie abandonnée et bientôt mutilée, des détachements du -énie et deux compagnies du premier bataillon de Zéphvrs d'Afrique. Ces disciplinaires, commandant Rose, élaie^it de grandgarde dans un poste avancé. Ils accoururent au feu; ces réfractaires à l'obéissance de la caserne, mais friands des mêlées et redoutables au combat, chargèrent à la baïonnette les Prussiens débouchant sur un coteau, et les culbutèrent, laissant derrière eux le ravin noir de ca<;ques, de sacs, de cadavres, et la neige rouge.
Ces héros sacrifiés, qui protégèrent la retraite, gagnèrent
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la frontière suisse, le 2 février. Le sol helvélique donna asile à 88.000 soldats; 2.192 officiers et 285 canons.
L'omission due à Jules Favre fit donc, tardivement et inutilement, couler le sang^ dans les dcfilés neigeux de Pontarlier. L'armistice refusé aux armées de l'Est, et l'incertitude qui fut la conséquence de l'inconcevable erreur du ministre, eurent encore ce résultat funeste de paralyser la diversion que tentait Garibaldi avec So.ooo hommes, dans la direction de Dôlo. L'armée de Garibaldi s'arrêta à 3 kilomètres de Dôle, que Tennemi avait presque entièrement évacué. Pendant les pourparlers proveuant de l'ignorance de la clause concernant l'armée de l'Est, les Prussiens envoyèrent des renforts considérables contre Garibaldi, qui fut oblig-é d'évacuer Dijon et de se retirer sur Màcon.
Les combattants de la dernière minute, victorieux à La Cluse, n'ont cependant pas vainement donné leur vie. Ils se sont battus, sachant bien que leur sacrifice était inutile, et qu'une bataille gag-née, dans ces montagnes perdues, à quelques mètres de la frontière suisse, ne pouvait changer la face des événements accomplis. D'ailleurs la France entière était désarmée et pacifiée. A eux seuls, on avait laissé le droit de tirer des coups de fusil. Ils en ont usé- Leur défense ultime a permis de gagner l'abri charitable de la Suisse; elle a prouvé que l'armée de l'Est, mieux dirigée, eût été capable de grandes choses. Honneur à ces braves qui ont, jusqu'au bout, gardé leurs armes, et ont fait face à l'ennemi avec un tronçon d'épéc !
La déloyauté des Al lemands, n'avertissant pas de l'exception prévue dans la convention, connue d'eux, ignorée de leurs adversaires, et profitant de la continuation des hostilités, ainsi que de la croyance à l'armistice où étaient les Français, pour les bloquer dans les gorges du Jura, fut-elle de leur part un adroit calcul? Elle a permis à l'armée de l'Est
LE DIX-BL'IT MABS
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de faire preuve de courage, de conserver ses drapeaux ; elle rjonché'le col de La Cluse de soldats allemands, u s aus sans profit, puisque la victoire était acquise à leur pays avec des a anta.ls énormes, et qu'ils n'avaient nul besoin de protéger la retraite des leurs. Nos sol ats de La Cluse couraient pour l'honneur, pour le salut de l'armée de IF., pour la conservation de ses canons, de ses drapeaux, et si Tur sacrifice fut à peu près inutile, il demeure du moins comme un bel exemple de valeur militaire et comme une preuve de la vitalité française.