M. THIERS, CHEF DU POUVOIR EXECUTIF
Dans les séance* suivantes le pouvoir exécutif" fut constitué. Sur le rapport de M. Victor Lel'ranc, M. Thicrs fut nommé chef du pouvoir exécutif delà République fran(;aise. Il devait exercer ses fonctions sous l'autorité de l'Assemblée Nationale, avec le concours de ministres qu'il choisissait, et dont il présidait le conseil. Thiers devenait un véritable président de la République, aux pouvoirs très étendus, à peu près les mêmes qui furent conférés à ses successeurs, Mac-iMahon, Grévy, Carnot, avec cette dillérence que ses pouvoirs avaient une durée illimitée. En fait la République existait, était reconnue, maintenue, puisqu'on lui donnait un président.
Louis Blanc fit entendre une réserve, à la suite de ce rapport. Il protesta contre le sentiment exprimé par le rapporteur que la République n'était admise qu'à titre provisoire. 11 affirma hautement que la République était la forme naturelle, nécessaire, do la souveraineté populaire. « Le suffrage universel lui-même ne peut rien contre la République I » s'écria l'éloquent républicain. Et comme M. Javal interrompait ironiquement : « C'est la République de droit divin ! » Louis Blanc ripo.sla : « Je répète que le suffrng'e universel ne peut rien contre la République! » Des rumeurs interrompirent; il continua, enflant la voix, dressant sa petite taille, grandi par l'ampleur du geste :
— « Non ! une génération ne peut confi.squer le droit des générations futures ! Le suffrage universel, en établissant l'hérédité monarchique, se suiciderait et perdrait sa raison d'ôtrc. La République n'a donc pas besoin d'être reconnue pour exister ».
Après cette protestation théorique, écoutée avec impatience
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par la majorité, la proposition fut acceptée à la presque unanimité.
Le personnaçe cousitiérable, que ving-t départements venaient d'envover sicg^er à l'assemblée, et que celle-ci, n'osant pas proclamer un prince d'Orléans, un Bonaparte ou encore moins un Henri V, subissait comme président d'une république provisoire, devant promptement se muer en monarchie, était un revenant, un homme d'Etat ancien, dont on avait cru depuis long-temps le rôle fini et les forces éteintes.
Les révolutions sont comme les volcans : dans leurs soulèvements, elles projettent à la surface des débris très vieux et de jeunes matières en ébullition. On trouvait rassemblés, dans celte salle de Bordeaux, les éléments les plus disparates : sans qu'il fût besoin de recourir à l'inéligibilité décrétée par Gambelta, la plupart des hommes ayant servi l'empire étant considérés comme les conseillers de la funeste guerre, comme les complices de la honte de Sedan, avaient été éliminés. Mais le suffrage universel, surpris, désorienté, intimidé, se manifestant sous les canons de l'ennemi, dans quarante départements, avait, ici et là, exhumé de vieilles notoriétés parlementaires de tous les partis. A côté des commandants de mobiles et des châtelains réactionnaires, enragés partisans de la paix, qui représentaient les nouvelles couches politiques, tous hommes sans passé, inconnus, qui n'avaient pas servi Napoléon III, se rencontraient sur les bancs de l'assemblée des ruraux, les vieilles barbes républicaines de l^8, et les toupets orléanistes de Louis-Philippe, les spectres de la rue de Poitiers. Les uns et les autres étaient comme des émigrés de la démocratie, revenus de Coblentz divers. Victor Hugo, Edgar (Juinet, Louis Blanc, Corbon, Schœlcher, trouvaient eu face d'eux d'autres revenants, à la lueur des
désastres sortis de l'obscurité, tirés, par le suffrage aveugle, de leurs retraites, de leurs manoirs, de leurs sacristies, comme MM. Audren de Kerdrel, Lorgerll, Belcastel, de Bro-lie Quelques jeunes hommes politiques, députes par les villes, tous républicains avancés, quelques-uns socialistes Minière, Cournet, Clemenceau, Malon, Tridon, complétaient cette assemblée non pas éclectique, mais confuse, et capable seulement d'une coalition hétérogène.
Les quelques hommes de gloire et de valeur, qui émergeaient de ces médiocres individualités, ne pouvaient obtenir ni autorité ni égards. On a vu de quelle façon insultante la démission de Garlbaldi avait été accueillie, et quel manqie de déférence rencontrait sa haute et sympathique personnalité. Victor Hugo ne devait pas tarder à être 1 objet d'un affront semblable. Gambetta démissionnaire du gouvernement, dénoncé, traité de fou furieux par Jules Simon, odieux à beaucoup parce qu'il représentait la guerre, la résistance, craint comme républicain avancé, comme chef populaire possible, n'avait aucune action sur cette assemblée dont il ne devait pas tarder à se retirer. Les militaires, suspects, s'ils avaient servi sous la Défense, étaient peu en honneur. Les vieux républicains comme Louis Blanc et Ouinet, traités de sectaires, ne comptaient pas. Seul M Thiers apparaissait avec le double prestige d un homme d'Etat consommé, jouissant d'une gloire parlementaire incontestable.il était universellement reconnu comme un chef politique d'une rare habileté. Libre d attaches actuelles, indépendant vis-à-vis de tous les partis, il convenait à merveille pour être à la tète d'un pouvoir transitoire, d'un réf^nme qui « diviserait le moins ». Son pèlerinage diplomatique à travers l'Europe, son rôle de mendiant auprès des souverains, sa mission inutile et ridicule de quêteur de commisération pour la France, ou, en guise
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d'appui, de secours, il n'avait récolté que des paroles de condoléance et d'espoir, et encore pas dans toutes les cours, avaient rajeuni sa vieille notoriété. On lui savait gré de sa tentative vaine. On lui accordait un prestige en Europe. Il passait pour le seul homme politique français ayant du crédit auprès des souverains. On ne voyait plus en lui le ministre de la monarchie de Juillet, le conspirateur de la rue de Poitiers, qui avait facilité et paru un instant excuser le coup d'État; on oubliait son opposition funeste à une attitude énergique de la France lors de l'agression de la Prusse sur les duchés, son obstruction aux mesures protectrices au lendemain de Sadowa, ayant sans doute déconseillé la guerre, mais ayant aussi tout fait pour empêcher de s'y préparer; on saluait en lui l'homme du jour, le sauveur présidentiel, celui que la France attend toujours aux heures de crise, et qu'elle accepte les yeux fermés, quand elle s'imaginel'avoir vu surgir dans l'effarement des désastres. Avec lui la continuation de la guerre n'était plus à redouter. D'où son succès, surtout auprès de Bismarck et des ruraux.
Cette paix, qu'il avait inutilement implorée de l'Europe, sourde et indifférente, il l'obtiendrait de l'assemblée ravie de la lui accorder. M. Thiers passait pour persona grata auprès de l'empereur d'Allemagne ; il s'entendait à mer- Teille, disait-on, avec le Chancelier. C'était donc l'homme indispensable, le bouclier contre les périls possibles, l'adversaire de la résistance, et aussi un sûr défenseur de l'ordre social contre les entreprises des socialistes, l'ennemi de ces groupements ouvriers de l'Internationale et de ces communards, que déjà les esprits perspicaces devinaient sous l'uniforme des gardes nationaux réclamant la guerre à outrance. Il n'y avait pas à hésiter pour l'élire. L'Assemblée Nationale devait se hâter de mettre à la tête du pouvoir
nouveau, qui sortait des ruines de la patrie, ce petit homme grandi par le suffrag-e de vingt départements, dont la Seine.
Alors commença la troisième existence de M. Thiers. Thiers, Monsieur Thiers, comme il libellait son nom sur ses cartes de visites, comme il s'annonçait, et comme le désignaient toujours les journalistes, les hommes politiques, était un personnage complexe et mobile, un aventurier d'une espèce particulière, et le condottiere d'une caste nullement guerrière. Ce terme de « Monsieur », qu'on lui appliquait, et qui lui est re.sté, devenu presque inséparable de son nom, comme un surnom, comme un titre et une qualité, — tel qu'on écrit lord Byron, Dean Swift, Don Carlos, le bailli de Suffren,— fut avant tout, et par- dessus tout, l'homme delà Bourgeoisie, son avocat, son financier, son historien, son général, son .souverain, son héros, son dieu. A l'origine, un tout petit bourgeois, un fils d'artisan parvenu. Il avait obtenu une lx)urse, et put faire de bonnes études au lycée de Marseille, puis à la faculté d'Aix. Louis- Adolphe Thiers avait dix-huit ans lors de l'écroulement de Napoléon. Il conserva toute sa vie l'éblouis-sement de la chute de l'astre impérial, et cependant sa politique, ses idées, .ses goilts, sauf la combativité et l'amour du militarisme, l'éloignèrent toujours de l'idée césarienne, du despotisme napoléonien. 11 était, malgré son autoritarisme personnel, beaucoup plus rapproché de ces idéologues que détestait Napoléon, et qui lui rendirent bien, à l'heure de la défaite, la haine qu'il leur avait manifestée.
Plus âgé alors, et membre de la Chambre de i8i4, M. Thiers eût certainement conspiré avec Laine, Destutt de Tracy et autres bourgeois libéraux; il eût, avec eux, précipité la chute de l'empire, signé la capitulation de Paris. Il procédait de l'école des whigs anglais. Son idéal gouver-
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nemental était la monarchie constitutionnelle, non pas celle de Louis-Philippe, ce roi (gouvernait trop à ses yeux, mais le régime de la Grande-Bretagne, où le monarque n'est qu'un fantôme décoratif, une idole signante et présidante, dont ileût été le Pitt, le Palmerston, le Gladstone. Même quand le désarroi, rimi«ss.l.ilité de faire place nette à un prétendant, et la soumission du pays républicain, eurent fait de lui, après Ihémorrhagie de .871, un souverain presque absolu, car il régnait en despote à 1 aide de la menace double de la démission et de la rupture de la sécurité vis-à-vis des Prussiens, il ne devait pas trouver satisfaisant le ré-ime dont il était devenu la clé de voûte. La solidité, la ré^nlla.■ité faisaient défaut ; le manque de contre-poids parlementaire le choquait surtout, comme un vice de construction capital, dans cet cdilice hâtif, bal. sur des décombres, en présence de l'ennemi, au lendemain d'une formidable insurrection. Sa présidence lui apparaissait alors comme trop monarchique, et l'assemblée unique, une sorte de Convention rose, pas assez constitutionnelle. ...
Pourvu d'une exceptionnelle capacité de travail, 1 intelligence ardente, l'ambition surexcitée, la mémoire ornée, et l'esprit doué d'une incomparable puissance d'assimilation, le jeune Marseillais, dès ses premiers pas, courut au succès, son but, son proE^ramme, sa foi, sa religion, du commencement à la fin de sa carrière. Peu scrupuleux, il n hésitait pas à violenter la fortune. Ses premiers essais en fournissent la preuve. H avait en, tout jeune, une aptitude pour les lettres, servie et développée par son excessive fac.lit^ d'expression, et une intelligence ouverte, toujours en éveil. Comme J.-J. Rousseau, comme Proudhon, il débuta en lauréat dans un concours académique. L'éloge de Vauvenargues, l'officier moraliste, avMt été mis au concours par
niSTOinS DE LA COMMUNE DE 187I
l'Académie d'Aix. Le jeune étudiant, pour avoir plus de chances de réussite, écrivit deux mémoires, en ayant le double soin de traiter le sujet d'une façon différente, et aussi (le changer l'écriture. Il obtint le prix et l'accessit. Voilà qui promettait un gaillard âpre à la renommée, avide du butin de la gloire, et ne négligeant rien pour les acquérir. Son droit achevé, il vint à Paris, se lia avec Mignet, connut Manuel, et, par ce dernier, entra au Constitutionnel. Là, protégé par le banquier Lalfilte, il devint un des brillants publicistes de l'opposition. Ses facultés de vulgarisation, d'improvisation, dont, par la suite, il devait fournir tant de preuves à la tribune et aux affaires, le servirent à souhait dans le journalisme. Animé d'une fièvre de travail extraordinaire, le jeune publiciste, en sortant du journal, s'attablait à une œuvre de longue haleine : l'Histoire de lu Révolution Française.
Cet ouvrage est loin d'être parfait. Il a été depuis dépassé, et l'on possède sur la même époque des histoires plus vibrantes, plus passionnées, plus sincères, plus hautes de conception et d'exécution, d'une philosophie supérieure aussi. C'était surtout une nomenclature de faits, son travail comportant une analyse du Moniteur, et un résumé des séances, avec une description, minutieuse et souvent fastidieuse, des opérations militaires. Mais les événements de la Révolutiou étaient rarement dénaturés. Si l'esprit et lesopinions de M. Thiers alors le rapprochaient deshommes de 89, des Girondins, il ne fut pas, de parti pris, hostile aux Montagnards. Il ne fit pas des Robespierre et des Saint-Just des démons, ni des thermidoriens des anges. Les volumes de la Révolution Française eurent un vif succès. Cet ouvrage fit mieux connaître les révolutionnaires, contribua certainement à leur graudlssement devant la postérité, et détruisit, dans l'opinion bourgeoise, beaucoup
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des légendes ridicules ou infâmes propagées par les libel- ^^tZi:2;ae .8.0 survint,, laquelle Th^s^vai. contribué, en rédigeant la protestation paruedans le Natto ;:/, au lèndemain^des ordonnances. U ^f «---~ nommé conseUler d'État, puis élu député à A>x. d v nt n^inistrepour la première fois au départemen de e rieur, le . . octobre i83.. sous la présidence ^^ --^f^l Soult. Il quitta l'intérieur pour le commerce, à la suite fa'épro Juion, soulevée par la peu noble négociation av c juS Deutz, qui, pour cinq cent mille francs, -ait ivre a la police la duchesse de Berry, dont il était 1 amant. Se, alter natives de pouvoir et d'opposition, - ministères Guad Mortier, Ba'ssano, Guizot, Mole. - le conduisirent juqu à la veille de la campagne des banquets, précédant la chute de Louis-Philippe. Elu par troi.s départements en 848, Gironde, Mayenne, Orne, il ne cessa de conspirer contre le gouvernement républicain. Quand le prince Lou s-N po féon fut élu à la présidence, il continua ses complots dan un sens monarchique. U eut l'honneur ^ être arrête au a décembre, et fut conduit à la fronliere,au pont de Ivehl. Il ne tarda pas à rentrer en France, et, retire de la politique, il se consacra tout entier à son grand ouvrage : imstoire du Consulat et de f Empire, qui lui valut une dmablc réputation dans la classe moyenne. Cette vaste compilation n'est pas sans intérêt. Elle fournit en abondance les renseignements et les fa.ts. Napoléon est jugé avec enthousiasme souvent, mais son rôle de législateur d'administrateur, est justement mis en lumière. Cette histoire copieuse a certainement conserve a notoriété et accru la force morale de M. Thiers sur la bourgeoisie L'écriture est gardienne de la vitalité des hommes. S il paraissait à la génération de i868 et de 1870 toujours
HISTOIRE on LA COMMUNE DE U
contemporain, toujours jeune et utilisable, le publiciste de i83o, le ministre de Louis-Philippe, le comploteur de la rue de Poitiers, c'est à ses travaux d'historien, à sa publicité d'auteur du Consulat et de l'Empire, qu'il devait ce rajeunissement et cette permanence de la renommée.
II était, comme politique, un homme du passé pour notre génération, pour les hommes qui avaient ving-t ans, au moment du réveil de l'esprit républicain, sous l'empire, c'est-à-dire vers les élections de 1869. Il délaissa ses « chères éludes », et vint solliciter les suffrae;-es des Parisiens, dans ladeuxiôme circonscription, Passy-BatignoUes. Il ne se présenta pas comme républicain, mais simplement comme candidat d'opposition. Il y avait un candidat officiel, M. Devinck, chocolatier riche et membre de la commis, sion municipale parisienne. Le candidat des républicains était d'Alton-Shée, ancien pair de France, grand seig'neur appauvri, affirmant des idées très démocratiques, et qui adhérait au programme de Belleville, credo républicain du temps. M. ïhiers fut élu. Sou rôle au corps législatif fut assez effacé, sauf au moment de la déclaration de S"uerre. II prédit les malheurs qui s'ensuivraient, s'il n'était pas écouté, et il ne le fut pas. Il ne pouvait g-uère l'être. La France, trompée, persuadée que l'armée était forte, invincible, qu'on était prêt, et en même temps frémissante sous l'insolence de la Prusse, manifestée par les dcpôchesd'Ems falsifiées et communiquées à toutes les chancelleries, approuvait à grande majorité la g'uerre, et criait : à Berlin ! Le cri était fait d'içnorance, de sincérité, et de patriotisme. On sut gré à Thiers de ses prévisions pessimistes, par la suite, et le malheur prédit donna crédit au prophète.
Tel, à l'heure douloureuse où il s'agissait de traiter de la paix ou de la g'uerre, et de restituer à la France une org'a-
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nisalion des finances, une police, une administration où il
; des Chômages, issus de Hnvasion, apparaissait le uou veau chef du pouvoir exécutif. . „ ^vait de l'oi-
Ah 1 l'ondoyant, le divers petit homme ! Il «Na t cl. ox
„e jamais tomber; «H- l'--P-^«*^°^ fT-fll fde a Getie mobilité perpétuelle se retrouve ^ ^^^ ^ ^ " ^f J, vie Ce contraste permanent qu'il portait en lu. existait
doux; un feu paisible rayonnait sous ses lunettes sa ligote laisséi ouverte semblait la robe de cbamb du savant. Tel .1 était, avec ses vieux commensaux letties Barthélémy Saint-Hilaire ou Mi.net. ^^^^^^^^^ un mot, une répartie, un rien, transposaient la UUude,^e sou de voix, le fçeste. Le petit homme se ,-dres.aa. La redingote tout à coup strictement boutonnée s e^^orçait de "'mfre les pbs du bron^. Et. la tète en arrière la mam ïnlZl, la parole brève, parodiant, devant la cheminée Nap roù à Austerlilz. le savant paisible de tout a 1 heure î^, at^t général au coup d'œil d'aigle. 11 franchissait l^ LnU, passait les fleuves, tournait ^es posiUons. ea^eva les défenses, batuit l'ennemi et sauvait la France, tel u t\'iuaita.;cSoultouJomini.Toiit.sav.etutains.^^^^^^^^^
un vaste kaléidoscope que les événements faisaient tourner.
Iiicai)able d'une grande pensée, parce que, selon le délicat et sympathique Vauvenarg-ues,dont il avait analysé les sentiments, sans les comprendre, et décrit les modestes vertus, sans les imiter, ces pensées-là viennent du cœur, et il n'y avait que de la tête chez lui. Il n'eut jamais une idée généreuse, jamais une pensée larg-e, dépassant le cercle restreint des préoccupations mesquines et des intérêts immédiats. C'est par cette sécheresse de cœur et par cette petitesse de cerveau qu'il charma et conquit pour toujours la bourg"eoisie.
Qu'il l'aimait et qu'il la courtisait cette bourgeoisie dans laquelle il n'était pas né, mais au sein de laquelle il avait acquis droit de cité ! Il haïssait l'aristocratie, qu'elle vînt des hasardeux privilèg-es de la naissance, ou du légitime avènement du talent. Il exécrait le peuple. Il l'a d'abord insultée, notre patiente et laborieuse population ouvrière et paysanne, en lui refusant ses droits électoraux ; il l'a appelée « vile multitude ». Mais les paroles ne suffisaient pas à assouvir sa haine de fils d'ouvrier parvenu; par la suite, il a ag-i. De la rue Transnonain aux tranchées du Père-Lachaise, les ossements blanchis des travailleurs peuvent témoig-ner de l'énergie de son action, et de l'âpreté de son animosité. Il agit aussi sur la classe moyenne par l'abondance de sa parole, la clarté de ses expositions, la facililéavec laquelle il citait les chiffres et la souplesse qui lui servait à manier les faits. Il ne fut jamais un g-rand orateur, dans le sens sonore et théâtral que la mémoire des hommes attache à ce terme. On l'a quaiiOé de Mirabeau- Mouche. Il fut plutôt le Danton du juste-milieu, car il effraya souvent, par son audace mesurée, ceux qui l'admiraient, et il leur parut certaines fois bien hardi, par exemple lorsqu'il affirma qu'un pays pouvait vivre et prospérer sous la forme de la République. Il est vrai qu'il permettait
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d'.iouter ce correctif: à condilionque cette république 1 eût p^u rLident. H avaitla grande force, à la tr.buoe, après s'ê"re renseigné etdocumenté auprès des gens es plus compétnt d'éfucider les questions obscures, et de fa.re comprendr , au moins versé dans les doctrines économ.ques e dlns les choses de finances, les difficultés budgétaires , d Jraltail tout ce qui se rattachait aux impôts avec part.-pr.s, Tail avec une passion lucide qui charma.t ses auditeurs "déconcertait ses adversaires. Et pu.s, adm.rable resur e dans les assemblées parlantes, dans une démocra ie oratoire où l'on conduit les hommes avec des phrases, ex Hait dans l'art du lieu commun. Il était mcomparabl comme le héros de Henri Monnier, avec qm .1 eut plu's d'une ressemblance, au physique et au mora lorsqu'il s'agissait de débiter magistralement desnens. 1 montai avfc cela des goûts médiocres qui P^-ent a ses congénères. Il aimait le bibelot de cabinet et le bronze d étagère. Il avait su acquérir la fortune et administrait sa 1 son en bon père de famille. Ilavait un valet de chambre Tr^é démontrer au.x électeurs inQuents nonl'alcôve congal. comme chez le roi Louis-Philippe, maislnrmo.re i?M-ïhicrs serrait ses confitures. La popularité bourgeoise est faite de ces niai.series.
^ Tour à tour combattant la démocratie ou a réaction selon qu'il monte au pouvoir ou qu'il en descend, on le vort en ,830, préparer la Révolution populaire, puis, quand elle éclate chercher à l'étouffer, irincen Jia.ro devenu pompier il résiste à Godefroy Cnvaignac et à ses amis de a veille qui réclament la République, et fait accoucher la Révolution en travail de cette souris difforme et ridicule : la monarchie de Juillet. Plus tard, le peuple, a bout de patience, vovant renaître de ses cendres l'ancien despoisme roval se pkint, réclame. On ne l'écoute pas. Il court aux
armes. On est en avril i834. Monsieur Thiers détient le pouvoir. L'occasion lui est propice d'assouvir pleinement son goût pour les répressions inexorables ; Ljon et Paris furent ensanglantés. Il devait, par la suite, effacer avec plus de sang- les souvenirs lugubres de la Croix-Rousse et de la rue Transnonain. Il était animé d'un fonds d'indifférence cruelle et de férocité souriante, dont il fit montre à plusieurs reprises. II apporta une -certaine crânerie dans ses premières répressions. On le vit, lors de l'insurrection de i834, aller aux barricades, comme à un spectacle.
Nous le verrons, en mai 71, suivre avec passion, de son cabinet de Versailles, la marche des régiments sur Paris, prêter l'oreille avec ravissement au grondement dii canon, et se passionner pour les opérations stratégiques, qu'il voulait diriger lui-même, reprenant et surveillant les généraux. Il se croyait un grand tacticien. Ses études de batailles pour son histoire du Consulat et de l'Empire l'avaient familiarisé avec les termes, les procédés, les cartes de l'art mihtaire. Il profitait delà terrible occasion qu'il avait d'exhiber son érudition. Son rêve n'était réalisé qu'à demi. Sa taille et sa tournure grotesque lui interdisaient de passer des revues à cheval, et en uniforme. Ce fut une amère souffrance pour lui. Il avait beau se dire que Napoléon n'avait que quelques pouces de plus, il ne se risqua jamais à commander et à parader en personne, à la tête des régiments. Il se rattrapait dans le généralat en chambre. Cette passion des choses de la guerre, cet amour de la stratégie furent pour beaucoup dans la frénésie qu'il apporta à prendre Paris d'assaut, ai)rès l'avoir bombardé, avec une sauvagerie que les Prussiens même n'avaient pas montfée.
M. Victor Lefranc, dans son rapport, en énuraérant rapidement les titres de l'homme qu'on présentait pour être
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• .,.i du oouvoir exécutif et de la présidence du conseil Itntr ne .an.ua pas de .appeler l^eureuse .s niralion qu'il avait eue, trente ans auparavant de or ifaer Ci M Tbiersne devait pas tarder, en s irnlant de la r T l. .IPs Parisiens, pour la seconde fois assièges, à
étaient une arme défensive à deux tranchants.
Dura^ la période difficile et confuse qui suivU 1 armis-
u'iÛ e T ptil contre V.»l.le.. il « „r.a.. d„n.
'°"n;if.it:"n:r; .et .ï.;.: i»". ru». c„»in-
~ cs.r.t<ièlaC,m„.„«edePari»«aitu„,v,^ „T„ pou e. Communes doFr.oce. L'h.bje peu homm , TSm 11 .lissimul. jusqu'à 1. dero.te m>u„te le» .lit commises fend.utla lulle, a,ec soo .ppcob.l.on, : 1 remit, jusqu'à T»"* do Mac-M.hou dau. P.m. ,'i semou rirait clémeul, et ne frapperait que les ass.s-
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premiers jours qui suivirent sa fuite, c'était pour arrêter l'élaa secourable des provinciaux républicains, pour leurrer les Parisiens indécis et modérés, pour donner le temps d'arriver aux renforts des prisonniers de g^uerre, dont il sollicitait des Allemands le rapatriement. Quand il eut sous la main toutes ces troupes sûres, irritées, disposées à cog'ner dur sur les Parisiens républicains et gucrrojeurs, il jeta le masque conciliateur, et dit à l'assemblée, soumise et consentante : « Dans huit jours, il n'y aura plus de dang-er, la tâche alors sera à la hauteur du courage et de la capacité des impatients qui me reprochent d'être trop lent à prendre Paris. Qu'ils se rassurent : je serai impitoyable ! » Et il le fut. Que de .sang sur la redingote marron de cet homme, qui combina et résuma, dans son corps exigu, trois personnages énormes, types légendaires de la ruse, de la cruauté et de la sottise prétentieuse : Louis XI, Néron et Joseph Prudhomme.