TRADITIONS DE LA COMMUNE
La Commune I... Le nom est ancien, mais sa définition et son interprétation ont varié. Dans l'acception moderne, on l'entend d'abord, et spécialement, comme désignation de la période d'histoire contemporaine, allant du i8 mars 1871 au 2a mai de la même mémorable année. Plus généralement, dans le langage politique, comme dans la mentalité populaire, c'est la dénomination théorique d'un état révolutionnaire, à tendances libertaires, à manifestations anarchiques,mais encore inexpérimenté, et jusqu'à présent repoussé par la majorité, comme chimérique ou dangereux, dont la propriété collective, la mise en commun des biens naturels et des instruments de production de la richesse, avec le nivellement des classes et l'équivalence du travail et de ses fruits, formeraient la base positive, le bénéfice matériel.
Donc, l'avènement, le triomphe du prolétariat. Dans le passé, la « Commune » eut une signification plus restreinte, toujours avec un caractère de révolution, de substitution d'un régime plus égalitaire, plus équitable,
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plus populaire, aux tyrannies seigneuriales, royales ou épiscopales,sous lesquelles souflFraient les peuples. La Commune fut l'avènement, le triomphe de la bourg-eoisie, des gens des bonnes villes.
Ce ne fut pas une révolution exclusivement faite au profit du Tiers-État, bien que cet ordre ait recueilli tous les avanlao-es de l'idée communaliste. Ce mouvement des communes, aux xn« et xiii° siècles, fut d'abord exclusivement urbain. Il prit un caractère municipal et laïque, autant que cette dernière qualification peut être employée, quand il s'agit d'une époque où les insurgés étaient tous croyants et pratiquants, où la fréquentation des sacrements et le respect des commandements de l'Eglise dominaient les consciences et dirigeaient les mœurs. Les « Communards » du passé étaient les adversaires des puissances ecclésiastiques, mais non des puissances célestes. Le dogme n'était pas discuté, en dehors de la casuistique et des théologiens. L'incrédulité eût été une expression vide de sens, confondue avec l'influence diabolique. Les plus violents révolutionnaires de ces temps religieux, les bouchers de Paris, compagnons de Caboche, étaient tous de fervents catholiques et de pieux paroissiens. Les habitants des bonnes villes avaient voulu se soustraire àla domination etaux exactions des seigneurs, surtout des seigneurs évoques, ils n'entendaient nullement combattre la foi et s'émanciper de la tutelle spirituelle. Leur association et leur révolte eurent pour conséquence, non pas un groupement de libres-penseurs, espèce inexistante alors, insoupçonnée môme, mais l'entrée en scène d'une classe nouvelle, inconnue du monde ancien comme de la féodalité germanique, qui s'était lentement formée au milieu de la désagrégation de l'empire romain et des bouleversements produits par l'invasion barbare. La victoire de ce nouvel ordre social fut la rccompen.se de sou énergie.
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Ces liommes neufs, ces citadins qui n'étaient point propriétaires (le fiancs-alleus, mais exerçant des métiers que la civilisation anti.jue confiait aux seuls esclaves, devenus nombreux et riches dans le refug-e des cités, persistèrent à réclamer l'administration de leurs bonnes villes, arec le pouvoir de veiller à la sécurité, à l'indépendance de l'enceinte urbaine; ils revendiquèrent aussi le privilèg-e de nommer leurs magistrats et de s'assembler en armes, au son du beffroi. Ils ont obtenu, ou plutôt ils ont conquis, tous ces droits. Ils ne surent les conserver. Leur défaite fut le résultat de leurs divisions, et de l'accroissement moral et matériel du pouvoir royal, auquel ils contribuèrent ; ce fut leur œuvre par haine et crainte des seigneurs.
Le mouvement communaliste du mojen-;%e fut à la fois provincial et parisien. Si, en chaque bonne ville, le soulèvement demeura contenu dans les limites des murailles, l'exemple, l'imitation, la propag-ande du succès répandirent rapidement et simultanément au dehors l'esprit et le réçime de la Commune. La royauté ne fut pour rien, ou ne fut que pour peu, dans l'établissement des Communes en France. Elle supporta ce qu'elle n'avait pu empêcher, et dut -sanctionner ce qui avait été institué sans elle.
C'est une erreur historique que d'attribuer à un roi, tel que Louis VI dit le Gros, « l'affranchissement des Com. munes ». Cette formule, qui a cours dans l'enseignement universitaire, semblerait indiquer qu'un beau matin, par un caprice ou un sentiment généreux, le monarque, en s'éveillant, aurait signé un édit aux termes duquel les Communes étaient déclarées « affranchies «. Tel Caracalla au début du troisième .siècle conférant le droit de cité à tous les habitants de l'empire. Le roi, à l'époque de cet affranchissement, n'avait qu'une autorité très limitée, et le royaume ne comprenait qu'une portion très restreinte du territoire des-
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tiné à devenir la France.Les Communes se sont aflranch.es toutes seules. C'est l'insurrection, c'est la force dos armes la solKlilè des murailles, la vigueur de la vo>x de méte appelant de la tour du beflroi les bourgeois à 1 assemblée populaire, c'est aussi l'entente et l'enthousiasme mun.c.pal des corps de métiers, unis aux artisans, au peuple, qui fondèrent, défendirent et maintinrent, pendant deux siècles, la liberté communale. Dans un grand nombre de v.Ues, principalement dans la région du Nord, car dans beaucoup de cités du Midi les traditions du municpe romain s étaient perpétuées, les Communes s'établirent, prospérèrent sans V oTences, Lans eflusion de sang. Il y eut, dans certaines contrées, des pactes conclus avec les seigneurs, surtout avec es seigneurs épiscopaux. comme à Noyon. Moyennant fiLce!,des chartes communales furent octroyées. Les Croisades, et l'appauvrissement des nobles qui en fut la conséquence, facilitèrent ces transactions. TaTommune était en soi une idée chrétienne Le mo venait du vocabulaire apostolique. Commune a pour étymo Lïï Communauté. C'était l'application au gouvernement driacité au régime social, du principe égalita.re et fratne quravair régi les premières associations des discipTesd Christ. On les appelait des communaut s,ces groupements de la primltiveEglise. Ce fut aussi le nom sous Cl on désigna les associations bourgeoises, à leu^ débuts Les Communes disparurent, comme organismes locaux comme centres autonomes, quand le pouvoir cen- Tse fortifia ;elles furent étouffées par la couronne pesant sur el e abso;bées par l'autorité royale grandissante L unification des lois, la centralisation des services publics, la Lnentration entre les mains du roi, de ses conseï s e^s parlements, de ses baillis, sénéchaux et prévôts, dej adnnnistration, des impôts et de la défense du royaume, sup-
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primèrent en fait les Commuaes. Mais, jusqu'à la révolulion française, jusqu'à nos jours, l'esprit communal s'est perpétue, et son action s'est manifestée, sous la forme politique du Tiers-Etat, sous la forme sociale Je laBourj^eoisie.
Aux heures tragiques, quand le territoire était envahi, ravag-é, au lendemain du désastre de Poitiers, quand il n'y avait plus ni roi, ni chefs, ni armée, ni finances, ni rien, quand la France paraissait se dissoudre et semblait menacée de disj)arattre, sans avoir eu sa destinée accomplie, ne laissant qu'une trace, confuse et sans g^loire, dans la mémoire des hommes, ce fut à la Commune que revint la tâche de ranimer les cœurs et de prouver que la France n'était pas tuée. Un petit groupe d'hommes veillaient. S'ils ne connaissaient pas encore cette magnifique expression : la Patrie, ils en devinaient du moins la force et la beauté. Ils lui donnaient le nom de: Commune. Il y eut donc alors, au XIV* siècle, des patriotes, sans qu'on sût dénommer et expliquer le patriotisme. Introuvable encore dans les écrits, dans les discours, dans les chartes et les délibérations, ce mot de Patrie, qui date de Jeanne d'Arc, existait sonore et vibrant, dans le cœur des énerg-iques Parisiens de i5ô-], fondateurs de la démocratie française, républicains de la première heure, groupés en Commune autour de leur audacieux et intelligent prévôt des marchands, le précurseur Etienne Marcel.
A toutes les époques de crise, le peuple de Paris cria : Commune ! comme on crie : au secours ! Toutes les insurrections parisiennes aboutirent à l'établissement, plus ou moins durable, d'un pouvoir communal, plus ou moins révolutionnaire, à l'Hôtel de Ville.
Sous la Révolution française, la Commune de Paris fut fortement patriote, républicaine autoritaire, avec une indifférence religieuse, opposée à la sentimentalité déiste de la
maiorité de la Convention. La Commune de Pans gr.ève- 3 atteinte parle procès des Ilébertistes .ut defin.Uve- Int vaincue lu neuf Thermidor. Sa défaite fut colle de
^^ïat:;:^n de la Commune s'était perpétuée dans les dernières années du second empire, et la jeunesse blanquiste s'efforçait d'en révoilier le souven.r, d en imposer 1. îetour en mettant à profit les circonstances. L essai malheur^ de la surpris; du poste de la ViUette, aux debu s de la cuerre, et l'échauffourée du 3i octobre ne découragèrent pas ce parti, peu nombreux, mais singulièrement actif, dont iCrgie et'lf tactique se retrouvèrent lors de la tentathe du 2. janvier i8,i, et préparèrent, dans les comités de ; ollance et au Comité Central, le mouvement d or,a nisation révolutionnaire, qui permit de mettre à profit la surprise du Dix-Huit mars.
La minorité insurgée, duiant ces uivers j réclama la Commune et, dans la dernière, réussit a 1 eta-
^^ La Commune résumait alors les aspirations contradictoires, antagonistes souvent, ^^^^^^^^^^J^^^ Z^ 1 ..;tiPtnrmé Son nom seul suffisait a indig-ner
^ n;rnt:; r:ontre-révolutionnaires en mémetemps au^il rassurait et satisfaisait des opinions diverses on pourrai d des partis différents. La répulsion des adversaires de tout gouvernement vraiment démocratique pour la Comminf ne date pas des événements de 1870-7.. Au Mo?erA.^e Guibert, abbé de Nogent, qu. a laissé la Squedela révolution communale de Laon qualifiait
dvTrlble» la Commune et ses partisans:» de execra- « d extcrable 1. ^^^^ ,g^ ^^^^^