V.illbus communie! illis
■ ^n P-rind mouvement municipal, de nom-
LE DIX-HUIT MARS
de termes à côté, injurieux ou méprisants. C'était, pour la désig-ner, « la conspiration >),ou bien « la trahison », ou encore « la perfidie ». Les membres de la confédération bourgeoise étaient qualifiés de « ramassis de jeunes scélérats, ayant fait (à Vézelay) un pacte contre leur évêque, d'une modération et d'une piété si grande, « aggreg-ata que sibi maximasceleratorum juvenium multitudine, pacli sunt sibimutuo foedus sceleratœ conspirationis adversus œquissimi moderaminis et ing-enita pielatis dominum suum... », Les pieux narrateurs énuméraiont, avec horreur et complaisance, toutes les violences qu'avaient pu commettre les révoltés : résistance aux outrages des gens de l'évèque, aux exactions des grands seigneurs, refus de se laisser désarmer, rassemblement, donc rébellion, au son du beffroi, construction de tours et de remparts pour se protéger et meurtre de gens d'armes, envoyés pour les tuer ou pour les capturer et les conduire au château, où la torture, les oubliettes, et la mort les attendaient. Naturellement, ces ennemis de la Commune se gardaient bien de mentionner, en leurs chroniques que les historiens ont recueillies, copiées et tran.smises, les atrocités des chevaliers, vainqueurs (le l'émeute. L'impitoyable répression qui suivit partout la défaite des bourgeois, ces ancêtres de nos Communards, devint, sous leur plume servile, car ils écrivaient sous l'œil des abbés et à la solde des châtelains, la juste punition d'une révolte impie, le châtiment mérité d'une rébellion scélérate. La lecture des journaux de 187 1 contient des récits aussi exacts, des appréciations aussi impartiales.
La Commune moderne est pareillement demeurée, comme un épouvantail et une honte, aux yeux de beaucoup de nos contemporains.
Ceux qui, dans un but électoral, ou par prudence, par-
5^ lilSTOIBE DE LA COMMUNE DE 1 87 1
fois par lâcheté, el souvent par soumission moulonnière, font des amabilités publiques aux partis les plus avancés, affectent cependant une grande réserve, quand il s'agit de la Commune de 71. Pas un des radicaux de 1910, aux sonores déclarations devant les électeurs, n'osa faire, non pas l'éloge, mais la mention delà Commune. On peut consulter le « Barodct » de ces dix dernières années, il est muet à cet égard. Aucun de ces courtisans populaires n'eut l'audace, ni la sincérité, de réclamer plus d'impartialité, et aussi plus de justice, pour ces hommes de 71, sans lesquels beaucoup des élus de 1910 ne seraient certainement plus républicains. Le nom même du régime est dissimulé- Il ne fait pas partie du vocabulaire convenable, entre politiciens. On gaze comme un gros mot, à la tribune, dans les journaux, le terme de Commune. Ceux qui l'impriment et le prononcent le font avec une intention visible d'injure, de mépris ou de dédain. L'épithète de <- Communard » avec sa désinence péjorative, est un outrnge. On l'accole au nom des survivants, comme une flétrissure. Les plus indulgents le prononcent avecune hautaine pitié, cherchant l'excuse. Pour les vaincus de 71, la proscription a cessé dans les faits, elle dure encore dans les écrits, dans les discours, dans les programmes, dans les conversations, dans les] idées, dans les esprits. On tolère, en certaines occasions, qu'on parle de cette époque autrement qu'avec haine et parti pris, mais orateurs et écrivains doivent mesurer leurs termes et peser leurs paroles. Le cri de : vive la Comm-une ! est demeuré séditieux.