‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 41 sur 107 · SÉANCE DU PREMIER MARS · texte numérisé non relu

SÉANCE DU PREMIER MARS

L'inoubliable et désastreuse séance du t« mars s ouvnt à midi trois quarts. Comme la veille, les galènes étaient bondées. Les mCmes femmes élégantes étaient venues là, comme au spectacle. On se montrait, avec la même curiosité les personnages marquants de l'Assemblée, et les notabilités du corps diplomatique.

Au début de la séance, plusieurs pétitions et protestations contre tout démembrement du territoire furent déposées Un député. M. Girod-Pou^.ol. du Puy-de-D^m^' ava.t envoyé Si! démission au président avec celte declarat,on significative : qu'il ne pouvait accepter le traité, mais que, ne voulant pas aller contre le vœu deses électeurs, .1 préférait se retirer. Les électeurs de l'honorable arverne étaient sans doute plus raisonnables, plus prudents que leur représentant, mais les motifs de la démi.ss.ou de M. Girod-

HISTOIRE DE LA COMUtlNE DE K

Pouzzol étaient éminemment nobles, et la loyauté de son action mérite l'estime.

La parole fut donnée à M. Victor Lefranc, rapporteur de la Commission.

Le rapporteur déclara que la Commission avait accepté, sans aucun changi-ement, les préliminaires de paix: « L'honneur de la France est sauf, ajo'.:la-t-il, au milieu de vives protestations. Pour le présent, il s'agit d'arrêter le fléau de l'invasion ; pour l'avenir, la France saura réparer ses pertes, si elle sait profiter de l'expérience du passé, ne plus se jeter dans les révolutions et ne plus se réfugier dans le césarisme. »

Il termina en adjurant l'Assemblée de voter le traité :

Vous pouvez ne pas ratifier ce traité, dit-il, vous pouvez renouveler la lutte, mais si vous refusez, c'est Paris occupé et la France entière envahie. Dieu .sait avec quels désastres! Nous vous conseillons donc de ne pas vous abandonner au parti du désespoir. Quoi qu'il arrive,la France conservera le droit de maintenir sou action dans le monde !

Ces phrases banales soulèvent d'héroïques et vaines protestations.

Edg-ar Quinet succède au rapporteur. L'émiuent historien-philosophe jouit d'une certaine autorité dans les ran^s des républicains. La majorité de l'Assemblée l'écoute avec déférence.

Il affirme que la France est rentrée dans la République pour n'en plus sortir, et qu'elle porte encore l'avenir du monde sous l'égide républicaine. Il proteste contre l'obligation de faire servir une Assemblée nationale à démembrer la nation. Le suffrage universel de la nation détruisant la nation elle-même, c'était inique et absurde.

LE DIX-HUIT MAUS 2O9

Envisageant la cession des deux provinces, l'illustre aulcar du Génie des Religions s'écrie éloquemment :

L'Alsace et la Lorraine font partie intégrante de la France. Vous n'avez pas le droit de dire à des compatriotes : Vous Oies Français aujourd'liui, demain vous serez Prussiens. Sur quoi se base l'Allcmague pour prendre nos provinces françaises ?

L'Alsace cl la Lorraine ne sont pas des positions agressives contre l'Allemaguc, c'est évident, et la çuerre actuelle l'a démoulré. . .L'Alsace et la Lorraine sont les boulevards de la France ; ôlez-les lui et l'ennemi débouche dans les plaines de la Marne, d est le maître de Paris. La Prusse veut non pas notre déchéance, mais notre anéantissement. Nous devons donc repousser le traité de paix, puisqu'il détruit le présent et l'avenir de la France. »

Page 1