‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 44 sur 107 · LE VOTE · texte numérisé non relu

LE VOTE

M. Thiers ne répondit qu'évasivement aux questions, si nettement et si hardiment posées par M. Keller. Il demanda d'abord quels moyens on lui fournirait pour continuer la guerre. Il se donna un certificat de satisfaction : « J'ai conduit, dit- il, les négociations avec tout le patriotisme dont j'étais capable; j'ai lutté de toutes mes forces pendant des jours entiers; je n'ai pas pu faire mieux que j'ai fait. »

Il servit ensuite son argument favori, qui consistait à offrir sa démission. Il devait revenir, tant et si souvent à ce moyen d'enlever un vote qu'à la fin, le 24 mai 1873, il lui arriva d'être pris au mot. Mais alors l'argument était neuf et solide, n'ayant pas servi plus de cinq ou six fois. L'idée de perdre M. Thiers apparaissait à la majorité comme aussi épouvantable que la continuation des hostilités.

Aussi, quand M. Thiers ajouta : « Si vous croyez pouvoir obtenir de meilleures conditions, envoyez d'autres négociateurs, vous me rendrez un grand service, vous me soulagerez d'un poids accablant », l'Assemblée protesta. M. Thiers continua à engourdir le peu d'énergie restant aux ruraux, en affirmant qu'il ne doutait pas de la force

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de la France, que l'enDemi était tout aussi convaincu -le la puissance de notre pays, et que le traité exorbitant prouvait

ses craintes. j i„„

Le chef du pouvoir exécutif se Kt applaudir en développant cette thèse de tout repos. Puis il enUma le procès du réRime impérial, rappelant qu'il avait annoncé, au mois de iuillet .870, que Ton n'était pas prêt à faire la guerre. Il traça un tableau attristant de l'organisation militaire d alors. Ou avait commencé la guerre avec des cadres vides. Far la suite on avait continué la guerre sans cadres, sans ofeciers, avec des soldats pleins de bravoure, mais sans organisation. Des braves ne font pas des armées.

Après une nouvelle offre de se retirer, en disant qu .1 serait heureu.^ pour lui-même, mais malheureux pour le pays, s'il n'était pas cru, il demanda le vote de la paix en ajoutant :

Messieurs, eDtende^ la vérité. Mais si vous ne savez pas où elle esn si vous ne voulez pas l'écouler ou la croire, vous poui^ rel vanier 1 avenir de votre nation, mais bien vainement , vous la perdez au moment même où vous la vantez.

Après ce dernier appel à la majorité, on procéda au vote. En voici le résultat :

Nombre de votants

Majorité absolue ^

Bulletins blancs (pour)

Bulletins bleus (contre) '°'?

Le président proclame le résultat du scrutin : « L .assemblée a adopté. .- Les préliminaires sont ratifies Donc la paix est faite. Le traité définitif, prévu par 1 article 7 ne devait rien changer au fond des conditions. L Alsace et

une partie de la Lorraine sont bien définitivement sacrifiées, perdues. Les députés des départements cédés donnèrent alors leur démission, et quittèrent immédiatement la salle des séances au milieu d'une vive émotion.

La guerre étrang-ère était terminée, et la g-uerre civile commençait.

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