LA RÉUXIOX DU W AUX- HALL
La garde nationale, aux termes de la convention de Versailles, avait conservé ses armes, tandis que l'armée régulière, sauf la division Faron réservée pour le service d'ordre, avait dû subir le désarmement, 'et verser ses
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fusils aux commissaires prussiens. Au premier abord, cette exception paraît une anomalie, presque une aberration de Jules Favre, comme pour l'armée del'Est. Il n'en est rien, et le privilège accordé par le vainqueur à la garde nationale s'explique parfaitement. Quand, au cours des négrociations, on fut arrivé à cette clause du projet d'armistice, Bismarck
dit à Jules Favre :
Vous demandez que la garde nationale conserve ses armes, je le veux bien, mais, croyez-moi, vous faites une
bêtise !
Jules Favre leva les bras au plafond, plissa fortement sa lèvre dédaigneuse, et laissa tomber cet aveu :
Je le sais aussi, et je partage votre avis, mais pms-je faire autrement?
Bismarck eût volontiers rendu le service à Jules Favre de se charger du désarmement, mais c'était l'occupation de Paris entier, c'était probablement alors un affreux combat dans les rues; c'était impossible. Ce ne fut pas de gaîté de cœur, et par reconnaissance pour ses services, que Jules Favre laissait à la garde nationale ses fusils, c'était parce qu'il ne savait comment les lui enlever. Bismarck, de son côté ne se souciait guère d'une besogne si grosse d'aventures, et sans profit pour l'Allemagne. C'est une supposition de haute fantaisie, accréditée dans les milieux réactionnaires, que Bismarck était ravi de laisser dans Pans une troupe révolutionnaire, avec des armes dont elle devait se servir pour l'émeute. Bismarck ne pouvait avoir eu cette arrière-pensée, ni même cette idée. Il ne croyait pas, ayant vu comment les choses s'étaient passées au 3i octobre et au 32 janvier, à l'éventualité d'une émeute sérieuse. Il prévovait sans doute des échauffourées, des embarras pour le gouvernement, et c'était ce qu'il indiquait, quand il disait à Jules Favre qu'il faisait une bêtise, en sollicitant l'autori-
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sation pour la garde nationale de conserver ses armes. Bismarck n'avait aucun intérêt à favoriser une insurrection, qui pouvait compromettro son gage, retarder la rentrée des troupes allemandes dans leur pays. La révolution le surprit, lui aussi, et l'inquiéta. Bien loin d'avoir été un seul instant favorable à la Commune, ce fut lui qui, nous le verrons bientôt, fournit à Thiers les moyens de
l'écraser.
Le gouvernement français pouvait seul demander aux gardes nationaux un désarmement. Mais était-il capable de l'exiger ? 11 était certain que l'opération présenterait de graves "difficultés. La tenter, c'était provoquer des dé.sordres, des résistances violentes, sanglantes peut-être. La portion modérée ou réactionnaire livrerait ses armes, probablement sans protestations, puisqu'il était à peu près certain que la pai.x allait être conclue, et qu'on n'aurait plus à faire le coup de feu, ni môme à monter la garde aux remparts, mais les républicains avancés , les révolutionnaires, ne se laisseraient pas enlever si facilement leurs fusils, avec lesquels ils entendaient, non plus garder les remparts, puisqu'ils se trouvaient sous le canon des forts remis aux Prussiens, et que c'était une faction devenue sans objet, mais qui leur serviraient à détendre la République, à imposer leur République. Quant à la masse paisible et résignée, celle qui attendait les événements, qui n'allait ni à la révolution ni à la réaction, elle voulait cependant rester armée, et continuer à faire un .semblant de service. Elle voyait, dans la conservation de ses armes, le maintien des trente sous, ce qui était pour elle la question principale, la question du pain quotidien. Le fusil garantissait, justifiait la solde, qui permettrait de manger jusqu'au retour d^s salaires, jusqu'à la reprise des affaires et de la vie normale. Jules Favre dut donc ajourner le désarmement.
Ces fusils, laissés à des gens remuants et mécontents, l'inquiétaient sérieusement, mais on verrait plus tard. L'Assemblée réunie, la paix signée, les Prussiens éloig-nés de Paris, on aviserait, on pourrait sans doute alors procéder, tranquillement, à la rentrée dans les arsenaux de l'Etat de ces fusils désormais inutiles, et qui pouvaient devenir dang-ereux. Il insista donc, Bismarck ne fit plus d'ohjections, et la clause fut insérée.
La garde nationale armée, c'était une force considérable mise à la disposition d'un mouvement insurrectionnel toujours possible, mais ce n'était pas suffisant, comme sauvegarde, pensaient ceux que les dispositions réactionnaires du gouvernement et la composition delà nouvelle assemblée alarmaient. 11 fallait mieux que la conservation des fusils par des compagnies sans lien, sans union, pour mettre la République à l'abri d'un péril imminent. Cette force éparse de la population armée devait être rassemblée, organisée, disciplinée. Il lui fallait des chefs nommés par elle, des chefs sûrs, au républicanisme avéré. On devait pouvoir la rassembler promptement pour une action commune, la tenir dans la main. De là vint, à quelques cito3'ens d'initiative, l'idée de grouper les bataillons séparés, de faire de ces compagnies sans relations entre elles un faisceau formidable. La période électorale parut une occasion propice. Une réunion fut organisée par le journaliste-conférencier Henri de la Pommeraye. Elle eut lieu au Cirque d'Hiver, sous la présidence d'un commerçant du III" arrondissement (Arts et Métiers — Saint-Merrj) nommé Courty. Ce n'était ni un révolutionnaire, ni même un militant notoire, et cet actif citoyen s'effaça, après avoir joué pendant trois semaines le rôle important de promoteur de la Fédération de la garde nationale.
Après avoir arrêté une liste de candidats dans cette réu-
lit
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nion en vue des élections, les gardes nationaux présents décidèrent de se rassembler à nouveau, toujours dans un but électoral, pour le cas d'élections doubles qu on pouvait prévoir. Un bureau du comité, premier embryon du ComUe Central, fut aussi nommé, avec mandat de convoquer les comp..^nies.Cc bureau convoqua pour le .5 évner, au Tivoli-Waux-Hall,vaste salle de bal de la rue de la Douane. Plus de 3000 f^ardes nationaux de tous les arrond.ssemen ts a.a.s surtout ceux des quartiers populaires, se rend.ren a l'appel. Ou négligea de s'occuper dos candulatures. obje primUifde la réunion. On se m.t surtout eu -esm d Laper les balaillons, représentés par les délègues Une œmmission fut nommée pour rédiger un projet de statuts de la Fédération. Sur les .o arrondissements de Par>s, >8 étaient représentés à la réunion du Wau.x-IIall. Us nommèrent chacun un commissaire. Tous ces comm.ssa.res étaient des inconnus, n'ayant qu'une notoriété restreinte U3 dépassant p.»s leur quartier. Aucun avocat, aucun journaliste aucu^ politicien notoire ne firent partie de ce premier comité. Ceuxqui furent désignés étaient des commerçants, des employés, des ouvriers. Les élus avaient f^iit connaissance avec ceux qui les nommaient, au bataillon, durant les longues factions aux remparts, pendant les discussions dans les postes, à l'exercice, aux appels Au lendemain de l'Asseml,lée du Waux-Hall, il y eut, dans chaque arrondissement, .les réunions locales organisées par les commissaires élus le ,5 février. Une cilaUon du procès-yerbal du XV» arrondissement, réunion à la salle Ragache (Grenelle). donnera une idée de ces asscmbléee primaires de la Fédération ;
Séonce du 16 février 1871, salle Ragache. - Président :Solair. AsÏÏseur; : Chauvièrc et Léon An:,evio. - l.e citoyen Masson, dÏÏué Provi-"-e (au W,ux-HaU) pour le XV. arrondissement,
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explique le but de la réunion. Il s'agit de réunir dans un immense faisceau la grande lamille qui s'appelle la garde nationale de Paris, jusqu'à ce jour malheureusement divisée. Il lit une ébauche de statuts : l'idée républicaine domine dans chacun des articles. En voici le sens : la garde nationale ne reconnaît pas d'autre forme de gouvernement que la république. La garde nationale doit être, dans l'avenir, la seule armée de la France. Elle nomme à l'élection tous ses chefs, depuis le caporal jusqu'au général en chef. Le citoyen Chauvière (1) déclare qu'il adhère à ces idées. Il annonce que le lendemain chaque compagnie du XV« arrondissement nommera deux délégués chargés de la représenter au comité définitif central de la Garde Nationale.
{Le Mol d'Ordre, w daté du i8 février 1871.)
On voit par cet extrait combien sérieusement s'accomplirent les diverses élections pour la composition du futur Comité Central.
L'idée de grouper les bataillons de la carde nationale, et d'établirentre euxun lien desolidarité, susceptible de constituer, à la fois, un obstacle aux projets réactionnaires de la majorité rurale, et une sauvegarde pour la République, s'était présentée déjà à plusieurs esprits. L'obscur commer" çant Courty l'avait le premier réalisée, en organisant et en présidant les deux réunions au Vaux-Hall. Mais les préoccupations électorales avaient paru dominer dans la pensée des premiersadhérenls. Dans divers arrondissements, notamment dans le XV», on avait, comme l'indique le procèsverbal cité plus haut, proposé la forme d'une fédération. Chalain, membre de l'Internationale, avait appuyé la motion et demandé l'envoi d'un appel en ce sens aux divers batailcns.
Un groupe, qui prit le titre de « Comité fédéral républi-
(i) C/inuyiVre (Eminanuel-Jean-Jules),nc à Gand (Belgique) de parents français, 18 août i85o, correcteur d'imprimerie, mort en igog ; publiciste condamné sous l'Empire, et après la Commune à 5 années de prison ; conseiller municipal de Paris, député du XV« arrondissement.
cain de la garde nationale», s'était également constitué dans une réunioa tenue salle Lemardelay, sous la présidence de M Raoul du Bisson, commandant du ,5» at-llon^ ancien Général de division. Le comité avait à sa tête MM Hat £ Incien représentant du peuple (le sergent Rattier),com. ma^dan^du L^, Latappy, capitaine au long cours cornrandant du .Oe'. Barb^eL, gérant de la Ma^eUU^
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mandant du 79 - ^f f" ' . ^p. ,,„, Béauet, commandant
Vesin, commandant du 176» ; Charles uequei,
du "35.;Vagniot,lieutcnantau.97«.-gémeur;Frejdier,
sous-lieutenant au 208», négociant
Ce<froupe se proposait donc. lu. aussi, de féde.er les di!;rs'bataillons,et «de prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République » ^ Il parut faire double emploi avec le comité nommé au Wau^Hall, et les deux groupements directeurs fusionnerent.