‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 48 sur 107 · MANIFESTATIONS PLACE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS PLACE DE LA BASTILLE

L'anniversaire du 24 février 1848 avait offert une occasion aux halaillons de la carde nationale de prendre contact avec la population, de donner aux Parisiens comme une revue de leur armée. C'était en même temps une préparation à l'inquiétant événement attendu : l'entrée des Prussiens dans Paris. On ne connaissait pas encore bien exactement les conditions qui rég-leraient cette parade de l'année victorieuse. Mais on voulait être prêt à toute éventualité.

Une réunion des délég-ués de la g-arde nationale avait lieu ce jour-là, au Tivoli Waux-Hall. Une grave résolution y fut prise, dont le Mot d'ordre rendit compte en ces termes :

L'Assemblée générale des délégués de la garde nationale, réunis au Tivoli Wau.x-Hall,le 24 février, s'est constituée en Comité CentraL Elle décide que les statuts seront imprimés à un grand nombre d'e.xemplaires, pour être vendus dans Paris, et portés ainsi à la connaissance et à la discussion de toutes les compagnies .

A la suite de ces résolutions, les propositions suivantes sont votées à l'unanimité :

lu La garde nationale proteste, par l'organe de son comité central, contre toute tentative de désarmement, et déclare qu'elle y résistera, au besoin par les armes ;

2» Les délégués des compagnies soumettront à leurs cercles respectifs de compagnie la résolution suivante :

Au premier signal de l'entrée des Prussiens à Paris, tous les gardes s'engagent à se rendre immédiatement, en armes, à leur lieu ordinaire de réunion, pour se porter ensuite contre l'ennemi envahisseur ;

3" Dans la situation actuelle, la garde nationale ne reconnaîtra plus d'autre chef que ceux qu'elle se donnera.

En cas de l'entrée des Prussiens dans Paris, les compagnies.

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^ In .lécision ci-dessus, désigneront un chef, i:S:Lr^tr:^erait passée eUes.nense.de

"t: &^^"^ Cen^alse rendit ensuite. leur Heu

de véunioa pour y f^^^" 'J^^J^^^i lesVeux mille délécçués pré- La séance est leveeà mx heu e.e hommage aux sentssediris;entvers a BasUUt, pou martyrs de 1830 et de 1848.

( te -Vo/ d'Ordre, ao f-^^ne. 187..)

Uo Kn.ilpvards populaires du Tetn-

La séance 1- e, par ^^^^^JiLo et sy.npathi-

ple et ï^-"-7\^;^,: "; :;;:! accourus, deboutiquiers

q-f^P^TL;;!"; se déroula la longue procession sur le pas de leur porte, se ^^ ^ ,^^.^^ ^^

des gardes naUonaux an arm q^ ^^^^.,,^^^ ^^

venait d'être «^^^^t résister à 'entrée des Prussiens.

TTt^^ré^atrs; rci: ue cemidu p^enna^e Ce fut un intèressauL p ,^^' „„„„ ce jour- à et con- ,.p„bUc.i„ e. P»'"»'J''Xernrd: ,: UasU„o. Paris Uo». les jours '""■"'"■ "J'^,,, ■ la première, 1» plus • "- tr::.o"nTv.r;«" Vle.J.url.,.laceaee, ancienne, dite coionnt spéciale-

-• » '■'•""rr.a :.i 1":. n;ô^. ao«t'ri...îe.s.us

ment consacrée a la bloirea 1 1 manteau

des costumes différent^, a redin^^^^^^^ ^^ ^^^ ^^

de César ron«atn ;''l°°/!;,Pi,\,^„,e provenant de capierre enveloppé d'une ^^-"'lef^j;"^/^^^, de la Liberté, nous pris à Vennem. ; la --'°'^^\''[\^'^ I3,,„Ue, dont le dite colonne de Juillet, é"^- P be ^ aj3^;;^^ ;,^

f,t, entièrement de ^--^ P^ ^ ;;, ^,,,,,„, ,a flamme ailé, brandissant des chaînes hns^c^^ ^^^^^ ^^

de métal d'un A-^.-,- ^ JS 1' d-rablJ envolée. rr:^1::K:rcr":n; a un caractère run.bre

niSTOIKE DE LA COMMUNE DE l87I

et révolutionnaire à la fois. Elle sert de monument funéraire aux morts des journées de juillet i83o,et du 24 février ; elle perpétue aussi le souvenir de la fameuse et initiale victoire du peuple au i4 juillet 1789.

Elle se dresse en effet sur l'emplacement de la Bastille royale. Le sentiment populaire a ajouté, bien que cette colonne eût été inaug-urée en i84o, sous le règ-ne de Louis- Philippe par conséquent, le caractère d'un hommag-e aux combattants de février 48. Pour beaucoup, elle personnifie la République et le suffrag-e universel.bien que les glorieux de i83o n'aient eu ni Tune ni l'autre pour prix de leur sacrifice.

L'anniversaire de la victoire populaire du 24 février 48 parut aux délégués du Waux-Hall l'occasion d'une démonstration impressionnante en faveur de la République, d'une manifestation impo.sante au.ssi contre l'entréedes Prussien.s. Comme l'exprimait énergiquement l'ordre du jour voté au Wau.x-Hall,la Garde Nationale affirmait sa volonté de s'opposer par la force à la pénétration de l'armée allemande dans Paris. Ces dispositions devaient par la suite se trouver modifiées, sag-ement.

Ce fut, durant les journées des 24, 25, 26 février, dans une fièvre communicative et avec un enthousiasme contag-ieux, une farandole grave, une ronde majestueuse autour de la colonne. Tous les rang-s sociaux se trouvaient confondus et égalisés dans cette spirale républicaine. Le peuple, à qui des symboles, des emblèmes comme les drapeaux, les écharpes, les insignes, sont nécessaires pour l'élan, pour l'action, après avoir, pendant les jours noirs du siège, stationné et formé le cercle, par groupes .successifs, autour de la statue de Strasbourg, pince de la Concorde, personnifiant la Patrie, entourait dé.sormais de ses anneaux vivante la colonne de Juillet, personnifiant la République.

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Un drapeau rouge avait été hissé au faîte, et cétait le .-^ie Si le déployait sur la ville,comme pourl appe- Llux arLs, hissa„; au grand mât du .a.sseau par.s.en

brassards et cocardes organ.sant le cortège et surveillant erdétat de la cérémonie. Le déHlé avait heu par^mpa- •.. t.mbours battant, clairons sonnant. Les drapeaux Si'na nt P venusà hauteur de l'entrée du monument, s .nd.naicnt pai était répété sur toute

!■^~r»foI ,>.«.»*..>» Ce»:.* cura,, pé.éla ligne. Ues omcit-^r , J^ ,, . , d'échelles, es com-

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ta.entaux '^^^«'"P^' '^ De temps à autre, un des

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,nan,i slants s a.an , J^^ ^^^ ^^ ^^^^,,, ,„

•\::nempaçlit Tout le quartier, du faubourg Saintautre le remP'»^^ ^ li d'une rumeur de

t ul^L^ p" e ' "Jlurs. dela'vibi.tion des sonnerie ' De trpLn temps, une musique passait jouant la

meurtre des g-énéraux Lecomte et Clément Thomas, comme l'exécution des otages et le massacre de la rue Ilaxo, tous faits fâcheux, mais accidentels, dont l'interprétation erronée a jusqu'ici faussé l'opinion.

On venait, après le défilé et les saluts d'un bataillon, le 228°, d'entendre un orateur, plutôt g-rotesque, l'ex-iustituteur Théophore Budaille, sorte d'illuminé, que ses excentricités déclamatoires avaient fait soupçonner, sous l'empirei d'être un ag-ent provocateur. Budaille, avec sa physionomie d'apôtre et ses g-estes d'énergumène, au pied de la colonne, achevait de flétrir le gouvernement du 4 septembre, l'accusant d'avoir trahi, quand une clameur grossissante, venue du côté de la rue Saint-Antoine, couvrit sa voix, brusqua sa péroraison. Une foule surexcitée escortait, traînait, poussait un homme, en costume bourgeois, ayant l'air d'un employé, dont le chapeau avait été enlevé ; sa nuque déjà portait des marques sanglantes. Il avançait lentement sous les huées, les menaces, les coups. Charrié par le courant humain déferlant de toutes les rues avec fureur, l'homme était chaviré, comme une épave. Il atteignit ainsi l'entourage de la colonne. Il se cramponnait à la grille, comme à une branche l'homme qui se noie. Deux chasseurs à pied le prirent au collet, l'arrachèrent plutôt qu'ils ne l'emmenèrent. La foule, de plus en plus grossie, criait : « A l'eau! c'est un mouchard ! » Cent bouches furieuses répétaient ce cri de mort. Il est probable, il est certain, que bien peu parmi ceux qui réclamaient la mise à l'eau de ce malheureux savaient s'il était réellement un mouchard, comme on le hurlait. La foule est simiesque et crédule. Elle accuse, répète et imite, sans s'occuper de vérifier. Il paraîtrait que cet homme faisait véritablement partie du personnel de la préfecture. Il se nommait Vicenzini, selon les uns, Lambquin, selon les autres. Il avait servi dans la police sous l'empire.

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Comme beaucoup d'autres ag-ents suballernes, il avait été conservé au 4 septembre, et placé dans un service non politique, les garnis ou la voie pulilique. On l'avait vu ce jourlà, au coin de la rue Saint-Antoine, un calepin en main, prendre les numéros des bataillons venus pour manifester. Un service d'ordre, de statistique probablement, service de renseignements nullement secrets, puisque les spectateurs faisant, la haie appelaient tout haut les numéros des bataillons à mesure qu'ils défilaient ; les journaux d'ailleurs, le lendemain, devaient citer ces bataillons. Selon d'autres témoins, cet agent prenait les numéros des régiments auxquels appartenaient les lignards, désœuvrés et désarmés, qui se trouvaient là, plutôt en badauds que comme manifestants. Mais la foule est ombrageuse, et les souvenirs des policiers de l'empire, des charges de sergents de ville sur les boulevarils et dans les faubourgs, étaient demeurés viviices, excitaient les haines, suggéraient des représailles. Ou avait de longues et collectives rancunes à assouvir ; l'occasion se présentait, et on ne voulait pas la laisser échapper. A certaines heures d'ivresse furieuse, le meilleur peuple redevient populace, et le premier bouc émissaire à portée est immédiatement sacrifié.

Le malheureux fut traîné du côté du canal, dit un compte Tenda da Journal des Débats cia'i parait e.\act (1), lorsque des citoyens plus calmes eurent la bonne pensée de pousser la foule devant le poste, où pénétrèrenl l'individu arrêté et quelques-uns de ceux qui le conduisaient. L'officier qui commandait la compagnie de gardes nalionau.x de service, 'Jlo bataillon, fit fermer les grilles.

Les deux quais se «;arnissaienl de milliers de curieux. Un mil-

(i) L'auteur se trouvait, par hasard, au.x environs de la Bastille, ce jour-là. 11 assista spectateur impuissant cl attriste', à cette scène affreuse, cl il ne peut que confirmer le récit de l'écrivain anonyme qu'il cite.

lier d'autres sUlionuaient devant le poste, et réclamaient le prisonnier, ou l'exécution de la sinistre sentence. L'officier mont» sur la grille, et expliqua à la foule que son devoir était de garder le prisonnier, atîn de le faire envoyer .\ la préfecture ; il engageait donc le public à se calmer. On ne tint aucun compte de ses'^exhorlations.On cria : a. C'est cela, ils vont le faire échapper 1 Qu'on nous le rende 1 »

Des chasseurs à pied escaladèrent la grille et s'introduisirent dans le poste, d'autres citoyens en firent autant. Le poste ne tarda pas à être envahi, et on reprit le prisonnier, qu'on put encore sauver, en l'entraînant de l'autre côté de la place, près de la rue de la Roquette. Mais les furieux, s'excilaut les uns les auli-es.n'étaient point satisfaits. Ils poussaient les cris de: « Tapez dessus 1 il faut le noyer !» . • . i

Pendant ce temps, les coups de poinj-et les coups de pied pleuvaient sur le prisonnier, qui était plus mort que vif, et dont l'attitude aurait cependant dû exciter ,1a commisération de ceux qui le mallrailaient.

Chose inouïe ! A cette heure-là, il pouvait y avoir sur la place de la Bastille environ vingt mille personnes. Les forcenés, qui réclamaient la mort de la victime, n'étaient pas plus de quatre ou cinq cents, et encore y avait-il parmi eux deux cents gamins. Eh bien 1 cette minorité l'a emporté. On a repoussé le prisonnier vers le boulevard Bourdon. Là, il a supplié qu'on lui permit de se brûler la cervelle. Les chasseurs à pied,qui n'avaient pas cessé de le tenir au collet, le firent monter sur un banc, un peu plus loin que le bâtiment du Grenier d'abondance, et posèrent à la foule cette question : Voulez-vous permettre au prisonnier de se brûler la cervelle avec son revolver f « Non, non ! répondirent deux cents voix éraillées, à l'eau, à l'eau I il n'aurait qu'à tirer sur quelipi'un ! ne lui rendez pas son revolver .' »

Le cortège sinistre s^avan<;a par le quai Henri IV. La rage des forcenés avait redoublé. Ils poussèrent la cruauté jusqu'à prévoir le cas où la victime pourrait savoir nager et, par suite, échapper à la mort. Ils prirent la précaution, sur la berge, de garrotter le prisonnier et de lui attacher solidement les bras et les jambes. On le porta comme un véritable paquet, en passant sur les péniches amari-ées à cet endroit, et on le jeta, à une assez grande distance, dans la Seine.

Nous ne saurions trop le répéler.un pareil acte a pu être corn-

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mis impunément en présence de plusieurs milliers de spectateurs, qui se bornaient à assister paisiblement à toutes les péripéties de ce drame émouvant.

Le courant n'a pas tardé à entraîner le corps du malheureux. Des misérables, poussant la férocité jusqu'à ses dernières limites, lui jclaieul des pierres, et s'armaient de bitons pour repousser le corps que le courant ramenait près des bateaux.

A plusieurs reprises, les pilotes de deux bateaux-mouches se soûl approchés, de façon à pouvoir jeter la bouée de sauvetage, mais chaque fois on leur criait de se retirer. Et, comme ils ne tenaient pas compte de ces cris, on leur adressait des menaces violentes. Ne paraissant pas bien comprendre ce qui se passait, ils ont fini par s'éloigner.

La victime de ce crime odieux a été entraînée sous l'estacade qui existe à la pointe de l'Ile Saint-Louis, où elle a disparu. Les recherches qui ont été faites ensuite pour retrouver le corps sont restées infructueuses

Ces horribles scènes n'ont pas duré moins de deux heures.

Ces violences d'une foule déchaînée sont déplorables. Elles ne sauraient souiller un parti, ni permettre à qui que ce soit de ûélrir une cause. Comme nous le verrons, lors des meurtres de la rue des Rosiers, ces méfaits sont l'œuwe d'une tourbe anonyme, impulsive, sourde à toutes les prières, rebelle à tous les ordres, meute impitoyable et échauffée qui veut déchirer la proie pantelante, et mord môme ceu.\ qui tentent de la lui arracher. Des victimes, comme cet obscur agent de police, comme ces brillants g-énéraux, ce sont les holocaustes qu'une infime portion du peuple, dans une Ivresse de sang, offre aux diviuités terribles de la Vengeance, de la Révolte et de la Fatalité.

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