‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 49 sur 107 · L ENLÈVEMENT DES CANONS · texte numérisé non relu

L ENLÈVEMENT DES CANONS

Paris fut debout et passionné toute la journée du 28 février. Le tocsiu sonnait aux clochers envahis. On battait le rappel dans les faubourgs. Los rues étaient pleines de

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gardes nationaux allant à la Bastille, ou en revenant. Des mots d'ordre circulaient. Des chefs ignorés donnaient des consignes. La nouvelle de la paix, sur le point d'être votée àBordeaux, etsignée à Versailles, avait été suivie de l'annonce de l'entrée des Prussiens dans Paris.

Le gouvernement avait, dès le matin, fait afficher une proclamation, où il faisait connaître « l'occupation partielle et très momentanée d'un quartier de Paris ».

Cette occupation, disait cet appel au calme et à l'ordre contenant l'énoncé des menaces prussiennes, sera linutee au quartier des Cliamps-Elysées. Il ne pourra entrer dans Pans que trente mille hommes et ils devront se retirer dès que les prchnuna.res de paix auront été ratifies, ce qui ne peut exiger qu un petit nombre de iours. Si cette convention n'était pas respectée, 1 armistice serait rompu, l'ennemi, déjà maître des forts, occuperait de vive force la cité tout entière ; vos propriétés, vos chefs-d œuvre, vos monuments, garantis aujourd'hui par la convention, cesseraient TeT-être . L'armée française, qui a défendu Pans avec tant de coura-^e,' occupera la aauche de la Seine pour assurer la loyale exécurion du nouvel armistice. C'est à la garde nationale a s unir à elle pour maintenir l'ordre dans le reste de la cite.

La lecture de cette affiche fut accueillie, ici par des murmures, ailleurs par des cris d'indignation. Des gardes nationaux, en tapant sur la crosse dele ur « fl.ngot» rappelaient que l'engagement avait été pris, par 2000 fédcrés, ■lu Tivoli Waux-Hall, de s'opposer, par la force, à 1 entrée des Prussiens, l'heure n'était-elle pas venue de tenir cette promesse ? On attendait un signal du Comité Central, et, anxieux les plus déterminés se demandaient ce qui résulterait de cette collision suprême : le sort de Moscou était-.l réservé à Paris ? Moscou avait vu fuir rcnvahisseur,et cette perspective encourageait ces patriotes qui, plus énergiquement.d'une main plus nerveuse, faisaient résonner la crosse de leurs fusils.

LK DIX-HlilT MARS

Une voix s'éleva dans les groupes. On n'a pas conserve le uom de ce citoyen, soudainement inspiré, mais qui doit être considéré comme l'organisateur inconscient de 1 insurreclion, alors prochaine, qui s'écria tout à coup : « t.t nos canons ! les Prussiens vont les prendre ! >> Kt aussitô des gardes nationaux de répondre : « Us ne les auront pas! Il faut les enlever ! » Alors une bande vociférante d hommes, d'enfants, de femmes, bien vite grossie en route, comme les compagnons du Cid, aux cris cent fois répétés de : Aux canons ! A Wagram ! Au Ranelagh ! se mit en route vers les parcs d'artillerie.

On avait oublié ces batteries, confiées à la garde de quelques compagnies. Ces canons, tout neufs, avaient été fondus pendant le siège, avec le produit de souscriptions, de collectes, et aussi avec les recettes de quelques représentations, notamment celles où les meilleurs artistes avaient récité des vers des «Châtiments «.Victor Hugo avait abandonné ses droits d'auteur, et l'une des pièces, qui avait reçu le nom du poème vengeur « Châtiment », avait été entièrement payée par ce don. Le peuple considérait ces canons comme sa propriété, et la garde nationale devait les conserver. Si ces canons restaient dans la zone livrée à 1 occupation, les Prussiens s'en empareraient. Il fallait les soustraire à leur réquisition. Pas une minute n'était à perdre. Ce fut au milieu d'un enthousiasme fébrile, et avec un entrain extraordinaire, que ces citoyens s'attelèrent aux canons, les transportèrent à travers Paris, du Ranelagh et de la place Wagram à la place des Vosges, où déjà se trouvait installé un parc d'artillerie, et aussi à Montmartre et auxButtes-Chaumont. Là, les pièces seraient en sûreté; à l'occasion on les retrouverait. Ce fut, durant toute la journée, une animation et un mouvement de troupes intenses dans la ville. Des bataillons, escortés par une foule frémis-

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santé, se portèrent aux Champs-Elysées, comme s'ils allaient au-devant des Prussiens. Des g'ardes nationaux envahirent la caserne de la Pépinière, s'efforçant d'entraîner les marins qui s'y trouvaient cantonnés. D'autres, se souvenant qu'il y avait à Sainte-Pélagie, des prisonniers politiques, forcèrent la porte de la prison et délivrèrent l'ex-commandant Brunel et Piazza, détenus à la suite du 22 janvier.

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