‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 50 sur 107 · LE COMITÉ CENTRAL ORDONNE LE CALME · texte numérisé non relu

LE COMITÉ CENTRAL ORDONNE LE CALME

Un mouvement se dessinait, mais une certaine hésitation se produisit bientôt. Des voix raisonnables s'élevaient et étaient écoutées, dans les g-roupes. On se félicitait d'avoir repris les canons, et de les avoir mis à l'abri, à Montmartre, mais on réfléchissait à la témérité d'une résistance armée à l'entrée des Prussiens, d'un obstacle apporté à l'occupation concédée. On songeait au bombardement certain, et à la tuerie, qui accompagneraient la collision avec les ennemis, maîtres des forts. Les avis prudents l'emportèrent presque partout. Du moment qu'il n'y avait pas unanimité pour une bataille dans les rues, c'eût été folie que de la tenter.^Même avec l'unanimité, cette résistance eûtelle été raisonnable ?

Le Comité Central le comprit ainsi. Les membres, chargés de rédiger les statuts de la Fédération, se trouvaient convoqués à la mairie du III« arrondissement. Quelques commandants inclinaient vers la bataille, ainsi que les membres de l'Internationale, réunis à la salle de la Corderie du Temple. Mais les délégués, qui disposaient des bataillons, firent entendre le langage de la raison. Une affiche fut rédigée, et affichée aussitôt. Elle éUit ainsi conçue :

Citoyens ! Le sentiment gciicral de la population paraît être de

LE DIX-ULIT MARS

ne PIS sopnoscr à l'entrée des Prussiens dans Paris Le Comité central. quUvail omis un avi« contraire, déclare c,u .1 se ralhe à

In résolution suivante : . j -, „„.„„,r Ivn-

11 sera établi, tout autour des quarl.crs que do.t occuper 1 ennemi une série de barricades pfopres à isoler complètement celTe partie .le la ville. Les habitants de la reg.on crconsc .te dans ces limites devronll'évacuer imn.édiatement.La garde nat.o- "a" de concert avec Tarmoe formée en cordon tout -t--' -•'lera à ce que fennemi.ainsi isolé sur un sol qu> ne sera plus „o r ville, ne puisse, en aucune façon, communiquer avec le. part.es rctianchées de Paris. ,

Le Co-nilé cent.-al enRaoe donc toute la garde nationale a prêter son concours à l'exécution des mesures nécessaires pour arriver à ce but. et éviter toute agression qui serait le renversement immédiat de la République.

A la Corderie, les membres de l'Internationale, ceux du comité des vingt arrondissements et des chambres syndicales, essayèrent encore de conseiller l'aventure, mais, trè. courageux^ au risque de sacrifier leur popularité et de passer pour tièdes, d'être même assimilés aux cap.tulards, les Délégués, qui représentaient vraiment la force armoede Paris, persévérèrent dans leur opposition.

La catastrophe était certaine, dit Lîssagaray, sans le courage de quelques hommes qui osèrent remonter le ^°"'-'''°^- ^^^ ^"rcl^^^ rie tout entière observait, avec une reserve jalouse, cet embryon de Comité, composé d'inconnus qu'on n'ava.t jamais vus dans aucun mouvement révolutionnaire.

(Lissiiçaray.Wifioire delà Commune, Dentu, «id. Paris i8g6).p. 90.)

Les délégués se rendirent au Waux-Hall, où avait lieu une grande réunion, et là, signalèrent le danger qu'ils voyaient à une collision, dont le résultat certain serait d'affaiblir, pour longtemps, le parti républicain. Ils firent prévaloir leur opinion. Un nouveau manifeste parut, exhortant les gardes nationaux à s'abstenir :

Toute attaque, disait cet appel, servirait à désii^ner le peuple aux coups des ennemis, qui noieraient les revendications sociales dans un fleuve de sang. Nous nous souvenons des journées de juin

Citoyens, toute agression serait le renversement de la République !

il sera établi tout autour des quartiers que doit occuper l'ennemi une série de barricades, propres à isoler complètement celte partie de la ville. La garde nationale, de concert avec l'armée, veillera à ce que l'ennemi ne puisse communiquer avec les parties retranchées de la ville.

Suivaient les signatures, qu'il est intéressant de reproduire : Alavoine, Bouit, Frontier, Boursier, David, Boisson, Barroud, Gritz, Tessier, Ramel, Badois, Arnold, Piconel, Audoj'naud, Masson, Weber, Lag-arde. Laroque, Berg-eret, Pouchain, Lavalette, Fleury, Maljournal, Chouteau,Cadaze, Castioni, Dutil, Matté, Ostyn.

Cette affiche parut encadrée de noir. Elle produisit un grand effet. Aucune collision n'éclata. Mais cette proclamation eut aussi cet effet de révéler [aux g:ens clairvoyants l'existence et la puissance du Comité Central, dont on voyait pour la première fois la composition. Pas un de ces 29 noms obscurs n'avait de passé ni de signification. On ne connaissait pas ceux qui les portaient, en dehors du cercle étroit où vivaient, travaillaient, parlaient et organisaient ces citoyens modestes et nouveaux. Ils devaient par la suite figurer à plusieurs reprises, avec des additions et des suppressions, sur les proclamations et les affiches. Ces noms de citoyens ignorés eurent plus d'action, plus d'autorité sur la population que ceux des chefs de bataillon, des membres de l'Internationale, des orateurs de réunions publiques, des présidents de clubs, des journalistes et des condamnés politiques. Blanqui, Flourens, Delescluze, tous les chefs connus et reconnus, n'auraient peut-être pas eu le pouvoir

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de conjurer ua conflit aussi imminent, ni de faire supporter la présence des Allemands. Ces inconnus montrèrent, pour la première fois, leur force ; elle était irrésistible, parce qu'elle ne provenait ni de la notoriété, ni delà fonction m des services antérieurs. Ces nouveaux venus, qui, soudainement, commandaient au peuple, et lui parlaient comme ayant reçu de lui mandat et pouvoir, furent écoutes, obéis. C'est que ces 29 prolétaires étaient les représentants directs et autorisés de Paris, dont on les reconnaissait maîtres, parce qu'ils disposaient de la seule force existante alors, celle de rarmée,c'est-à-dire la garde nationale. Cette garde nationale avait le pouvoir, était le pouvoir. Ainsi les logions de César, les grenadiers de Bonaparte, .les Cosaques de Louis XVllI, les régiments gagnés de Louis-Plulippe, les légions réformistes de 48, les soudards de Saint-Arnaud, imposèrent et maintinrent l'autorité suprême. Il ne faut ,,as se payer de mots. Tout sans doute à Pans depuis ia capitulation jusqu'à l'entrée des troupes de Versa, les dans Paris, se fil au nom du Peuple. Mais le peuple n était qu'une formule exécutoire, le peuple n'était rien : la garde nationale était tout.

Le Uiv-Huit Mars fut un épisode, un incident imprévu, commencé en bagarre et achevé en révolution provoqué par la fuite du gouvernement existant, mais la Révolution était faite le jour où la garde nationale se fédérait, formait une armée, devenait maîtresse de la ville et de 1 autorité. Le manifeste aux Parisiens, pour leur ordonner de rester tranquilles pendant les heures de l'occupation pru.ss.enne, fut la proclamation du nouveau règne. Le Dix-Huit Mars fut la conséquence logique et inévitable du pronunc.amento républicain du 28 février, où l'armée parisienne notifaait son avènement au peuple, au gouvernement, à la France entière. Le Comité Central existait donc. 11 se révélait, il

prenait la parole, il donnait des ordres, il était écouté, il était obéi; il tenait Paris, mais la France devait lui échapper.

Le 28 février 71 est la date que devrait porter la grande insurrection parisienne. Il y eut, ce jour-là, un pouvoir nouveau, accepté, respecté, aux lieu et place de Thiers, de Vinoy, pouvoirs déchus, méprisés et remplacés à cette date.

Le Comité Central, dont les pouvoirs furent seulement votés et notifiés le 3 mars, au Waux-Hall, dès le jour de l'entrée des Prussiens dans Paris, faisait son entrée dans l'histoire.

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