‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 6 sur 107 · ÉLÉMENTS DIVERS DE LA COMMUNE EN · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DIVERS DE LA COMMUNE EN

Pour ceux qui se disent républicains, et le nombre en devient chaque jour plus grand, selon la boule de neige

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du succès et la loi de la vitesse acquise avec la durée, la Commune pourtant devrait être l'objet d'une reconnaissance do tous les instants et d'un sentiment do respect quasifilial : la Commune n'a-t-elle pas permis à la République d'exister, de durer ? Sans la résistance des Communards, l'assemblée de Versailles, non seulement restaurait la monarchie, mais retardait de cinquante ans peut-être le progrès républicain, l'établissement des lois sociales et l'instauration de mœurs démocratiques. Voilà le grand, le durable bienfait de la Commune. 11 est incontestable. Le Peuple, et dans le peuple il faut comprendre, à l'exclusion de quelques individualités privilégiées et de certaines castes rebelles, la grande masse du pays,dut à la Commune toutes les lois, toutes les réformes, tous les progrès dont les discours officiels font l'énumération louangeuse.dont la conscience de chaque citoyen reconnaît et apprécie l'existence et la stabilité. Mais le peuple est souverain et, comme les rois, toujours il pratique l'ingratitude.

Est-ce i\ dire que la Commune fut parfaite, admirable en tous points, et qu'on ne saurait lui trouver ni taches m défauts? Ce serait folie ou mensonge que de prétendre faire son apologie, rien que son apologie. Mais elle a droit, au moins, à ce qu'on n'entende pas contre elle que des témoins à charge, et, dans son procès, il faut recueillir ce qui l'accuse, mais aussi ce qui la justifie, et môme ce qui, dans certains cas, la glorifie.

Elle a commis des fautes, des crimes même, cette Commune les régimes les meilleurs, les rois les moins mauvais; en ont autant à leur passif. Son personnel militaire, administratif et parlementaire fut insuffisant, et plus d'une mesure, prise par les agents improvisés et inexpérimentés de ce gouvernement éphémère peut être taxée d'incohérence, d'inutilité ou de maladresse. Mais on ne légifère

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pas et on n'administre pas, au milieu d'un combat, comme dans le calme des assemblées et des bureaux, en temps normal. Les deux mois de durée de ce rcg'ime ne fuient qu'une halte entre les batailles; on délibéra, on statua, on administra aussi, au milieu de la fusillade, et dans l'attente d'un assaut final.

La Commune, et c'est là le plus vif grief à lui imputer, n'a rien laissé de durable. Son œuvre, non seulement fut périssable, mais matériellement, lég-islativement nulle : elle n'a anéanti ni les lois ni les institutions du passé; elle a laissé subsister les vieux systèmes d'impôts, les cadres sociaux, aristocratiques et privilégiés ; enfin, non seulement elle n'a pu proclamer, établir la République vraiment démocratique, mais elle n'a même pas entamé le grand œuvre de la Révolution sociale. En eut-elle le temps? Lui en a-t-on donné la possibilité? Question. Cette Histoire fournira la réponse.

La République actuelle, avec quarante années de paix, de prospérité et de puissance régulière et respectée, n'a même pas abordé le g'rand problème.

La Commune fut aussi le résultat d'une dualité antinomiste : patriote dans son orig-ine, elle renfermait dans .son sein des éléments importants et actifs d'altruisme excessif et prématuré, opposéaux sentiments égoïstes et héréditaires du patriotisme fermé. Les idées internationales passionnèrent plusieurs de ses chefs. Cette contradiction ne fut pas, en elle, un germe de mort. Avec la fin des hostilités, le calme revenu dans la cité, le travail reprenant son cours, on eût assisté à l'évolution si désirable des esprits vers l'accord européen. La paix mondiale se fût établie insensiblement, sans secousses, sans luttes nouvelles, sauf peutêtre quelques expéditions coloniales et asiatiques, entreprises d'accord par toutes les nations civilisées. Le but idéal

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de la dùmocratie, de la République, ne doit-il pas être celte Confédéraliondes Etats-Unis d'Europe, utopie aujourd hm, réalité demain, que de grands esprits, comme Victor Hugo, sondant la profondeur de l'avenir, ont saluée d avance avec enthousiasme? .

Fnfiu la Commune présenta ce spectacle curieux d un autre antagonisme intime : elle représentait par sa tradition on pourrait dire par atavisme, le principe de la Commune autonome, libre, indépendante, telle que la concevaient les bourgeois de Noyon, de Laon, les Etienne Marcel et les Robert Le Coq du xiv« siècle, et cependant elle s'affirma unitaire dans ses actes, dans ses relations aN-ec l'étran-er, avec le reste de la France; elle formula la Republique une et indivisible. Ce fut ainsi, par exemple que, léo-iférant pour la France entière, elle prétendit abolir les amées permanentes et la conscription, conception improvisée, et à laquelle ceux qui la transformèrent en décret n'attachèrent qu'une importance philosophique, et pour ainsi dire symbolique. Mais cet antagonisme entre Pans devenu ville libre, se gouvernant et s'admimstrant à sa „aise - et l'exemple de certaines cités allemandes ren- Lien'tcette proposition acceptable, défendable au moins,et Paris capitale, gouvernant, imposant sa volonté a tous les déparlements, perpétuant le système centralisateur de la monarchie, n'était qu'apparent et transitoire. La Commune triomphante, stable, maîtresse par le consentement e e concours de toute la France, car sa victoire dépendait de cet accord, devait fatalement et logiquement aboutir à la forme décentralisatrice et cantonaliste, à la République Fédérale, qui, plus ou moins neuve, originale ou imitée de la Suisse, des Etats américains, sera probablement un jour la forme déiinilive de notre Etat républicain.

On voit, par l'analyse brève de ce composé politique et

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social désigné, depuis iS'ji, sous le nom de Commune, que le régime, dont le Dix-Huit mars a marqué l'avènement, n'avait rien d'anormal, rien d'exceptionnel ou de monstrueux, et qu'il aurait pu, qu'il aurait dû devenir le régime régulier et perfectible de notre pays, si, — car il y avait forcément cette condition inéluctable, — si le pays avait consenti, si le pays avait ratifié ce qui suivit le Dix- Huit mars. Pourquoi n'a-t-il pas accordé confiance et soumission à ce régime, dont l'origine n'était pas plus illégale que celle de la monarchie, avec Louis-Philippe ou Napoléon III, ni surtout que celle du gouvernement de la Défense, et dont l'existence n'était ni plus tyrannique et insupportable que celle des régimes précédents? Pourquoi la Commune n'a-t-elle pas trouvé cette ratification, à laq uelle ello aurait pu prétendre, et qui fut accordée si facilement à tous les gouvernemenls antérieurs? Pourquoi la Commune ne fut-elle pas acceptée, reconnue, subie, si l'on veut, comme le furent, au lendemain même des insurrections, des coups de force qui les avaient faits maîtres du pouvoir, les gouvernements antérieurs : la royauté constitutionnelle, l'empire absolu, la République bourgeoise?

Bien des causes secondaires, en dehors de la brutale victoire versaillaise, motivèrent la chute de la Commune : la notoriété imparfaite ou inquiétante de ses promoteurs, l'abstention ou l'hostilité des républicains connus, des vieilles barbes de 48, des jeunes moustaches de 1869, contribuèrent à son isolement. Mais la cause principale de sa défaite, de son impuissance à se faire accepter, de l'impossibilité où elle s'est trouvée, dès ses premiers pas, de marcher à la tête de la France, et de la faire marcher à sa suite, ce ne fut pas son caractère de Révolution prolétarienne et sociale, car elle ne l'eut pas à ses débuts, et par la suite elle ne l'affirma que par des vœux et des déclara-

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tiens théoriques, mais uniquement P"- «î" ' ^^f ;^^X trop tard. Elle ne put prendre ce caractère nat.ona . qu elle eût acquis au 4 septembre ,870, sans lequel une revolut.on ne res^ qu'une insurrection, sans lequel aucun gouverne- :^.t monarchique ou démocratique, - sa"- -^-,7;;; niren France. La Commune ne pouvaU vivre et durer, ^^si elle s'était substituée au gouvernement imper.al, Ten é nt d abord le gouvernement de la lutte contre les Prussiens, qu'en organisant la vraie défense nat.onale, et peut-être la victoire.

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