‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 58 sur 107 · LA LOI DES LOYERS · texte numérisé non relu

LA LOI DES LOYERS

A la provocation directe s'adressant aux commerçants, fabricants, petits industriels, en attendant la provocation

LE DIX-HUIT MARS

décisive à la garde nationale, et derrière elle à la République que les citoyens armésjugfeaieat menacée, et qu'ils vouhient être à même de défendre en gardant fusils et canons, succéda une nouvelle mesure, également désastreuse, englobant toute la population non aisée, et même la partie de la petite bourgeoisie, qui n'avait ni travaillé m encaissé durant le siège. Ce fut la menace de la loi dite « des

"^EllVne fut pas votée à Bordeaux, mais le dépôt du projet en fut annoncé. Les termes en étaient de nature à effrayer la grande masse des locataires pauvres ou gênes. La simple divulgation des intentions de l'Assemblée de Bordeaux, que l'Assemblée de Versailles transformerait, dès son arrivée, en loi exécutoire, suffisait à indisposer les trois quarts des Parisiens. Cette loi constituait le plus intensif élément de troubles. Elle a suffi d'ailleurs à entraîner vers la Commune une quantité de gens paisibles, nullement révolutionnaires, se voyant sur le point d'être saisis, expulsés. La révolution ajournait le paiement impossible, empêchait la saisie, les sauvait. Donc ils laissaient faire la Commune. Beaucoup de ces locataires gênés, qui eussent peut-être combattu le mouvement, tout au moins par leur abstention, le favorisèrent, puisque, grâce à lui, la prorogation des échéances et des loyers, refusée par le gouvernement versaiUais, se trouvait déjà obtenue par le tait de l'insurrection, serait sanctionnée par le gouvernement pan-

^'^La remise totale des loyers courus pendant le sièare était excessive, et eût été injuste. Les charges et les ruines issues de la guerre ne devaient pas être supportées par une seule catégorie de citoyens, par les propriétaires, mais, d'un autre côté, si les locataires étaient tenus de payer, sans aucune réduction, tout ce qu'ils eussent versé à leurs

HISTOIKE DE LA COMMUNK DE 187I

propriétaires en temps normal, ces derniers se trouvaient favorisés ; eux seuls, présents ou absents, ne s'apercevraient pas qu'il y avait eu invasion, sièg-e, chômaa^-e, suppression du travail, interruption des affaires ou privation générale des revenus, recettes et salaires. L'appréhension de cette loi inégale, favorisant les riches au détriment des pauvres, fut un des grands facteurs de la désaffection qui atteignit l'Assemblée Nationale, et de la facilité avec laquelle la majorité de la population accepta la révolution du i8 mars. Sans ces deux lois, l'indifférence ou même la satisfaction générales qui accueillirent la fuite de Thiers et l'arrivée d'un gouvernement nouveau seraient étranges et ine.xplicables.

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