‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 59 sur 107 · LES CANONS DE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

LES CANONS DE MONTMARTRE

Bismarck avait formulé, durant l'attente de la reddition de Paris, la théorie de « l'heure psychologique ». Il indiquait, par cette expression doctorale, le moment critique où Paris, à bout de forces, devrait succomber, où la ville épuisée serait à sa discrétion. L'événement avait justifié sa perspicacité et réalisé ses prévisions. M. Thiers, pareillement, avait calculé le temps qui lui était nécessaire pour se consolider suffisamment, pour rassembler quelques troupes, et pousser la population parisienne à bout, de façon à provoquer un soulèvement, et à motiver son coup de force, suivi de la sanction qu'il rêvait : l'épuration de Paris par le massacre et la déportation. Ce châtiment exemplaire des Parisiens révoltés devrait inspirer une terreur générale et salutaire : les quelques villes où existaient des groupes turbulents, des velléités de rébellion, se trouveraient averties. Si elles bougeaient, on les soumettrait à l'épuration, comme Paris. L'ordre ne tarderait pas ù régner dans toute la France, ainsi qu'autrefois en Pologne, Varsovie châtiée.

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Le plan de Thiers comportait ainsi plusieurs étapes, avant J'alleindre le but final. La stratég^ie nécessaire à son succès exig-eait des travaux d'approche. On doit reconnaître successivement l'ouverture de ces « parallèles », permettant d'arriver au corps de place : un général imposé à la iJi'arde nationale, la suppression de la lilierté de la presse, la juridiction etles lois del'ctat de siètife remises en vig^ueur, les deux lois ruineuses et vexatoires sur les échéances et les lovers. Il fallait aller plus avant encore. Le désarmement de la g-arde nationale, préliminaire indispensable de l'établissement de la république thiériste, était au bout de ces circonvallations. En faisant raine de retirer aux gardes nationaux leurs canons, les fusils partiraient tout seuls, ce qui permettrait de s'en emparer avec violence et d'organiser la terreur tricolore. Ainsi, provocation à la résistance, puis le combat et la répression, voilà les trois degrés sur lesquels Thiers devait monter pour arriver à la dictature parlementaire qu'il convoitait, qu'il jugeait sincèrement la nieilloure forme de gouvernement pour la France. Cherchant à s'emparer des canons que les gardes nationaux s'obstinaient à vouloir conserver, on devait provoquer une émotion considérable, et si l'on s'y prenait habilement, l'agitation deviendrait émeute. Seulement l'habileté, ici, consistait à agir maladroitement. Rien de pis ne pouvait survenir, pour déranger le plan, que l'enlèvement des canons sans résistance, sans qu'il y eût de sang versé, sans un prétexte à vaincre une insurrection. L'opération, dans certaines conditions, était relativement facile. Il fallait qu'elle parût, sur le moment, impossible. La plus cruelle déception que la garde nationale pût infliger à Thiers eût été do restituerbénévolement les canons et de procéder, par un accord entre le Comité central et le gouvernement, à un désarmement partiel, et ensuite à la réorganisation pacifi- I '9

ago

que delà milice parisienne. La g'arde nationale existait sous Louis-Philippe, sous l'empire, rien ne devait s'opposer à ce qu'elle fût maintenue sous la troisièmeRépublique, avec des modifications raisonnables, et une organisation plus démocratique.

Cet accord pouvait se proposer, se discuter et devait finalement s'établir. M. Thiers n'en voulut pas. S'il y avait accord, les chances d'émeute s'évanouissaient, et la société n'avait plus à être sauvée. Dans ce cas, Thiers perdait son prestige, ne paraissait plus l'homme providentiel, n'était plus le président indispensable, celui qu'on ne pouvait song-er à remplacer, sans risquer les pires aventures. Il se retrouverait aux prises avec une assemblée divisée et difficile. Il aurait son trône présiden tiel ballotté entre une majorité incapable de faire la monarchie, mais la voulant, et une minorité turbulente, bien près de devenir factieuse. Les groupes avancés existant dans le pays ne tarderaient pas à réclamer, et peut-être à imposer, une république non pas libérale et bourg^eoise,raais radicale et même .socialiste. C'est à éviter cedang-er que tendait son plan.

S'il ne voulait pas d'une conciliation avant le 18 mars, et l'on verra qu'après cette date, lors de la résistance des maires au Comité Central, il se montra ég-alement rebelle à toute transaction, M. Thiers ne désirait nullement s'emparer, par surprise et sans combat, des fameux canons. Il ne voulait tenir les canons ni d'une transaction, ni d'un coup de main heureux. Si Paris, en s'éveillaot, apprenait que, dans la nuit, ces redoutes qu'on désig^nait comme si formidables, que ces positions terrifiantes avaient été occupées, sans qu'une cartouche fût tirée, il perdrait le mérite d'avoir vaincu la révolution menaçante. Et puis, la déception et le découragement s'empareraient des révolutionnaires. Ils renonceraient, pour le moment, à toute action

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violente; le calme se rétablirait instantanément, et toute chance d'émeute s'évanouirait encore : la société n'aurait pas davantage besoin de sauveur. Le dilemme était clair: si les canons étaient cédés pacifiquement, comme s'ils étaient enlevés d'autorité, m.ais sans effusion de san^, le plan ratait. Il fallait qu'il y eût bataille.

La lutte n'apparaissait pourtant ni aussi inévitable, ni, si elle se produisait, comme devant être aussi furieuse que le désirait M. Thiers. Les canons, les forteresses improvisées sur les hauteurs, les préparatifs de combat à Montmartre ou à Belloville,tout ce sombre programme de guerre civile, n'existait g-uère alors que dans l'imag-ination de quelques e.\altés,etdans les récitse.vagérésdesjournau.x réactionnaires. On était beaucoup plus calme, à Montmartre et àBelleville, que ne le disaient les nouvellistes, que ne l'espéraitM. Thiers. Des pourparlers conciliateurs, où le maire de Montmartre, Clemenceau, avait son rôle, étaient même engag'és.à l'iosu de Thiers ou malgré lui : la garde nationale, dans sa majorité, u'étail pas irréductible, et, sauf l'inquiétude de certains bataillons à l'égard de la solde, dont la garde des canons paraissait justifier le maintien, le plus grand nombre souhaitait un accord terminant le conflit.

La garde nationale avait mis ses canons en sûreté, dans un élan de précaution patriotique, mue par un sentiment de respectable dignité. Elle ne voulait pas que ces pièces d'artillerie toutes neuves, commandées et payées par ses cotisations, par ses dons, et qui, par suite de l'impéritie de Trochu, n'avaient pas servi pendant le siège, étaient demeurées luisantes et muettes, comme des bibelots décoratifs, dans les parcs de Passy, de VVagram et du Ranelagh, vinssent à tomber, butin facile, trésor non gardé, entre les mains des Prussiens admis dans Paris. M. Thiers avait été obligé de reconnaître que la g-arde

nationale avait bien et lé^çitimcment agi, en transportant ces canons en lieu sûr.

Alors que les Prussiens étaient partis, puisqu'il n'y avait nulle crainte à avoir d'un retour offensif, et que la paix était faite, la g-arde nationale devait-elle garder ces bouches à feu? Oui, si une réglementation d'ordre militaire intervenait. Le corps de l'artillerie de la garde nationale, puisqu'il y avait une légion de cette arme dans l'armée citoyenne, en prenait alors possession régulière ; les pièces étaient transportées dans les forts, ou remisées dans les arsenaux de l'Etat, sous la g-arde d'artilleurs gardes nationaux. La négative s'imposait, si ces mômes gardes nationaux prétendaient conserver les bouches à feu, braquées sur la ville, s'ils entendaient garder ces pièces dans des tranchées et des embrasures, prêtes à faire feu, comme au cours d'un siège. C'était alors une menace, une tentation de guerre civile aussi, qu'on ne pouvait supporter. Avoir des canons en batterie, pointés, et n'attendant que le déclic pour couvrir les maisons particulières, comme les édifices publics, d'une pluie de projectiles démolissant et tuant au hasard, c'était fait de guerre, et non régime normal. Le gouvernement avait le devoir de rassurer les intérêts et de faire cesser les anxiétés. Sa prétention de rendre la Butte à sa destination ordinaire, en temps de paix, de vaste belvédère, d'où les promeneurs venaient contempler le magnifique panorama de Paris, d'où les gamins s'amusaient à lancer des cerfs-volants, n'avait rien d'arbitraire ni de déraisonnable. La prétention, au contraire, des gardes nationaux de conserver les canons, en arguant qu'il les avaient payés, qu'ils les considéraient comme une propriété privée, comme le matériel d'une société de tir ou de sport, était insoutenable. De ce que les particuliers, à l'aide de souscriptions et de donations, font bâtir un hùpi-

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tal, un collège, un musée, il ne s'ensuit pas que ces établissements d'utilité publique leur appartiennent en propre, et que le groupe des cotisants en conserve la libre et absolue propriété. Les canons avaient été fondus, payés, livrés pour le service de l'Etat, pour la défense de Paris contre les Prussiens, ils ne pouvaient être détournés de leur destination, pour'un ouvrage non prévu, ni conservés par une portion de la population, dans un but mal défini. Le gouvernement pouvait prétendre, et plus justement, qu'investi de la puissance publique celait à lui qu'il appartenait de détenir les instruments de défense de la collectivité. L'argument que ces canons étaient la sauvegarde de l'indépendance de la garde nationale, les instruments éventuels de défense de la République en péril, était bon au point de vue insurrectionnel, devenait sans valeur, si la guerre civile était évitée.

Le trouvernemont avait le droit pour lui. 11 remplissait sa fonaion en voulant récupérer les pièces d'artillerie, détournées de leur destination et retirées de leurs parcs normau.'c, dans une heure d'angoisse patriotique et d'affolement obsidional.

Le plan de Thicrs avait ainsi une base légale, et si son auteur s'était borné à la suppression des redoutes et batteries à l'intérieur de la cité, menaçant non plus les lignes d'investissement, mais les habitations même do Paris, on n'aurait pu que l'approuver. Mais ce plan consistait exclusivement à faire le simulacre de la reprise régulière des canons, de façon à pousser ceux qui prétendaient les garder à une résistance violente et illégale.

Aussi les mesures pour cet enlèvement furent-elles prises non pas comme pour une capture sérieuse et décisive, mais seulement pour une tentative d'enlèvement, avec la certitude qu'elle ne réussirait pas.

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Il y eut plusieurs de ces simulacres d'enlèvement. Le Mot d'Ordre, jeudi g mars, avait l'ait le récit d'une de ces fausses attaques ;

Hier, dans la soirée, un bataillon de la ligne gravissait lentement la rue des Martyrs, se dirigeant vers les buttes Monlmartre. Le H6e bataillon de la garde nationale se réunit immédiatement et vint s'interposer pour arrêter les soldats.

Après plusieurs allées et venues de la rue des Martyrs à l'avenue Trudaine, les lignards ont arrêté leur marche ascendante,et, grâce aux citoyens du Hô" bataillon, une collision, a été évitée entre la troupe régulière et la garde nationale.

Donc afl'aire manquée. Les troupes envoyées par Thiers pour prendre des canons se replièrent en bon ordre. L'intervention desg-ardes nationaux du bataillon d'un quartier très modéré (Saint-Georges), composé en grande partie d'artistes, avait suffi pour décider un bataillon d'infanterie à faire demi-tour. Il est certain que des ordres très rigoureux n'avaient pas été donnés pour celte attaque en plein jour. L'envoi d'un bataillon de ligne était excessif, si l'on était assuré qu'il n'y aurait pas de résistance, c'était une force dérisoire si ISIontmartre se levait, faisait raine de se défendre, et mitraillait les assaillants. On remarquera qu'il n'y avait ni attelages ni prolonges. Comment les lignards eussent-ils descendu de la Butte les canons? de quelle façon auraient-ils pu les emmener, si le bataillon du iiG^ les avait laissés pa.sser?

Les hommes du 1 16«, bataillon bourgeois s'il s'en fut, et qui s'était d'ailleurs très bien comporté à Buzenval, sous les ordres de son chef, le vaillant colonel Langlois, qui y fut blessé, n'auraient sans doute pas engagé le feu contre la ligne, si la troupe avait avancé. Mais il n'y avait là qu'une démonstration. 11 s'agissait, non pas de prendre lescanons, mais d'avertir ceux qui les gardaient qu'on pourrait les

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agS

leur prendre, s'ils ne veillaient pas attenlivement, s'ils ne se tenaient pas prêts à repousser, par la force, les .oldats envoyés pour cette razzia.

Autre démonstration vaine, à l'autre bout de Pans celle là 11 V avait une cinquantaine de pièces de la légion d'artillerie", commandéeparSchoelcher,endcpôt,auLuxeni-

homs:. Un détachement de sept ou huit hommes seulement, du oo. bat^iillon, les surveillait. Des artilleurs se présentèrent le 8 mars pour prendre possession des pièces. Ceux qui Icssrardaient refusèrentde lesremettreà d'autres qu aux artilleurs de la garde nationale. La troupe se retira sans

'"D^c-rren forts de gardes nationaux furent aussitôt dcmandés et envoyés. Un bataillon entier, le 83», vint prendre la ffarde des «inons. La fausse manœuvre, celte fois encore, n'avait donc eu pour but que de répandre l'alarme et pour effet que de mettre sur pied un grand nombre de gardes nationaux de la rive gauche. Cette démonstration dans un autre quartier de Paris, à l'opposé de Monlmatre, avait pour objet de prévenir les bataillons des quartiers du bud, de les avertir que les batteries du Nord n'étaient pas seules

menacées.

Le faubourg Saint-Antoine, pour Thiers et les hommes de sa génération, avait toujours son prestige révolutionnaire. Là, devaient se concentrer des réserves formidables d'insurgés. Si Montmartre et Belleville étaient des forteresses naturelles, lé célèbre faubourg se transformait rapidement on bastion presque imprenable. Les souvenirs de juin 48 étaient demeurés vivaces. En évoquant la résistance légendaire de ces héroïques faubouriens, les vieux offaciers d'Afrique pâlissaient, et Vinoy, un général de Décembre, savait que si Louis-Napoléon avait eu si facilement la vieloire, c'est que le faubourg Saint-Antoine n'avait pas voulu

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prendre le fusil. Le jour du crime, il avait laissé, en ricanant, l'héroïque Baudin s'exposera un sacrifice inutile. Mais Saint-Antoine s'était repenti de sa faute. Il était prudent, en face du faubourg- redoutable, de bien sonder le terrain avant de s'avancer. A proximité de la Bastille, dans le paisible quartier du Marais, place des Vosges, était installé un parc important d'artillerie. Là, avait été transporté, le 28 février, un grand nombre des pièces enlevées au parc d'artillerie de la plaae Wagram. On pouvait éprouver, de ce côté, la défense possible des fédérés, et tâter le pouls au faubourg.

Aussi, le 16 mars, vers ii heures du .«oir, une compagnie d'infanterie, escortée de gardes nationaux à cheval, et accompagnée de chevaux de traits et d'hommes des équipages, se présenta devant les grilles entourant la place des Vosges, ancienne place Royale. Le calme quartier était endormi. L'alarme fut vite donnée par une sentinelle. Le poste sortit en armes. Le service de faction autour des pièces devenait fatigant, et les hommes commandés pour cette surveillance, jugée sans importance, .se trouvaient peu nombreux. Les officiers du détachement parlementèrent à travers les grilles, déclarant qu'ils venaient pour prendre possession des canons. Refus des gardes nationaux de les laisser pénétrer. Les municipau.x s'écartèrent, les soldats avancèrent, et firent mine de vouloir forcer les grilles. Alors les gardes nationaux, rapidement, se forment sur deux rangs : le premier rang met genou en terre, prêt à tirer, le second rang croise la baïonnette. En même temps on bat le rappel autour de la place. Des gardes nationau.x accourent de tous côtés. Le commandant du détachement, voyant la résistance s'organiser, obéissant certainement aux instructions qu'il avait reçues, remet tranquillement son sabre au fourreau, ordonne la retiaite, les cavaliers tour-

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nenl bride, el la petite colonne regagne ses quartiers, sans les canons .

Si l'attaque avait été sérieusement diriirée, avec des forces en quantité suffisante, la défense était impossible dans cette place entourée de çrilles, darcades, facile a cerner, à isoler. Les gardes nationaux, bloqués à l'intérieur des grilles, ne pouvaient être secourus, car les rues étroites donnant accès à la place des Vosges, pouvaient être facilement barrées. Us se seraient trouvés pris comme dans une ratière, et sans avoir pu même faire usage de eurs canons, alignés et serrés le long des grilles, impossibles a

manœuvrer. j j i-.

Mais la nouvelle de la tentative s'était répandue dans le faubourg, et c'était ce qu'il fallait. Le lendemain, les pièces étaient transportées rue Basfroiet rue Keller,en plein quar- Uer Saint-Antoine. Les terribles insurgés de la Bastille et des environs se trouvaient avertis, ilsveillaienl,munis d artillerie, à même de commencer la guerre civile, si le cœur leur en disait, et si on venait les provoquer. Le plan reussissait.

CALME or: PARIS A LA VEILLE DU iS MARS

Ainsi les attaques en vue de reprendre les canons n'étaient qu'une amorce. Paris, par son attitude, semblait bien éloigné de la pensée d'un combat. Il s'entêtait à garder ses canons, ou à ne les rendre que par suite d'un accord avec des garanties républicaines pour l'avenir, mais aucun de ses habitants ne s'attendait à une lutte provoquée par le crouvernement, aucun ne la désirait venant des tederes.

Une réunion des maires avait eu lieu, au ministère, sous la présidence d'Ernest Picard. Jules Ferry y assistait. Les maires déclarèrent qu'on avait fort exagéré des troubles

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passag-ers, qui s'étaient produits dans des quartiers excentriques. Ils dirent qu'ils ne doutaient pas que les g-ardes nationaux ne consentissent à conduire les pièces dans des parcs spéciaux, désignés par l'administration. Il n'y aurait aucun inconvénient, ajoutèrent-ils, à confier tour à tour la g-arde de ces parcs à tous les bataillons de la capitale, indistinctement. La majorité des maires exprima l'avis que les comités, qui s'étaient créés dans le sein de la garde nationale, n'avaient pas un seul instant cessé d'obéir aux ordres des commandants de secteurs, et que, par conséquent, ces comités n'étaient pas de nature à entraver l'action de l'autorité supérieure de la garde nationale.

Tandis que les journaux réactionnaires excitaient les passions, exagéraient le péril de la situation, donnaient des détails impressionnants et mensongers, le Figaro se signalait surtout dans ce reportage sensationnel, et multipliait les détails terrifiants sur ce qu'il appelait « les Folies-.Montmartre » ; les journaux modérés, les autres étant supprimés, tenaient au contraire un langage mesuré et conciliant.

Puisqu'cD dépit de dos espérances, écrivait le Siècle, la question des caDons n'est pas encore résolue, au grand détriment de tous, nous renouvelons notre appel à la députalion parisienne, qui, seule, a l'autorité morale nécessaire pour agir efficacement sur des esprits qui s'égarent ; nous invitons nos députés à se rendre aupris du comité ou des officiers auxquels obéissent les détenteurs des canons, et de les adjurer, au nom des intérêts suprêmes de la République, de mettre un terme à une situation dont nous, républicains, nous souffrons plus que personne.

Nous avons nos raisons pour presser nos députés de tenter cette démarche, de concert, s'ils le jugent utile, avec les municipalités.

Le Siècle était-il au courant de ce qui se complotait dans les conseils du gouvernement, ou bien, avec perspica-

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Cité, éventait-il les projets de Thiers, à la veille d'avoir un commencement d'exécution?

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