GEORGES ARNOLD
Les protestations pacifiquesabondaient cependant. Arnold, membre du Comité Central,futur membre de la Commune, écrivait à L'Opinion Nationale, en prenant ce prétexte que « son nom était placé, par ordre alphabétique, en lele de la liste des membres qui avaient signé le manifeste du Comité central >, pour répudier toute idée de guerre civile Il se défendait dabord de faire partie d'un gouvernement, occulte ou anonvme. « Nous ne sommes pas plus un gouvernement, disail-il,.que tel groupe d'écrivains défendant une même cause dans un ou plusieurs journaux, pas plus que la coalition de l'Union libérale. » U ajoutait :
Nous croyons que les intérêts des citoyens réunis et groupés conre '^rdes nationaux ont besoin d-ètre solidarises pour être ou "ùus^ et défendus. La garde nationale -"l^^^^^ ^^ famille.el le Comité Central constitue son S'-»"^ conseil de f^^^^^^^ 11 n y a là rien d'anarchiste, ni (lui puisse appeler le ridicule ou
m pris, ou au besoin les foudres d'un pouvoir quelconque Pour remplir de telles fonctions.pas besoin d'être une illustration, il V a même quelque garantie de plus dans celte obscurité.
[ler"-raiqueleComitéCentral,oa mieux la Féderationrepu-
bl cane de la garde nationale, a aussi dans son programme la Sensé de la République menacée. Serait-ce là une -urpat.on de pouvoirs? Les hommes notoires ou illustres, actuellement en lumière, n'ont p.is donné à la République de tels gages qu on puisse la leur abandonner aveuglement.
^ C'est donc à tort que vous indiquez, en °°,'« «^'';^;'"°Vl "ue tive quelconque de gouvernement et Ces également « ^-M»^ vous faites apparaître aux yeux de vos lecteurs le spectre des
batteries de Montmartre, braquées sur Pans.
Un tel mélan-c de questions amène la confusion. Le parc a ar
liUerie de Montmartre, dû à l'initiative de l'arrondissement.
^°° I!I3T0mE DE L.\ COMMUNE DU 187I
a elé etabi, pour sauver les pièces de l'ennemi, et sans doute les bataillon, de l'arrondissement ne veulent pas les voir servir d'instruments à un despotisme quelcon que pour faire un nouveau Ueux-Decembre.
Mais, croyez-moi, évitez de prononcer sans cesse ces mots de guerre civile, familiers à la réaction, ils sont provocateurs et empêchent le calme des esprits.
(Ahnold, sergent major au 176' bataillon, membre du Comité Central.)
Arnold, qui tenait ce lang-age conciliateur, el qui définissait, avec tant de mesure, les fonctions et les tendances du Comité Central, dont il fut l'un des principaux chefs, fut aussi membre de la Commune. C'est une physionomie intéressante. On voit, par sa déclaration ci-dessus, qu'il n'avait nullement song-é à la guerre civile et que, comme ses collèg-ues du Comité Central, il fut surpris par l'agression des troupes au Dix-Huit Mars.
Arnold (Georges-Léon) était né à Lille en i84o. Il avait donc trente et un ans au 18 mars. Il était architecte. Ancien élève de l'école des Beaux-Arts de Lille, il avait concouru pour le grand prix de Rome, section d'architecture. Il était entré dans l'administration, et devint sous-inspecteur des travaux de la ville de Paris. C'était, par rapport à d'autres collègues du Comité Central, un bourgeois. Ses opinions très avancées, et son patriotisme ardent, l'avaient misen évidence, dans les clubs, pendant le siège. Sergent major au 176" bataillon (20 régiment de guerre), délégué à la Fédération, puis membre du Comité Central, il fut, après le 18 mars, élu commandant du 64= bataillon. Il fut chargé de la défense de la Butte Montmartre. 11 signa avec Ranvier la convention intervenue entre les maires de Paris et les membres du Comité Central pourla convocation des électeurs au a6 mars, afin de nommer les membres de la Commune.ll s'attachait presque exclusivement aux opé-
LE DIX-UUIT MARS
rations mUitaircs. Il ^^^^ ^'^^ '^^^ ''^'^^''l f^^lZ^!:: res d'avril, membre de la Commune par 5.4o2 ^o.x dans e .8» arrondissement (Montmarlre). Il conUnua a s.e^ r u Comité Central et fut membre de la comm.ssmn de la guerre. Il contraignit le capable, ma.s -tonta.re Ros à ,arta.^er ses attributions avec le Com.té ^-nlra - Cette dual é de la Commune et du Comité, et cette lutte de Ross et des membres du Comité Central seront exposée plus oin, dans leurs détails. Arnold, quest.onne sur ce fnta. nisme, a répondu, sans aigreur, n. rancune, et avec
modestie :
. . <- , 1 ^., « février au 15 mars, avait mo-
'"lytrVolonUirement cédé sa P»-« P-^-'^ tans"cott ViilJ, le Comité Central ^-it pouvo.r repr ad a^ conteste
celle ,,uiavau de sa •■'-^^«"/if j^^;,^"^", ,, commission de la ^:2:err^SiSrÏÏ^;^trieHaace . Pourquoi sou
" w°(Î;;S ^ewlviUe avait décidé.par conveation tacite^ Le Com.lc ■> ' "^ «' ^,^,^ l„t,„ électorales : c'est a.ns.
que personne ne P''^"''"'; P^" . [^^ suffrases. Ceux d'entre qu'un grand «7.';- ."^.^g-'^S^^.^^Prda eut. soit^à leur notoriété. ^;r;^^:'— iT^udevoir observer la consigne...
(Enquae sur la Commune, laU^vue BtancheM ■- «v"! '«S^.)
Un biographe contemporain a tracé de lui ce portrait :
Arnold est un homme d'une trentaine d'années. Il ^^\f^^f mitce, et porte avec désinvolture l'uniforme de commandant du
64» batailloQ. C'est uq des membres les plus actifs du Comité Central... Arnold est doué d'uue vive intelligence, qu'il met au service d'une ambition démesurée... La victoire du Comité Central sur Rossel est due en grande partie à l'esprit actif, inventif, intrigant d'Arnold.
Ce nouveau venu sur la scène politique y arrive avec des qualités et des défauts peu communs. Hautain, arrogant dans ses rapports, même avec ses collègues, il croit suppléer à l'absence d'études politiques et sociales, par une intrigue pleine d'habileté. C'est un ennemi dangereu.x pour ceux auquels il s'attaque, et c'est un ami, non moins redoutable, pour ceu.x avec lesquels il songe bon de s'unir pour un moment. La Commune ne semble pas avoir beaucoup de sympathie p )ur Arnold, dont elle ne connaît guère le passé, et dont elle redoute l'avenir...
(Jules Clère. Les Hommes de la Gommane. Paris, Dentii, éd. 1871.)
Ce portrait est sévère. Il n'a guère de valeur que parce qu'il fut tracé pendant la Commune, d'après nature, et qu'on y peut noter les nuances du moment. Les diverg'eaœs d'opinions ne furent ni grandes ni terribles entre les membres de la majorité et de la minorité; ces adversaires théoriques s'allièrent dans l'action ; ils se retrouvèrent presque tous unis pour la lutte suprême, et s'affirmèrent oompag-nons dans la défaite et dans la mort. Entre le Comité Central et la Commune, il y eut, au contraire, permanente compétition de pouvoirs, persistante jalousie individuelle, et vivace hostilité de corps. Arnold toujours pencha du côté du Comité Central. Il était <lans la logique de la situation. La Commune, malu^ré certaines individualités puissantes, comme Delescluze, milçré des décisions humanitaires ou sociales intéressantes, mais plutôt de la compétence d'une assemblée nationale, faisait double emploi avec le Comité Central. Elle aurait di\ avec lui, la dualité pernicieuse étant maintenue, partager le pouvoir et séparer les attributions. Au Comité central devait appartenir l'org'ani-
LI DIX-HUIT MARS 3o3
satioQ de la g'uerre, avec la directioa du combat, les seules choses importantes, de nécessité absolue, durant les six semaines do lutte quotidienne. Arnold représentait, et soutenait énorgiqueraont, cette opinion, qui était la vraie, la seule pratique. Il s'était spécialement occupé de l'efTort militaire à faire, et ne prétendait nullement au rôle de lég'islatuur. Il voulait imposer, par les armes, la paix, forcer à la transaction le gouvernement de Versailles, et non donner des lois à la France. A ce titre, Arnold demeure une des Hg'ures les plus importantes de la Révolution parisienne, malg-ré sou riile effacé à l'Hôtel-de-Ville, peut-être à raison môme de cette abstention volontaire des séances parlementaires. Il jugeait que sa place était aux remparts, et la Commune tout entière aurait dû l'y suivre.
Arnold, qui participa à la défense désespérée des derniers jours, fut fait prisonnier, et déféré aux conseils de guerre. 11 fut condamné à la déportation. Il put, à la presqu'île Ducos, puis à Nouméa, continuer ses travaux d'architecture. Il participa au concours pour la construction de l'église de Nouméa, — le travail n'a pas d'opinion, — et obtint le second prix. Il envoya un projet à l'exposition de Sidney, qui fut primé. Revenu en France, i l'amnistie, il put reprendre sa profession d'architecte de la Ville de Paris.
Le fait qu'un homme aussi énergique, aussi influent dans le Comité Central, protestait contre les rumeurs sinistres de guerre civile, et cela l'avant-veille du coup de force de Tlilers, prouve suffisamment que Paris ne s'attendait nullement à cette attaque, et que ce fut bien par la volonté et les manœuvres du gouvernement que cette guerre civile éclata.
3o4 histoihe de la commune de 1871