‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 7 sur 107 · CAUSE PBJNCIPALE DE L'INSUCCÈS · texte numérisé non relu

CAUSE PBJNCIPALE DE L'INSUCCÈS

La Commune était née au milieu des déchirements de la Patrie L'humiliation de la défaite et le rut combat.f non LsoTvi avaient présidé à sa conception, dans 1 ango.sse et dan Vénervement. Cette humiliation et ce des,r la pro- Ice es éprouvait aussi, mais moins v.vement que la ma di ec'té, et en supportait, avec plus d'apath.e les .rr.- Ta i.n Les républicains des grandes villes man.festa^ ot eur indignation avec moins de soubresauts revolutmnn'h-e La province se montrait raisonnablement patrm,. m s nuUement pacifique à tout prix. La ^or- - ra^ des armées-citoyennes à la vo.x de Gambetta, la soumis s'on etl patience de ces paysans, de ces ouvriers, d c o^is de petites villes, accoutumés à la mise en ba ail e ofi:;: professionnels, à l'appel de --enaires en^> oyé^

yiclmresa 11 c'étaient ces civils même que

les avoir regardes taue, ccimcuw

brusquement, brutalement, on charg^eait d'un fusil, qu'ils ne savaient g-uère manier et d'un sac qu'ils n'étaient point habituas à porter ; on les traînait par les plaines, dans les tranchées, sous la pluie, la neig-e et le froid. Ces « pékins» marchèrent de leur mieux, se faisant tuer, à l'occasion, comme si c'eût été leur métier, et résistant autant que leur nombre et leur inexpérience, au milieu du désarroi g-énéral, le permettaient. Cette levée générale de la population départementale, à qui la victoire a manqué pour devenir épique, cet effort de la France vaincue, envahie, privée de l'armée et du gouvernement, sur lesquels elle était habituée à compter, prouvent que la province, malgré d'incontestables couardises bourgeoises et une regretable inertie paysanne, en certaines régions, eut aussi, sur bien des points du territoire menacé, son élan et son patriotisme. Elle souhaitait, ardemment sans doute, la paix, le désarmement, le repos, le retour de chacun chez soi, avec le travail repris et l'existence normale et paisible recommençant, mais elle eût été joyeuse d'un changement de la fortune, heureuse de la délivrance, et fière d'y avoir contribué. Il ne faut pas juger la France d'alors par le choix navrant des hobereaux, cléricaux et réactionnaires, que, faute de mieux, elle envoya à l'assemblée qualifiée de rurale, avec le mandat, presque impératif, de la débarrasser des Prussiens. Elle consentit à ce qu'on les congédiât par un traité, puisqu'il paraissait impossible de les chasser par la victoire. Elle se montra donc satisfaite quand on renvoya ces Allemands avec de l'or; elle eût été transportée d'enthousiasme, si on les avait reconduits dans leur Allemagne à coups de canon. La province eut, non pas seulement supporté, mais acclamé la souveraineté traditionnelle de Paris, si ce Paris eût libéré le territoire et congédié l'ennemi, eûtil, ce faisant, remplacé l'assemblée de Versailles, soit en la

LE DIX-llUlT MARS

dispersant par la force, soit en la forçant à se dissoudre loTL avait achevé son mandat, qui éta.t la conclus.on de

"Zf gouvernement établi à Paris, par P-,^' " ""« ca^tafc n'est-elle pas comme un parlement. on^^^J^ provinces, tous les arrondissements, on Pourr t l.re h que ville, chaque village, ont leurs représentant . - eut été î'onnu et obéi, comme l'avaient été jusqu'alors tou 1 pouvoirs antérieurs, dont les provençaux receva.ent la notification, comme un ordre, par l'autor.té centrale, par "es courriers, par le télégraphe; mais il fallait que ce gouvernement eût le caractère d'un gouvernement national. Or

a Ipitubtion, le traité de paix et l'ex>stence conservée de l'assemblée nationale faisaient de lu. un gouvernement Seulement parisien, un pouvo.r local, le produ.t dune émeute, et non le résultat d'une révoution.

Paris, alors, parut avoir manqué à sa m.ss>on, qui cla.t de délivrer la France. Sa déchéance sembla juste comme a aH été jugée telle celle de Napoléon III. Le droit lui fu dlié deionner un gouvernement à la France comme U avait pu le faire après les journées de .83o, aprfes 1 .4 f vrier :848, au 4 septembre ,870. A la su.te de -s chveis^ iournées insurrectionnelles, le pouvoir central n existait plu les assemblées, représentant l'ensemble de la nation. Sent dissoutes ou avaient été balayées. Le pouvo.r était vacant. Il ne l'était plus au Dix-Huit mars.

La faute, le vice, le germe de mort que conlena t la révolution du Dix-Huit mars, c'était donc, dune part de ris répondre au vœu national pour la libération du ter- Htiire, et d'autre part, d'avoir, en f- d'elle debout groupée, organisée, poursuivant ses séances, ^o^^^'^l lois, dictant des décrets, et, disposant de 1 autorité morale puisqu'elle était toujours considérée comme 1 expression du

6â HISTOIRE DE LA COMMUNE DE iSt

suffrage universel, une assemblée, qui, tant qu'elle n'était pas chassée ou démissionnaire, représentait l'ensemble du pays, g-ardait le nom et le caractère d'Assemblée Nationale. Assurément, on pouvait ergoter, et discuter la légitimité de la durée de cette assemblée, élue « dans un jour de malheur », uniquement pour traiter de la paix et voter les conditions de l'indemnité à paver aux Prussiens On pouvaitla considérer comme en état d'usurpation, puisque aussitôt la paix, votée à Bordeaux, acceptée par l'Allemagne, son mandat expirait, sa mission se trouvait terminée. Elle devait régulièrement céder la place à une assemblée constituante. Ces arguments, excellents en Ihéorie, en polémique, pour soutenir l'illégitime situation de l'a.ssemblée de "V^ersailles et la légitimité de l'insurrection parisienne, n'ont aucune valeur historique : l'assemblée existait de fait, et le fait constituait son droit. Le peuple d'ailleurs n'entend rien à ces subtilités de casuistique conslitutiounelle.

Tant que cette assemblée conservait son mandat, et le tort de l'insurrection du Di.x-Huit Mars fut de ne pas le lui enlever, de ne pas marcher sur elle et de la disperser par un dix-huit brumaire républicain, Paris ue pouvait prétendre instituer seul un gouvernement pour toute la France. Il n'y avait pas place pour deux pouvoirs centraux.

La situation d'un gouvernement établi à Paris, tandis qu'il y en avait un autre à Versailles, était donc bien différente de celle des précédents pouvoirs insurrectionnels, qui n'avaient pas rencontré cet obstacle légal et moral, ou qui l'avaient aussitôt brisé.

La révolution faite par Paris, le dix-huit mars, lui restait propre. Elle devenait une insurrection locale, un mouvement séparatiste, une Vendée républicaine. Paris, isolé pendant la guerre, demeurait, la paix faite, pareillement séparé du reste du pays. Pour la majorité des Français, les

LE DIX-BUIT MARS

Par.s.ens révoltés reprenaient le rôle des insurgés de

^"le''aedtété différemment si la Commune salait établie plus tôt Au 3. octobre, il était déjà b.en tard, ma.s la tZuL de Bordeaux et de Versadles o'ex.sta.t pas et a Zince eût probablement, dans son ensemble, sauf quel- :: r:testaLns impuissantes, accepté le nouveau ,ouvernemeat proclamé à Paris, bien que isolement de la caXleeùt pu retarder ou compromettre cet assentiment, r'-estau 4 septembre, l'empire effondré dans 1 ent^anoir de Sedan, iNapoléon UI vaincu, prisonnier, déchu mo Calment, le corp! législatif dispersé et le ^^^^^^ que la Commune, se substituant au pouvoir detrmt, don nant à la France uuré.ime nouveau, aurait eu t nt- l chance, de se faire reconnaître parle P^f^;^' .'^';;;;;^* '^ pu durer. On peut môme admettre que c est à 1 époque des derniers désastres quune insurrection eût ete surt u utile, et serait demeurée victorieuse.L'échauffourée de Blan qui, à la Villette, n'était ni si déraisonnable, ni ^coupable qu'on la dit. Le défaut de préparation, le manque de ?orcespopulairesetde concours politique, la r PU^- de la population à se soulever en présence de 1 ennemi tnl Recette émeute ratée, un crime.Si elle eûU^uss. a ^ ■» j«,-on;i- 1p o-ouvernement national ae la

Commune pouvait de\enii legouvciuc

France, et les destinées de notre malheureux pajs chan

^'ctÎ donc, tout en faisant la part des causes secondaires de faiblesse, de désagrégation et de défaite finale, parœ au'^Lest V nue trop tard, parce quelle ne put remplir e Se degouvernemeitnational.que la Commune a sombré.

"Te'nauL^e tut terrible et grandiose. Il évoque la fin légendaire du « Vengeur », avec plus d'horreur, et autant

64 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE iSlI

d'héroïsmo. De vastes ronds sanglants, éclairés de lueurs sinistres, s'étendirent autour du vaisseau de Paris, à demi submergé, ("eux qui en considèrent les remous, à quarante années de distance, demeurent encore surpris et impressionnés. Là, fut une épave formidable, bientôt remise à flot, mais dont les grands cercles tragiques sont encore visibles, les vibrations encore sensibles.

Page 1