‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 62 sur 107 · LE COLONEL LANGLOIS · texte numérisé non relu

LE COLONEL LANGLOIS

Le conseil que donna le député-colonel Langlois, et qui ne fut pas suivi, était également acceptable, et susceptible d'amener une solution pacifique.

Figure assez curieuse que celle de Langlois. Un mélange choquant et sympathique de jactance et de vraie bravoure.

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de violence et de bonhomie, d'exubérance et de saçesse, de foug-ue et Je naodération. Ses cheveux gris, qu'il portait longs, encadrant une phj'sionomic d'apôtre, faisaient souvenir des socialistes de l'école de Saint-Simon, du père Enfantin et de Considérant. On eût dit, quand il rôdait, en agitant les bras, par les couloirs du çrand théâtre de Bordeaux, un spectre attardé des clubsde 48- Les yeuxmobiles et inquiets donnaient à cette fit»iirc de penseur et d'évangéliste, qui aurait pu servir de modèle à un peintre de Saintes-familles, une vivacité pénétrante, et une fleimme d'extase. Son allure, inspirée et faubourienne faisait songer aux moines batailleurs et verbeux de la Lig-ue. La voix était rauque et saccadée ; la bouche, toujours prête à hurler, détruisait l'harmonie du visage bien ovale, aux lignes régulières et douces. A de certains moments, la face deLanglois ressemblait à ces têtes d'expres.sion, au fusain, qu'on voit accrochées comme modèles académiques dans les salles de dessin des pensionnats, et auxquelles le crayon irrévérencieux d'une élève a ajouté quelques traits hasardeux, défigurant et communiquant l'aspect caricatural. Quand il pariait, ou plutôt quand il tonilruait, car il s'informait de votre santé dans une clameur, le masque devenait mascaron, leslèvres se contournaient, les muscles jouaient, la grimace zigzaguait, el le bénin et excellent homme qu'était l'ancien philosophe apparaissait tel qu'un énergumène. Un aliéniste, quand il pérorait dans les groupes, l'eût classé parmi les épileptiques. Il semblait ne pas décolérer. Quand il disputait avec un collègue, qu'il accrochait par un bouton de son vêtement, on pouvaitcroire qu'il l'invectivait et qu'il s'apprêtait à le rosser. Il avait toujours l'air d'un chef de barricades appelant aux armes. Il exprimait avec fureur les idées les plus modérées, et prêchait l'apaisement comme ou proclame la révolte. Avec une véhémence efl'rajante,

il disait : soyons calmes ! Il n'avait du tribun que la voix, et si sa gesticulation semblait d'un fou, ses avis étaient souvent d'un saçe. Il était très brave. A Buzenval, comme colonel d'un régimeut de marche, il s'était admirablement conduit et avait eu le bras fracassé. Il était fort aimé des g-ardes de son bataillon, le ii6«, dit bataillon des artistes. A Bordeaux, au restaurant, entendant un jeune officier de mobiles dire assez haut que la g-arde nationale ne s'était pas battue, il s'était levé, et on avait eu toutes les peines à lui faire accepter les excuses du hobereau, qui était vraiment mal tombé, en parlant aussi lég-èremenl do cette troupe, devant l'un de ses chefs blessés à l'ennemi. Le colonel Lançlois avait été choisi parProudhoa pour être l'un de ses exécuteurs testamentaires, et cette désig-nationsi flatteuse lui valait une certaine considération dans le parti avancé, comme sa droiture, sa vaillance de mousquetaire de la République, et la simplicité de son courage sur le champ de bataille, contrastant avec son emportement dans la vie civile, le faisaient estimer de tous les partis.

Langlois, dont il fut un instant question pour la haute fonction de général en chef de la garde nationale, exprima ainsi son avis à M. Roger du Nord, chef d'état-major du général d'Aurelle de Paladines, au sujet des canons :

Oue le eénéral convoque tous les commandants de bataillons, sai^s en excepter un seul, et qu'il leur pose celte quesUon : Ne vaut-il pas mieux, au lieu d'avoir un parc unique d arlillene a Montmartre, donner deux canons à chaque bataillon, ou tout au moins diviser ce parc, cl répartir les canons sur plusieurs pomts. Vou<. pouvez être certain que tous les commandants se prononceront pour la distribution des canons entre leurs bataillons. Supposer le contraire, c'est ne pas conuaitre la nature humaine. Par

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Sog

ce système on laissera sans doute encore des canons aux bataillons dont on se déKe, mais tous les autres bataillons en auront.

tEngaéU parlementaire. Déposition du colonel Langlois, t. II, p. 5i6.)

Cet avis fut d'ailleurs repoussé, comme tous ceux qui tendaient à un dénouement pacifique.

Il résulte de ces divers témoignages, et de l'ensemble des laits qui ont précédé le Dix-Huit Mars, que la situation n'était nullement critique dans les trois premières semai, nés de mars, que l'on pouvait patienter encore, et que, soit par un arrangement avec les chefs de bataillons, comme le proposait le colonel Langlois, soit par la temporisation, en attendant que la lassitude et la négligence eussent permis d'enlever facilement les canons, la crise devait être retardée, conjurée, donc pas de sang, pas de Commune. Mais c'était l'anéantissement du plan de M. Thiers.

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