LES DEUX BIENFAITS DE LA COMMUNE
La Commune a inspiré aux Allemands, témoins stupéfaits et inquiets, des sentiments de prudence dont la France a recueilli l'avantage. Son énergie, la vaillance combative qu'elle montra, et aussi la vigueur qu'il fallait à ceux qui la vainquirent ont inspiré le respect à nos envahisseurs. Le courage déployé dans les deux camps a détourné de Moltke, Bismarck, et d'autres conquérants subalternes, de leur projet d'achever la victoire, selon eux, imparfaite. Tous ces guerriers enivrés ont renoncé à l'espoir de chercher, dans une agression nouvelle, la curée d'un démembrement plus complet. Ils ont compris, en voyant comment les Français se battaient sous les murs de Paris, la paix conclue, qu'il fallait s'en tenir à cette paix, assurément avantageuse.et qu'il serait téméraire de recommencer à provoquer cettenation belliqueuse, vraiment indomptable, qu'ilsavaient crue si affaiblie, si démoralisée, si incapable de continuer une lutte. Ces épuisés, ayant pu se procurer un peu de pain, redevenaient vigoureux et terribles. Il était sage de ne pas tenter une seconde fois la fortune.
La Commune ainsi a sauvé l'honneur français, à l'extérieur, et protégé les frontières ; à l'intérieur, elle a sauvé la République et protégé les conquêtes démocratiques.
A défaut de reconnaissance et d'admiration, de la part
LE DIX-HUIT MAKS
des jeunes générations, ingérâtes parce qu'ignorantes, et ne connaissant guère d'elle que sa légende, la Commune a droit à la vérité et au respect. Le jugement hâtif qui l'a condamnée, sans les circonstances très atténuantes qu'elle méritait, doit être cassé.
L'Histoire n'est pas seulement une Résurrection, comme a dit Michelet, elle est aussi une Révision.