‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 98 sur 107 · LES DEUX GARDES NATIONALES · texte numérisé non relu

LES DEUX GARDES NATIONALES

M. Thiers se décidait à agir comme il l'avait résolu.

Les choses tournaient en sa faveur, si déplorables qu'elles apparussent à d'autres. Le meurtre des généraux lui semblait un événement, triste sans doute, mais avantageux pour ses desseins. Un fossé sanglant allait séparer les républicains modérés des violents. La bourgeoisie ne voudrait pas s'allier avec des assassins. Les officiers seraient indignés en apprenant le meurtre de deux des leurs. La province, à qui l'on transmettrait des récits appropriés, s'empresserait d'ajouter à sa vieille jalousie contre la capitale une horreur sentimentale qu'on saurait mettre à profit.

Restait la défection de l'armée. Il ne pouvait en douter.

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Tous les rapports la confirmaient. C'était assurément un suiet d'alarme. Mais en emmenant rapidement les troupes au dehors, en supprimant tout contact avec la populat.on, et avec le retour prochain des prisonniers d Allemagne, soldaU solides, il pourrait reprendre l'offensive, et rentrer vainqueur dans cette ville en révolte, qu .1 allait se hâter

d'évacuer. .,

Son parti était pris depuis longtemps. Quand .1 convoqua le conseil au ministère des Affaires Elrangères pour délibérer sur l'évacuation de Paris, c'était affaire de pure convenance, et sa décision était arrêtée, irrévocable Il a reconnu, dans sa déposition devant la Commission d'Enquête, dans quelles dispositions d'esprit il se trouvait, lorsqu'il ordonna la retraite sur Versailles :

J'étais à l'étal-major avec le çénérai Vinoy, quand arriva un prem er offic er noul anuoaçant que tout allait bien. Mais plus tvrdd autres officiers nous arrivèrent fort tristes et nous senl!mesnue la situation devenait embarrassante. Ce fut a ors que je Ts frlpp d'un souvenir, le souvenir du U février, i étais depuis Îort îon^emps fixé sur ce point que, si nous n'étions pas en force H»ns Paris il ne fallait pas y rester.

Au 24 flvrien, le roi m'avait demandé, lorsque les choses avaient prU une mauvaise tournure, ce quil y avait à faire. Je lu. répondis qu il fallait sortir de Paris, pour y rentrer avec le maréchal R.io-paiid et cinquante mille hommes.

Le parti nue je proposais au roi fut discuté, mais point accepté. On rap, e a "pie les Bourbons, que les Bonaparte eux-mêmes Sient Tortis'de Paris.et n'avaient jamais pu y rentrer ; et on en avait conclu qu'il ne fallait jamais en sortir.

Ce souvenir m'était resté dans la mémoire ; et, en outre, je me rappel lexemple du maréchal de Windiseb^raetz, qui, après êtr^/so i de Vh^nne, y était rentré victorieusement qu Ique Unms après. Je dis au général Vinoy : « U est clair que nos troupes vont être submergées dans cette foule. Emmener les canons L, impossible, les mouvements de larmée étant aussi entraves qu-iTs't Tirons nos troupes du chaos où elles sont plougees

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et faites-les revenir vers le ministère des Affaires Etrangères.» Le Gouvernement était réuni eu ce moment à l'hôtel de ce ministère. Beaucoup de personnes étaient accourues, et chacune donnait son avis. Je réunis mes collèi^ues dans la salle du conseil, où nous pûmes délibérer seuls avec nous-mêmes Là, je n'hésitai point je me rappelais le 2-i lévrier : mon parti était pris; je l'annonçai. Cette déclaration provoqua de graves objections. Le 24 février, je n'avais pas pu réussir; mais, ce jour-là, je triomphai des objections, grâce au bon sens et au courage de mes collègues.

[Enquête Parlementaire, déposition de M. Thiers, t. Il, p. r2.)

Thiers donna Jonc l'ordre au général Vinoj de retirer ses troupes derrière la Seine, et d'occuper tous les ponts. Il était midi. Des officiers d'état-major portèrent de tous côtés l'ordre aux chefs de corps d'avoir à ramener les régiments sur la rive gauche. En même temps on battait la générale dans les quartiers du centre. Les gardes nationaux sur lesquels on comptait ne vinrent pas. « Il nous arriva peutêtre 5 ou 600 hommes, dit M. Thiers, et les mauvais gardes nationaux étaient descendus des hauteurs de Paris. Nous n'avions pas pu occuper tous les ponts. »

Cette défection de la garde nationale de l'ordre, sur laquelle le gouvernement auraitpu compter, était plusgrave peut-être que celle de l'armée. Rentrés dans leurs casernes, ou cantonnés sur la rive gauche, les régiments pouvaient être ressaisis. En se retrouvant avec leurs chefs, dans leur milieu habituel, les trouposeussent repris, instinctivement, machinalement, la routine delà discipline et de l'obéissance. Mais l'abstention des gardes nationaux bourgeois, de ceux qui semblaient intéressés surtout au maintien de l'ordre, et qui du reste, par la suite, rassemblés autour de la mairie du 11" arrondissement et au Grand Hôtel essayèrent, avec l'amiral Saissct, de former un centre de résistance, était de nature à impressionner le gouvernement.

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Le minisire de l'Intérieur et le général d'Aurelle dePaladines avaient cependant essayé de galvaniser cette carde nationale ençounlie.

Ils avaient fait afKcherla proclamation suivante, tardive

et inutile :

A la Garde Nationale de la Seine, . ,

Le souvernemecl vous nppelle à défeadre votre cite, ro» foyers, vos familles, vos propriétés.

Que nues hommes égarés, se mettant au-dessus des lois, n obéissanl qu'à des chefs occultes, dirigent contre Fans les canons nui avaient été soustraits aux Prussiens.

Ils résistent par la force à la garde nationale et a 1 armée.

Voulez-vous le souffrir'.' c.«^ ^»

Voulez-vous, sous les yeux de l'étranger, prêt a profiter de nos discordes, abandonner Paris à la sédition? . ., . .

Si vous ne l'élouffez pas dans son germe, c en est fait de la République et peut-être de la France !

Vous avez leur sort entre vos mains. ,

Le .rouvernemenl a voulu que vos armes vous fussent laissées.

Siislssez-les, avec résolution, pour rétablir le régime des lois, sauver la République de lanarchie, qui serait sa perle; groupezvous autour de vos chefs; c'est le seul moyen d'échapper a la ruine cl à la domination de l'étranger.

Le général Commandant des gardes nationales :

D'AUnELLK DE PxLADlNKe.

Le ministre de l'Intérieur :

E. Picard.

Paris, le 18 mars 187 1.

C'était un appel au dévouement, à la crainte aussi, et au sentiment de la conservation personnelle, adressé aux gardes nationaux supposés hostiles aux éléments plébéiens. Le ministre Picard invoquait le secours de ceux que, sous les .rouvernements aux prises avec une tentative insurrectionnelle, on dési-ne sous le nom « d'amis de l'ordre » Celte partie de la garde nationale,que visait Ernest Picard,

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était celle qui formait les anciennes lésions, recrutée parmi les personnes aisées, payant des impôts fonciers, des patentes, des cotes personnelles mobilières, et comprenant d'abord les bataillons aux numéros inférieurs, org-aniscs sous l'empire. Ceux-ci avaient toujours témoig'né, lorsqu'ils étaient commandés par le g-énéral Lawoestine, sinon un grand attachement à la famille impériale, du moins un sentiment de fidélité au régime établi, de « loyalism », comme disent les Ang-lais. Cette garde nationale s'était en partie ralliée à la République, au 4 Septembre. Elle était peu républicaine, prise dans son ensemble, mais frondeuse et jalouse de ses prérogatives. Ses opinions étaient plutôt cellesdes orléanistes, sans aBFection bien vive pour les princes de la maison d'Orléans, sans désir de voir un héritier de Louis-Philippe restaurer le trône de juillet, que cette même g-arde nationale ou du moins des citoyens animés du même esprit, avaient d'ailleurs contribué à renverser, en février 48- Un gouvernement constitutionnel, libéral, nullement clérical, et avant tout pacifique, favorable aux rentiers, aux commerçants, aux spéculateurs et aux financiers, était son idéal. Pour cette force org'anisée, encadrée, qui s'était bien montrée pendant le sièg'e, et avait fait son devoir aux remparts co mme dans les rares sorties , une république modérée, ayant à sa tète un homme tel que M. Thiers, qu'elle connaissait, qu'elle admirait, qui était son vrai représentant et son expression politique, devait être considérée comme le régime le meilleur, le plus supportable, selon les vues et les intérêts des classes moyennes. Cette bourgeoisie armée avait peur de toute révolution, haïssait et jalousait l'aristocratie, en s'efforçant de la copier, méprisait et craignait les classes populaires, en les flattant, en recherchant leurs sufi'rages. Elle devait donc descendre en masse dans la rue, à l'appel d'Ernest Picard, pour dé-

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fendre le (çouvernement, et avec lui l'AssembU'e, comme elle l'avait fait, avec énergie, avec fureur, lors de l'insurrection de juin 48.

Elle ne répondit cependant pas aux appels désespérés d'Ernest Picard et du général d'Aurelle de Paladines. Elle demeura sourde aux sonneries de rassemblement, aux tambours battant le rappel. Elle lut avec indifférence l'affiche où on lui demandait de prendre ses fusils, pour défendre non seulement le « réanime des lois », mais « la famille et la propriété ». Ces grands mois n'émurent personne. La o-ardc nationale ne parut pas effrayée, et l'épouvante qu'on cherchait ;\ répandre dans son esprit n'aboutit qu'à l'inciter à demeurer tranquille et neutre. Elle avait d'ailleurs de bonnes raisons à donner de son inertie. Où étaient les chefs? Que faisait le g-ouverncment ? Où siégeait-il? Qui ordonnait de battre le rappel ? Etait-ce lui ? .\utoiir de la Bourse, rue de la Paix, à la Madeleine, c'était probable. Mais le tambour appelait aussi les gardes nationaux à la place Clichy, à Rochechouart, à la Villette, à la Bastille. Ce n'était évidemment pas dans le même but, ni avec le même objectif, si c'était la même batterie. On risquait de se tromper, de s'égarer, et, en croyant renforcer les hommes d'ordre, de tomber parmi les insurgés. INIieux valait s'abstenir, attendre chez soi ou au café, comme autrefois, les jours d'émeute, les gens prudents se tenaient dans leurs caves, en attendant qu'il y eût un gouvernement. Et puis, les gardes nationaux de l'ordre avaient un excellent argument à opposer à ceux qui les eussent blâmés de leur surdité volontaire, quand les tambours gouvernementaux clamaient désespérément : aux armes 1 dans le dé.sert des quartiers amis de l'ordre. On les appelait à la bataille, soit ! on irait, mais pas seuls ! Pourquoi le gouvernement rappelait-il ses troupes ? pourquoi les protégeait-il derrière

la Seine, pour les envoyer, eux, des civils, des boutiquiers, des pères de famille, échanger des coups de fusil avec des insurg-és enrag-és ? Ce n'était pas leur place de marcher en première lig'iie contre les barricades. Puisque le gouvernement g-ardait ses soldats, eux garderaient la chambre, comme si le médecin, pour leur santé, leur eût défendu de mettre un pied dehors. Et voilà pourquoi les gardes nalionau.x: de l'ordre crurent devoir imiter le bourg-eois de l'opérette, et restèrent chez eux.

Cette proclamation, malgré la sonorité de ses phrases, sonnait donc faux, et ses efforts de terreur ne pouvaient porter. Il semble que M. Thiers, non seulement ne collabora pas à cette affiche, qui d'ailleurs n'est signée que d'un membre du gouvernement, Ernest Picard, mais même qu'il n'en eut pas connaissance. Il n'en eût pas permis l'apposition. Elle était contraire à ses idées, à ses projets. Elle n'avait en outre aucune raison d'être au moment où l'on renonçait à la lutte, où l'évacuation sans combat était résolue.

Une autre proclamation, affichée aussi dans le milieu de la journée du i8 mars, semble détonner également, et contredire les délibérations prises en ce moment même, aux Affaires Étrangères, pour le retrait des troupes.

Gardes nationaux de Paris,

On répand le bruit absurde que le gouvernemenl prépare un coup d'Etat.

Le gouvernement de la Republique n'a et ne peut avoir d'autre but que le salut de la République.

Les mesures qu'il a prises étaient indispensables au maintien de l'ordre; il a voulu et veut en finir avec un Comité insurrectionnel dont les membres, presque tous inconnus à la population, ne représentent que lesdoctrinescommunistes et mettraient Paris au pillage et la France au tombeau, si la garde nationale et l'armée

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ne se levaient pour défendre, d'un commun accord, la patrie et

la République.

Paris, le ,8 --^'S?;-^^ ^^^^^^^^ ^ pi„,d, j,,es Favre, Jules Simon, Pouyer-Ouertier, général Le Flo, amiral Pothuau, Lambrccht, de Larcy.

Celle seconde proclamalion, porlant pareillement la date du .8 mars, était siçnée des membres du gouvernement. Elle ne ne fui évidemment pas vue, ni approuvée par M Thiers, et Ton signa pour lui. Il ne pouvait être dans sa pensée d'appeler aux armes les gardes nationaux, pms- L'.léla.l résolu à les abandonner. Voulait-il la.sser ces bataillons de propriétaires et de commerçants sans le concours de l'armée, après les avoir lancés dans les rues de Paris contre les bataillons de ces prolétaires redoutables, devant lesquels il s'empressait de décamper? Cet appel a la ffuerre civile était un contre-sens en ce moment de dérobade. Il est probable que l'afliche avait été préparée à l'avance, avant la délibération prise pour révacual.on,^ et qu'elle fut apposée, en retard et sans réflexion, sans qu on pensât à décommander les afficheurs, comme on prévenait les chefs de corps de cesser toute lutte et de se repl.er sur la rive gauche, en attendant le signal du départ pour \ ersailles.Ilest vraisemblable de supposer que cet appel à la population, comme celui à la garde nationale, furen concertés entre Jules Favre, Ernest Picard, elle gênerai d'Aurelle de Paladines, à l'insu de M. Thiers et des autres membres du gouvernement. Ce qui pourrait just.her cette explication, c'est que M. Jules Favre, dans la soirée recevant la délégation des maires, parut ignorer le départ pour Versailles du chef du gouvernement.

Il est du reste établi que MM. Jules Favre et Ernest Picard comme Jules Ferry, étaient absolument opposes à

l'abandon de Paris, et que M. Thiers força leur volonté, en brusquant le départ, s'enfujant même tout seul, en tirant parti d'une alerte, causée par le défilé fortuit et inofl'ensif d'un bataillon fédéré, sous les fenêtres du ministère des Affaires Étrangères, où avait lieu la délibération.

LINTERVEl\TION DES MAIRES

Les maires de Paris, la veille encore, en dehors de MM. Vacherot,Vautrain et de quelques autres, franchement réactionnaires, croyaient la conciliation possible. Ils avaient souhaité, ils avaient pensé, avec leur collègue (Clemenceau, que l'atlaire des canons se terminerait pacifiquement et rég-ulièrement, par une rétrocession des pièces à chaque bataillon, ou à l'artillerie de )a garde nationale. Leur surprise fut donc grande, quand ils apprirent les événements de la matinée. M. Tirard, député et maire, prit l'initiative d'une convocation des maires, des adjoints et des représentants de Paris, à la mairie du 1I« arrondissement, rue de la Banque. Il vint peu de monde, les convocations n'ayant pu toucher la plupart des destinataires. Une nouvelle réunion fut fixée pour le soir même, à six heures, à la mairie du premier arrondissement (Saint-Germain-l'Au.xerrois). En même temps, MM. ïirard et Bonvalet furent délég-ués auprès de M. Thiers. Us ne le trouvèrent point. Le chef du pouvoir exécutif était à l'Ecole militaire, conférant avec le général Vinoy, et prenant des dispositions pour le mouvement de retraite des troupes. Les délégués se rendirent auprès du général d'Aurelie de Paladiues. Celui-ci déclara qu'il n'était au courant de rien, responsable de rien. « Ce sont les avocats qui ont voulu l'attaque, dit-il. Je leur avais bien prédit que cela se terminerait ainsi, ajoutait-il, ils ne m'ont pas écouté. Je savais ce que valait l'armée et je ne

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coa,ptaispas sur la garde nationale Reun.ssez-vous - sieurs, le sort de Paris, le sort de la France auss.. et enlre vos n-ins. » Les délégués se retirèrent auss. .n.lçc. et aussi inquiets qu'avant ces deuxdémarches sans résultat Ta réunion L représentants de la Seine, ^es ma.es de Paris et de leurs adjoints, eut lieu à six heures, a la mairie lu arrondissement. Tout le monde était présent^ M Tirard présida. On discuta la situation. On c.>nsidéra qu-on ne pouvait guère compter sur l'armée, q- « .B^e nationale se divisait en deux armées, lune qui fa sait rteute, l'autre qui la laissait faire. On proposa donc envoi d'une délégation au gouvernement, avec mandat de demander les m^esures immédiates sui^•antes, comme seules susceptibles d'arrêter les progrès de rmsurrcction, et de donner satisfaction à la majorité de la population : .» nomination du colonel Langlois, député de Paris, comme co:n- „,andant en chef de la garde nationale ; 2» nomination de M. Oorian comme maire de Paris ; 3^ élections mumc.pales d'ui-gence; 4° assurance que la garde nationale ne serait

nas désarmée. , ,, , •„

^ La commission, composée de MM. Tirard, Vaura.n. Vacherot, Bonvalet, Méline, Tolain, Hérisson . Mil hère Fevrat, se rendit au ministère des Affaires Llrangeres. Llle païlementa d'ahord avec le secrétaire de Jules Favre M H.ndlé, par la suite préfet de la Se.ne-Infcneu.e, très habile et très renommé. Celui-ci fit la grimace en œns atant la présence de MiUière parmi les délègues Mil. tre avait publié des révélations scandaleuses, autour desquelles on fit beaucoup trop de bruit. Les virulentes attaques du Vengeur contre Jules Favre, qualifié de faussaire, étaient de vaines déclamations pour des irrégulanles d clal-c.v. , sans importance politique. Jules Favre avait dec are a la mairie de lUicil, comme étant logilimes, des entante ne*

hors mariag'e. A qui cela faisait-il tort ? Le public n'accorda d'ailleurs qu'une attention médiocre à ce potin malveillant. Félix Pyat et Millière, pour des socialistes révolutionnaires, se montrèrent ainsi bien grands admirateursde du Code Napoléon, et fort respectueux des préjugés bourg-eois. Millière répondit au scrupuleux Hendlé : « Ce n'est pas M. Minière qui vient rendre visite à M. Jules Favre, c'est un représentant de la Seine, délégué par ses coUèg-ues, qui vient chez le ministre des Affaires Etrangères. » Le secrétaire s'inclina et introduisit la délégation, Millière compris.

Jules Favre fut-il sincère ? feignit-il l'ignorance de faits que tout le monde connaissait? ou bien, déçu et dépité par le départ de Thiers qu'il avait combattu, voulut-il dissimuler ses intentions, tâter l'opinion des maires, en vue d'une résistance à l'émeute, dont il avait certainement le goût, et peutêtre le projet? Se vit-il sur le point de recueillir le pouvoir laissé vacant par Thiers, et vainqueur de l'insurrection, appelé par l'Assemblée Nationale à lui succéder?Il est difficile de se prononcer, car il n'a pas démasqué ses intentions ni résisté au chef du gouvernement, malgré sa fuite. Il craignit d'assumer la responsabilité de tenir tête à l'insurrection, en restant seul à Paris, tandis que M. Thiers, à Versailles, se ferait sans doute approuver et soutenir par l'assemblée affolée.

Il commença par demander aux délégués si la nouvelle du meurtre des généraux Clément Thomas et Lecomte était confirmée. Sur la réponse affirmative, il s'emporta. Sa voix devint plus âpre, sa lèvre dédaigneuse parut plus méchante. Debout à son bureau, comme à la barre, prenant la pose théâtrale et le geste qui lui étaient habituels, le bras étendu, avec l'index rigide, il s'écria : « Alors, messieurs, que venez-vous faire ici ? Vous appor-

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