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tez des propositions ? On ne discute pas, on ne parlemente paVavec les assassins! » On essaya de le calmer. On lu. parla des élections municipales.comme d'un moven propre à Lener une détente générale. 11 ne voulut r.en entendre- „ Il n'est plus possible de faire des concessions », d.sait-U. Il s'entêtait à répéter qu'un gouvernement ne pouvait s'abaisser à traiter avec des assassins, et qu il se refusait a transmettre des propositions pouvant amener une transaction avec eux. 11 ajouta, avec une fierté qui -ul-t « e in,périeuse, plutôt que persuasive, et qui n était que de a forfanterie, étant donnée la situation qu'il méconnaissait, ou dont il feignait de ne pas apprécier toute la gravite . « Nous lutterons, messieurs, nous ne traiterons pas Pas de concessions ! la force ! Demain nous ferons appel a la garde nationale qui est dévouée à la cause de l'ordre, nous nous mettrons à sa tête, nous essaierons de maîtriser cette insurrection et de rendre à Paris la sécurité et la paix I »
M Tirard essaya de faire comprendre à 1 irascible autoritaire qu'il n'était plus temps de résister, que les griefs de Paris contre l'Assemblée Nationale.les craintes des républicains de voir une restauration monarchique se préparera Versailles avaient engendré une désaffection générale, et quece.te force qu'il invoquait pour maîtriser une insurrec- L grandissante et déjà formidable.il nelavaitpas.il ne fallait guère compter sur la garde nationale ; quant aux troupes: elles avaient été retirées, et Paris, sans gouvernement, sans armée, sans autorités reconnues, était livre à lui-même, allait tomber tout entier au pouvoir de 1 insur-
rection. ■ „.,
C'est impossible ! répondit Jules Favre, toujours hau-
tain affectant de se montrer encore imperturbable.
Il était plus de huit heures du soir. Ainsi, le ministre
des Affaires Etran^rtres, le personnage le plus important
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du gouvernemont, après M. Thiers, ne savait pas qu'à cette heure-là les troupes rassemblées à l'Ecole militaire, sous le commandement du général Vinoy, commençaient leur mouvement de retraite, que les principaux poiutsstratég-iques de Paris étaient évacués, et que le chef du pouvoir exécutif, après avoir assisté, au pont de Sèvres, au défilé des premiers régiments abandonnant Paris, roulait au g-rand galop de ses chevaux sur la route de Versailles.
Bientôt, il lui fut impossible de conserver le moindre doute, si réellement il ne savait rien de ce qui s'était passé dans la journée, M. Charles Ferrj, frère du maire de Paris, et M. Jules Mahias, secrétaire de la mairie centrale, se firent annoncer pour une communication urgente : introduits aussitôt, ils annoncèrent que, sur l'ordre du général Vinoy, l'Hôtel-de-Ville venait d'être évacué. M. Charles Ferry ajouta que son frère était resté seul dans le bâtiment municipal, voulant en sortir le dernier, et seulement par la force des baïonnettes de l'insurrection.
Cette nouvelle démonta l'arrogant Jules Favre. Comme les maires renouvelaient avec insistance leurs propositions, il daigna répondre alors qu'il transmettrait au gouvernement les demandes que les maires et les députés de Paris lui exposaient, et qu'il leur donnerait réponse dans la nuit.
Les maires se retirèrent alors,et se réunirent à la mairie du !«' arrondissement, pour rendre compte à leurs collègues et aux députés du résultat de l'entrevue.
JUES FERRY
Le fait était exact autant qu'invraisemblable : l'Hôtelde-Ville avait été abandonné. C'était la reddition de la place municipale, c'était la capitulation du gouvernement, et Paris était officiellement, publiquement, au pouvoir de
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la rue, livré à lui-même, c'est-à-dire à rémeute, à la merci du premier venu qui viendrait s'installer dans 1 éd.fice, ou les gouvernements républicains, comme les ro.s 1 onction à Reims, avaient reçu le sacre populaire. L'Hôt*l-de-\ il e de Paris, c'était à la fois un donjon et un symbole. Là semblait être le suprême réduit delà Uopublique, son autel aus.si. La Commune ne devait pas faillir à cette tradition- Ouelaues jours après son abandon par Thiers et les hommes du 4 Septembre, cet Holel-de-Ville était occupe par le grouvernement élu à la suite des événements du D.x-Huit mars, la Commune recevait des mains du Peuple 1 investiture et, sur la place fameuse, antique grève des nautes parisiens, son avènement était soleonellemenl et joyeuse-
ment proclamé 1 • 1 1 -.a
Jules Ferry, maire de Paris, premier ma-istrat de la cité et sardiende la Maison Commune.ne voulait passe rendre, ne comprenait pas qu'on livrât à l'insurrection cet Hôteldo-Ville, qu'il avait vaillamment déjà défendu et sauve, au 3i octobre. 11 voulait résister, à M. Thiers, par la persuasion, par des raisonnements, et à TinsurrecUon, par uuo contenance ferme et des coups de fusils. Il ne put accomplir aucune de ces deux tâches, dilHciles il est vrai. Il dut céder et se retirer, mais pas en fuyard et en poltron, co.mme le chef du pouvoir exécutif.
Ce ne fut pas, certes, un ami de la démocratie avancée que M Jules Ferry, etla Communetrouva en lu. son adversaire le plus acharné, le plus irréductible. Mais les communards eu.x-mèmes n'ont pu s'empêcherde rendre hommage à son énergie, el d e reconnaître en lui un homme d Liât supérieur. Un des historiens de la Commune. M. Gaston Da Costa, condamné à mort par les conseils de guerre versaïUais, donc non suspect de partialité, ou même de bienveillance pour le maire de Paris, a dit de lui :
Jules Ferry, l'histoire lui rendra cette justice, fut le seul homme du gouvernement thiériste qui ne perdit jamais la tète. Nous n'avons pas à ju^çer ici la carrière si remplie de cet homme d'État. Nous oublions à dessein le chef de l'opportunisme et le directeur de la politique coloniale, nous ne jugeons que le maire de Paris, le fonctionnaire solide à son poste de combat, l'ennemi implacable, mais qu'on respecte et qu'on admire, lorsqu'il oppose son incontestable courage à la veulerie, à toute la défaillance de ses chefs...
Plus tard, quand cet homme vint déposer des faits du i8 mars devant la commission d'enquête parlementaire, non seulement il ne recueillit pas un éloge, mais il comparut presque comme un accusé, à tel point qu'à plusieurs reprises il dut se défendre et vertement des insinuations perfides de ces parlementaires haineux et affolés. Ce fut tout ce que Ferr}' gagna à avoir mis son grand courage au service de la plus féroce des réactions... «
(Gaston Da Costa, la Commune Vécue, t. I, pp. 88 et 102.)
Ce personnag'e con.sidérable, qui a tenu une place si grande dans la République, dont il aurait dû être le président, car il dépassait par l'intellig-ence et par les services tous ceux que les circonstances et les intrig-ues des coteries portèrent à ce poste suprême (on est désigné pour la présidence, non pour ses qualités, mais pour les défauts qu'on n'a pas, non pour ses actes politiques, mais pour ceux qu'on a évités de faire), était né dans les Vosg-es, à Saint- Dié, le 5 avril 1882. Il est mort à Paris, rueBayard, n° i, le 17 ipars 1898. Il avait lutté sous l'Empire. Ses débuts au barreau et dans le journalisme avaient été remarqués. Il écrivit dans la Press/;, le Courrier da Dimanche, puis au Temps et à l'Electeur, et fut poursuivi pour ses articles par la justice impériale. Sa notoriété, déjà grande, fit un bond en 1868. Une brochure, au titre plaisant, sur les finances de la ville de Paris, intitulée les Comptes Fantastiques d'Hciussman, le fit, du jour au lendemain, presque célèbre. Le calembour a de ces
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fortunes. La papauté n'invoqua-t-elle pas un jeu de mo s a l-appui deson pouvo.r temporel: «Tu es P.erre et sur cet c pie'r'e je bàt.rai mon É.liese », telle est l'ass.se du trône d papes. Journaliste plutôt terne, à la plume lourde, a la phrase embarrassée, Jules Ferry semblait cependant ne pas devoir dépasser le niveau estimable des écrwa.ns ser.eux et froids, dont l'autor.té s'impose dans un cercle restrem de lecteurs graves et de politiciens avises, bes Comptes FantasUques étaient une fantaisie, de la cnt.que .ron.que. Il serait difficilement parvenu à agir sur la foule avec ses écnts. et la plume ne pouvait, dans ses mains, devenir un levier, un instrument de pouvoir. Il parlait bien, facilement, sensément, et ses moindres discours étaient intéressants, parce qu'ils «..primaient toujours une pensée claire, une volonté nette. Il n'était nullement 1 orateur comédien et sonore, le ténor à cavatines et à fiontures. dont le public admire la virtuosité, acclame les effets, vulgaires souvent, mais sûrs toujours. Il ne sut jamais trouver de ces formules brèves 'qu'on retient, et qui mordent sur les foules comme l'acier sur le cuivre, mais .1 avait un autre mérite que celui des rhéteurs de la presse ou de la tribune : il était avant tout un homme d'action. Il écrivait et parlait pour agir. Dès ses débuts, ses camarades, ses rivaux, ses ennemis, reconnurent en lui une force directrice, un esprit de commandement.il était taillé pour la lutte, pour la résistance, pour la contradiction aussi, car sa résistance eut souvent des accès mesquins. Il avait 1 en etement prompt, comme d'autres ont la transaction facile. Bien qu'il se piquât, au cours de sa carrière s. remplie, de connaître et de pratiquer la diplomatie, peu d hommes furent aussi peu aptes que lui aux tergiversations, aux procédés hésitants, et à la patience résignée, que cet art comporte. Son caractère entier lui valut plus
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d'une animosité durable, et l'impopularité, dont il a porté toute sa vie le poids, provint plutôt de son tempérament intransig-eant, dans la modération bien entendu, (jue de sa conduite g-ouvernementale et de ses fautes politiques.
Impopulaire, il le fut, comme peu d'hommes l'ont été. Il fut en butte, dès ses premières années de pouvoir, à des attaques excessives, sans mesure, et souvent injustes. Quand, longtemps après les années de l'Empire, du siège et de la Commune, ses adversaires, qui étaient surtout des radicaux, nuance Clemenceau, voulaient l'accabler, après l'avoir g-ratifié des épithètes, alors déshonorantes, de Tonkinois et de Tunisien, ils l'appelaient: g-arçon de café ! Ses favoris lui avaient attiré cette qualification propag'ée par la caricature et les petits journaux.
Elu député aux élections de 1869, par ^^ Vie arrondissement de Paris, il devint, au 4 septembre, membre du g'ouvernemeat de la Défense nationale. Au .^i octobre, il fit tête à l'insurrection, brava Flourens et ses tirailleurs à l'Hôtel-de- Ville, et fut réellement le maître de Paris, pendant cette nuit, dont l'importance pouvait être décisive et triomphale. La Commune, au 3i octobre, c'était sûrement Paris délivré, la guerre prolong-ée, et, grâce à l'énerg-ie de Gambetta, de Freycinet et de Ghanzj, les armées de secours org-anisées et lancées sur tous les points, aux flancs des envahisseurs.il est fàcheuxque Jules Ferry ait montré autant d'énergie ce jour-là, mais on ne peut refuser cet hommage à son intrépide sang-froid. Il allait toujours droit à l'obstacle, le danger l'attirait, le fortifiait. Le 2a janvier, il montra encore sa fermeté coutumière. Ce ne fut point sa faute si, au 18 mars, il dut battre en retraite devant l'insurrection victorieuse : Thiers l'avait désarmé, lâché, on pourrait dire, trahi.
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Il est impossible de parler de Jules Ferry, môme lorsqu'il ne peut être question que de son rôle en 1871 , sans rappeler sommairement que cet éminent homme d'Etat a donné à la France un empire colonial. Pour cet inestimable service il a été attaqué, vilipendé et chassé du pouvoir. Un capitaine fati-ué, du nom d'Herbinger, à la tête échauffée et troublée, ayant cru découvrir, en se levant de table, une armée chinoise menaçante, défilant sur les hauteurs de Lan^-Son, alors qu'il s'agissait d'une promenade de quatre ou cinq irréguliers chinois enquête de maraude, a donné le signal d'une déroule, sans importance militaire, et qni passa inaperçue au Tonkiu, mais dont la répercussion fut ridicule et terrible k Paris. La panique, ce jour-là, tut pire au Palais-Bourbon que dans les arroyos du Tonkin. Ce fut un chorus indigné, absurde et coupable. M. Ribot donnait la réplique à M. Clemenceau, et M. Ranc se cramponnait aux basques de Jules Ferry, pour le faire descendre de la tribune, sous les encouragements de M.Paul de Cassagnac. Jules Ferry fut donc précipité du pouvoir. L'histoire, et les parlementaires repentis, l'ont vengé par la suite de cette injuste agression. Ses pires détracteurs ont fait, de nos jours, amende honorable devant les trois statues qu'on lui a élevées à Hanoï, à Tunis et à Paris. La postérité oubliera les fautes, les crimes même, du dangereux ennemi de la Commune, pour ne garder que le souvenir de ses services, de ses bienfaits et de ses talents.
Les opportunistes qui l'accablèrent pour la surprise de Lang-Son furent tellement odieux et incohérenU que Jules Ferry, tandis qu'ils s'efforçaient de lui fermer la bouche et de le chasser du pouvoir, avait dans sa poche, ce jour-là même, le traité qui terminait tout différend avec l'empire chinois. 11 emporta de cette journée néfaste une inguérissable blessure morale. Elle contribua, avec la meurtrissure au
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cœur, que lui fit un dément, nommé Auberlin, à abrég'ér son existence.
Adversaire résolu du cléricalisme, marié civilement, à une époque où les unions sans prêtre étaient la grande exception, il assuma de vivaces animosités et, contre lui, les rancunes religieuses s'unirent aux haines de partis. Le grand acte de sa vie fut la loi sur l'instruction publique, laïque, gratuite, obligatoire, qui a changé profondément la société française. Cette réforme, avec l'avènement du suffrage universel, qu'elle aurait dil précéder, constitue la plus grande révolution de notre histoire moderne.
Ce grand et durable bienfait doit faire pardonner à son auteur bien des résistances aux vœux de la démocratie, et impose l'indulgence aux vaincus de 71 .
Le progrès social et la république démocratique, pour laquelle luttèrent et périrent les hommes de la Commune, eussent-ils été réalisables, et même aurait-on pu en préparer les voies et le succès, chaque jour plus certains, si Jules Ferrj-, par sa ténacité, son autorité et son influence, n'avait pu donner au peuple cet outil d'émancipation et de bien-être : l'Alphabet, sans lequel le fusil et le bulletin de vote ne sauraient être, bien souvent, que des instruments de servitude ou de tyrannie ?